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  • il y a 3 ans
Le remaniement ministériel vu par Benjamin Morel, politologue, maître de conférences en droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas.

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Transcription
00:00 Pour en parler avec nous de ce remaniement, Benjamin Morel, politologue, maître de conférences en droit public à l'université de Panthéon-Assas.
00:08 Bonjour Benjamin.
00:10 - Bonjour.
00:11 - Alors qu'est-ce que vous pensez de ce remaniement ? Est-ce qu'il y a là des noms qui vous surprennent ?
00:18 Ou est-ce que finalement c'est la suite logique d'un recentrage autour du dernier carré, autour du projet d'Emmanuel Macron ?
00:25 - Oui, c'est ça. C'est en fait un remaniement de confort, je dirais. C'est-à-dire qu'il y avait des ministres qui très clairement embêtaient Emmanuel Macron
00:33 pour des raisons de l'ION, pour des raisons également de perspective, de maîtrise de leur ministère. Donc qui, au milieu de l'été, après 14 juillet,
00:41 là où la plupart des Français n'ont pas grand-chose à faire de la politique et pensent plutôt à la plage et aux cocktails,
00:47 eh bien on les fait disparaître du casting, de l'autre côté. Il y a besoin aujourd'hui de bétonner la majorité parlementaire,
00:54 il y a besoin de donner des gages à un certain nombre de courants de la majorité. Vous faites monter quelques parlementaires,
01:00 vous donnez quelques ministères clés à quelques fidèles et donc vous solidifiez votre mécanisme gouvernemental.
01:08 Mais nous ne devons pas vous le solidifier de manière très défensive en réalité parce que, comme vous l'avez bien évoqué,
01:14 en fait, les temps où la Macronie allait braquer sur les terres de la société civique, de la droite, de la gauche, pour tenter d'élargir une majorité
01:24 et d'avancer, c'est en l'assombre de terminer. Aujourd'hui, on a un syndrome plus optionnel, il s'agit de conserver ce que l'on a,
01:30 tant en termes parlementaires qu'en termes électoraux.
01:32 Il y a quand même des personnalités de la société civile, certes députées, mais je pense à Sabrina Agresti-Roubach à Marseille par exemple,
01:40 qui va sans doute remplacer Marlène Schiappa dans le rôle de un peu Madame Sangène pour être la branche populaire de ce gouvernement, non ?
01:48 Oui, mais là encore une fois, on fait monter des députés, des politiques avec un objectif.
01:54 Il faut bien voir qu'aujourd'hui, si vous avez une situation qui est problématique pour le président de la République,
01:58 c'est pas à l'égard de sa cote dans l'opinion ou de ses rapports conflictuels ou pas avec Elisabeth Borne,
02:03 son problème majeur, c'est qu'il n'a pas de majorité parlementaire. Et non seulement il n'a pas de majorité parlementaire,
02:08 cette majorité est relative, mais elle est également exposée façon puzzle, souvenez-vous lors de l'avant-dernière motion de censure.
02:15 Les députés Renaissance n'étaient pas là. Alors certes, ils ne votent pas pour une motion de censure,
02:20 mais c'est la première fois sous la Vème République que vous avez une première ministre seule face à l'opposition.
02:24 Donc la majorité est aujourd'hui extrêmement fragilisée en plus d'être relative,
02:28 pour le fait qu'il vienne au moins solidifier ça, se replier sur un carton fidèle, reprendre en main le groupe.
02:35 Je crois qu'il y a un vrai commentaire à voir notamment sur la montée au gouvernement d'Aurore Berger.
02:40 Elle lui fait plaisir, mais elle perd en pouvoir en réalité.
02:43 - Oui, parce qu'elle avait la main sur le groupe parlementaire, et là elle va être simplement ministre à la Solidarité,
02:47 avec une feuille de route déjà tracée en réalité.
02:50 - Oui, enfin disons, elle rêvait d'un Marocain depuis un certain temps, mais elle avait beaucoup de pouvoir en tant que présidente de groupe.
02:58 Et elle avait été imposée par le groupe d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron n'en voulait pas il y a un an.
03:03 Donc on aura sans doute Sylvain Maillard à la tête du groupe.
