00:00Alors la démocratie, elle a plusieurs détentes.
00:02La première, c'est une sorte d'utopie qui nous ramifie aux principes érigés par les Grecs.
00:10Donc on est sous l'antiquité, réfléchissons à la meilleure organisation de la société.
00:17Mais ils avaient beau réfléchir, ils nous ont offert des textes magnifiques,
00:23il n'en reste pas moins que leur société était loin d'être égalitaire
00:27et elle n'a pas évité qu'il y ait des esclaves qui étaient au service des puissants de ce
00:34temps.
00:34Alors c'est vrai que la pensée était haletante, elle était foisonnante, elle était bouillonnante
00:39et elle nous a emportés, elle a rejailli sous l'aspect de ce que l'on appelle les Lumières
00:47à la fin du XVIe siècle, XVIIe siècle.
00:51Mais ça, c'est la partie théorie, c'est quelque chose qui théoriquement nous permet de nous rencontrer,
01:00d'essayer de nous questionner sur la place de tout un chacun.
01:03Que peut-on tramer ?
01:05Ça c'est la démocratie en théorie, ce sont les institutions, les lieux de débat.
01:11Et puis il y a les tensions sociales, ça c'est le vécu.
01:14C'est au-delà de la démocratie, ce n'est pas comment on pourrait, c'est que subit-on ?
01:23Que peut-on trouver dans notre quotidien ?
01:27Et là il y a une rupture, c'est-à-dire qu'à un instant donné, on n'est plus
01:31dans l'illusion,
01:33on n'est plus dans l'espoir, on est confronté éventuellement à des situations particulièrement dramatiques.
01:39Et c'est ce que connaissent certains aujourd'hui.
01:42Et dans ces instants-là, la réflexion n'a plus sa place, ce n'est plus l'intelligence qui gouverne.
01:48On est proche d'un instinct qui se trouve attisé par des forces qui, elles,
01:54n'ont jamais envisagé l'esprit démocratique en tant que telles.
01:59Elles veulent obtenir le pouvoir pour le pouvoir.
02:03Et là, malheureusement, ça concourt à quoi ?
02:06À abuser de ceux qui sont dans la détresse.
02:09Et c'est à cet instant-là que la rue devient confusion,
02:14que la rue n'est plus dans la contestation acceptable,
02:19mais qu'elle risque de sombrer dans le chaos qu'elle prononcera elle-même et qu'elle attisera.
02:26Et là, lorsqu'il y a la bascule, on passe à un instant donné de la raison à la folie.
02:34C'est-à-dire qu'il y a une sorte de force qui emporte les uns et les autres,
02:41les activistes qui savent qu'ils vont déclencher cela,
02:44et de là, on tombe de l'horreur.
02:47Mais les barricades ne sont pas d'aujourd'hui.
02:49On a eu, dans l'histoire, les premières barricades, c'est carrément en 1528.
02:55Vous voyez, on est loin de la démocratie, on est sous le roi.
02:58Je ne vais pas vous refaire l'histoire.
03:00Et puis après, il y a les grands chaos qui viennent une fois que la République a été établie.
03:06Et là, on est confronté à ces instants de détresse.
03:10Ça part souvent de la mine, ça part de conditions épouvantables,
03:14et la répression est féroce.
03:16Parce que c'est ça le paradoxe.
03:19On a rêvé de la liberté, on rêve d'égalité sociale,
03:23mais même ceux qui, comme Clémenceau, en certains moments de l'histoire,
03:27disent « C'est honteux ce qui s'est passé à Fourmi, nous avons un devoir du sang ».
03:31On avait fusillé les ouvriers qui réclamaient simplement les huit heures de travail par jour.
03:38Mais quelques années plus tard, quand il s'agira d'aller contre les mineurs
03:42qui venaient de subir un drame épouvantable,
03:45il est le premier à faire appel à la force légitime, aux forces de l'ordre.
03:51Parce qu'à la fin, ce qui tient et ce qui peut donner l'espoir,
03:54c'est d'éviter le chaos, d'éviter l'instant où ça brûle,
03:58l'instant où les gens sont dans la fureur,
04:01et revenir à la sagesse passe parfois par la force.