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Mardi 3 novembre 2026, retrouvez Ambroise Fayolle (Vice-Président, Banque Européenne d'Investissement), Marine Jamain (Associée M&A; / Private Equity, Orrick) et Alain Rauscher (Directeur général, Antin Infrastructure Partners) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:08Bonjour à toutes et à tous, bienvenue à la Paris Infra Week, événement majeur en Europe du secteur des infrastructures
00:14co-organisé par Paris Europlace et le ministère de l'économie des finances et de l'industrie.
00:19On est ici à Bercy et les débats, les plénières se déroulent jusqu'au 6 novembre avec les acteurs les
00:27plus influents du secteur,
00:28ce qui façonne le paysage mondial des infrastructures pour cette dixième édition.
00:33Les discussions s'articulent autour de trois thèmes majeurs, l'énergie, le numérique et la sécurité.
00:39C'est parti pour ce Smart Impact spécial Paris Infra Week.
00:49Paris Infra Week fête ses dix ans, c'est la dixième édition ici à Bercy.
00:54J'accueille un grand témoin de cette décennie consacrée aux infrastructures.
01:00Alain Rocher, le co-fondateur d'Antin Infrastructure Partners.
01:04Bonjour, bienvenue.
01:05Présentez-nous le groupe, l'ambition du groupe aujourd'hui.
01:09Alors, Antin a été créé afin d'investir dans des infrastructures en Europe et en Amérique du Nord,
01:17avec une ambition de faire ce qu'on appelle des stratégies à forte valeur ajoutée,
01:21c'est-à-dire d'investir dans des sociétés qu'on va développer en investissant beaucoup de capital
01:29pour créer le maximum de valeur.
01:32Alors, vous êtes, je le disais, un grand témoin de cette décennie autour des infrastructures.
01:37Quand vous le regardez en 2016 et aujourd'hui, qu'est-ce qui profondément a changé pour vous ?
01:42Alors, ce qui a profondément changé, c'est que le secteur s'est considérablement développé,
01:49non seulement en termes de capitaux mobilisés, les capitaux sont spectaculaires.
01:55C'est devenu maintenant une des classes d'actifs majeures, avec le private equity et l'immobilier,
02:03et le crédit, c'est une des quatre grandes classes d'activités.
02:06Et deuxièmement, les activités se sont considérablement diversifiées.
02:13C'est-à-dire, on parlait quoi ? On parlait de transport ?
02:15Oui, on parlait d'autoroutes.
02:16On parlait d'énergie, de grands équipements publics, c'est ça ?
02:19Oui, de tunnels, de ponts, de ports, d'aéroports.
02:23Et maintenant, on parle de financement de fibres, de financement d'infrastructures sociales,
02:29de financement d'infrastructures pour l'intelligence artificielle.
02:32Bien sûr.
02:33Je donne un chiffre qui m'a stupéfait dans le rapport d'Entropique pour aller en bourse.
02:40L'estimation des besoins d'Entropique en infrastructures de télécom et d'IA
02:45est chiffrée à peu près à 1 000 milliards de dollars pour une société.
02:49Donc, ce sont des montants complètement ébouriffants.
02:51Donc, une très grande globalisation du montant, une diversification des secteurs
02:56et une envolée des montants de capitaux mobilisés par le secteur.
02:59Et qu'est-ce que ça change ou qu'est-ce que ça a changé à votre métier d'investisseur
03:03?
03:04Alors, je dirais peu de choses et rien.
03:07Rien au sens que notre approche en termes de risque a toujours été la même.
03:11On cherche à investir dans des sociétés qui présentent des caractéristiques de protection,
03:18de l'argent que nous investissons.
03:20On investit dans des services essentiels à des communautés et qui se protègent contre l'inflation.
03:28Là où ça a changé, c'est effectivement qu'on a dû s'adapter à des secteurs d'activité
03:35qui ont complètement été transformés et développés.
03:38Quand on a commencé il y a 10 ans, les fibres étaient un secteur très petit.
03:44C'est aujourd'hui un très gros secteur.
03:46Les aéroports étaient très actifs.
03:49Il n'y a pratiquement plus d'activité dans les aéroports parce que tous les deals ont déjà été faits.
03:52En revanche, je parlais de l'IA.
03:54C'est vraiment une nouvelle frontière qui est avec des montants ébouriffants.
03:57Alors, je vous rebondis sur le chiffre que vous avez donné qui est effectivement impressionnant.
04:011000 milliards de dollars pour la seule entreprise en tropique.
04:05Est-ce qu'il y a assez d'argent ?
