- il y a 3 ans
Jeudi 22 juin 2023, SMART PATRIMOINE reçoit Ninon Bour (doctorante en archéologie précolombienne) et Nathalie Pétrignet (Avocate associée, CMS Francis Lefebvre)
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00:00 [Musique]
00:08 Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver dans Smart Patrimoine,
00:12 le rendez-vous quotidien de Bismarck dédié à vos finances personnelles.
00:16 Comme tous les jeudis, nous commençons cette émission par votre rubrique "L'art à la une".
00:21 Sybille Aoujan viendra tout nous dire des actualités du marché de l'art.
00:25 Son invité ensuite sera Ninon Bourre, doctorante en archéologie précolombienne.
00:30 Un art étalé sur plus de trois millénaires, une vraie mosaïque de culture.
00:35 Ses œuvres préhispaniques voient d'ailleurs leur cote grimper dans les salles de vente.
00:39 Mais il est malheureusement gangréné par les faux et la question de leur restitution pèse également sur le marché.
00:45 On verra ça tout à l'heure.
00:47 Et puis d'enjeu patrimoine, et si vos achats vous rapportaient de l'argent, ça c'est le principe du cashback.
00:53 Une pratique de plus en plus proposée par les plateformes de e-commerce, par les banques aussi.
00:57 Alors quels sont les avantages du cashback pour les entreprises qui les mettent en place, pour les consommateurs, les risques ?
01:03 Eh bien ça, réponse en deuxième partie d'émission.
01:06 Mais d'abord on parle d'art dans Smart Patrimoine.
01:08 On parle d'art dans Smart Patrimoine comme promis.
01:15 Bonjour Sybille Aoujan.
01:16 Bonjour Eva.
01:17 Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui.
01:19 Un mot sur l'actualité du marché de l'art.
01:22 D'abord la semaine dernière a eu lieu la foire d'art contemporain Art Basel à Bâle.
01:26 Exactement, Art Basel a fermé ses portes dimanche dernier après une semaine de foire.
01:31 C'était un événement qui a attiré 82 000 personnes, soit 12 000 personnes de plus par rapport à 2022.
01:38 Ce sont les chiffres d'Art Basel, 284 galeries, 36 pays représentés.
01:43 La particularité de cette année, c'est le secteur cabinet qui a fait ses débuts à la foire à Bâle, des débuts plutôt appréciés.
01:51 Quel bilan on peut faire de cette foire alors Sybille ?
01:54 Plusieurs acteurs se sont exprimés dans les communiqués d'Art Basel.
01:57 Selon Andrew Fabrikent, le COO de Gagoscien, il expliquait que c'était l'une des foires les plus fréquentées que j'ai vu depuis des années.
02:04 Et puis Kamel Menour s'est aussi exprimé.
02:07 Il dit que cette année, Art Basel a marqué notre foire la plus réussie à ce jour, avec près de 40 ventes à la fin de la seule première journée d'ouverture.
02:16 Les oeuvres ont été placées de Kamel Menour dans des grands musées privés et publiques dans des collections également.
02:22 La presse spécialisée confirme un véritable engouement également pour la foire qui n'a pas faibli malgré un contexte financier forcément assez terne.
02:32 Et des ventes aux enchères internationales le début d'année qui pouvaient être un petit peu plus ternes aussi.
02:38 On remarque des ventes de grands classiques, d'oeuvres de Picasso, Sight Wombly, Soulages, etc.
02:44 Mais aussi des ventes d'oeuvres femmes de plus en plus représentées.
02:47 Et pour ne citer qu'elles, Yaioku-sama chez Sfirner et Louise Bourgeois vendues par Heuser & Wirth.
02:53 Sibyl, une annonce de taille a été faite aussi au lancement de cette foire.
02:57 Exactement, c'était le lundi 12 juin lors de la foire de bal.
02:59 Emmanuel Perrotin qui est directeur de la galerie Epony m'a annoncé avoir vendu 60% de ses parts au fonds d'investissement Colony Investment Management.
03:09 Le montant de la transaction n'a pas été dévoilé. Cette action pourra permettre à la galerie de se développer davantage.
03:15 Et comment va s'organiser cette entreprise qui prend les commandes d'orain avant ?
