00:00Bientôt 8h12 sur Europe 1, l'heure d'accueillir le second invité de la matinale.
00:04Maël Laurent, vous recevez Agathe Foucault, porte-parole de la police nationale.
00:07Et commissaire de police également, bienvenue dans Europe 1 matin.
00:10Bonjour à tous.
00:11Alors que débute ce troisième samedi d'affilée de mobilisation dans toute la France,
00:15journée présentée comme à haut risque, risque de troubles à l'ordre public,
00:18violence, dégradation, pillage.
00:20Très concrètement, est-ce qu'il faut redouter ?
00:22Est-ce que vous redoutez un nouveau 17 octobre ?
00:24On s'attend effectivement à ce qu'il y ait une mobilisation de la part de manifestants
00:27et surtout de casseurs qui est très importante.
00:29et donc c'est pour ça que le dispositif est conséquent, qu'il est engageant.
00:32C'est 70 000 policiers et gendarmes.
00:34Alors c'est autant que samedi dernier, avec quand même la particularité,
00:38ce samedi, d'une part que nous n'avons pas de congrès politique à encadrer et à sécuriser.
00:41Comme à Orléans le week-end dernier.
00:43Exactement, comme à Orléans.
00:44Et que d'autre part, on a la conjonction à la fois des manifestations et de la soirée d'Halloween.
00:49Ce risque spécifique pour aujourd'hui particulièrement, comment est-ce que vous l'appréciez ?
00:53C'est un travail de renseignement, de veille, qui se passe peut-être en 2026 d'abord sur les réseaux
00:58sociaux ?
00:58Exactement, les réseaux sociaux sont un vecteur fort de mobilisation,
01:02à la fois pour les mobilisations sur les manifestations à vocation de contestation sociale,
01:07et également les revendications, les volontés de piller.
01:11Et donc on a vu des appels très nombreux sur les réseaux sociaux,
01:14générés notamment par l'intelligence artificielle pour appeler à casser et à piller ce soir.
01:17Vous êtes formé, vos équipes spécialement, pour cela aujourd'hui ?
01:20Oui, il y a des cyber-enquêteurs de l'Office anti-cybercriminalité, de la police judiciaire,
01:24de la police nationale, qui veillent au quotidien.
01:26Et puis c'est aussi le travail des policiers de la Direction nationale du renseignement territorial.
01:29Alors il y a toutes les mobilisations déclarées, autorisées, 150 environ dans toute la France,
01:34comme la déambulation parisienne.
01:36Le tracé a été validé par la justice il y a quelques minutes,
01:39mais il y a surtout toutes les tentatives de cortège sauvage,
01:42qui peuvent très vite très mal tourner.
01:44Est-ce qu'il est là le risque de débordement numéro un pour aujourd'hui ?
01:47Le risque, il est sur les cortèges encadrés,
01:50parce qu'on a toujours des groupuscules, une nébuleuse qui peut se former
01:54et qui peut profiter du nombre important de manifestants
01:56pour commettre des dégradations, pour commettre des violences.
01:59Et puis effectivement, et on l'a vu particulièrement le 17 octobre,
02:01des risques d'individus qui ne viendraient pas pour manifester,
02:05mais pour commettre des infractions, pour piller, pour voler.
02:07Un dispositif de sécurité et une focale qui est mise forcément sur les grandes villes.
02:11Des forces de sécurité intérieures déployées sur les métropoles régionales,
02:16Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes.
02:18Mais est-ce que cela peut être aussi un risque de déplacement des violences
02:22sur les villes moyennes, moins bien dotées, j'allais dire mécaniquement ?
02:25C'est quelque chose que vous anticipez également.
02:28Comment est-ce que spécifiquement vous gérez ce risque parallèle supplémentaire ?
02:32Naturellement, la police nationale est présente sur la grande partie du territoire national,
02:38dans les grandes villes, dans les plus petites villes également.
02:40Et donc tous les policiers sont mobilisés.
02:43Nous avons eu des rappels, ça fait partie de nos contraintes du métier de policier.
02:47Mais de la plus petite ville à Paris, nous serons présents.
02:50Toujours dans cette définition, dans cette appréciation de la menace,
02:53il y a ces épisodes de violences tardives qui pourraient surgir très tard,
02:57encore plus tard que les samedis précédents.