04:07Est-ce qu'on va pouvoir suivre pour financer toutes ces infrastructures ?
04:11Alors là, il y a un vrai sujet de mobilisation de capital et de dette.
04:20Parce qu'en réalité, ces financements considérables vont se faire très largement avec de la dette.
04:25En fait, le modèle de ces infrastructures d'IA, c'est un modèle immobilier.
04:31Et vous avez des gens qui vont arriver et mettre du capital dans les activités.
04:36Et l'essentiel va plaire des prêteurs, banques ou sociétés qui ne sont pas bancaires,
04:42qui vont prêter du crédit, de la dette, pour des proportions qui peuvent être de l'ordre de 10,90.
04:48Donc, les montants sont ébouriffants.
04:50Et le vrai sujet aujourd'hui, c'est de s'assurer qu'une fois que les infrastructures ont été créées,
04:56elles sont rentables et donc payent un loyer régulier aux gens qui ont financé ces activités.
05:03Et de l'autre côté, le vrai sujet, pour moi, va être un effet d'éviction du marché du crédit
05:10par d'autres secteurs qui ont besoin d'argent, mais qui auront plus difficilement accès
05:13parce que beaucoup vont être mobilisés sur l'IA.
05:15Je crois que ça va être les deux problèmes qui vont être importants pour ce secteur.
05:18Est-ce que ça repose uniquement sur les investisseurs privés ?
05:24Ou alors, est-ce qu'il y a forcément une complémentarité entre les États et les investisseurs privés ?
05:30Je pense qu'il y a une complémentarité entre les États et les investisseurs privés.
05:36Et je pense qu'il y a également une complémentarité pour la dette entre les banques traditionnelles
05:42et les sociétés de crédit privés, Apollo, des gens comme ça.
05:48Donc, je pense que tout va être mobilisé pour financer une rupture majeure dans le marché.
05:56Derrière ces enjeux-là autour de l'IA, il y a aussi des enjeux environnementaux.
06:01On est dans une émission qui s'appelle Smart Impact, consommation d'électricité, consommation d'eau.
06:07On pourrait aussi parler de souveraineté numérique.
06:09Comment vous conciliez la rentabilité de ces investissements avec leur acceptabilité environnementale ?
06:14Alors, tout d'abord, je pense que les investissements, d'une certaine manière, sont de plus en plus vertueux
06:24parce qu'ils ont prouvé qu'ils étaient rentables.
06:26Je pense en particulier à la transition énergétique.
06:29Elle est très largement engagée et on le voit bien.
06:33L'électrification, qui est un thème absolument majeur, se fait déjà de façon très propre.
06:39Je prends quelques chiffres.
06:41Aux Etats-Unis, on pense souvent que les Etats-Unis ne respectent pas beaucoup
06:45ou sont moins sensibles aux problématiques d'environnement.
06:48Sur l'électrification, aujourd'hui, 40% d'électricité est produite avec du gaz,
06:5440% avec de l'énergie renouvelable, très largement développée sous la présidence Biden,
07:00mais pas seulement, 10% par nucléaire et 10% seulement par charbon.
07:04Ce qui est prévu, c'est que dans les 25 ans qui viennent,
07:09on va doubler aux Etats-Unis la production d'électricité
07:12et le charbon sera zéro, nucléaire 10%, le gaz 40% et 50% pour le renouvelable.
07:22Mais ça correspond à des doublements de capacités.
07:25Donc en réalité, des modèles économiques profitables ont été trouvés.
07:31C'est vrai aux Etats-Unis, c'est vrai en Europe, c'est vrai également en Chine
07:34où, comme vous le savez, il y a une énorme électrification propre
07:37qui a été développée après des décennies d'utilisation de charbon.
07:41Merci beaucoup.
07:42Merci Alain Rocher et bonne journée ici à Paris Infra Week.
07:48Notre édition spéciale de Smart Impact continue.
07:57Smart Impact est à Paris, Infra Week qui fête ses 10 ans.
08:01C'est, vous le savez, le rendez-vous européen du secteur des infrastructures.
08:04J'accueille mon deuxième invité, Ambroise Fayol.
08:06Bonjour.
08:07Bonjour.
08:07Bienvenue, vous êtes le vice-président de la Banque Européenne d'Investissement.
08:10On va commencer par faire un peu de pédagogie.
08:13Vous pouvez nous rappeler le rôle, l'ambition de la Banque Européenne d'Investissement ?
08:17Alors, la Banque Européenne d'Investissement, c'est une institution de financement européenne
08:22qui est une institution qui a été créée par le traité de Rome,
08:25comme la Commission Européenne, comme la Cour de Justice de l'Union Européenne
08:31et qui a vocation à financer des infrastructures en particulier européennes.