03:19 Alors c'est Nadra Moussalem qui est président directeur de Colony IM qui a annoncé que Emmanuel Perrotin conservera sa place de président du conseil d'administration.
03:27 Il restera aussi animateur et gérera aussi toute la partie artistique.
03:32 Quant à Nadra Moussalem, il sera en charge des actions de l'entreprise et les deux hommes recherchent néanmoins à travailler avec une troisième personne, un directeur qui sera chargé de l'expansion de la galerie.
03:42 Après cette annonce, des réactions contrastées ont fait surface. Certains voient des avantages.
03:47 La galerie pourra se structurer, pourra recruter davantage, pourra emprunter aussi plus facilement.
03:52 D'autres acteurs sont plus préoccupés comme le marchand américain Jeffrey Deitch qui a été interviewé par Le Monde.
03:58 Il affirme que business et art ne peuvent pas se mélanger et qu'il faut garder une certaine indépendance dans ce milieu.
04:04 L'opération devra être finalisée au cours de ce second semestre 2023.
04:09 Et on termine je crois par un rapport, c'est le conseil des ventes, c'est ça qui a publié son rapport sur le bilan 2022 du marché de l'art.
04:15 Exactement, un rapport qui a été réalisé en collaboration avec les Beaux-Arts.
04:19 La phrase principale, ce qu'il faut retenir, c'est qu'après l'euphorie 2021, le montant total adjugé en France est de 4,4 milliards d'euros.
04:29 Donc ça, cela concerne le secteur art et objets de collection et c'est en progression de 8,2% par rapport à 2021.
04:37 Le conseil des ventes note que la France affiche un dynamisme plus soutenu qu'au plan mondial de ce secteur.
04:44 Et il note aussi que le montant des ventes est mieux réparti à travers les différentes maisons de vente aux enchères.
04:50 Cette progression s'explique notamment grâce à la dispersion de grandes collections privées qui ont été de particulièrement haute qualité.
04:57 Par ailleurs, le paysage des ventes aux enchères évolue aussi.
05:00 Le conseil des ventes note une féminisation et aussi son rajoutnissement, mais qui doit bien sûr encore progresser.
05:07 Et enfin, sur le plan international, le conseil des ventes met en avant l'émergence de nouveaux acteurs sur le marché asiatique.
05:15 Mais la Chine, qui reste deuxième au niveau du monde des marchés de vente, malgré une part mondiale qui s'effrite, la Chine représente 16% de part de marché aujourd'hui contre 32% en 2021.
05:32 - Merci beaucoup. Cibile, c'est l'heure de l'interview. On va présenter votre invité qui est avec nous.
05:37 C'est aujourd'hui le quatrième, la quatrième invité de votre série sur la question de la provenance des œuvres d'art.
05:41 Et aujourd'hui, je le disais en prembule de cette émission, l'invité, c'est Ninon Bourre, doctorante en archéologie précolombienne.
05:48 Bonjour. - Bonjour.
05:49 - Bienvenue sur le plateau de Smart Patrimoine. Est-ce que vous pouvez nous définir, nous décrire en quelques mots ce que c'est cet art précolombien ?
05:57 Un art qu'on définit comme mystérieux, j'ai vu d'ailleurs.
06:00 - Mystérieux, très mystérieux. L'art précolombien et l'étude de l'art précolombien, particulièrement de l'archéologie précolombienne, c'est l'étude des restes matériels des civilisations amérindiennes,
06:12 donc des civilisations natives des Amériques, jusqu'à l'arrivée de Christophe Colomb ou alors quelques décennies après.
06:20 - Pour ceux qui nous écoutent, sur quelle période exactement, voilà, ça recouvre ?
06:24 - Ça recouvre plusieurs milliers d'années. - Oui, c'est ça.
06:26 - C'est assez vaste. - C'est très vaste. - Et justement, comme on remonte à des milliers d'années, quelle difficulté vous rencontrez lorsque vous souhaitez établir la provenance d'un objet d'art précolombien ?
06:36 - Alors déjà, la difficulté a attrait à l'histoire même de ces populations qui, pour la plupart, n'ont pas laissé de traces écrites.
06:47 - D'accord. - Donc ça brouille déjà les pistes.
