00:00 Céline, on vous a vue il y a un an, pile poil, vous témoignez à l'époque de votre
00:07 combat contre le cancer du sein, vous étiez en plein traitement.
00:10 Céline, aujourd'hui, comment ça va ?
00:12 Ça va.
00:13 Racontez-moi un petit peu où vous en êtes, est-ce que les traitements sont finis ?
00:21 Alors oui, j'ai terminé tous mes traitements, j'ai enfin terminé toutes ces chimiothérapies,
00:27 tout ce qui est radiothérapie, et aujourd'hui j'ai envie de dire que je suis sur un autre
00:30 combat, c'est de se retrouver physiquement.
00:33 C'est-à-dire qu'on ne vous prévient pas forcément, et en tout cas dans mémoire,
00:38 on n'a pas dans la tête de se dire "ça y est, maintenant j'ai terminé, on tourne
00:41 la page et c'est terminé".
00:42 Ce n'est pas tout à fait vrai, parce que vous n'avez pas conscience que pendant toute
00:46 cette année de bataille où vous avancez finalement en luttant contre la maladie et
00:52 en supportant tous les traitements, que derrière vos réserves sont épuisées et que vous vous
00:57 retrouvez fatigué sans le vouloir, alors que vous vous croyez bien portante, combative,
01:04 et bien vous vous rendez compte qu'en fait le corps ne suit pas derrière.
01:06 Le corps ne suit plus, donc là c'est plus un combat pour réussir à récupérer un
01:11 physique, réussir à courir 5 minutes sans être fatigué, à grimper 2 étages sans
01:17 vous arrêter entre deux.
01:19 Voilà, c'est plus ce combat-là aujourd'hui, c'est de récupérer toutes les forces et
01:23 toute l'énergie pour supporter l'après-maladie.
01:28 Pour ma part, je parle toujours du principe que je n'en parle pas.
01:33 J'ai toujours essayé de faire en sorte que le cancer, de le dédramatiser.
01:36 Oui ça fait peur, mais on peut le battre, on peut le convaincre et je suis convaincue
01:41 que le moral y fait énormément.
01:42 Je me suis dit que toujours, il y a toujours pire que toi, tu peux le faire.
01:49 Maintenant c'est vrai que c'est compliqué.
01:50 Mon mari m'a acheté un vélo électrique parce que quand vous voulez suivre, vous n'y
01:55 arrivez pas.
01:56 Vous ne vous en rendez pas compte.
01:57 Vous vous dites "mais pourquoi, j'ai l'impression de marcher".
01:58 En fait non, je n'avance pas.
02:00 Le corps n'y arrive pas.
02:01 Donc c'est dur, peut-être psychologiquement déjà pour soi, parce qu'on se voit diminuer
02:07 et on ne l'accepte pas forcément.
02:09 Donc il faut accepter d'y aller progressivement.
02:14 Après c'est un trait de caractère qui n'a pas toujours été le mien, mais il faut
02:17 accepter.
02:18 Et pour l'entourage, j'ai envie de dire que c'est peut-être dur aussi pour eux
02:23 parce que si vous ne vous acceptez pas tel que vous êtes, comment voulez-vous qu'eux
02:27 vous acceptent ? Après, il faut aussi physiquement, mon corps, j'ai perdu mes deux seins.
02:33 Donc il faut accepter de se regarder non pas comme un tronc, mais comme une femme.
02:39 Quand vous n'avez plus de cheveux, plus de poitrine, c'est que vous prenez du poids
02:43 pour ma part, c'est compliqué.
02:45 Donc forcément quand c'est compliqué, ça joue aussi sur la vie de couple, sur la
02:49 vie de famille.
02:50 Donc il faut réussir à se reconstruire.
02:53 Et finalement, ce n'est pas la première année, c'est la deuxième année qui est
02:57 plus difficile parce qu'il faut reconstruire tout ça.
02:59 Et c'est loin d'être terminé.
