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  • il y a 7 minutes
Elle nous a fait rêver pendant près de huit mois depuis l'espace. Après 237 jours à bord de la Station spatiale internationale, l'astronaute Sophie Adenot a retrouvé la Terre le 8 octobre en amerrissant au large de la Californie aux côtés de trois autres astronautes. Trois semaines plus tard, elle poursuit sa réadaptation physique. Comment retrouver une vie normale après une telle aventure ? Quels souvenirs garde-t-elle de sa mission ? Et quel avenir pour l'exploration spatiale ?
Sophie Adenot est l'invitée de Marc-Olivier Fogiel.
Regardez Face à Fogiel du 02 novembre 2026.

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Transcription
00:01RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:07Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h18, elle est la deuxième française à avoir volé dans l'espace,
00:12la première à être sortie dans le vide spatial.
00:15Après près de 8 mois à bord de l'ISS, elle a améré le 8 octobre dernier au large de
00:19la Californie,
00:20à quelques heures de sa conférence de presse à l'agence spatiale européenne.
00:23Elle accorde donc à RTL sa première interview en France depuis son retour.
00:28C'est l'astronaute Sophie Adnaud qui est votre invitée, Marc-Olivier Fogiel.
00:32Et on est très heureux de vous recevoir, Sophie Adnaud, en direct. Bonjour.
00:35Merci Marc-Olivier, je suis très très heureux aussi de pouvoir être là, vous voir.
00:39Nous aussi, parce que la dernière fois on s'est parlé, vous étiez dans l'espace.
00:41Et quand vous êtes rentrée, le 8 octobre, vos premiers mots, renvoyez-moi dans l'espace.
00:47Vous étiez tellement bien là-haut.
00:48Mais c'est-à-dire que physiologiquement, quand même, le retour sur Terre, c'est une épreuve.
00:52Et je dois dire, ça, ces mots, je les ai dit juste après avoir passé 25 minutes dans les vagues,
00:58dans cette capsule fermée, où physiologiquement, là, je n'étais pas très bien.
01:02Je n'ai pas vraiment le pied marin.
01:03Et alors, fermée dans cette capsule, c'était un petit peu dur pour le corps.
01:09Mais racontez-nous ça.
01:09Comment on se réadapte à la vie déjà physiquement sur Terre ?
01:12Votre corps, il était complètement déréglé, abîmé ?
01:16Alors, le corps, plusieurs aspects.
01:18Le corps vieillit plus rapidement dans l'espace.
01:21En fait, quand on rentre sur Terre, si un médecin urgentiste prenait un astronaute sans savoir d'où il vient.
01:28Il nous dirait déficience immunitaire, dégénérescence osseuse, perte de masse musculaire, troubles de l'équilibre.
01:36Donc, en fait, il donnerait une analyse médicale, sans savoir qui on était,
01:42mais il donnerait une analyse médicale de quelqu'un qui est très vieux et très, très faible.
01:46Très vieux, ça veut dire quoi, très vieux ?
01:48Vous aviez quel âge en rentrant sur Terre ?
01:50En général, sur une mission longue durée, on dit qu'on prend 10 ans.
01:53Ah oui, quand même.
01:53Et là, vous les avez récupérés trois semaines après ?
01:55Trois semaines après, pas complètement.
01:57En général, on dit que les marqueurs corporels, y compris la peau, etc.,
02:01les récupèrent entre un an et un an et demi après.
02:04Carrément !
02:05Et vous êtes passé par un sas, par une espèce d'hôpital qui vous a remis d'aplomb ?
02:11C'est ça.
02:11Alors, au centre d'entraînement des astronautes, à Cologne,
02:14il y a comme une maison médicalisée qui ressemble à un mini-hôpital
02:18où, pendant toute la première semaine, on y est jour et nuit.
02:22La chambre de l'astronaute est juste à côté de la chambre du médecin
02:25avec un bouton rouge pour pouvoir appuyer.
02:27On est accompagné par les équipes.
02:28Il faut voir que 24 heures après, on ne peut pas vraiment marcher tout seul.
02:32Ou alors, si on commence à marcher, il y a un risque de tomber.
02:35On ne peut pas prendre de douche tout seul.
02:36Ou alors, il faut la prendre assise, sinon on a des troubles de l'équilibre.
02:39Et avec l'eau chaude, le système cardiovasculaire fait qu'il y a une baisse de pression.
02:43On peut perdre connaissance.
02:45Et j'en passe.
02:46Mais y compris aller aux toilettes, on se fait quasiment accompagner jusqu'au bout.
02:49Et maintenant, c'est réglé ?
02:50Maintenant, c'est réglé au bout de deux semaines.
02:53Ça, c'était la première semaine, donc très très proche des équipes médicales.
02:56La deuxième semaine, on passe en version hôpital de jour.
02:59Donc là, on peut dormir tout seul chez soi, mais on est en hôpital de jour
03:03avec beaucoup de tests médicaux et d'examens pour la science et pas seulement pour sa santé.
03:08Et la troisième semaine, test de conduite, de pouvoir reprendre le vélo, etc.