06:49 Et puis c'est surtout que la provenance en matière d'archéologie et d'art précolombien n'a été une préoccupation il y a, à partir de ces dernières années seulement.
06:58 Avant, ce n'était pas forcément renseigné. Donc on s'est retrouvés avec des objets, déjà qui sont issus de territoires qui ont été colonisés.
07:12 Donc ces objets n'ont pas forcément été étudiés et les populations qui les ont produits ont vu leur histoire effacée.
07:20 - Donc tout ça, c'est des enjeux, des difficultés que vous allez retrouver si vous voulez créer toute la traçabilité d'une œuvre d'art. - Absolument.
07:27 Ensuite, on a eu d'autres difficultés, notamment le fait que ces objets, ensuite, au XIXe siècle, aient été collectés en masse pour les musées nord-américains et européens,
07:38 qui se livraient à une véritable course à la collecte et une course au prestige. Ils voulaient avoir des objets du monde entier en masse dans leur collection.
07:47 Et ils ont mélangé des objets qui sont sortis de fouilles. Mais au XIXe siècle, vous imaginez que ce n'était pas les mêmes conditions qu'aujourd'hui, les mêmes conditions d'encadrement scientifique.
07:55 Et ils ont mêlé ces objets sortis de terre à des objets achetés à des locaux sur les routes.
08:02 C'est-à-dire que du début, dans les réserves de musées et dans les salles d'exposition, dès le XIXe siècle, vous avez eu des objets archéologiques authentiques,
08:11 sans véritable provenance, ou alors pas très encadrés, qui ont été mélangés avec de faux objets. Et aujourd'hui, c'est très difficile de les différencier.
08:20 Est-ce qu'il existe quand même certains supports sur quoi vous vous basez pour étalir la traçabilité, même si c'est très difficile ? Est-ce qu'il y a des supports ?
08:28 Vous avez dit qu'il y en avait très peu écrits. Mais est-ce qu'il reste des archives quelque part ?
08:33 Ce sont des voyages que vous êtes obligés de faire pour rencontrer les civilisations sur place ?
08:37 Finalement, la chose principale sur laquelle on se base, ce sont les anciennes collections.
08:42 De particuliers ?
08:44 Non pas forcément. On se base plutôt sur les collections publiques, sur les institutions publiques. Et c'est une erreur, parce que souvent, les collections de ces institutions,
08:53 on se base sur d'anciennes collections, parce qu'on pense que les anciennes collections sont « safe », et que parce que ces objets ont été collectés anciennement,
09:00 que les objets sont forcément authentiques, qu'ils n'avaient pas encore de faussaires à ce moment-là. Sauf que c'est faux, parce que les faussaires existent depuis le moment de la colonisation,
09:08 et ont explosé à partir du XIXe siècle, et ils sont toujours en activité aujourd'hui. Finalement, tout ce qui nous reste, c'est les études stylistiques, les comparaisons,
09:18 les études iconographiques, étudier le style d'une pièce. Mais là encore, quelqu'un d'habile peut imiter une pièce préexistante.
09:26 Parce qu'aujourd'hui, on parle énormément de restitution concernant ces biens, mais finalement, la première préoccupation, c'est presque de savoir si c'est déjà un faux ou un vrai.
09:35 Absolument. La restitution n'est qu'un enjeu, c'est un des challenges seulement de l'art précolombien, et du souci de provenance en art précolombien aujourd'hui.
09:45 Avant de pouvoir rendre un objet, de pouvoir le restituer, il faut déjà l'authentifier, l'identifier, savoir d'où il vient. Et il y a des milliers d'objets précolombiens qui n'ont pas de véritable biographie à ce jour.
09:55 Et ça s'applique spécifiquement à l'art précolombien, ou vraiment ça peut être une question qui peut être applicable aussi sur les biens archéologiques en général ?
10:02 Honnêtement, je pense que le problème de provenance est très large et s'applique à différents types d'objets, et particulièrement les objets archéologiques.
10:11 Mais ce problème de provenance lié à la multiplication des faux et au pillage est vraiment assez symptomatique de l'art précolombien.
10:19 Et quand on parle de faux, qu'est-ce que c'est exactement ? Est-ce que c'est vraiment des personnes qui sont mal intentionnées ?
