00:02Générique
00:06...
00:11Bienvenue dans Est-ce comme santé ?
00:14Un vaccin mortel, un remède miracle vu sur les réseaux sociaux.
00:17Les fausses informations en santé circulent très vite
00:21et peuvent avoir des conséquences très concrètes sur votre santé notamment.
00:25D'ailleurs, un Français sur deux a déjà cru une fausse information en matière de santé.
00:30François Braune, merci beaucoup d'être à nos côtés.
00:32Bonjour, Anne.
00:33Pour lutter contre cette problématique, il faut le dire,
00:36le ministère de la Santé a lancé une grande phase de consultation
00:39qui a été menée sur un peu plus de 2000 Français sondés.
00:42Et en octobre a lancé la deuxième phase, un observatoire de la désinformation en santé.
00:47Alors on a donné un premier chiffre en préambule qui est plutôt fort.
00:50Un Français sur deux qui a déjà cru à une fausse information en santé.
00:54Mais le baromètre officiel a dévoilé d'autres données qui sont très importantes.
00:58Oui, c'est vraiment une préoccupation qui a fleuri, mûri après le Covid.
01:05Alors on peut quelque part le comprendre.
01:07Le Covid, si on se souvient, ça a quand même été un peu un festival d'avis des uns et
01:13des autres
01:13sans revenir sur les annonces du professeur Raoult ou autre.
01:17On a eu une multitude et une certaine cacophonie scientifique
01:21qui n'a fait qu'accentuer finalement cette petite réticence que les gens avaient au départ par rapport à la
01:27science.
01:28Et donc si on revient sur les chiffres clés,
01:32il y a par exemple 91% des Français qui déclarent avoir déjà été exposés
01:36à des informations fausses ou trompeuses.
01:39Vous parliez du Covid, donc il y a forcément la partie vaccination.
01:41On se rend compte que c'est un thème qui est très clivant en fait.
01:48Alors les Français exposés à ces fausses informations, c'est énorme.
01:539 sur 10, c'est vraiment énorme.
01:54Mais dans l'enquête aussi qui a prévalu à la création de cet observatoire,
01:58on voit que 4 sur 10 nous disent qu'ils ont du mal à accéder à de l'information.
02:03Finalement de l'information fiable, ce qui est vrai.
02:04Mais maintenant l'information, elle est par les réseaux sociaux.
02:08Je vois que c'est plus de 50% des 15-30 ans,
02:11leur première source d'information, c'est les réseaux sociaux.
02:13Donc il faut probablement changer un petit peu de mécanisme.
02:16Pour revenir sur le Covid, effectivement, il y a près de la moitié des gens
02:20qui pensent que le vaccin contre le Covid a tué des personnes.
02:24C'est totalement faux, bien entendu.
02:27Mais c'est assez caractéristique des difficultés de l'information scientifique.
02:32Je peux vous dire que le vaccin de Covid a sauvé 20 millions de personnes dans le monde
02:35et 600 000 personnes en France.
02:38Ça, c'est une étude qui a été faite, qui est extrêmement bien faite.
02:41Mais si on prend une autre étude, c'est 10 fois moins.
02:44Alors ça a sauvé des vies, mais on va dire 10 fois moins.
02:47Alors il faut pouvoir aller regarder dans le design un petit peu de ces études.
02:51Est-ce qu'on a regardé tous les morts ?
02:52Est-ce qu'on a regardé les morts qui étaient déclarées Covid ou pas ?
02:54Donc on voit que dans le monde scientifique, il n'y a pas seulement les chiffres qui comptent.
02:58Alors on peut se contenter de dire les chiffres, mais si on dit 10 fois moins 5 minutes après,
03:03les gens sont perdus et forcément, ça induit une suspicion.
03:06Mais c'est plutôt positif quand même.
03:09Quand on regarde là une belle étude qui a été faite sur une soixantaine de pays,
03:13sur la confiance finalement, l'indice de confiance par rapport à la science,
03:17il est globalement de 3,6 sur 5.
03:20Alors on peut dire que ce n'est pas beaucoup.
03:22C'est déjà plus que la moyenne.
03:23Ce qui est intéressant, c'est que ça change en fonction des pays.
03:26D'accord.
03:27Et la France, on n'est pas bon.
03:29On est en dessous de la moyenne.
03:30Décidément, on est mauvais élèves sur pareil de sujets.
03:32Les pays anglo-saxons, contrairement à ce qu'on peut penser, sont meilleurs.
03:34Aux États-Unis, par exemple, où il y a quand même une politique anti-science
03:38qui est menée par Donald Trump qui est majeure,
03:40eh bien les gens ont plus confiance dans la science.
03:43Et puis ça change en fonction des scientifiques.
03:46Je suis ravi.
03:46Les gens envers lesquels on a de plus confiance, c'est les docteurs.
03:49Après c'est les scientifiques, après c'est les enseignants.
03:51C'est les 3 premiers du classement.
03:54Je suis désolé pour vous, mais les 3 derniers, on a les journalistes et on a les hommes politiques.
03:59On en a bien conscience.
04:00Donc, non mais on voit un petit peu cette préoccupation globale et cette désinformation en santé,
04:07favorisée par les réseaux sociaux qui n'ont aucun contrôle,
04:10fait partie d'une ambiance un peu générale sur la méfiance vis-à-vis des données scientifiques.
04:14On parlait de conséquences concrètes parce qu'il y a l'aspect on y croit ou en tout cas on
04:20le diffuse
04:21même si on n'a pas vérifié l'information et on se dit ça s'arrête là parce qu'on
04:25ne se sent pas forcément concerné.