02:59En cause, ces appels dans la soirée,
03:01spécifiquement à converger vers les lieux de pouvoir,
03:03à piller, à dégrader des commerces et des centres commerciaux.
03:06Enfin, à s'en prendre directement aux forces de l'ordre,
03:08c'est tout ça qui change par rapport aux mobilisations précédentes.
03:12C'est la deuxième mi-temps de l'affrontement que vous attendez aujourd'hui ?
03:16L'affrontement, c'est peut-être un peu guerrier,
03:18mais effectivement, on s'attend à un samedi qui va être extrêmement difficile.
03:21Depuis le début du mouvement des lycéens,
03:23on distingue bien évidemment les personnes qui manifestent,
03:25qui ont des revendications tout à fait pacifiques,
03:27et ceux qui viennent pour autre chose.
03:29Lorsque ça se passe bien, nous, on en est très heureux,
03:30et on accompagne les manifestations sans difficulté,
03:33au lutte contre le risque terroriste,
03:34contre les risques d'accidents routiers.
03:37Et puis en revanche, quand on a des volontés qui sont tout autres,
03:39de dégrader, de venir au contact des policiers
03:42pour nous blesser.
03:44Effectivement, là, on agit différemment
03:45pour protéger les personnes, pour protéger les biens.
03:48Face à ces menaces spécifiques,
03:49notamment pour ce soir, face aux casseurs-pilleurs,
03:52possiblement déjà très identifiés aussi,
03:54en quoi les couvre-feu, les arrêtés anti-regroupement,
03:56les contrôles de flux,
03:57permettent également de limiter la puissance
03:59ou l'impact de ces violences urbaines.
04:01À quoi ça sert, finalement ?
04:02Ça nous permet, d'une part, de contrôler en amont,
04:04de contrôler les flux également,
04:06de faire des contrôles préventifs,
04:07de s'assurer que les personnes qui se rendent en centre-ville
04:09ne sont pas porteurs d'armes.
04:11Et puis, ça nous permet également de disperser immédiatement.
04:14Lorsqu'on a un rassemblement qui n'est pas autorisé,
04:17eh bien, cela constitue une infraction,
04:18et donc ça nous permet d'agir en ordre public et judiciairement.
04:21Dans ce contexte, Agathe Foucault,
04:22quelles sont les consignes précises ?
04:24La doctrine reçue par les forces de police
04:25pour gérer des face-à-face
04:27des face-à-face qui peuvent être amenés à devenir violents.
04:29Je crois que le ministre de l'Intérieur a demandé
04:30une intervention systématique, très rapide,
04:33pour répliquer à chaque exaction,
04:35à chaque comportement de violence.
04:36Mais très concrètement, ça veut dire quoi ?
04:38L'agilité, la rapidité, la célérité
04:40dans nos interventions,
04:41c'est vraiment ce qu'on utilise traditionnellement
04:43en violences urbaines.
04:44Lorsqu'on a face à nous des individus
04:46qui sont extrêmement mobiles,
04:48qui sont en petits groupes,
04:49qui vont agir très rapidement,
04:50eh bien, le travail du policier,
04:51c'est ce qu'on apprend,
04:52c'est d'aller au contact,
04:54d'aller interpeller
04:54pour faire cesser tout de suite l'infraction
04:56et éviter qu'il y ait des groupements
04:57qui sont plus importants.
04:58Avec proportionnalité,
04:59ce qui peut être parfois difficile à appréhender.
05:01La proportionnalité, oui.
05:02Dans le cadre de l'usage de la force,
05:04donc de la force physique,
05:05effectivement,
05:05à l'usage des armes de force intermédiaire,
05:07le policier fait quand même preuve
05:08de discernement, naturellement.
05:10C'est ce qu'il apprend à faire sur le terrain.
05:11Et donc, on emploie la force
05:13avec proportionnalité
05:14lorsque c'est nécessaire.
05:15Et c'est nécessaire
05:17lorsqu'on a devant nous
05:18des individus qui sont violents,
05:19qui viennent au contact.
05:20Et parmi les comportements
05:21qui ont le plus choqué,
05:22il y a les commerçants,
05:23des commerçants par milliers
05:24qui ont tout perdu en quelques instants,
05:25notamment il y a deux semaines.