10:25 Est-ce qu'il peut juste y avoir des copies d'époque qui ont été faites par des artistes, mais du coup, ce n'était pas forcément mal intentionné ?
10:31 Mais aujourd'hui, ça va rentrer dans le marché. Est-ce qu'il y a différents types de faux, en fait ?
10:35 Absolument. C'est une définition, c'est une notion qui est très complexe, qui a plusieurs facettes.
10:40 Vous avez évidemment le faux frauduleux, fait dans l'intention de tromper, par des ateliers de faussaires, et en général, qui sont partie d'une même famille,
10:50 qui exerce de génération en génération. Et en Équateur, par exemple, vous avez des villages entiers qui sont dédiés à ça.
10:55 Mais vous avez également des artisans qui font des copies officielles et légales pour être vendues ensuite dans des magasins de souvenirs
11:05 ou alors dans des magasins qui sont liés à des musées. Ces copies, donc, qui sont bien intentionnées, mais leurs objets vont être achetés.
11:14 On va gommer leurs signatures, étant donné que ce sont des copies officielles qui reprennent 100% un objet préexistant,
11:26 et on va la remettre sur le marché de l'art en tant qu'objet archéologique.
11:30 Et ça, c'est des cas avérés, des cas que vous avez rencontrés dans vos recherches ?
11:34 Oui, absolument.
11:35 Moi, j'ai une question dans un musée aujourd'hui, par exemple, un musée comme le Quai Branly.
11:38 Est-ce qu'on a une idée du pourcentage d'œuvres qui, potentiellement, seraient fausses ?
11:44 Même si j'imagine qu'eux font toutes les démarches, etc. Mais il y en a quand même ?
11:48 Bien sûr. Et on parle du Quai Branly, mais honnêtement, ça existe dans toute institution, que ce soit en France, en Europe ou ailleurs.
11:56 Le Quai Branly, aujourd'hui, compte environ 100 000 objets des Amériques. Et il tient des archives, et parmi lesquelles, vous avez un dossier sur les objets qui sont réputés faux.
12:08 Sur ces 100 000 objets des Amériques, il y en a 1 000 aujourd'hui, qui sont archivés, inventoriés comme étant de faux objets archéologiques précolombiens.
12:16 La question est...
12:19 En tout cas, ils sont transparents, là-dessus. C'est ça, c'est ce que vous dites ?
12:21 Absolument. Et le service des archives, d'ailleurs, du Quai Branly, est accessible. Vous faites une demande.
12:26 Et évidemment, vous allez retrouver beaucoup d'étudiants, d'universitaires, de professionnels du monde des musées.
12:30 Mais c'est ouvert à n'importe quelle personne qui est intéressée sur le sujet.
12:33 Mais la question est de savoir si ce sont vraiment 1 000 objets qui sont faux. Est-ce qu'il n'y en a pas plus ?
12:37 Mais pourquoi est-ce qu'on va montrer des objets faux dans un musée ? Est-ce qu'il va y avoir un intérêt, peut-être, pédagogique ?
12:43 On ne les montre pas forcément. Ça a été très tabou jusqu'à ces dernières années. En général, ils étaient relégués à la réserve.
12:49 Et c'est seulement depuis ces dernières décennies que l'on va organiser des expositions au grand public, justement sur le faux et les faussaires.
13:00 Et on remarque que ça intéresse beaucoup le public. Justement, ça les sensibilise.
13:03 Et ça leur permet de comprendre que le faux est souvent lié à la problématique du trafic d'objets d'art, au trafic de biens culturels.
13:11 Et souvent, le problème, c'est que les collectionneurs et donc le public pensent qu'en achetant un bien archéologique dans une étude ou dans une maison de vente,
13:18 qu'il va sauver cet objet, finalement, et que cet objet est "safe", alors qu'en réalité, le trafic et la vente de faux objets alimentent des trafics connexes.
13:29 Un trafic de biens culturels, mais également, en général, un trafic de drogue et un trafic d'êtres humains.
13:35 Oui, surtout ça, c'est lié. Oui, c'est l'UNESCO qui disait que le trafic de biens, c'est le troisième plus grand trafic illicite du monde.
