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00:03Ici Normandie, premier sur l'actu locale en Normandie, ici matin.
00:087h46, halte à la brutalisation.
00:11Plusieurs associations dénoncent un maintien de l'ordre brutal depuis le début du mouvement des lycéens.
00:16Des garde-vues massives, des interventions violentes.
00:19La honte, écrit même le syndicat des avocats de France, le SAF.
00:23Votre invité Marianne en fait partie.
00:25Et il est aussi avocat au barreau de Rouen.
00:27Bonjour Maître Elie Montreuil.
00:29Bonjour.
00:29Vous défendez depuis le début du mouvement plusieurs jeunes.
00:32Est-ce que vous avez été surpris du nombre de mineurs interpellés et placés en garde-à-vue ?
00:38Alors effectivement, surpris c'est le mot.
00:41Enfin, surpris, étonné, choqué.
00:44Ça ne fait pas très longtemps que je suis avocat non plus.
00:46Mais les chiffres parlent d'eux-mêmes.
00:47On voit au niveau national, en tout cas, avant même les congés de la Toussaint,
00:50on avait dépassé le nombre de garde-à-vue par rapport, par exemple, à toute la période des Gilets jaunes.
00:55Donc on voit qu'il y a vraiment, vraiment énormément de garde-à-vue.
00:57On était à plus de 8000, j'ai plus le chiffre exact de là.
01:00Enfin, c'est plusieurs milliers.
01:01Oui, en France.
01:03Quel exemple vous a marqué d'un client que vous avez défendu sans, bien sûr, dévoiler son identité ?
01:09Il y en a plusieurs.
01:12Un jour, je suis intervenu pour différents mineurs qui s'étaient fait interpeller.
01:17Et les conditions de garde-à-vue, c'était les premières fois qu'ils allaient en garde-à-vue.
01:22Ils étaient interpellés parce qu'on leur reprochait des infractions liées à des manifestations.
01:30Mais ce qui m'a interpellé, c'est qu'ils étaient 8 mineurs dans la même jaule.
01:348 mineurs 24 heures dans cette jaule.
01:36C'est-à-dire que ça fait à peu près 9 mètres carrés.
01:38Il y a un lit en béton, voire deux lits en béton.
01:41Donc, il y en a qu'on dormit par terre.
01:43Il faut savoir que les conditions de garde-à-vue, certes, on va nous dire, c'est pas l'hôtel.
01:47Effectivement, c'est pas l'hôtel.
01:48Mais c'est des conditions qui ne sont pas dignes.
01:52C'est sale.
01:53Ça sent mauvais.
01:53Il y a du bruit.
01:55Et c'est des mineurs.
01:56Il y avait seulement des couvertures de survie ?
01:58Alors, c'est des couvertures assez légères qu'on leur donne.
02:02Oui, ça dépend.
02:03Et vous avez senti une forme de traumatisme chez ces jeunes ?
02:08C'est difficile à dire pour parler de traumatisme.
02:10Parce qu'il faut voir sur le long terme aussi, sur après.
02:13Mais effectivement, il y a un article de vos confrères de France 3 qui est sorti là, je crois, il
02:19y a quelques jours, enfin un ou deux jours,
02:20sur un mineur qui avait fait l'objet d'une garde-à-vue à Rouen.
02:24Et qu'on ressort, effectivement, il y a des séquelles.
02:28Il y a des séquelles parce que c'est loin d'être plaisant, que tout est musclé aussi bien la
02:33garde-à-vue que l'interpellation.
02:35Que la procédure aussi, elle pose question.
02:38C'est-à-dire ?
02:38Alors, pour essayer d'être le plus schématique possible, pour ne pas être trop technique,
02:44mais pour les mineurs, on a un code de justice pénale des mineurs qui prévaut
02:48et qui dit que le but de la justice pénale des mineurs, c'est l'éducatif aussi.
02:52Ce n'est pas la sanction pure et dure, c'est l'éducatif.
02:56Et on a une procédure qui nous permet normalement, à l'issue de la garde-à-vue,
02:59soit d'être convoqué si le procureur estime qu'il y a des poursuites à être engagées,
03:05donc être convoqué plus tard à une audience devant le juge des enfants,
03:07ou alors si l'infraction est tellement grave et si la personnalité du mineur fait que la justice doit être
03:14saisie maintenant
03:14et ordonner des mesures dans le temps de cette audience,
03:18et bien dans ce cas-là, on le défère, c'est-à-dire qu'on le présente à un magistrat.
