00:00Elle a passé un bac ES, elle connaît les mécanismes de l'offre et de la demande,
00:03mais elle est incapable de garder 50 euros plus de 20 minutes.
00:06Aujourd'hui, Emilia Kali nous parle de la vie chère, une chronique qui risque surtout de coûter cher à France
00:10Inter.
00:11Eh oui, bonjour tout le monde, bonjour Philippe.
00:13Alors, faire une chronique sur la vie chère face à Philippe Moati, économiste renommé,
00:17alors que j'ai eu 8 au bac d'éco, c'est un peu audacieux.
00:19D'ailleurs, j'ai toujours rêvé de faire une dédicace à la radio,
00:21alors big up à M. François, mon prof d'économie de Terminal.
00:25Alors, avant de commencer, je demanderai à ceux qui ne se sentent pas concernés par le sujet de la vie
00:28chère
00:29de bien vouloir quitter la table.
00:31Mathieu, je parle de vous, bien sûr, je ne vais pas divulguer vos informations personnelles,
00:35mais je sais où vous habitez, et à mon avis, vous n'êtes pas du genre à vous casser le
00:38dos au supermarché
00:38pour attraper la boîte de raviolis et qu'au plus.
00:41Pour la simple et bonne raison que c'est la gouvernante, à mon avis, qui s'en charge,
00:44et que la raviolis en boîte, c'est pour elle, de toute façon.
00:47Eh oui, deuxième chronique, je prends mes aises.
00:49Alors, Cyril ne savait pas à qui demander pour parler de la vie chère, il s'est dit
00:52« Mais tiens, la petite Emilia, elle a bien une tête à bouffer des pêtes au ketchup, elle. »
00:56Et le pire, c'est qu'il a raison, je suis envoyée spéciale en direct de la Hesse,
00:59vous n'alliez quand même pas demander à Gécé, avec son buzz, le J, c'est pas la Hesse.
01:04La Hesse, en vrai, c'était surtout quand j'étais étudiante, un régime hebdomadaire
01:07cordon bleu cristalline, entrecoupé de longues gueules de bois épongées par un mix astucieux
01:11de cordon bleu et de cristalline.
01:12Vous aimez ça, les cordons bleus, Philippe ?
01:14Non.
01:15Collectionneur de maniètes, peut-être ?
01:18Alors, moi, je n'ai pas assez économisé enfant, alors que ma mamie, elle me refourguait souvent
01:22un billet de 50 euros en cachette comme un dealer.
01:24Vous voyez ce que c'est, Mathieu, 50 euros ?
01:26C'est le bout de papier que vous laissez en pourboire.
01:29Je ne sais pas si nous, les chroniqueurs, on touche des pourboires à la fin de la chronique.
01:32Non, ça ne risque pas d'arriver.
01:34Surtout quand je commence par l'évén par vous et je m'en doute.
01:36Bon, allez, dac au dac.
01:37J'ai conscience de l'énorme privilège que c'est d'avoir une mamie qui vous file 50 balles
01:40sans raison quand on sait qu'à l'époque de Cyril, on n'avait qu'une orange à Noël.
01:44Ma mère m'a toujours dit que j'ai de l'argent qui me brûle les doigts et c'est
01:47marrant
01:47d'ailleurs parce que ce qui brûle les doigts, c'est toujours un truc cool.
01:50On ne dit jamais « Ah, j'ai les impôts qui me brûlent les doigts, là j'ai trop hâte,
01:52je vais me faire une petite simulation en attendant. »
01:55Et aujourd'hui, je me pose la question, avec tout l'argent que j'ai dépensé, qu'est-ce
01:58que je possède finalement ? À part un charisme inouï.
02:02J'ai des vêtements que je ne mets pas, des livres qui trônent sur mes étagères
02:05juste pour justifier le fait que je dis tout le temps en date que je suis sapiosexuelle.
02:08Alors que oui, j'ai adoré la femme de ménage comme tout le monde.
02:12En revanche, il y a un truc que je possède bien bien bien, c'est le seum.
02:15Parce que s'il y a bien quelque chose que j'ai toujours payé au prix fort, c'est mes
02:17erreurs
02:18en termes de choix des mecs.
02:19Ludovic par exemple, à l'époque j'étais rive droite, lui rive gauche.
02:23Donc en plus du jet lag, si je loupais le métro, je devais payer un Uber 38 balles pour
02:26rentrer chez moi.
02:27Après deux bières tiètes, quelques pales moustaches sous haleine de clope et une demi-molle
02:30devant Netflix avec les pubs, mais prends l'abonnement Ludo, je ne demande pas la lune.
02:36Une fois en rentrant de soirée chez Ludovic, un peu décevante, je vais à Monoprix et
02:39j'avais une folle envie de fisser l'eau et je n'avais que 5 euros sur moi.
02:42Et devant le Monop, il y a un monsieur sans abri qui me demande si je peux lui acheter
02:44un gazpacho.
02:45Je sais reconnaître quand quelqu'un veut emmener ses papiers en voyage, donc j'ai dit oui.
02:49Je rentre, je n'avais plus assez pour mes fisser l'eau et son gazpacho, donc j'ai volé
02:52le gazpacho au tug live, passez-moi les menottes.
02:55Alors j'espère que ça compte ce genre d'action le jour du jugement dernier, au moins pour
02:58une titre éduque, parce que je me suis renseignée et mourir, c'est un vrai budget aussi.
03:02Le cercueil, les fleurs, la cérémonie.
03:04Alors si je meurs demain, vous n'embêtez pas à savoir si le cercueil est confortable.
03:08J'ai dormi 8 ans dans un clic-clac, le dos a même la barre de fer du milieu.
03:11Je peux bien passer l'éternité sur une planche en bois.
03:13Alors j'ai pris une décision, vu que je n'aurai jamais les moyens de m'acheter une maison,
03:16je vais mettre de côté pour mes obsèques.
03:18Et si je me prive un peu, que je ralentis les ficellos, que j'arrête les Uber pour aller chez
03:21Ludovic,
03:22je devrais enfin pouvoir m'offrir le départ que je mérite.
03:25La vie est trop chère et je ne veux pas que mes proches dépensent pour moi.
03:27Si vous tenez vraiment à porter quelque chose, ramenez un gazpacho, mais avec le ticket de caisse cette fois.
03:31Merci beaucoup Emilia Kali.
03:33On vous retrouve très bientôt dans ZoomZoomZen.