00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:02L'édito politique sur Europe 1 avec le Figaro. Bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:09Exceptionnellement avec nous le jeudi, demain nous retrouvons donc Alexis Brézé à votre place.
00:12Aujourd'hui Vincent, c'est un nouveau genre de manif dans toute la France, toute la gauche devrait être dans
00:16la rue.
00:17Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, mais aussi les socialistes et les écologistes.
00:21Quelle signification politique selon vous à cette manifestation ?
00:25Sur le papier, cette journée intersyndicale a pour objet le pouvoir d'achat,
00:28mais rationnellement, toutes ces manifestations n'ont aucun sens.
00:32Elles ne s'opposent pas à un projet de loi qui viendrait d'être voté.
00:34Elles ne succèdent pas à un événement qui aurait traumatisé l'opinion.
00:37Elles ne tentent même pas d'influer sur l'examen du budget qui est en cours dans l'indifférence générale
00:42et qui est d'ailleurs rejetée par les députés.
00:44Elles ne contestent pas non plus un pouvoir triomphant appelé à durer,
00:47puisque Sébastien Lecornu est plus faible que jamais
00:49et qu'Emmanuel Macron quittera ses fonctions dans 6 mois.
00:52A quoi bon s'épuiser à faire tomber un gouvernement, voire un président en fin de piste,
00:55alors que le rendez-vous électoral est imminent ?
00:58En général, en démocratie, on commence dans l'urne et parfois la bataille se poursuit dans la rue.
01:02Mais là, c'est exactement le contraire.
01:04La bataille de la rue se fait avant celle des urnes.
01:06Et si l'on en croit les sondages, Vincent, cela fait les affaires de Marine Le Pen.
01:10Oui, on nous dit que Jean-Luc Mélenchon souhaite sa victoire
01:13pour installer un troisième tour dans la rue.
01:15Mais dès le tour préliminaire, alors que personne n'a gagné,
01:18que la bataille n'a pas eu lieu, la rue devient déjà le lieu d'expression politique de la gauche.
01:22On peut supposer que le candidat insoumis a intégré sa défaite
01:25et qu'il veut maintenant fédérer une minorité agissante suffisamment puissante
01:29pour qu'elle soit impossible à arrêter,
01:31ce que Mélenchon appelle la révolution citoyenne.
01:34L'objectif ne serait donc pas de changer de président,
01:37mais d'aboutir à une crise de régime pour changer complètement de régime.
01:42Il faut lire et écouter Jean-Luc Mélenchon pour bien comprendre
01:44que son débouché politique n'est pas celui des urnes,
01:47mais celui d'un renversement total.
01:49Les préfets qu'il veut mettre au pas, la police qu'il veut désarmer,
01:52la presse et les médias qu'il veut museler,
01:53les sondages qu'il veut interdire, l'école privée qu'il veut supprimer,
01:57la propriété privée dont il dit qu'il faut, comme Maximilien Robespierre,
02:02l'aborder comme un droit d'usage.
02:04Même la filiation biologique doit disparaître et avec elle la famille.
02:07Pour lui, plus rien n'est véritablement légitime
02:09dans notre organisation politique et sociale.
02:12En toute logique, on doit s'attendre à ce que cette gauche
02:14ne reconnaisse pas le résultat des élections,
02:16si elle l'aurait défavorable.
02:18C'est d'ailleurs ce qu'a déjà laissé entendre Mathilde Panot,
02:20la réplique française de Donald Trump et de Jair Bolsonaro,
02:23c'est la France insoumise.
02:25Bien vu. Si je vous comprends bien, Vincent,
02:27cette gauche-là n'est plus vraiment démocrate.
02:29Disons que pour elle, la démocratie n'est plus un système politique,
02:32mais un mouvement de l'histoire,
02:33chargé d'émanciper une à une les minorités,
02:36le vote, la souveraineté populaire deviennent secondaires.
02:39Alors on retrouve cette vieille lune révolutionnaire
02:40chez beaucoup de penseurs de l'écologie radicale.
02:43Pour eux, l'état d'urgence climatique impose de s'affranchir
02:45des lenteurs et des complexités de la délibération et du vote.
02:48Mais on a pu lire aussi cette disqualification du vote
02:51chez Pierre Rosanvallon,
02:52l'un des penseurs phares de la gauche.
02:54Rosanvallon considère, je le cite,
02:56que les juges incarnent autant que les élus
02:58le principe démocratique de la souveraineté populaire.
03:00Et il présente aussi la révolte du peuple dans les urnes
03:03comme le principal danger.
03:04Pour l'éviter, dit Rosanvallon, écoutez bien,
03:06il faut instaurer une vigilance du langage
03:09et poursuivre sans relâche les voleurs de mots
03:12et les trafiquants d'idées.
03:13C'est-à-dire tout ce que propose la gauche liberticide
03:16depuis Ali Rabbe, le maire de Trappes
03:18qui veut criminaliser la sémantique
03:20jusqu'aux pétitionnaires qui veulent interdire CNews
03:22et mettre les médias au pas.
03:24La gauche avait abandonné l'école, la laïcité,
03:27la frontière, le travail.
03:29Elle est en train de se détacher du vote
03:30et du principe majoritaire.
03:32La gauche française est aujourd'hui physiquement dans la rue
03:34mais démocratiquement, elle est complètement à la rue.
03:37L'édito politique sur Europe 1, particulièrement important ce matin,
03:40je trouve Vincent, c'est bien d'avoir mis des mots
03:42sur des choses que l'on ressent de manière comme ça épars
03:44et que vous avez su concentrer.
03:46Il faut relire Rosanvallon il y a deux ans
03:48nous disait ce qui se passe maintenant.
03:50Merci Vincent Trémolet de Villers.
03:51À la lune du Figaro ce jour, la déroute
03:53condamne Donald Trump à une fin de mandat difficile.
03:56Merci Vincent, bonne journée.
03:57Merci Vincent, bonne journée.