03:21Et là, il y a une troisième procédure qui est prévue, mais qu'on n'a jamais vue en place,
03:24en tout cas, moi, que je n'avais jamais vue en place,
03:27qui est celle des déferments pour alternatives aux poursuites.
03:31C'est-à-dire qu'on estime que l'infraction est tellement peu grave
03:35qu'on prévoit une alternative aux poursuites,
03:37c'est-à-dire qu'on ne poursuit pas, il n'y a pas d'audience devant un juge,
03:39il n'y aura pas de condamnation, il n'y aura pas de sanction.
03:43On prévoit une alternative aux poursuites, souvent c'est un stage ou autre.
03:47Mais par contre, en même temps, on le défère,
03:49c'est-à-dire qu'on le laisse le mineur en garde-à-vue
03:52le temps qu'il soit présenté devant le palais de justice.
03:54Le défèrement, normalement, c'est quand il y a une urgence,
03:57qu'on doit justement aller directement donner une mesure.
04:02Mais ça, ça vous interpelle.
04:03Est-ce que ça veut dire qu'il y a une forme de vouloir faire
04:06peut-être un petit peu peur aux lycéens ?
04:10J'ai l'impression qu'après...
04:12Ou qu'ils le ressentent comme ça ?
04:13Je ne suis pas dans la tête du parquet,
04:15il faudrait demander au procureur de la République.
04:18Mais on voit que ce n'est pas carouin, c'est partout en France.
04:21Il y a eu des annonces faites par le garde des Sceaux,
04:24par le ministre de l'Intérieur.
04:26On voit qu'il y a une volonté de répression aussi.
04:28Une volonté de répression et qui interpelle.
04:30Parce que, d'un côté, il y a le ministre de l'éducation
04:34qui nous dit que la colère des lycéens, elle est légitime.
04:37Et tout le monde le dit.
04:38Et d'un autre côté, on n'a jamais autant de garde à vue.
04:41On a des interpellations qui sont, j'allais dire musclées,
04:43mais violentes.
04:44On a des insultes lors des interpellations.
04:46Et on a des nuits en garde à vue qui sont inutiles.
04:51Sur la gestion de cette mobilisation du maintien de l'ordre
04:54que vous venez d'évoquer,
04:56est-ce que vous y voyez une forme de dérive
04:58ou en tout cas, de recul des libertés fondamentales
05:02comme le dénoncent certaines associations et syndicats ?
05:04Alors, un recul des libertés fondamentales, évidemment.
05:07Évidemment, parce que, d'une part, la garde à vue,
05:11par exemple, pour revenir sur la garde à vue,
05:12c'est une mesure d'enquête.
05:13Ce n'est pas une mesure de sûreté.
05:14C'est-à-dire que, normalement, la garde à vue,
05:15c'est que pour démontrer qu'une personne a commis ou non une infraction.
05:18En tout cas, c'est pour faire l'enquête.
05:20Là, on voit qu'on l'utilise pour faire peur.
05:24À côté, sur toute la gestion au niveau des manifestations
05:27et ce qu'on voit aujourd'hui,
05:29il y a aussi la question de toute la répression,
05:34de la manifestation dans le sens répression aussi administrative.
05:37On a des interdictions de manifestations.
05:39Qui ont été prononcées.
05:41Interdictions de manifestations depuis plusieurs semaines par arrêté préfectoral
05:45et interdictions partielles, hier, de la manifestation en centre-ville
05:49qui a été dénoncée par plusieurs syndicats.
05:51Et aussi des prévenus qui écopent de l'interdiction de manifester
05:57une fois qu'ils ont été jugés.
05:59Merci beaucoup, Maître Elie Montreuil, membre du syndicat des avocats de France
06:04et avocat au barreau de Rouen.
06:07Merci d'être venu nous voir en studio.
06:08Merci à vous.
06:09Il est 7h52.
06:14Alors qu'on parle beaucoup de leur organisation,
06:17en ce moment, les Jeux Olympiques d'hiver ont débuté en France en 1924.
06:22L'histoire nous est racontée par Stéphane Berne.
06:25Vous allez voir, c'est original.
06:26C'est à suivre juste avant les infos de 8h et après deux palmas.
06:30Tomber pour mieux se relever.

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