03:15Donc j'ai eu ces tests et là, maintenant, c'est tout bon.
03:17Vous êtes rentrée à la maison ou pas encore ?
03:18Oui, je suis rentrée à la maison, oui.
03:19Parce que Céline, pendant la pub, vous demandez, mais comment on fait quand on revient ?
03:22Elle a dit, Marc-Olivier ne va pas vous poser la question, je vous la pose.
03:25On vous remet l'enfant dans les bras et on fait les machines à laver ?
03:27C'est fini d'aller jouer la eau sur terre ?
03:29Non, alors en fait, c'est très progressif et surtout, l'ESA a un esprit de famille incroyable.
03:34Mais comme la manovac, c'est l'agence spatiale européenne.
03:37L'agence spatiale européenne, il y a un esprit de famille qui est incroyable.
03:40Et ce qui fait qu'en fait, cette première semaine, quand on est dans la maison médicalisée,
03:44qui s'appelle le Enviable d'ailleurs, les familles viennent avec nous.
03:48Et donc, on a la place pour les familles, exactement, on se reconnecte très progressivement.
03:54Et tout se fait en douceur, c'est vraiment très bien pensé pour les familles.
03:58Et psychologiquement, quand on est là-haut, donc la quiétude et on regarde la terre de si loin,
04:03de façon macro, quand on revient ici dans l'actualité qu'on raconte tous les jours,
04:07ça se passe comment, cette espèce de décalage ?
04:12Effectivement, pour moi d'ailleurs, c'est encore un petit peu difficile d'en parler.
04:15Je pense que je n'ai pas complètement atterri dans ce sens-là.
04:18Quand on voit la terre depuis là-haut, la terre est magnifique.
04:23On observe ces paysages à perte de vue qui sont à l'échelle des continents très très beaux,
04:29les océans magnifiques, les îles, même les systèmes de nuages autour.
04:33On observe l'atmosphère qui est toute fine et qui rend la terre à la fois belle et précieuse,
04:38mais enveloppée de cette petite couche protectrice.
04:41Donc on voit un monde très beau, fragile mais très beau, et on revient ici.
04:45Et on revient ici, et il y a une espèce de dissonance cognitive où en fait,
04:50on a du mal à comprendre ce décalage entre l'immensité du beau et l'émerveillement qu'on voit là
04:57-haut,
04:57et la réalité quotidienne qui est difficile pour beaucoup de Français et qui du coup, oui, témoigne de souffrance.
05:05Et j'ai beaucoup, beaucoup d'empathie pour tout ce que je vois ici.
05:08Vous voulez dire que l'empathie est même démultipliée à travers une espèce de sensibilité les 235 jours là-haut
05:12?
05:12Quand vous revenez ici, vous pleurez par exemple ?
05:13Ah oui, j'ai les émotions à fleur de peau.
05:16Vous ne me faites pas trop, parce que là ça va revenir.
05:19Mais en tout cas, sur des petites choses, des petits riens et de ne pas comprendre.
05:27Qu'est-ce qui se passe ?
05:30Qu'est-ce qui se passe par exemple ?
05:32Les lycéens qui aujourd'hui rebloquent ce matin leur lycée, vous ne comprenez pas ça par exemple ?
05:36Non, ce n'est pas que je ne comprends pas.
05:38C'est qu'en fait, il y a des souffrances, il y a des gens en perte de repère.
05:44Et pendant toute ma mission, j'ai essayé de communiquer sur donner une petite lueur d'espoir,
05:50donner un petit quelque chose de positif, un petit brin de fraîcheur.
05:55Et de voir qu'il y a toutes ces souffrances au final, pour lesquelles j'ai beaucoup d'empathie.
05:59Voilà les mesures sacrées quand j'y pense.
06:01Je me dis que j'ai envie de donner aux jeunes cette possibilité de croire en l'avenir.
06:08Je dois vous le dire, Sophie, vous l'avez fait.
06:11Franchement, c'était très réussi.
06:12Quand vous avez en ligne vos vidéos tous les dimanches,
06:15réellement, dans ce monde compliqué, vous l'avez fait, Sophie.
06:17Pour ceux qui disent, en même temps, c'est formidable de partir, mais ça coûte cher.
06:22J'ai discuté de ça avec Thomas ici, Thomas Pesquet.
06:24Il y a des gens qui disent, l'argent consacré à l'espace serait plus utile pour nos hôpitaux, nos
06:28écoles.
06:29Vous leur répondez quoi, vous, Sophie ?
06:31Alors, les questions du budget, moi, je ne suis ni analyste financière, ni tout ça.
06:35Non, mais vous avez fait des choses.
06:36Donc, voilà, mais ce que je peux dire, c'est que quand je vois les retours,
06:42les lettres que j'ai reçues, mais par centaines, au Centre des astronautes européens,
06:48avec des « merci, tu nous as inspiré, merci, on croit en une petite étoile, etc. »
06:55Moi, je vois ça, en fait.
06:57Certes, les choses ont un coût, mais en même temps, la science progresse.