08:37L'idée qu'avaient les fondateurs de l'Europe à l'époque,
08:40c'était que c'était formidable d'avoir le marché, ce qu'on appelait à l'époque,
08:44la communauté économique européenne,
08:47mais qu'il y avait des risques pour les pays de la périphérie,
08:50notamment on pensait à l'Italie du Sud,
08:52qui soit de plus en plus exclue de cette phase de croissance interne à la construction européenne.
08:57Et donc pour ça, on a mis en place une institution dont l'objectif,
09:01c'est de financer des très grands projets qui ont un intérêt européen.
09:04Alors, on a deux caractéristiques importantes qui font notre attractivité aussi.
09:09La première, c'est qu'on est une institution publique,
09:12donc nos actionnaires, ce sont les États,
09:13et qu'on a une notation qui est triple A.
09:16Et le triple A nous permet, ce n'est pas un outil en soi,
09:19mais ça nous permet d'emprunter très long et pas cher.
09:23Et puis, comme on est une institution publique,
09:26on n'a pas vocation à maximiser le profit,
09:28on n'a pas vocation à faire des pertes non plus.
09:30On n'a pas vocation à maximiser le profit,
09:31et donc, l'avantage financier qu'on a en empruntant à la BEI,
09:37on le retransmet au projet qu'on finance.
09:39D'accord. Alors, qu'est-ce que vous attendez d'un événement comme celui-là ?
09:42C'est vrai que c'est la dixième édition de Paris Infraouille.
09:45Vous étiez là dès le début, forcément,
09:48vu le cœur de métier de la Banque Européenne d'investissement.
09:51Et qu'est-ce que vous avez vu évoluer peut-être ?
09:53C'est ça qui est intéressant.
09:54Alors, d'abord, pour nous, c'est un événement très important
09:57parce que, vous le verrez, il y a énormément de monde,
10:01énormément de monde, de partout dans le monde.
10:05Vous avez des gens qui viennent d'Australie,
10:07vous avez des gens qui viennent des États-Unis,
10:09vous avez beaucoup d'Européens,
10:10et c'est un très bon moyen pour nous
10:13de, à la fois, avoir un certain nombre de clients,
10:17de discuter sur un certain nombre d'évolutions,
10:20et puis d'écouter un peu ce qui se dit.
10:23Et ce genre d'occasion est assez unique
10:26et de voir les évolutions.
10:28Par exemple, nous, il y a une évolution
10:29à laquelle on a contribué.
10:31Il y a une dizaine d'années,
10:32on a décidé de se transformer
10:33de Banque de l'Union Européenne
10:34en Banque du Climat de l'Union Européenne.
10:36Et donc, on finance des projets qui ont un intérêt
10:39dans la lutte contre les effets du changement climatique,
10:42en particulier pour les infrastructures.
10:43Et ce qu'on a vu depuis quelques années,
10:46c'est une évolution de ce concept
10:49de Banque du Climat de l'Union Européenne
10:51parce que ce qu'on voit, c'est que les investissements
10:54qui sont favorables pour le climat,
10:56ils sont aussi nécessaires d'un point de vue
10:58de l'autonomie stratégique européenne
11:01et de la compétitivité.
11:03Ça, on le voit avec à la fois
11:04les conséquences de l'invasion russe en Ukraine
11:06et de la crise au Moyen-Orient.
11:08Vous avez accordé un montant record
11:10de 100 milliards d'euros de nouveaux investissements.
11:12Ça, c'était en 2025.
11:14À quel moment vous intervenez ?
11:16Comment vous interagissez avec des financements privés
11:20qui peut-être ne suffisent pas à lancer un projet ?
11:22Alors, vous le dites,
11:24nous, on n'a pas du tout vocation
11:25à prendre la place du secteur privé.
11:27Donc, si des projets peuvent être financés par eux-mêmes,
11:31c'est formidable et on passe notre tour, si je puis dire.
11:35Il y a un certain nombre de projets,
11:37par exemple dans les infrastructures,
11:38où on est nécessaire.
11:40Soit parce que la taille est très importante,
11:42soit parce que le risque est très élevé.
11:44Et à ce moment-là, une institution publique,
11:46que ce soit nous ou que ce soit le groupe Caisse des dépôts,
11:48par exemple, en France,
11:50ça peut avoir un intérêt particulier.
11:53Alors, si je prends l'exemple de l'éolien.
11:56Il y a une vingtaine d'années,
11:57on était très présents sur l'éolien onshore
12:00parce que c'était assez nouveau.