03:00 Là j'arrive à ma deuxième année et il m'aura fallu un an que mes cheveux repoussent,
03:06 que je me sente à peu près bien dans ma peau et que je vois enfin la reconstruction
03:09 arriver pour réussir à remonter un peu la pente on va dire.
03:14 Cette opération de reconstruction, Céline, vous nous en parlez, elle arrive dans quelques
03:19 jours.
03:20 Vous l'attendez comment, avec impatience, avec appréhension ?
03:23 Non, je l'attends avec impatience, même si j'appréhende beaucoup parce que j'ai
03:27 choisi une technique qui s'appelle le DIEP, qui est donc une abdo plastique où on récupère
03:32 les lambeaux pour les repositionner au niveau de la poitrine.
03:34 Alors c'est vrai qu'on peut se poser la question, il y a la balance, parce que oui,
03:40 j'ai déjà des cicatrices, j'en aurai plus demain.
03:42 Mais je vais récupérer une poitrine, un corps de femme.
03:45 Donc c'est vrai que voilà, ça a été long de se dire "qu'est-ce qui est mieux ?"
03:50 Avoir de la poitrine, des cicatrices en plus, voilà.
03:53 Mais je me dis que bon après, moi je suis une femme qui est tatouée, donc je me ferai
03:57 tatouer sur les cicatrices, je les cacherai.
03:59 Mais j'ai besoin de récupérer cette féminité.
04:01 De mon côté en tout cas j'en avais besoin, donc je l'attends vraiment avec impatience.
04:05 Je sais que ça va être dur, c'est une grosse chirurgie, donc je vais pas mentir,
04:10 oui j'ai peur au fond de moi et je serai peut-être pas aussi fière le matin de l'opération,
04:15 mais j'ai hâte.
04:16 J'ai hâte pour enfin pouvoir tourner vraiment la page.
04:20 Une fois que j'aurai récupéré mon corps, ma poitrine, je me dis que ça y est, je l'espère
04:27 en tout cas, la maladie elle sera derrière moi et je pourrai passer à autre chose.
04:30 Céline, merci pour ce témoignage.
04:33 Je crois qu'il y a un dernier message que vous voulez faire passer aux femmes concernant
04:38 un test, dites-nous.
04:39 Oui, c'est-à-dire que moi j'en ai parlé avec mon médecin, ma mère était décédée
04:44 d'un cancer et mon grand-père avant, et j'avais demandé, je savais qu'il existait
04:49 un test pour savoir si on avait le gène du cancer.
04:51 Donc j'ai demandé à mon médecin qui m'a renvoyé vers une généticienne, donc j'ai
04:55 passé ce test et il s'est avéré que j'étais positive.
04:58 Donc j'ai fait ce qu'il fallait pour justement éradiquer un nouveau cancer éventuel, je
05:06 me suis fait enlever l'autre sein, les ovaires et les trompes.
05:09 J'ai bien fait parce qu'il s'est avéré qu'il y avait des cellules cancéreuses derrière
05:12 cet autre sein, donc j'aurais fait une rechute dans quelques années.
05:15 Donc je pense qu'il est vraiment important et je trouve qu'aujourd'hui on n'en parle
05:19 pas assez, de vraiment en discuter avec votre médecin et si vous avez des cas de cancer
05:24 dans votre famille, surtout de demander à faire ce test pour voir si vous avez l'opportunité.
05:30 Puis c'est important pour vous, c'est important pour vos filles si vous en avez, pour les
05:34 garçons il y a moins de risques mais c'est quand même important parce que si ça peut
05:37 leur éviter de passer par là où on en est passé, je trouve que c'est important.
05:41 Voilà.
05:42 - Eh bien merci beaucoup Céline, ça va être le mot de la fin.
05:44 Merci beaucoup et très bon vent et courage à vous.
05:47 - Merci beaucoup.
05:47 - Merci.
05:48 *Musique d'outro*