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  • il y a 3 minutes
L'extrait a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Lors de la couverture d'une journée de mobilisation sociale, Igor Sahiri, grand reporter BFMTV, a échangé avec une manifestante qui tentait de perturber un duplex. Il explique sa démarche et lui propose une interview pour exprimer ses revendications.
Plus largement, Igor Sahiri, revient sur les conditions de travail des journalistes sur le terrain en cette période de mobilisations sociales.

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Transcription
00:00Je voudrais qu'on donne la parole à Igor Serry, parce que vous allez nous raconter ce qui s'est
00:04passé,
00:04à quoi a ressemblé votre journée d'hier, puisque vous avez eu un échange avec des manifestants
00:08qui racontent beaucoup de choses, qui a d'ailleurs été beaucoup vu sur les réseaux sociaux.
00:13Tout d'abord, contextualiser comment ça se passe, et après on regardera la scène.
00:16Oui, absolument. Moi, je voulais juste ajouter, hier, par exemple, Porte de Charentan,
00:20quand la manifestation se termine, il reste 200 personnes, dont certains ont participé à un peu de la casse,
00:24à des affrontements avec la police, et moi, je leur ai demandé pourquoi vous restez.
00:27Et je pense aussi qu'il y a une notion de dire, on choisit quand on part.
00:31Ce n'est pas la police qui nous l'impose, pour partir en quelque sorte un peu vainqueur.
00:35Il y a cette notion-là aussi, c'est, voilà, l'autorité de la police, on ne l'accepte pas,
00:39c'est nous qui décidons quand on part. C'est pour ça qu'on attend, parfois, deux heures, trois heures,
00:43avant qu'il n'y ait plus aucun manifestant.
00:46Alors, ce qui s'est passé, c'était la semaine dernière, c'était la manifestation du 24, c'était l
00:50'acte 2.
00:51On avait décidé, avec le service web de BFM TV, de me filmer dans mon travail quotidien, de terrain,
01:00et notamment pendant les manifestations, qui n'est pas facile, mais depuis longtemps,
01:04depuis la perte des Gilets jaunes, que j'ai aussi couverte,
01:06et qui m'a permis, quelque part, de m'affûter un petit peu aux arguments des gens
01:10qui n'aiment pas les médias traditionnels, et notamment BFM TV,
01:15pour essayer de voir dans quelle mesure je peux faire changer un petit peu les choses,
01:19ou en tout cas leur donner des clés de compréhension de la façon dont on travaille, dont on raconte.
01:24Non, BFM TV, ce n'est pas que du plateau, avec des invités politiques,
01:28c'est aussi du terrain, du reportage.
01:29Ça paraît basique, mais pour beaucoup, BFM TV, c'est d'abord du plateau.
01:33Donc, c'est bien aussi de leur dire que ce n'est pas que ça,
01:37que moi, j'existe, qu'il y a une rédaction de reporters, de JRI,
01:40qui font du travail, du long format, du court format,
01:43et à un moment donné, c'est en tout début de manifestation, Porte d'Italie,
01:48il y a une maman et sa fille lycéenne qui sont là pour manifester,
01:52que j'interview en direct, échange très intéressant,
01:56la maman est venue soutenir sa fille lycéenne,
01:58et puis là, arrive une jeune femme qui a le visage caché,
02:04avec deux autres jeunes femmes qui l'accompagnent,
02:07et d'autres personnes qui commencent à me huer,
02:10et à crier, pendant mon duplex,
02:13et ça me perturbe, ça perturbe l'interview,
02:16notamment au niveau sonore,
02:17parce qu'on n'entend pas tout ce qui se passe avec cette maman et sa fille.
02:20Et du coup, vous décidez d'aller leur parler d'intervenir.
02:24Regardons.
02:25– Dans votre établissement, vous me disiez que les classes sont sur le terrain.
02:28– Macron ! Démission !
02:32– Macron ! Démission !
02:34– Macron ! Démission !
02:36– Macron ! Démission !
02:38– Macron ! Démission !
02:40– Excusez-moi, c'est juste un truc à dire.
02:42Cette maman et sa fille disent des trucs hyper intéressants,
02:45et en fait, à cause de vos cris derrière, ça vous a un message.
02:48C'est contre-productif ce que vous faites.
02:50– Là, si je veux, je fais mon travail, et je fais mon travail.
02:53Je me suis bien sûr que le message de cette mère et de cette fille,
02:56qu'il y avait de vraies revendications.
02:57– Et elles ont des revendications comme vous,
02:58– Mais le problème, c'est qu'en luiant derrière, ça vous délevé ça.
03:01Moi, je fais mon travail, en fait.
03:02Non, mais c'est intéressant ce que tu dises.
03:04C'est que je me décrédite dans la question du concidien.
03:08– Tu me reproches que ce que je suis précisément en train de faire avec la maman et ça finit.
03:11Tu vois que c'est contraire de toi ?
03:12Parle-moi de toi !
03:13C'est bien, on fait une interview, parle-moi de toi.
03:15– C'est quoi ton prénom ?
03:16– De quoi ? Mon prénom, c'est Cassandra.
03:18– Alors, Cassandra, qu'est-ce que tu fais dans la vie, Cassandra ?
03:20– Cassandra, moi, je travaille, j'ai un petit CD.
03:22Et en fait, le problème, c'est que vos chaînes comme BFM TV,
03:25elles nous stigmatisent parce que nos revendications…
03:28– C'est toi qui stigmatise BFM, là ?
03:29– Non ! Nos revendications, elles ne sont pas écoutées.
03:32– Mais si, on passe notre temps avec les revendications.
03:34– Tout ce que vous passez en 24-24, c'est les dégradations, les problèmes, les pillages.
03:39– Mais on ne peut pas en parler non plus.