12:02Aujourd'hui, on l'est, mais de manière plus rare.
12:05Sur l'éolien offshore,
12:07on est devenu très important il y a dix ans
12:10parce que c'était le lancement de ces projets
12:13qui sont souvent des projets extrêmement consommateurs en capital.
12:16Et aujourd'hui, on continue à financer beaucoup de projets offshore.
12:19Mais là où on est très, très présent,
12:21c'est sur l'éolien offshore flottant.
12:24Parce que là, il y a en plus une spécificité technique
12:27qui fait qu'il y a un risque additionnel
12:29qui justifie l'intervention d'une institution publique.
12:33Et ça nous permet de financer des projets
12:34comme ceux qu'on finance par exemple dans le golfe du Lyon
12:37sur des projets d'éolien offshore flottant
12:38qui ont en plus la caractéristique par rapport aux autres
12:40d'être politiquement beaucoup plus acceptable.
12:43Et alors, vous avez signé avec BNP Paribas un accord en septembre,
12:48350 millions d'euros de contre-garanties
12:51que vous proposez avec la banque européenne d'investissement,
12:55même somme côté BNP Paribas.
12:59Qu'est-ce que ça permet de lever ?
13:00C'est quoi l'objectif d'un tel accord ?
13:02Alors là, en fait, c'est la résultante
13:05de ce qu'on a discuté beaucoup avec les banques.
13:09pour savoir où est-ce qu'on était le plus utile.
13:10C'est aussi à ça que sert ce genre de réunion ici.
13:14Et ce que nous en disent les banques,
13:16par exemple sur l'éolien offshore,
13:20c'est là où vous seriez le plus utile.
13:23Ce n'est pas tellement de nous financer,
13:25c'est plutôt de nous garantir.
13:28Et notamment de nous contre-garantir.
13:30Parce que le fait qu'on puisse donner des garanties européennes
13:35permet derrière d'avoir un effet de levier
13:38et donc d'avoir des projets beaucoup plus importants en taille.
13:42Et donc, on a mis en place un instrument
13:43qui est un instrument de contre-garantie
13:45où dans lesquels on fait des garanties aux banques
13:47qui elles-mêmes garantissent un certain nombre de projets.
13:49C'est-à-dire que ces projets, ils ne verraient pas le jour ?
13:51Ils verraient le jour, mais probablement pour des plus petites tailles.
13:54Probablement, ils prendraient beaucoup plus de temps à être montés.
13:58Et avec moins d'attractivité pour les investisseurs
14:01parce que quand il y a le nom de la BEI qui apparaît quelque part,
14:04normalement, sans fausse modestie,
14:06c'est quelque chose qui montre que l'instruction d'un projet
14:07a été faite sérieusement.
14:09Il nous reste une minute, le temps a filé très vite.
14:11Est-ce qu'il y a, là on a parlé de risques climatiques,
14:16d'éolien, d'éolien offshore,
14:17est-ce qu'il y a de nouveaux investissements,
14:19de nouveaux types d'investissements sur lesquels vous travaillez aujourd'hui ?
14:21Alors oui, bien sûr.
14:22D'abord, par exemple, nous ce qu'on commence à faire maintenant,
14:25l'un des grands enjeux, c'est le réseau.
14:27Oui.
14:27Et le financement du réseau.
14:28Alors on en a fait beaucoup l'année dernière,
14:29on a fait 11 milliards et demi de financement dans le réseau.
14:32Et on finance aussi en direct des entreprises,
14:34comme Nexan par exemple.
14:36Donc on est très présent là-dessus.
14:38Mais ce qu'on voit, c'est que ce qui est utile de faire,
14:42c'est de financer les infrastructures,
14:44mais aussi les entreprises qui sont derrière ces infrastructures.
14:48Essayez d'avoir, pour augmenter l'autonomie stratégique européenne,
14:51vous avez besoin de financer les entreprises
14:53qui sont derrière les composants de ces réseaux.
14:56Merci beaucoup Ambroise Fayol.
14:58Bon, Paris Infra Week ici à Bercy.
15:01On passe tout de suite à notre débat.
15:03Le risque climatique, nouveaux critères d'investissement.
15:13Le risque climatique est-il en train de devenir le nouvel arbitre de l'investissement ?
15:18On en débat tout de suite avec Marine Jamin.
15:22Bonjour.
15:22Bonjour.
15:23Bienvenue.
15:23Vous êtes associée à MEA Private Equity chez Auric.
15:26Et Gwen Collin, bonjour.
15:27Bonjour.
15:28Bienvenue à vous aussi, responsable SG Rechercher Vauban.