03:06 On a quand même une reprise en main du groupe parlementaire, et paradoxalement, ça montre beaucoup de faiblesse, notamment du point de vue de l'Assemblée.
03:13 - Oui, et que pensez aussi du choix de l'ex-directeur de cabinet d'Elisabeth Borne, Aurélien Rousseau,
03:20 nommé à la Santé en remplacement de François Braun ? Pourquoi un choix tel que celui-là ?
03:25 C'est encore là un recadrage, un resserrage ?
03:28 - Oui, c'est ça. C'est-à-dire que, encore, comprenons-nous bien, malgré ce que dit Emmanuel Macron, on vote pas beaucoup de lois.
03:34 On vote pas beaucoup de lois, tout bêtement. On en vote en nombre relativement raisonnable, mais ce sont des petits choix.
03:39 Ce sont des lois anecdotiques, tout bêtement, parce qu'encore une fois, il n'y a pas de majorité.
03:42 Donc quand vous ne pouvez pas voter de lois importantes, qu'est-ce que vous faites ?
03:45 Eh bien, il faut agir par voie réglementaire. Il faut agir dans le cadre de l'administration, qui est celle des ministères.
03:50 Donc vous devez tenir vos ministères. Vous devez avoir des gens qui savent maîtriser ces ministères, qui connaissent les leviers,
03:56 et qui, donc, sur les grands projets esquissés par Emmanuel Macron, qui sont des projets de services publics,
04:01 éducation, santé, police, etc., il faut réellement avoir des gens qui maîtrisent leur administration.
04:07 Ce qui n'était pas le cas de Papendaye, par exemple. Ce qui n'était pas le cas également de François Brod.
04:11 Donc là, on a une reprise en main par des gens qui n'ont pas forcément une grande cote dans l'opinion,
04:16 qui sont pour certains, en tout cas, assez inconnus, mais qui, malgré tout, connaissent les rouages,
04:21 et donc vont pouvoir agir pour pouvoir réellement avoir les leviers.
04:25 Donc c'est un gouvernement, finalement, moins politique, d'une certaine façon.
04:29 Est-ce qu'il y a une radicalisation aussi du projet ? Il parlait de marches forcées, d'été difficile,
04:35 de paysages politiques français qui vont devenir encore plus complexes. Est-ce qu'il se prépare, finalement, à des combats ?
04:42 Est-ce qu'il y a là la préparation, peut-être, d'une dissolution à venir de l'Assemblée nationale, ou ce genre de projet ?
04:49 Pour l'instant, je crois qu'il a eu un petit peu à dire que, encore une fois, le président de la Ve République
04:54 n'a pas beaucoup de pouvoir, en réalité, en droit, si on regarde simplement ses pouvoirs réels.
04:59 Il n'a de pouvoir que parce qu'il a une majorité parlementaire. Alors là, il n'en a pas.
05:02 Donc il cherche à étendre de façon systématique tous les domaines de son pouvoir.
05:07 Et pour arriver à le faire, il a besoin d'un contrôle assez serré, justement, de l'administration, du gouvernement.
05:13 Il a besoin, parfois, de tordre les procédures. Ce qu'on a vu sur l'article 40, sur l'article 471,
05:18 toutes ces manœuvres constitutionnelles qu'on a abondamment commentées au premier semestre, ça vient de ça.
05:23 C'est-à-dire qu'il est contraint à être dans les guéguerres procédurales.
05:26 Donc les bras de fer, ils sont là, aujourd'hui.
05:28 Quand il y a une dissolution, si vous regardez les enquêtes de finances, si vous regardez les élections parfaites, etc.,
05:33 la réalité, c'est que vous avez une tricolorisation de la vie politique aujourd'hui,
05:36 et que vous avez très peu de porosité entre les trois grands blocs électoraux.
05:41 Donc une dissolution, a priori, aujourd'hui, donnerait à peu près des résultats,
05:46 voire même pour lui, des résultats pires, et il est aussi qui a une majorité absolue,
05:49 Smith, RN, les deux ne pouvant évidemment pas gouverner ensemble,
05:52 ça fait que là, toute notion de sensu peut passer, et qu'on rentre dans une crise,
05:56 qui devient une crise politique extrêmement réduite.
05:58 Donc il n'a pas intérêt à dissoudre à ce stade-là, sauf s'il y a une dissolution de la nuit.
