00:02Vincent Parizeau, c'est RTL Soir.
00:07Invité d'RTL Soir, la politologue franco-américaine Amy Green.
00:12Bonsoir.
00:12Bonsoir.
00:13Experte associée à l'Institut Montaigne.
00:15Merci d'être avec nous à quelques heures du verdict des urnes pour ce scrutin des midterms aux Etats-Unis.
00:20J'en profite pour présenter votre dernier livre de la virilité en Amérique chez Talendier
00:26en rappelant le précédent d'ailleurs, l'Amérique face à ses fractures.
00:30Alors justement, cette Amérique fracturée, elle vote pour renouveler la totalité de la Chambre des représentants
00:36et un tiers du Sénat.
00:37Ce sont des élections parlementaires.
00:39Mais tout le monde dit que c'est un référendum sur Donald Trump,
00:43notamment parce qu'il a multiplié les meetings comme personnes ces derniers jours, ces dernières semaines.
00:49Historiquement, les élections de mi-mandat représentent la première fois que les électeurs
00:53peuvent en masse exprimer un avis sur la politique présidentielle depuis les deux ans écoulés.
00:58Vous avez bien cité qu'il y a des enjeux nationaux extrêmement importants.
01:03Et puis, j'ai presque envie de vous dire, à partir du moment où le président des Etats-Unis
01:07fait parler de lui tout le temps, de tel point qu'on ne parle plus des Etats-Unis,
01:11mais du président des Etats-Unis, il n'y a plus du tout de paratonnerre.
01:15Donc effectivement, il est tout à fait normal en fait, en quelque sorte,
01:19que des Américains s'expriment sur la marque de fabrique politique de Donald Trump,
01:23sur son action, ou ce qu'ils peuvent percevoir comme absence d'action.
01:26Et puis évidemment, sur les résultats de ces deux années,
01:30en ce qui concerne les foyers ordinaires.
01:32Mais c'est lui-même qu'il a transformé ce vote en référendum.
01:36Il a dit aux électeurs, imaginez que c'est mon nom qui est sur le bulletin de vote.
01:41Oui, c'est quitte ou double, parce qu'il n'a pas d'autre choix.
01:43C'est-à-dire qu'il sait très bien que son socle, la base MAGA, ne vote que pour lui
01:48en fait.
01:49C'est la seule chance qu'il a de vraiment les faire sortir.
01:52On sait très bien que les démocrates, ils votent massivement quand il y a Trump ou pas.
01:56Et d'ailleurs, on a déjà des indications que plus de 50 millions d'Américains n'ont voté.
02:00Déjà avant l'ouverture des bulletins aujourd'hui, des urnes.
02:05Et on sait que les MAGA, c'est beaucoup plus volatile,
02:07parce que c'est des personnes souvent qui viennent à la politique uniquement pour lui.
02:11Et donc, il sait très bien qu'actuellement, il y a beaucoup de lassitude,
02:14beaucoup de frustration, de colère.
02:16De tel point que les MAGA, ils vont peut-être rester chez eux.
02:19Donc pour lui, la seule façon de les faire sortir de leur maison
02:22pour venir voter le plus massivement possible, c'est de dire
02:25« C'est moi l'enjeu ici ».
02:27Et donc effectivement, c'est ce qu'il fait.
02:29Cette Amérique MAGA, cette Amérique très masculiniste que vous décrivez,
02:34on a pourtant l'impression qu'elle est Trumpiste, j'allais dire, à la vie et à la mort.
02:38Alors, il y a une partie des MAGA, de cet électorat-là,
02:42qui adore la personne de Trump.
02:44Il y a aussi une large partie, y compris les gens traditionnellement démocrates,
02:47qui ont fait le pari de Donald Trump en 2024,
02:50parce qu'ils trouvaient que le Parti démocrate ne répondait pas du tout
02:54aux enjeux pratico-pratiques, l'économie et puis l'immigration, et j'en passe.
02:58Et en effet, il a séduit ses électeurs
03:00en promettant de restaurer une forme de société dirigée par les hommes.
03:05Donc, il faisait la lutte contre une société multiculturelle, féminisée.
03:09Et en effet, il a placé les problématiques de l'homme au cœur de son discours électoral.
03:13Sauf que le problème aujourd'hui, en 2026,
03:16c'est que cette logique-là, ce discours-là,
03:19ne marche que s'il produit des résultats.