15:30Allez, une minute pour présenter vos entreprises respectives.
15:33Auric, en quelques mots.
15:34Alors Auric est un cabinet d'origine américaine,
15:37implanté à Paris depuis une vingtaine d'années,
15:39avec un fort ancrage dans les infrastructures et l'énergie.
15:44Et Vauban ?
15:45Et Vauban, c'est un fonds d'investissement en infrastructures.
15:48On investit dans très long terme.
15:50On est majoritaire, généralement, quand on investit.
15:53On est dans la transition énergétique, les transports, le digital et tout ce qui est gestion des déchets, gestion de
16:04l'eau,
16:04en Europe, avec un peu de diversification en Amérique du Nord.
16:07Alors on va parler évidemment de risque climatique, le thème principal de ce débat,
16:11nouvel arbitre de l'investissement.
16:13Déjà, une question assez générale pour démarrer.
16:15Je commence avec vous, Gwen Collin.
16:17Est-ce qu'il est encore sous-évalué, ce risque climatique, dans le prix, dans la valorisation des infrastructures ?
16:23En fait, là, on parle d'une transition.
16:25Et dans notre grande transition, il faut avoir une vision.
16:28C'est vraiment une position de visionnaire aujourd'hui.
16:31Donc l'évaluation n'est pas toujours simple.
16:34On n'a pas de boule de cristal.
16:36L'idée, c'est vraiment de travailler avec nos connaissances techniques,
16:40nos connaissances sectorielles, géographiques.
16:44Travailler avec nos partenaires aussi.
16:45Alors les assureurs, les réassureurs,
16:48qui ont une grande capacité à revoir les risques,
16:51et notamment les risques climatiques.
16:52C'est les premiers sur la ligne de ce type de problématiques.
16:58Mais l'idée, oui, c'est qu'évidemment, il y a des acteurs qui auront une bonne vision
17:04et d'autres qui vont être un peu plus, je dirais, derrière.
17:08Oui, effectivement.
17:08Sous-évaluation ou pas de ce risque climatique, d'après vous ?
17:12Alors après, les process M&A en infrastructure restent très compétitifs
17:15parce que c'est des actifs qui sont toujours très recherchés
17:17et qui sont malgré tout très résilients.
17:20Donc il est toujours un peu difficile de prendre complètement en compte
17:23l'impact du risque climatique dans le prix,
17:26sous peine de ne pas pouvoir investir dans l'actif considéré.
17:30Donc oui, c'est peut-être un tout petit peu sous-évalué,
17:32mais c'est quand même de plus en plus pris en compte,
17:34notamment du fait que les infrastructures qui présentent un risque climatique
17:39rencontrent de plus en plus de difficultés pour être financées
17:42ou pour être assurées, ce qui du coup impacte nécessairement le prix.
17:45Oui, ça veut dire qu'on peut voir une transaction échouer aujourd'hui
17:50parce que trop exposée au risque climatique
17:52ou alors que l'adaptation coûterait trop cher ?
17:55Oui, c'est possible.
17:56Après, ça dépend effectivement des infrastructures.
17:58Il y en a qui sont plus sensibles que d'autres
18:00et où en fait, le prix pour mettre cette infrastructure en conformité,
18:08pour pouvoir la faire évoluer avec le climat va coûter trop cher effectivement.
18:10Donc oui, ça peut tout à fait faire échouer une transaction.
18:13Même question, il y a des transactions qui échouent à cause de ce risque climatique ?
18:19Alors, je dirais des transactions sur lesquelles on ne va pas aller, certainement,
18:24puisque notre rôle aussi, c'est de faire de la performance.
18:26Donc, on va évidemment aller sur le bon prix pour pouvoir gagner les appels d'eau,
18:32pour pouvoir aller sur les investissements.
18:34Mais notre rôle derrière, c'est de faire de la performance.
18:37Donc, on ne va pas sous-évaluer un actif.
18:39Et évidemment, on ne va pas aller sur un actif si on considère qu'il n'est pas au bon
18:42prix,
18:43dû au risque et aux opportunités qu'il y aura derrière.
18:46Donc, derrière, il y a évidemment aussi des actifs qui vont être plus exposés.
18:51Par exemple, s'il y a une question de biomasse,
18:53s'il y a une question de potentiel feu autour de nos actifs,
18:57ou s'il y a des questions de refroidissement,
19:00on voit sur les data centers qui sont très exposés à ce type de problématiques,
19:04on va se poser la question de l'implication sur nos actifs, sur le long terme.
19:09Ce que je disais, c'est une question d'horizon aussi, de placement.