13:43 Pour justement apporter plus de cadre à ce trafic de biens culturels, notamment archéologiques, est-ce qu'il y a des lois qui existent, soit en France,
13:54 soit spécifiques pour les biens précolombiens ? Et est-ce qu'il faudrait encore plus de lois pour l'encadrer ?
14:00 Alors, c'est une très bonne question. Est-ce qu'il faudrait encore plus de lois ? Je ne sais pas s'il en faudrait plus, mais peut-être qu'il faudrait prendre le problème autrement.
14:06 Au niveau international, vous avez la Convention de l'UNESCO de 1970, vous avez aussi la Convention unidroite de 1995, et de façon très régulière, vous avez l'ICOM,
14:18 qui produit des listes rouges d'objets qui font l'objet de trafic ou l'objet de faux. Pour ce qui est des législations des pays d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale,
14:32 évidemment, chaque pays a sa propre législation. Et on remarque quelque chose qui est assez intéressant et assez alarmant en même temps.
14:39 Le Mexique, comme d'autres pays, dont le Pérou notamment, ont commencé à protéger leurs biens archéologiques et leur patrimoine dès leur indépendance,
14:49 dès le début du 19e siècle. Et depuis, ils n'ont cessé de multiplier les lois protectrices de ce patrimoine, sauf qu'on remarque que plus ils multiplient les lois,
14:58 plus les objets finissent quand même en France, et donc à Paris et à New York, parce que ce sont les deux plaques tournantes.
15:05 Les deux grandes places de vente ? Absolument. De ce qu'on appelle "les arts tribaux", même si c'est impropre dans le monde.
15:14 Et finalement, la multiplication de ces lois n'empêche pas ces objets de continuer d'arriver, de continuer à avoir une cote qui grimpe, et à continuer d'être collectionnés et achetés.
15:24 – Et justement, alors là, il va y avoir des lois-cadre, c'est un loi-cadre qui concerne plutôt les arts en provenance d'Afrique,
15:32 donc forcément, ça ne nous concerne pas vraiment, mais ce genre de loi et les préconisations du rapport Martinez,
15:37 est-ce que ça va avoir des conséquences positives selon vous, peut-être sur ce marché ?
15:42 – Je ne pense pas, parce que le rapport Martinez a le mérite d'exister, et il est surtout pensé, comme vous l'avez dit,
15:51 sur les objets africains qui ont été obtenus en période coloniale, parce que les pays d'Afrique concernés étaient d'anciennes colonies françaises,
15:59 je pense notamment au trésor du Bénin. Dans le cas des arts précolombiens et de l'archéologie précolombienne,
16:09 je dirais que le rapport Martinez, finalement, ne fait que réitérer quelque chose qui existait déjà, notamment entre la France et le Mexique.
16:15 Vous avez un principe qui dit que la France peut rester propriétaire d'un objet, mais que cet objet peut être renvoyé dans son pays hôte.
16:26 – C'est le principe du patrimoine partagé ?
16:28 – C'est le principe du patrimoine partagé, absolument, et ça, ça existe déjà entre la France et le Mexique, depuis le 19e siècle,
16:34 notamment avec des objets aztèques.
16:36 – Et ça se met à profit, c'est positif, plutôt ?
16:38 – Oui, oui, oui, mais rien de nouveau sous le soleil.
16:41 – Merci beaucoup à toutes les deux pour cet échange, merci Ninon Bour d'être venue nous voir sur le plateau de Smart Patrimoine.
16:46 Je rappelle, vous êtes d'haute torrente en archéologie précolombienne, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
16:51 – Je vous remercie.
16:52 – Merci, Sybille, évidemment, on vous retrouve jeudi prochain dans Smart Patrimoine.
16:56 Tout de suite, c'est Enjeu Patrimoine, c'est parti.
16:59 [Générique]
17:03 Et c'est parti pour Enjeu Patrimoine aujourd'hui, acheter et se faire rembourser en partie.
17:08 Le cashback est-il vraiment une bonne idée ?
17:11 Sites spécialisés, services de cartes bancaires, les offres qui permettent de récupérer une partie du prix de ses achats se multiplient.
17:18 En période d'inflation, il faut dire qu'elles ont de quoi séduire.