04:26Il y a un chiffre que je trouve particulièrement intéressant.
04:3032% des personnes ayant suivi une fausse information médicale ont interrompu ou modifié un traitement qui avait été prescrit.
04:38C'est quand même assez grave d'en arriver là.
04:41C'est gravissime, c'est gravissime.
04:42Si vous interropez un traitement pour un problème cardiaque, de l'hypertension, un diabète,
04:47vous avez des conséquences qui sont majeures.
04:51Mais ce qu'on se rend compte un peu, c'est une évolution sociétale,
04:54on peut aimer ou ne pas aimer, mais de toute façon il faut prendre en compte,
04:56c'est qu'on perd de plus en plus notre esprit critique.
05:00Aussi parce qu'on est dans cette société d'immédiateté, on veut de la réponse immédiate.
05:04On ne va pas chercher entre guillemets les contre-mesures nécessaires.
05:08Et moi, mon inquiétude, c'est que l'intelligence artificielle nécessite dans son utilisation d'avoir encore plus d'esprit
05:14critique.
05:16Or, il y a un déficit là-dedans.
05:20Et un des axes, très certainement, au niveau sociétal qu'il faut faire,
05:24c'est cultiver cet esprit critique à l'école, et beaucoup plus qu'on ne le fait actuellement.
05:28Apprendre à lire une étude aussi, comprendre quel a été le panel qui a été utilisé.
05:33Finalement, à quoi va servir cet observatoire ?
05:36Parce qu'on fait beaucoup de constats. C'est souvent ce qu'on fait, malheureusement, sur nos territoires.
05:42Mais il n'y a pas de sanctions derrière. Ce ne sont pour le moment que des données chiffrées.
05:45On en prend conscience, mais c'est tout.
05:47— Alors il y a deux axes. Il y a l'observatoire. Le principe d'un observatoire, c'est regarder
05:51ce qui se passe.
05:52Bon. Donc forcément, on est après l'action. Il va y avoir des réactions. Bien entendu, au moins des réactions
05:58en termes de communication.
05:59Mais vous savez mieux que moi qu'une fois que l'information est partie, c'est un peu trop tard.
06:02Il y a des propositions dans le rapport qui a été remis à la ministre en janvier sur une meilleure
06:08information de la population.
06:09Ça, c'est un petit peu le rôle quand même de l'État. Et une meilleure formation des professionnels à
06:15la communication.
06:16Ça aussi, c'est important. Les médecins, on ne sait pas communiquer. On communique mal. On utilise souvent un jargon
06:21que les gens ne comprennent pas.
06:22Donc tout ça doit en faire un petit peu partie. Bon. Après, doit-il y avoir des sanctions ou pas
06:29des sanctions ? C'est très compliqué.
06:31Déjà, la loi ne permet pas totalement de le faire aujourd'hui. Et puis il y a malheureusement des gens
06:35qui, en toute bonne foi, permettent de dire des informations complètement erronées.
06:40Quand on pense qu'aux États-Unis, on a quand même un ministre de la Santé qui est anti-vax.
06:45Ça ferait retourner le pauvre pasteur dans sa tombe.
06:48Pour continuer sur ce sujet-là, est-ce qu'il faut peut-être complémenter avec d'autres dispositifs ? Par
06:54exemple, si on se tourne vers la jeunesse,
06:56on sait que le ministère de la Santé a lancé et a ouvert une chaîne TikTok, le Check-up. Il
07:01y a un quiz aussi sur santé.fr qui est disponible.
07:05Est-ce que c'est la bonne façon pour toucher les jeunes ? Vous évoquiez la multiplicité des supports et
07:10le fait que les réseaux sociaux ont peut-être aggravé ce manque de confiance.
07:14Est-ce que là, on touche un point différent ?
07:16Oui, oui. C'est évident. J'étais à Paris lundi. Je regardais dans le métro. Je m'amuse à chaque
07:21fois. Et je compte.
07:23Et il y avait 8 personnes sur 10 qui étaient sur leur smartphone, dans le wagon. Et à chaque fois,
07:29c'est pareil.
07:29Je dis effectivement, c'est le média avec lequel il faut travailler maintenant. Mais l'intérêt, ça va être d
07:35'être proactif.
07:36C'est-à-dire que si c'est uniquement de la réaction à des fausses informations, ça va continuer à
07:40induire cette impression d'informations fausses.
07:44On le disait, les messages passés par les responsables gouvernementaux ne sont absolument pas crus par la population.
07:52Donc il faut être beaucoup plus proactif, passer de l'information. La première information qui sortira, ce sera celle qui
07:57sera en reprise.
07:58Il y a eu des exemples, je reviens au Covid, on a eu quand même des exemples de lanceurs d
08:01'alerte pendant le Covid.
08:03Je pense en particulier à un médecin que je connais bien et qui est dans notre région, pour ne pas
08:09être plus précis,
08:10qui a alerté très très tôt de dérives sur le traitement par la chloroquine,
08:15mais qui en paye encore les conséquences, y compris dans les réseaux où il se fait traiter plus bas que
08:22terre en permanence.
08:23Donc c'est difficile. Il nous faut pas des donquichottes, mais des gens courageux, des professionnels qui aillent contre ces
08:29informations
08:30et utilisent les moyens avec lesquels elles sont diffusées, c'est-à-dire les réseaux sociaux.
08:34Et apporter plus de transparence aussi pour la compréhension de la population en France.
08:40Merci beaucoup d'avoir détaillé ce sujet difficile à nos côtés.
08:44Restez en forme et bien informés sur Moselle TV.
08:53Sous-titrage Société Radio-Canada