19:13Et on va évidemment le considérer dans notre évaluation.
19:17Qui assume le coût de l'adaptation ?
19:19Aujourd'hui, c'est d'abord l'investisseur, c'est l'exploitant, c'est les pouvoirs publics,
19:24c'est l'usager.
19:25Ça se répartit finalement ?
19:26Ça se répartit.
19:27C'est prévu dans les contrats.
19:28Après, il y a de plus en plus d'exceptions quand même sur les risques climatiques dans les contrats.
19:33C'est quelque chose qui va certainement être amené à évoluer.
19:35Mais après, oui, d'un point de vue juridique, c'est prévu et c'est négocié dès le départ dans
19:41les contrats entre les différentes parties.
19:42Même question.
19:44Qui assume le risque ?
19:45Qui assume le coût ?
19:47Alors, je dirais qu'en première ligne, les investisseurs vont assumer le coût du CAPEX pour déployer nos actifs,
19:53pour évidemment faire face à ces risques, mais aussi à ces opportunités.
19:57Derrière, les opérateurs vont déployer de l'OPEX, tout ce qui est lié à leur outil de travail au quotidien.
20:04Et derrière, la perte de revenus ou le gain de revenus, ce sera pour les deux.
20:09Donc, la vraie question, c'est comment aller vers du gain de revenus en étant...
20:13Oui.
20:14Mais vous parliez du fait que ce soit prévu au contrat.
20:17Comment vous répartissez le risque contractuellement entre le vendeur et l'acheteur,
20:23alors que le risque climatique, il peut être difficile à évaluer finalement et à anticiper ?
20:27Là, j'étais plus dans des contrats de concession ou dans des contrats avec des personnes publiques.
20:31Dans un dilemme et n'est, on ne va pas pouvoir répartir.
20:32En fait, ce n'est pas un risque classique, le risque climatique.
20:35Ce n'est pas un risque social ou fiscal qu'on peut mesurer, qu'on peut corriger.
20:39En fait, déjà parce qu'il est imprévisible, qu'on ne connaît pas les contours
20:41et qu'on ne sait pas l'évolution de ce risque.
20:45Donc, on ne peut pas le prendre en compte dans un contrat M&A avec une garantie
20:49puisqu'en fait, le vendeur ne va pas vous garantir qu'il n'y aura pas de changement climatique
20:52puisque déjà d'une, il ne peut pas et de deux, ça lui coûterait trop cher.
20:55Donc, ce n'est pas quelque chose qui va être pris en compte comme une garantie.
20:57Donc, c'est pour ça que ça va être nécessairement principalement pris en compte dans le prix.
21:01Mais dans le contrat, on ne va pas pouvoir réguler ça entre acheteurs et vendeurs.
21:04C'est un risque qui existe pour tout le monde et qui ne peut pas être régulé dans un contrat
21:08d'acquisition.
21:09On est à Infraoui qui fête ses 10 ans.
21:12Est-ce qu'avec un peu de recul, comment vous voyez justement cette question de risque climatique
21:19s'imposer finalement dans les débats, dans les projets au fur et à mesure ?
21:24Moi, je dirais avec beaucoup de pragmatisme.
21:26Aujourd'hui, vous allez voir beaucoup d'investisseurs ici, mais aussi d'industriels.
21:31Ce que je trouve vraiment bien, c'est qu'on a vu beaucoup d'opérateurs et d'industriels venir dans
21:36ces discussions.
21:37Alors qu'on travaillait avant beaucoup en silo, même au niveau des initiatives.
21:42Aujourd'hui, d'écouter les gens de terrain, d'écouter les opérateurs qui ont une vision sur le déploiement des
21:48actifs
21:48et sur le quotidien, je dirais, est clé pour nous.
21:52Et de les voir aujourd'hui avec nous dans ces discussions, je pense que c'est quelque chose de très
21:57favorable et d'important.
22:00Et je pense qu'on voit aussi, et on en était d'accord, on en a parlé en préparant cette
22:04interview,
22:05c'est que c'est aussi porteur de nouvelles opportunités.
22:07En fait, le changement climatique, il y a plein de...
22:09Tout à l'heure, pendant les interventions, on a parlé du stockage de l'énergie,
22:13parce que maintenant, en France, on sait très bien produire de l'énergie renouvelable.
22:16Le seul problème, c'est qu'elle est intermittente et on ne sait pas encore...
22:18On est en train de développer le stockage là-dessus,
22:20ce qui va permettre d'arriver à une nouvelle étape d'autonomie énergétique.
22:26C'est pareil sur les bandes électriques de recharge.