17:21 Avantages et risques, nous en parlons tout de suite avec notre invitée Nathalie Pétrignet.
17:26 Elle est avocate associée au cabinet CMS Francis Lefebvre.
17:30 Bonjour Nathalie.
17:31 – Bonjour.
17:32 – Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui dans Smart Patrimoine.
17:34 Ma première question, elle est simple, comment ça fonctionne exactement le cashback ?
17:39 – Alors le cashback, c'est une remise différée qui correspond à un pourcentage des achats que vous effectuez en ligne
17:46 chez un commerçant partenaire de votre banque ou du site de cashback sur lequel vous vous êtes inscrit.
17:52 Et cette somme, en fait, elle va être portée au crédit d'une cagnotte
17:57 qui sera visible sur votre compte client, soit de la banque, soit du site de cashback.
18:03 Mais vous ne pouvez pas accéder à cette cagnotte immédiatement.
18:06 Il faut que vous ayez atteint un certain montant d'achat et donc de crédit cumulé sur cette cagnotte
18:12 pour pouvoir récupérer le montant de cette cagnotte et demander le versement par virement bancaire de cette somme.
18:20 – Ça arrive que ça se fasse directement sur notre compte en banque ?
18:25 – Non, ça ne se fait jamais directement sur le compte en banque.
18:28 Je vais vous donner un exemple. Par exemple, vous souhaitez acheter pour 100 euros de marchandises sur le site de la FNAC.
18:36 – Oui. – Alors vous devez vous inscrire sur…
18:38 – On va citer Darcy aussi. [Rires]
18:40 – Voilà, vous devez vous inscrire sur un site de cashback.
18:44 Ensuite, vous repérez le site de la FNAC. Vous effectuez votre achat de 100 euros.
18:49 Et si le pourcentage de cashback le jour de votre achat est de 10%,
18:54 eh bien votre cagnotte sera crédité de 10 euros et vous pourrez bénéficier de ces 10 euros
19:01 dès lors que le montant minimum de la cagnotte sera atteint.
19:05 Donc le plus souvent, ce montant est de 20 euros.
19:08 – Donc ça va vite ?
19:10 – Ça va quand même assez vite, mais ça dépend également du montant de la réduction.
19:14 Là, je vous ai donné un montant de 10%, mais c'est un montant assez élevé.
19:19 – En moyenne, ça peut aller de combien de pourcent à combien ?
19:22 – En moyenne, je pense qu'on se situe plutôt autour de 5%.
19:25 Les plus basses commencent à 1%.
19:27 Et bien entendu, vous pouvez avoir des pourcentages plus élevés en fonction des sites de cashback,
19:33 des commerçants et des périodes. Voilà.
19:37 – Là, on le comprend bien pour un site d'achat de e-commerce.
19:40 Voilà, je fais mes cours, ça me coûte 100 euros, je suis remboursée 10 euros.
19:44 Pour les banques, comment ça marche ? C'est un peu différent.
19:46 On n'achète pas le service d'une banque.
19:48 – Non, mais pour les banques, en fait, elles ont développé en marge de leur site
19:52 des sites dédiés à leur méthode de cashback, en fait.
19:56 Et vous devez vous inscrire.
19:57 Par exemple, le site du Crédit Agricole propose un site dédié où vous inscrivez sur ce site.
20:02 Et ensuite, tout achat réalisé avec la carte bancaire que vous détenez dans cette banque,
20:07 chez un commerçant partenaire, va déclencher une remise.
20:12 Alors, on dit que la remise qui est accordée via les sites des banques
20:17 vous permet de couvrir peu ou prou la valeur de votre carte de crédit si elle est payante.
20:22 – On imagine que les plateformes de cashback, elles perçoivent des commissions ?
20:27 – Alors, en effet, c'est le principe de la rémunération, comment ça fonctionne.
20:33 La plateforme et la banque aussi considèrent qu'elles sont des apporteurs d'affaires.
20:39 Et donc, en fait, en qualité d'apporteur d'affaires,
20:41 elles vont négocier avec les commerçants partenaires des commissions.
20:46 Donc, le commerçant partenaire verse sa commission à la plateforme,
20:50 par exemple à IGRAAL, qui est la plateforme la plus connue.