06:02 Dans quel cas, en effet, les circos, qui sont aujourd'hui des fièvres pour la gauche,
06:05 pourraient devenir prenables par la majorité, et là, il y aura un coup politique à jouer.
06:09 En attendant, pour l'instant, et sauf changement du climat politique, c'est très possible,
06:14 on ne voit pas la perspective de dissolution.
06:16 - Et aussi, sur l'extension du pouvoir exécutif, au-delà du remaniement ministériel,
06:21 il y a eu très récemment la nomination d'une cinquantaine de nouveaux préfets,
06:26 du jamais vu dans l'histoire de la Ve, tant l'amplitude des mouvements dans la préfectorale
06:30 ont bougé, avec là encore, le choix d'éclater le corps préfectoral,
06:35 et de faire rentrer des proches ou des profils qui n'ont pas le profil de préfet de manière classique.
06:40 - Un point extrêmement important, je crois qu'on sous-estime assez largement
06:45 l'effet de la réforme de l'administration qui a été voulu par Emmanuel Macron
06:50 à la fin du précédent quinquennat, avec notamment l'exposition du corps préfectoral,
06:53 mais également du corps diplomatique.
06:55 On s'est tous concentrés sur la fausse suppression de l'ENA,
06:59 sa transformation en NSP, mais en fait, c'est ça, la vraie révolution.
07:03 Et là, vous avez en effet une administration qui risque d'être moins compétente,
07:08 alors souvenez-vous que, comme les préfets qui ont fait tenir pays lors du premier confinement,
07:12 et de l'autre côté, beaucoup plus en l'aimant de l'exécutif.
07:17 Donc, ça rejoint un peu ce que je disais tout à l'heure,
07:19 on a un président qui est important d'un point de vue parlementaire,
07:22 en règle générale, quand on pense au bilan d'une majorité, on regarde le nombre de lois votées.
07:26 Là, il ne va pas falloir réagir comme ça au bilan de la majorité,
07:29 c'est ce qu'elle va tenter de faire à côté de la loi, justement.
07:32 Et donc, pour ça, il faut arriver à bien bien maîtriser l'administration,
07:35 parce que l'administration, on le met dans la main, et évidemment, c'est ça, il concourt.
07:39 — Et sur le choix de reconduire Elisabeth Borne,
07:43 il parlait, le président de la République, d'un choix fort à assumer, de la continuité, de l'efficacité.
07:48 Est-ce que ce n'est pas finalement un sursis aussi,
07:51 de voir quel va être le bilan de cette nouvelle équipe, et aussi un choix par défaut ?
07:56 — Ah, c'est un peu les deux. C'est-à-dire que c'est un choix par défaut,
07:59 parce que la réalité, c'est qu'Elisabeth Borne n'est peut-être pas la première ministre parfaite,
08:05 mais il y en a-t-il de meilleures, aujourd'hui.
08:07 C'est-à-dire que, encore une fois, j'y reviens, je suis un peu monomaniaque,
08:10 mais le principal problème qu'il a, c'est pas de majorité parlementaire.
08:13 Un bon premier ministre serait quelqu'un qui, évidemment, ne lui ferait pas le gomme, etc.,
08:17 les trucs classiques, mais surtout qui arriverait à élargir cette majorité.
08:20 Et élargir à qui ? La NUP est bétonnée,
08:23 Lyot est clairement aujourd'hui dans l'opposition.
08:25 Quant à LR, le tout principe de la réforme d'Astrid, c'était justement d'acheter LR,
08:31 en passant la réforme de l'âge de 65 à 64 ans, pour topper avec Swetie, avec Marlène.
08:35 On a vu le résultat. Le groupe est trop divisé, le groupe est trop distendu.
08:39 C'est plus 60 individualités pour qu'on puisse une cohésion de groupe.
08:43 Donc, biais avec LR, c'est pas réellement possible.
08:46 Donc, élargir la majorité, aujourd'hui, c'est compliqué.
08:49 De l'autre côté, si jamais vous avez potentiellement une gauche de la majorité
08:54 qui se détache, mais s'achat oublié, voire le modèle, etc., c'est également compliqué.
08:58 Donc, c'est pas nommer un premier ministre plus à droite.