22:28C'est tout un nouveau business qui n'existait pas il y a quelques années,
22:30mais qui est nécessaire pour pouvoir faire la transition énergétique.
22:34Donc, au-delà du risque climatique, il y a aussi de nombreuses opportunités
22:37qui sont créées par ce changement et par l'adaptation.
22:40Justement, je veux bien qu'on s'appuie maintenant sur des exemples,
22:43concrets pour illustrer tout ce qu'on vient d'expliquer,
22:46de projets sur lesquels vous êtes engagés aujourd'hui
22:49et qui prouvent que ce risque climatique, c'est un arbitre important de l'investissement.
22:55J'ai déjà un petit peu évoqué les vecharging, le stockage,
22:59aussi également les réseaux de chaleur et les réseaux de froid
23:02qui sont quelque chose qu'on connaissait mal il y a quelques années,
23:06enfin que le grand public connaissait très mal,
23:07mais qui sont en pleine expansion actuellement.
23:09Je pense que c'est des bons exemples de nouveaux secteurs,
23:12de l'infrastructure et de l'énergie qui sont en plein développement actuellement.
23:16Et votre avis là-dessus ?
23:17Des exemples de projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ?
23:21Surtout des grands industriels avec qui on est en partenariat,
23:24qui ont été visionnaires.
23:25On a beaucoup parlé de risque et on voulait aussi noter les opportunités.
23:30Il y a des changements réglementaires et des changements dans notre quotidien.
23:34Les infrastructures, c'est notre quotidien.
23:36C'est des infrastructures essentielles à la communauté dans la définition.
23:40Et on voit certains de nos partenaires qui ont été visionnaires.
23:43On voit par exemple, on est investi avec les parkings Indigo.
23:47Un parking, je le prends notamment dans le centre de Paris,
23:51où la place de la voiture a été restreinte de façon drastique.
23:56Avoir des parkings en centre-ville, ça paraît être un peu obsolète.
24:01Aujourd'hui, c'est du foncier en centre-ville qui nous permet de faire de la livraison au dernier kilomètre,
24:06qui nous permet de faire du chargement électrique,
24:09qui nous permet de déployer des services pour lesquels on n'était pas prêt à l'origine,
24:13mais pour lesquels on a travaillé avec les industriels qui ont eu une vision,
24:17qui ont su monter les partenariats et qui permettent de créer des opportunités.
24:21Et ça, je pense, c'est clé aujourd'hui.
24:24Est-ce que vous avez besoin, est-ce qu'il faut se tourner vers le financement public,
24:29vers les acteurs publics pour participer au financement de ce risque climatique ?
24:33Alors, je pense que les pouvoirs publics ont un rôle légitime à jouer.
24:37Aujourd'hui, on travaille, on le disait, par un silo, et notamment dans l'infrastructure.
24:42On ne peut pas parler d'une infrastructure seule, perdue, au milieu de nulle part.
24:47Aujourd'hui, on travaille dans un écosystème.
24:49D'ailleurs, c'est le sujet de notre événement de Maradine Matin,
24:53qui est l'éveil de la force, mais surtout comment on travaille en système et puis en silo.
24:59Et je pense évidemment que les pouvoirs publics ont une nécessité
25:03de rentrer dans ce type de discussion avec les partenaires privés,
25:08de façon à déployer des projets qui font sens pour la communauté, pour les territoires.
25:13On ne peut pas juste regarder une infrasole.
25:15Si l'ensemble du territoire n'a pas été planifié de façon à ce que les choses avancent ensemble,
25:23on va avoir des problèmes.
25:24D'ailleurs, cet événement est organisé à Bercy.
25:26C'est bien la preuve qu'il y a forcément un travail public-privé sur ces questions-là, sur ces
25:31projets-là ?
25:32Oui, je pense que tu l'as très bien dit, mais je pense qu'en fait, effectivement,
25:35les pouvoirs publics ont une vision globale de ce qu'il faut mettre en œuvre
25:38et que les capitaux et la connaissance des investisseurs privés est nécessaire
25:42pour pouvoir déployer ces projets d'infrastructure qui demandent beaucoup d'investissement
25:46et qui demandent aussi une technique qu'ont développée certains industriels
25:50et certains investisseurs au travers de leurs expériences passées.
25:54Donc, je pense que ce partenariat est indispensable.
25:55Mais est-ce que ça veut dire pour autant que plus le risque climatique est élevé,
25:59plus on a besoin d'un financement public ?
26:01Ou est-ce que ce n'est pas forcément lié ?
26:03Non, ce n'est pas forcément lié.
