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  • il y a 4 ans

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Transcription
00:00 Saviez-vous que même les plus grands artistes de la Renaissance s'adonnaient au gribouillage ?
00:04 Léonard de Vinci, Michel-Ange, les Carac'h.
00:07 Ils se sont appropriés le gribouillage comme une pratique créative
00:11 et l'ont même institutionnalisée.
00:13 Léonard de Vinci compare ce qu'il appelle des compositions incultes
00:18 aux ratures sur les feuilles des écrivains.
00:21 Il les considère comme utiles à la créativité.
00:24 Une fonction du point de vue de la recherche des idées,
00:27 de la recherche expérimentale, de voir comment d'un trait fait sans y penser
00:31 peut surgir une forme, peut surgir une figure.
00:34 C'était une des idées de Léonard,
00:36 ce qui, à l'époque, était en contraste avec le discours officiel sur le dessin.
00:40 En contraste, car cette pratique de dessin libre, le gribouillage,
00:44 était pratiquée de manière officieuse, en cachette,
00:47 derrière un tableau, sur des carnets, sur les murs des ateliers.
00:51 Et en particulier au début de la Renaissance,
00:53 alors que le dessin jusque-là, lié aux arts mécaniques,
00:57 devient un art noble, grâce à l'idée du dessin théorisé, intellectualisé.
01:01 Donc l'idée d'un dessin qui apparaît d'abord comme conception,
01:06 qui se forme parfaitement dans l'esprit de l'artiste,
01:09 et qui ensuite est traduit par le geste de la main.
01:12 Et cet achevaudage théorique qui soutient le dessin
01:16 au moment de la formulation de la théorie des arts à la Renaissance,
01:20 est là pour défendre la noblesse des arts.
01:24 Mais à l'instar de De Vinci, les artistes questionnent cette forme de dessin libre,
01:28 non pas dans des traités, mais dans les œuvres elles-mêmes,
01:31 comme dans "Portrait d'enfant montrant son dessin" de Giovanni Francesco Carotto,
01:36 une peinture de 1523 qui place le gribouillage au centre de l'œuvre.
01:41 Ces moments de liberté artistique vont finalement être promus
01:45 à la fin du XVIe siècle grâce aux Carace,
01:48 trois artistes d'une même famille qui ont renouvelé l'art de la Renaissance.
01:52 Les Carace finiront par instituer cette pratique de récréation
01:56 dans la formation des membres de leur académie.
01:59 Donc ils y voyaient vraiment un moment important
02:02 pour se ressourcer, pour régénérer les idées.
02:04 Au dos de cette gravure d'Anibal Carace,
02:06 on observe des gribouillages qui confirment dans cette pratique
02:09 la recherche de la liberté du geste, autre fonction du gribouillage.
02:13 Une fonction, je dirais, pratique par rapport à la souplesse de la main,
02:18 à la souplesse du geste,
02:19 quelque chose vraiment lié au moteur des articulations de la main,
02:22 donc à la fois dans la recherche créative,
02:24 mais aussi dans la recherche d'un trait particulier,
02:27 d'une précision du trait.
02:28 Donc il a cette double fonction.
02:30 Pour les artistes, c'est aussi un geste social.
02:32 Dans les ateliers, on joue à faire des caricatures
02:35 des personnes que l'on connaît et des autres peintres.
02:38 On les retrouve ainsi sur les murs même des ateliers.
02:41 Cette peinture de Barint Fabricius
02:43 dresse un inventaire des instruments de l'artiste.
02:46 Toiles, chevalets, palettes, baguettes,
02:49 accessoires pour les modèles et gribouillages.
02:51 Ici, il est vraiment partie intégrante du travail de l'atelier.
02:57 Et Barint Fabricius les dispose en plus au-dessus de la tête du jeune peintre.
03:02 On a vraiment l'impression que ce sont les projections de ses pensées
03:06 au moment où il est très concentré sur son travail.
03:10 Mais malgré sa présence ancienne dans l'histoire de l'art,
03:13 ce n'est qu'au XXe siècle que l'avant-garde artistique
03:15 fera du gribouillage une œuvre à part entière
03:18 et contribuera ainsi à libérer définitivement l'art de son carcan normatif.
03:23 Sous-titrage ST' 501
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