03:40– On ne peut pas en parler, mais parler des revendications, parler des jeunes,
03:43parler des gens qui se sont faits mutiler par la police, mais il y a des gens qui sont…
03:47Moi, je veux que le système, il change.
03:48– Alors, qu'est-ce que tu veux comme système ? Essaye de me le raconter concrètement.
03:50– Moi, je veux un système où on est tous citoyens, on a tous une voix, on se fait tous
03:54écouter.
03:54On n'est pas du tout répressés pour tout ce qu'on pense.
03:57Genre, vraiment, juste, il faut qu'on puisse avoir une voix en tant que citoyen,
04:02que les médias arrêtent de nous stigmatiser, que juste, on nous écoute,
04:05on écoute nos revendications, on se fait tous tuer par système,
04:08que ce soit les flics, que ce soit nous, que ce soit les grands, les grands-parents,
04:12que ce soit les jeunes, les enfants, on n'a plus d'avenir.
04:14Il faut comprendre que nos messages, à cause de ces personnes-là,
04:16qui sont tout en haut, ne sont pas écoutés, parce que nous, on est tout en bas,
04:19et c'est pour ça, tout ce qui nous reste, c'est la rue.
04:21– Eh bien, c'est parfait, Cassandra, franchement, ton message est passé,
04:23voilà, tu vois, c'est cool, l'alliance serre la main.
04:25– Oui !
04:26– Qu'est-ce que ça dit, Jean-Bourquet, ce dialogue très intéressant, nécessaire d'ailleurs ?
04:32– Nécessaire, qu'est-ce que ça dit du climat actuel ?
04:34– Qu'il est très tendu, on le voit, et qu'il y a une défiance qui est assez généralisée,
04:41notamment vis-à-vis des médias, qui sont suspectés d'être aux ordres de tels ou tels intérêts,
04:47et ça dit aussi comment, dans cette jeune génération,
04:52le réflexe premier, ce n'est pas de vous écouter vous,
04:55pour s'informer, c'est d'aller sur les réseaux sociaux,
05:00avec ce qu'on connaît bien, c'est-à-dire des bulles de filtres,
05:03l'algorithme va vous envoyer vers des contenus dont on a identifié
05:06qu'ils allaient être en phase avec ce que vous pensiez,
05:10puis ça renvoie aussi à des traits de caractère de cette homo-occidentaliste,
05:14c'est-à-dire la capacité à écouter l'autre,
05:17à relativiser son point de vue, à se décentrer,
05:20ce n'est pas forcément la qualité la plus répandue aujourd'hui,
05:25vous voyez qu'on dit, mais pourquoi on ne parle pas de moi,
05:27ce que ça montre aussi, c'était très présent,
05:31vous y avez fait référence pendant le mouvement des Gilets jaunes,
05:33c'est-à-dire que, non seulement il y a une défiance vis-à-vis des médias,
05:37mais je ne suis pas sûr qu'elle ait envie que quelqu'un la représente.
05:41Rappelez au moment des Gilets jaunes,
05:42quand il avait fallu trouver des représentants pour aller discuter à Matignon,
05:46il n'y avait plus personne,
05:47et puis les quelques-uns qui s'étaient plus ou moins autodésignés
05:49avaient été...
05:50Contestés aussitôt.
05:51Oui, voire ils s'étaient retirés,
05:53parce qu'on avait dit qu'ils étaient en train de trahir le mouvement.
05:55Et donc, il y a cette volonté de ne déléguer à personne sa parole.
06:00Donc, c'est votre travail.
06:01Vous, le média, c'est celui qui médit.
06:04Pas médisance, au sens « médier une relation ».
06:07Et donc là, on en a une expression, une illustration assez criante.
06:10Le problème qu'on a aussi aujourd'hui,
06:12c'est que la temporalité de l'information a changé.
06:14Elle a changé d'abord avec les chaînes d'info,
06:16et ensuite, encore plus avec les réseaux sociaux.
06:18Et vous l'avez dit, le problème qu'on a aujourd'hui,
06:20c'est que pour beaucoup de gens en colère dans la rue aujourd'hui,
06:24qui notamment nous n'aiment pas,
06:26voient BFM TV et les autres médias traditionnels
06:28uniquement sur des vidéos extrêmement courtes,
06:31et des vidéos de plateau,
06:33entre des échanges parfois violents,
06:34parfois qui dérapent, parce que ça arrive aussi,
06:36mais on est là aussi pour contester,
06:39pour dénoncer des fausses informations.
06:41Mais généralement, dans ces morceaux de vidéos,
06:43on ne les voit pas.
06:44On ne voit que ce qui ne va pas.
06:45Et une chaîne d'info n'est pas parfaite.
06:47Elle est perfectible.
06:49Et le problème, c'est que quand les gens ne voient que ça de BFM TV,
06:52forcément qu'ils ont de la colère.
06:53Donc moi, j'essaye aussi d'expliquer
06:55qu'une chaîne d'info, c'est beaucoup de journalistes
06:57qui travaillent, qui sont très sérieux,
06:58qui sont payés pour informer avec des informations vérifiées,
07:01contrairement aux réseaux sociaux, vous l'avez dit,
07:03qui ont des algorithmes qui vont toujours dans le même sens
07:05et qui désinforment plus qu'ils n'informent aujourd'hui.
07:07Merci, Igor, d'avoir été avec nous.
07:08Et merci à vous, Jérôme Fourquet.
07:10Ça s'appelle Homo Occidentalis,
07:12que sommes-nous devenus aux éditions Seuil.
07:14Et c'est donc en ce moment en librairie.
07:16Et c'est passionnant, évidemment.
07:18Merci beaucoup, Jérôme Fourquet, d'avoir été avec nous.
07:20Merci à vous.

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