07:04Ça fait partie des choses aussi qui donnent un regard positif,
07:09tourné vers le futur, avec une petite lueur d'espoir aux gens.
07:13Et je pense que ça, c'est des choix de budget.
07:15Encore une fois, je ne suis pas analyste financière, mais je pense que ce n'est pas de l'argent
07:18perdu.
07:19Et en même temps que vous êtes rentrée, vous avez dit, on n'est pas prêts aujourd'hui.
07:21Il nous faut des ruptures technologiques. Vous parliez de quoi ?
07:24Alors ça, je parlais du voyage sur Mars.
07:26Je parlais du voyage sur Mars, en l'occurrence, parce qu'en fait,
07:29il y a 50% des astronautes qui, au retour, ont des symptômes physiologiques
07:34qui font qu'ils, pendant 24 heures, ils ne peuvent plus faire les choses toutes seules.
07:38Imaginez, on a un voyage de 8 mois pour aller sur Mars, on atterrit sur Mars,
07:42et les astronautes ne peuvent pas être autonomes, mais tombent à chaque fois qu'ils essayent de marcher.
07:47Donc il faut organiser ça mieux ?
07:49Alors, il y a des ruptures technologiques, soit pour aller plus vite à destination,
07:54soit avoir, par exemple, un vaisseau spatial avec de la gravité artificielle
07:57qui fait que le corps humain ne perd pas cette habitude de la gravité
08:00et reste opérationnel à l'arrivée.
08:02Racontez-nous, quand même, vous êtes sorti trois fois dans l'espace.
08:05Quand je vous avais interviewé, vous étiez là-haut, vous n'étiez même pas encore sûr de sortir.
08:09Allez, faites vivre aux auditeurs.
08:10Quand la porte s'ouvre, que vous sortez avec le scaphandre, on m'en dit ça.
08:14Voilà, le scaphandre de sortie extravéhiculaire.
08:15C'est une aventure dans l'aventure.
08:19En fait, pour faire une sortie extravéhiculaire, il y a un état de préparation intense.
08:25Moi, pendant cinq semaines, non-stop, j'ai travaillé,
08:28et tout l'entraînement, pendant trois ans avant, est vraiment intense.
08:33On sait que chaque geste, s'il est mal accompli, peut mener à la mort, clairement.
08:40Si on se loupe, si on détache le mousqueton et qu'on s'éloigne de la station,
08:44on en a trois, des possibilités de mousquetons.
08:47On a des corps de rappel, mais on peut...
08:49Voilà, on a des corps de rappel, mais le risque, c'est quand même intense.
08:52Du coup, on est vraiment ancré dans l'un temps présent.
08:55Et c'est presque une expérience, j'allais dire, presque spirituelle,
08:59parce qu'au final, il y a la beauté de la planète autour.
09:03On passe d'environnements qui font juste à l'extérieur de son scaphandre,
09:07de moins 150 à plus 120 degrés.
09:09Donc, on sait que l'environnement autour est hostile, extrême,
09:12qu'on est protégé dans un petit scaphandre qui est notre véhicule spatial.
09:15On est comme un mini-satellite qui tourne à 28 000 km heure autour de la Terre,
09:19juste lié par un filon de sécurité à la station.
09:22Et donc, quelque part, on sait tout ça, le cerveau le sait,
09:25et du coup, on est très, très ancré dans l'un temps présent.
09:29Et il y a une transition vraiment surprenante entre l'immensité de l'extérieur
09:33et la concentration qui est là sur la vis, la pièce de métal en face, le rail.
09:39Enfin bon, c'est...
09:41Voilà.
09:41Magnifique.
09:43Pour terminer, Sophie, quand vous étiez là-haut et que vous regardiez la Terre flambée,
09:46et notamment votre région, Bordeaux,
09:48j'imagine que tout ça aussi, c'était difficile à vivre.
09:50L'émotion que vous aviez là, vous l'aviez là-haut, vous pleuriez là-haut,
09:52quand vous voyiez la Terre flambée ?
09:53Il m'est arrivé d'avoir des larmes, oui, là-haut dans la cupola,
09:56quand je regardais ça.
09:57C'est vrai qu'on voyait que les régions, mais pas qu'en France,
10:00étaient grillées de chaleur, de chaleur intense.
10:04Et quand il y avait les feux, en plus, on voyait ces fumées.
10:05Alors, on ne voyait pas forcément les flammes, mais les fumées envahissantes.
10:09Voilà, donc c'était splendide, mais oui,
10:12toujours beaucoup d'émotions quand on voyait la Terre de là-haut.
10:14Allez, dernière question très courte,
10:15quand vous avez pris votre petit garçon, je crois, dans les bras,
10:17pour la première fois, vous lui avez dit quoi ?
10:19Que j'étais fière de lui, que c'était lui le héros de cette aventure.
10:23Parce qu'il a tenu bon,
10:24et dans la sérénité,
10:28et de jusqu'au bout.
10:29Vous êtes notre héroïne ce matin.
10:30Merci, Sophie Adnaud d'être venue sur RTL.
10:32Merci infiniment, merci beaucoup.
10:33Merci beaucoup à tous les deux.

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