26:05Il faut prendre des mesures pour faire en sorte que les infrastructures,
26:08que toute la vie actuelle soit adaptée à ce risque climatique et à ces changements.
26:13Mais ce n'est pas nécessairement plus une question de...
26:16Enfin, c'est tout autant une question de réglementation qu'une question de financement de la part des pouvoirs publics.
26:20Oui, mais vous voyez ce que je veux dire.
26:21Parce que ça veut dire que des intérêts privés ne prendraient pas le risque d'aller financer des actifs trop
26:27exposés aux aléas climatiques.
26:29Oui, c'est pour ça qu'il faut adapter les infrastructures pour ne pas qu'elles soient trop exposées.
26:35Mais oui, oui, nécessairement, les investisseurs privés vont demander cette adaptation pour pouvoir investir, c'est clair.
26:43Et en tout cas, un cap et un cadre réglementaire qui soit stable, ça c'est sûr.
26:48Est-ce que vous imaginez...
26:50Peut-être que c'est déjà le cas aujourd'hui que ce critère de la résistance aux aléas climatiques
26:57ou la résilience climatique, pour employer une expression qu'on utilise beaucoup,
27:02ça devienne un critère aussi déterminant dans un projet d'infrastructure que justement le risque réglementaire dont on parlait
27:07ou alors tout simplement le coût de financement.
27:09Ça va dépendre du type d'infrastructure, évidemment, mais ça fait partie de l'ensemble du panel des points qu
27:19'on va regarder
27:19selon la matérialité d'impact, selon le type d'infrastructure, de géographie.
27:25Évidemment, on prend déjà en considération...
27:29Mais pour bien comprendre, c'est un prérequis, c'est-à-dire que dans la grille d'analyse aujourd'hui,
27:33vous avez intégré le risque climatique systématiquement.
27:36Je ne dirais pas que c'est le cas de tous les acteurs.
27:38Aujourd'hui, chez vos banques, et depuis le début, on l'a intégré de façon, je dirais, pragmatique.
27:47Aujourd'hui, c'est clairement établi avec des consultants externes, dans nos due diligence.
27:52Il y a une revue climatique physique de transition pour l'ensemble des actifs dans lesquels on investit.
28:00Avant d'investir, pendant l'investissement, on le revoit annuellement et c'est un outil de gestion.
28:07Ensuite, la matérialité sera différente selon le type d'actifs et le type de géographie.
28:12Donc, on y mettra plus d'efforts, plus de moyens selon, évidemment, le risque que l'on ne prend pas.
28:17C'est une évaluation à faire.
28:18Le risque climatique, je vous pose la même question, critère aussi déterminant que le cofin du financement ou le cadre
28:24réglementaire ou le risque réglementaire, ça sera le cas ?
28:27Vous le voyez d'une façon embryonnaire ?
28:30Oui, de plus en plus et tout autant qu'on voit maintenant l'impact concret du changement climatique sur les
28:37infrastructures.
28:38C'est quelque chose que les investisseurs ne vont plus pouvoir ignorer, surtout sur des investisseurs d'infra qui sont
28:44des investisseurs long terme et qui vont nécessairement devoir se poser la question.
28:46Il y a un dernier mot que vous vouliez dire, c'est la question du partage de l'information.
28:51Alors, on est dans un endroit où on partage des informations.
28:53Pourquoi ça vous semble important ?
28:55Je pense que je l'ai notifié avant, mais l'idée pour moi, c'est vraiment, et je pense pour
29:00le secteur aujourd'hui, vous le voyez aujourd'hui avec cette représentation des académiques, des investisseurs, des industriels, des pouvoirs
29:08publics qui se retrouvent et qui discutent.
29:11Parce qu'on a beaucoup parlé du reporting, on a été un petit peu ensevelis sous une patrasse qui me
29:17fait parfois plus sens.
29:18Mais l'idée, c'est vraiment de retirer l'information essentielle, d'être un investisseur éclairé, je dirais, et d
29:26'avoir la capacité de pouvoir échanger avec nos contreparties sur leurs connaissances et sur leurs besoins.
29:32C'est vraiment une question d'avancer ensemble, de planifier ensemble et d'aller dans la même direction ensemble, même
29:38si on n'a pas toujours les mêmes horizons de temps en tête, ce qui est une problématique aujourd'hui.
29:43Merci beaucoup à toutes les deux, à bientôt sur Bsmart et bon, Paris Infra Week.
29:50Voilà, merci à toutes et à tous de votre fidélité. Je vous dis à très vite pour une nouvelle édition
29:55de Smart Impact sur Bsmart. Salut !
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