20:54 Et ensuite, IGRAAL garde une partie de cette commission chez lui
21:02 et il vous reverse une autre partie.
21:04 Et donc, l'autre partie qui est reversée, en fait,
21:06 prend la forme de cette remise différée que vous canotez sur votre compte.
21:10 – Une question un peu bête, mais quand même, pourquoi ces entreprises,
21:14 ces banques, le font-elles, cette pratique du cashback ?
21:18 – Ce sont des techniques promotionnelles qui vous aident à consommer, surtout, en fait,
21:25 qui sont très attractives.
21:26 Et en fait, il faut voir dans ce que je viens de décrire
21:28 que la banque et la plateforme perçoivent des rémunérations.
21:31 Donc, en réalité, elles le font parce qu'elles ont intérêt, en premier lieu,
21:36 à percevoir ces commissions.
21:38 Même si vous, vous en percevez une partie,
21:40 on ne va pas oublier qu'en premier lieu, la banque et la plateforme…
21:42 – Donc, il y a un intérêt rémunérateur pour elles d'attirer aussi, fidéliser ses clients.
21:48 – Fidéliser le client, alors, fidéliser la plateforme, oui,
21:51 le client sur la plateforme et la banque,
21:53 alors, sachant que toutes les banques ne se sont pas encore mises au cashback,
21:57 donc, ça paraît un petit peu surprenant.
21:59 Mais, par exemple, le CIC n'est pas encore parti sur cette opération.
22:05 – Comment vous l'expliquez, ça ?
22:06 – Je leur ai posé la question, Figueroux.
22:08 Il se trouve que j'avais rendez-vous hier pour un tout autre sujet.
22:11 Et en fait, ils ne sont pas encore prêts.
22:13 C'est aussi… Peut-être qu'ils y réfléchissent, mais ça viendra sans doute,
22:18 parce que c'est vrai que ce sont des techniques promotionnelles
22:21 qui sont finalement assez récentes en France.
22:23 Elles ont été créées aux Etats-Unis dans les années 70, mais en France…
22:27 – Elles s'accélèrent peut-être, je le disais, avec l'inflation, évidemment,
22:30 le contexte actuel, oui.
22:32 – Surtout en ce moment, le consommateur est effectivement
22:35 à l'affût des opérations promotionnelles.
22:38 Et le cashback, s'il est bien utilisé, on en parlera, je pense,
22:42 peut être un bon moyen de faire des économies.
22:45 Et tout l'inverse également.
22:46 – Voilà, alors dites-nous quel est l'intérêt, vraiment, pour le consommateur.
22:49 Est-ce que c'est vraiment intéressant, puisque c'est la question
22:52 qu'on aimerait vous poser aujourd'hui ?
22:55 – C'est vraiment intéressant si le consommateur sait se servir
23:00 de la plateforme de cashback.
23:02 Déjà, il faut distinguer deux types de plateformes.
23:05 Vous avez des plateformes de cashback gratuites,
23:08 qui ne soulèvent aucune difficulté, il n'y a pas de lièvre.
23:11 Il faut simplement surveiller les conditions de fonctionnement
23:14 et bien vérifier quel montant minimum est requis dans la cagnotte
23:19 pour pouvoir obtenir son versement, et pour ne pas louper, effectivement,
23:22 cette possibilité d'obtenir le remboursement.
23:25 Mais surtout, vous avez les sites de cashback payants,
23:29 qui sont ceux dont il faut évidemment se méfier.
23:32 – Se méfier.
23:33 – Parce que, même si les offres apparaissent plus intéressantes
23:38 sur ces sites de cashback payants, puisque les réductions sont plus importantes…
23:42 – On est plus sur du 10-15% que sur du 4-5, oui.
23:47 – Ces sites de cashback payants, en réalité, sont très onéreux.
23:51 Ils sont en moyenne à 15 euros par mois,
23:55 donc il faut souscrire un abonnement de 15 euros par mois.
23:58 Vous devez payer 180 euros d'abonnement annuel,
24:02 et pour rentabiliser cet abonnement, sans encaisser de remise,
24:06 il faut effectuer plus de 7000 euros d'achat.