05:27Face à cela,
05:27j'aimerais vous soumettre
05:28un chiffre issu d'un sondage
05:29de l'Institut CSA
05:30pour Europe 1 notamment
05:31qui vient de sortir.
05:3379% des Français
05:34sont favorables
05:35à ce que les commerçants
05:36aient droit à l'autodéfense
05:37face au pillard.
05:38Comment est-ce que vous accueillez ce chiffre ?
05:40N'est-ce pas la traduction
05:41d'un lien de confiance
05:42qui commence à être rompu
05:43entre les Français et leur police ?
05:45Que les commerçants
05:48adaptent leur sécurité,
05:49notamment passive,
05:50en mettant des planches en bois,
05:51c'est une bonne chose,
05:53ça ne fait que retarder...
05:55L'autodéfense,
05:55ça peut aller un peu plus loin.
05:57Et donc là, en revanche,
05:58effectivement,
05:58la protection des personnes
06:00et des biens
06:00dans la République française,
06:03c'est le rôle des policiers,
06:04c'est le rôle des gendarmes,
06:05c'est pour ça qu'on est mobilisés
06:06particulièrement aujourd'hui.
06:07Face à cette séquence
06:09qui n'en finit pas,
06:10deux et désormais trois samedis
06:11sous tension maximale,
06:12trois semaines de contestation
06:14lycéenne
06:14qui pourrait reprendre également
06:15dès lundi
06:15avec la fin des vacances,
06:17et puis cette nouvelle journée
06:18de convergence des luttes
06:18programmée jeudi prochain.
06:20Quel est votre état d'esprit ?
06:21Celui des forces de police.
06:22Y a-t-il une forme d'habituation
06:23à ces secousses de violences
06:25et à maintenir
06:26ce que certains appellent
06:27un confinement sécuritaire,
06:29une mise sous cloche
06:29des territoires
06:30les plus exposés ?
06:31On parlait notamment
06:32d'Orléans tout à l'heure
06:33pour le week-end dernier.
06:34On est prêts
06:36à être fortement mobilisés.
06:38Malheureusement,
06:38on s'est habitués
06:39parce qu'on a connu
06:40les gilets jaunes,
06:41on a connu les mobilisations
06:42contre les réformes
06:43des retraites.
06:45Après, effectivement,
06:45c'est difficile,
06:46c'est difficile sur le terrain.
06:47Les collègues sont éprouvés
06:49parce qu'ils sont
06:50pour 1 200 d'entre eux,
06:51ils sont blessés.
06:53Et donc, effectivement,
06:54ça nous oblige
06:54à être présents
06:56avec engagement
06:56mais sans effectivement
06:58nier que c'est difficile.
06:59Je crois que l'une des maximes
07:00qu'on vous a enseignées
07:01dans la police,
07:02c'est de gérer l'essentiel
07:03avant l'urgent.
07:04On a géré l'urgent
07:05samedi dernier
07:05pour empêcher
07:06un deuxième 17 octobre.
07:08Qu'est-ce qui doit changer
07:09pour changer l'essentiel
07:10et peut-être même
07:11un peu plus que l'essentiel
07:13et vraiment tirer les leçons
07:14de ce qui s'est passé
07:15le 17 octobre, justement ?
07:16L'essentiel avant l'urgent,
07:18j'y souscris pleinement.
07:19Notre devise
07:20pour la police nationale,
07:22c'est pour la patrie,
07:22ils veillent.
07:23Et donc, naturellement,
07:25on est présent.
07:26On est présent
07:27en s'adaptant
07:27à la menace
07:28qu'on identifie.
07:29Pour aujourd'hui,
07:29la menace,
07:30c'est des groupuscules
07:31qui viendraient dans le cortège
07:32et puis c'est des pillards
07:34qui viendraient le soir.
07:35Et donc, on adapte évidemment
07:36notre dispositif
07:36et notre action.
07:37La commissaire Agathe Foucault,
07:38porte-parole de la police nationale,
07:40était l'invité d'Europe un matin.
07:41Grand merci à vous
07:41d'avoir été là.
07:42Sous-titrage MFP.
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