03:22Et aujourd'hui, une majorité d'Américains considère qu'il n'y a pas de véritable bilan.
03:26Et en tout cas, que la situation économique chez eux,
03:29dans le foyer, dans le portefeuille, s'empire.
03:32Et donc, il y a des limites au virilisme,
03:34parce que si ça ne marche pas politiquement,
03:36le reste ne compte moins.
03:37Donc, si les Républicains perdent la Chambre des représentants,
03:41ce soir, cette nuit,
03:42voire peut-être également le Sénat,
03:43là, ça semble plus serré,
03:45ce ne sera pas forcément la défaite des Républicains,
03:48ce sera la défaite personnelle de Donald Trump ?
03:50Ça sera un peu les deux,
03:51parce que le Parti républicain s'est aligné de façon extrêmement soudée au Président.
03:57Ils ont fait le choix de ne pas s'opposer au Président
03:59sur des sujets de politique publique
04:02qui étaient pourtant plébiscités par les Américains.
04:04Donc, en quelque sorte, ce qu'on a aujourd'hui,
04:07c'est le vote pour ou contre la politique présidentielle
04:09et la façon de faire.
04:11Et donc, finalement, ce que les Américains vont dire ce soir,
04:14face à une maison blanche contrôlée par le Parti républicain
04:18et les deux chambres du Congrès,
04:20et aussi la Cour suprême, bien entendu,
04:22mais c'est un peu plus éloigné des problématiques de ce soir,
04:25ils vont se dire,
04:26est-ce qu'on veut réinjecter un peu de friction en politique ?
04:29Est-ce qu'on veut inviter,
04:30même imposer la recherche de compromis,
04:34la recherche de quelque part,
04:35d'une forme d'unité à nos dirigeants ?
04:37Et en effet, c'est ce qui se profile,
04:38en tout cas, si on lit bien les pronostics.
04:42Alors, après le résultat, s'il y a défaite,
04:46est-ce qu'il va accepter sa défaite, Donald Trump ?
04:48Parce qu'on l'a vu, c'est pas son genre.
04:53Il peut, là encore, contester le résultat des urnes ?
04:57Ah, mais bien entendu.
04:58Et d'ailleurs, une des premières choses qui ferait,
05:00si c'est l'hypothèse qui s'annonce,
05:03c'est sans doute de remettre la responsabilité sur les autres,
05:06sur ceux qui ont perdu,
05:07en disant que c'est pas de sa faute,
05:08qu'ils étaient nuls,
05:09qu'ils aient fait tout ce qu'ils pouvaient,
05:10qu'ils étaient peut-être pas au niveau,
05:11et qu'après, effectivement,
05:13on a vu déjà le président,
05:15dans cette élection,
05:16et même avant,
05:17contester des résultats,
05:18contester la légitimité des élections,
05:20notamment quand il s'agit de victoire démocrate.
05:23Donc je pense qu'on peut s'attendre
05:24à ce qu'il conteste là où ils peuvent,
05:26et puis ce n'est pas uniquement lui,
05:28c'est les infrastructures des partis dans les États,
05:31c'est les armées d'avocats
05:33prêtes à se mobiliser, justement,
05:34pour contester,
05:35pour aller gratter là où ils peuvent,
05:37pour chercher un petit peu de doutes,
05:40en tout cas sur ces élections-là.
05:41Donc je pense que c'est un processus
05:43qu'on aura peut-être au lendemain des élections,
05:46de ce soir,
05:47mais en même temps,
05:48c'est quelque chose auquel on peut s'attendre,
05:50justement, en vue de 2028.
05:51Donc c'est un projet de Long Island, je pense.
05:55Si les démocrates s'imposent,
05:57remportent la Chambre des représentants,
05:58qu'est-ce que ça va changer ?
06:00Pour les Américains, tout d'abord,
06:03est-ce que ça va changer beaucoup de choses
06:05dans la mesure où c'est vrai que
06:07il décide beaucoup lui-même, en fait,
06:09et puis il gouverne beaucoup par décret ?
06:11Bien sûr,
06:12et ce recours au décret exécutif
06:15va sans doute se démultiplier,
06:17parce que c'est un levier, je dirais,
06:20unilatéral et constitutionnel, d'ailleurs,
06:21à la disposition du président
06:23qui a déjà montré son mépris pour le Congrès,
06:26qui a, lui, la tâche de légiférer.