24:09 Donc, si vous n'êtes pas un consommateur régulier
24:14 qui effectue des montants d'achat importants sur Internet,
24:19 le cashback payant n'est pas intéressant pour vous.
24:23 – Mais ça c'est facile de se faire avoir, il est facile à faire ce calcul-là.
24:26 – Absolument, c'est très facile de se faire avoir.
24:28 Peut-être qu'effectivement, les consommateurs se feront moins souvent avoir,
24:33 parce qu'il y a eu une réforme récente qui vient de rentrer en vigueur,
24:36 mais oui, ils se font très souvent avoir.
24:39 Vous avez tous commandé un billet de train sur le site,
24:42 alors je cite la SNCF, mais il y a d'autres sites
24:46 qui utilisent évidemment cette technique promotionnelle.
24:49 Donc, vous avez tous pu acheter un billet de train sur ce site,
24:53 et vous voyez cette petite fenêtre pop-up qui s'ouvre
24:56 et qui vous propose de vous rembourser 20 euros, par exemple,
24:59 sur le billet de train que vous venez d'acheter.
25:01 Donc, vous êtes attiré par le gain, vous cliquez, et vous cliquez "j'en profite".
25:06 Et donc, immédiatement, vous êtes tenté de donner vos coordonnées bancaires
25:10 pour percevoir le gain.
25:12 Et en réalité, vous pensez être sur le site de la SNCF,
25:15 mais vous êtes sur le site d'une plateforme de cashback payante
25:19 qui vous a fait souscrire un abonnement,
25:22 parce que trop pressé d'encaisser votre gain,
25:25 vous n'avez peut-être pas lu toutes les petites mentions en petit caractère
25:29 qui vous informent qu'en réalité, en communiquant vos coordonnées bancaires
25:34 et en cliquant, vous êtes en train de vous abonner à un service de cashback payant.
25:39 Et c'est là qu'on se fait avoir.
25:41 Alors après, si on se fait avoir, on peut regretter.
25:46 Il est possible de se désengager, de résilier.
25:52 En principe, je n'ai pas fait tous les sites de cashback qui existent,
25:57 mais la plupart des sites de cashback payant permettent une résiliation à tout moment.
26:03 Ce n'est pas rétroactif, ça vaut pour l'avenir.
26:08 - Donc le consommateur est un peu protégé dans cette histoire ?
26:11 - Un peu protégé, et il le sera peut-être davantage à compter du 1er juin 2023,
26:16 puisque une nouvelle règle vient d'être adoptée
26:20 pour faciliter la résiliation des contrats qui sont conclus par voie électronique par les consommateurs.
26:26 Maintenant, le commerçant doit obligatoirement insérer une fonctionnalité gratuite
26:32 qui va se présenter par la mention "Résilier votre contrat"
26:36 et il devra indiquer toutes les règles requises pour résilier le contrat.
26:41 Comme ça, le consommateur, quand il voit la formule "Résilier votre contrat",
26:46 comprend qu'il est en train de s'engager dans un contrat,
26:49 et pas seulement pour recevoir son remboursement.
26:52 - Très rapidement, il nous reste 30 secondes, Nathalie.
26:55 Concrètement, les plateformes de cashback, oui, surtout quand elles ne sont pas payantes.
27:03 Et quand on est un consommateur un peu raisonnable.
27:08 - C'est ça.
27:09 - C'est le conseil que vous donneriez aujourd'hui.
27:11 - Si on sait bien se servir d'une plateforme de cashback, même si elle est payante,
27:16 et qu'on effectue des achats indispensables au meilleur prix,
27:19 oui, c'est un bon plan. Mais sinon, non, ça peut être une arnaque.
27:22 - Voilà, on termine là-dessus. Merci beaucoup, Nathalie Pétrigné, d'avoir répondu à nos questions.
27:26 Je rappelle que vous êtes avocate associée au CMS, Francis Lefebvre, cabinet CMS.
27:31 Merci beaucoup d'avoir été avec nous, nous avoir dit un peu plus sur cette pratique nouvelle du cashback.
27:36 Merci à vous de nous avoir suivis.
27:38 On se retrouve très vite dans Smart Patrimoine sur Bsmart.
27:41 Merci à Pauline Grattel. Ciao.
27:43 [Musique entraînante diminuant jusqu'au silence]
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