06:28Donc effectivement,
06:29on peut s'attendre à peut-être
06:30bien beaucoup de choses
06:32et aussi sans doute beaucoup de surprises,
06:33mais globalement,
06:34pour les Américaines,
06:35qu'est-ce qui pourrait changer ?
06:36Un Parti démocrate
06:37qui utilise le levier
06:39des enquêtes parlementaires,
06:40et puis l'outil annexe
06:42qui est les auditions médiatisées
06:45des membres de l'administration,
06:46donc des ministres, entre autres,
06:48et puis qu'effectivement,
06:49s'il décide de donner plus de pouvoir
06:51au Parti démocrate,
06:52c'est une façon de dire
06:54qu'on veut effectivement
06:55un peu de compromis.
06:56On veut obliger le dialogue,
06:58le discours entre les deux partis
06:59qui est une caractéristique historique.
07:01Mais il y a un homme
07:01à accepter le compromis, Donald Trump ?
07:03Non, mais en même temps,
07:05son parti pourrait être.
07:07C'est-à-dire qu'à partir de demain matin,
07:09le vrai enjeu, c'est 2028.
07:11Vous vous réveillez le matin,
07:12le lendemain des élections,
07:13la seule chose qu'on regarde en politique,
07:16c'est la prochaine élection.
07:17Ça veut dire que ça peut créer
07:18un gap,
07:20ça peut créer une rupture
07:21entre Trump et les Républicains ?
07:23On va voir si les alliances changent,
07:25ça peut effectivement désaccentuer
07:28la prime pour coopérer
07:29avec le président
07:30et peut-être davantage
07:32souligner le besoin
07:33de chercher des compromis
07:35qui, en politique aux Etats-Unis,
07:36n'est pas un gros mot.
07:37Et pour nous, les Européens,
07:39les Français, franchement,
07:41est-ce que ça va changer quelque chose
07:42à la politique étrangère
07:44de Donald Trump ?
07:45Pas tout de suite,
07:46non, pas du tout.
07:46Donald Trump,
07:47il a vraiment les mains libres
07:48sur la politique étrangère,
07:49tout président des Etats-Unis d'ailleurs.
07:51Et puis même au-delà de Donald Trump,
07:53la ligne,
07:54le discours
07:55du fond,
07:56en fait,
07:56qui vient de la Maison-Blanche
07:57ne changera pas,
07:59sans doute,
07:59au lendemain.
08:00C'est-à-dire qu'il y a des choses
08:01de fond
08:01qui sont structurelles,
08:03typiquement une Europe
08:04plus autonome, etc.
08:05Ça, ça ne va pas changer,
08:06même si le temps
08:07peut s'adoucir.
08:08Mais je ne pense pas
08:08dans les deux prochaines années
08:10qu'on va entendre
08:10beaucoup de choses différentes
08:11de Donald Trump
08:12par les gardes de l'Europe
08:13et de la France.
08:14Merci de cet éclairage,
08:16Amy Green.
08:17Je rappelle votre livre
08:18de la virilité en Amérique.
08:19C'est sorti de chez Talandier.
08:20Et vous me disiez tout à l'heure,
08:22juste avant de prendre l'antenne,
08:23que si on veut vivre
08:24cette élection
08:25en direct
08:26et peut-être avoir
08:27un début de commencement
08:28de résultat
08:28avant d'aller au dodo,
08:30eh bien,
08:30il faudra quand même
08:31rester réveillé
08:31jusqu'à 2h du matin environ.
08:33Ensuite,
08:34vous dormez
08:34et puis vous allumez RTL
08:35demain matin
08:36et vous saurez tout.
08:38Merci beaucoup.
08:39Dans un instant,
08:39la petite bande d'RTL soir
08:40avec la danse
08:41de la séduction
08:42d'Emma,
08:43le sous-morin jaune
08:44de Florian
08:44et la gentillesse
08:46légendaire de Tanguy.
08:47Enfin, ça,
08:47j'ose même pas y croire.
08:49A tout de suite.
08:51Bonne soirée
08:52sur RTL.
08:53J'aime, j'aime
08:54quand la vie est facile
08:55J'aime, j'aime
08:56quand le soleil brille
08:58A l'ennui, à l'amour
08:59A la vie qu'on mène
09:00RTL
09:01On rira d'un jour