09:00 Donc, Elisabeth Borne, avec tous ses défauts, est malgré tout, aujourd'hui, en capacité de tenir
09:06 ce qu'il reste de la Macronie, de tenir cette majorité relative.
09:09 Et ça, actuellement, il n'y a pas de meilleur profil pour le faire.
09:12 En tout cas, on n'en voit pas.
09:13 De l'autre côté, par rapport à ce que vous évoquiez, en effet,
09:16 vous ne sacrifiez pas un premier ministre qui tient à peu près la barque,
09:20 avant le terme, et je rappelle que le terme, c'est la saison budgétaire,
09:23 pour faire passer vos budgets, quoi qu'il arrive, quoi qu'on pense, quoi qu'il se passe,
09:26 il y aura des 49 affaires linées à trois.
09:28 Donc, il doit y avoir un vrai remaniement.
09:30 Donc, on attend plutôt à l'hiver.
09:31 Ce sera à ce moment-là.
09:32 Et alors, d'ailleurs, on va parler des immuables,
09:34 ceux qui n'ont pas bougé, Bruno Le Maire, Éric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin.
09:40 Le seul qui m'étonne, finalement, dans ce mouvement de chaises musicales,
09:43 c'est Gabriel Attal, qui passe de Bercy, du budget, un poste important, quand même,
09:47 à l'éducation nationale.
09:49 Oui, alors, ça montre en réalité deux choses.
09:52 Ça permet, à la fois, encore une fois, de faire monter des parlementaires.
09:55 C'est l'un des angles d'analyse important pour moi, notamment Caisse-Neuve.
09:59 Et de l'autre côté, on a un ministère important.
10:03 On a un ministère difficile.
10:05 Et on a un ministère qui va être prioritaire.
10:07 Donc, il faut le tenir.
10:08 Il faut le tenir avec quelqu'un qui, à la fois, a les compétences de manière technocratique.
10:14 De tenir une administration, ce n'est pas de tenir le sujet sur le fond.
10:18 Ça n'a pas réellement d'importance, en réalité.
10:20 Il faut tout bêtement tenir son administration.
10:22 Et celle de l'éducation nationale est compliquée à tenir.
10:24 Et de l'autre côté, il faut surtout un fidèle.
10:26 Et là, évidemment, aujourd'hui, si vous allez chercher parmi les réels fidèles d'Emmanuel Macron,
10:32 eh bien, il y en a plus tant que ça.
10:34 Et Gabriel Antel en fait partie.
10:35 Alors, justement, ces nominations, qu'est-ce qu'elles disent, en fait, des priorités ?
10:40 Vous parliez, justement, des nouvelles priorités.
10:42 On a vu un retour de l'autorité, le régalien, l'éducation.
10:46 Est-ce qu'il y en a d'autres qui sont évidentes ?
10:48 La réalité, c'est que, tout bêtement, pour une raison simple,
10:52 et là, encore une fois, j'ai le moment de jury,
10:54 mais qu'est-ce que vous voulez réformer en servieté de grande loi ?
11:00 En réalité, pas grand-chose, sauf les services publics.
11:03 Parce que les services publics dépendent beaucoup du pouvoir réglementaire.
11:06 Et donc, c'est un jeu de communication assez intelligent d'Emmanuel Macron.
11:11 Il priorise, il met en avant, comme étant des priorités,
11:15 ce sur quoi il peut avoir une marge de manœuvre réelle.
11:17 Et donc, ce faisant, en effet, il va pouvoir agir de manière souhaitable ou non souhaitable,
11:23 ça, ensuite, on verra.
11:24 Mais, en revanche, il va pouvoir agir sur ces priorités-là.
11:27 Les autres sujets qui pourraient être des sujets de réforme en profondeur,
11:31 aujourd'hui, il y a très peu de marge de manœuvre.
11:35 Prenez la fameuse loi immigration.
11:36 Ça devait être la priorité de l'automne dernier.
11:38 On a vu le résultat.
11:39 Ça devait être la priorité du printemps, après la réforme des retraites.
11:42 C'est d'ailleurs pour ça qu'on n'utilisait pas le 49 et le 93 à l'origine sur la réforme des retraites.
11:46 Parce que, si on est passé par PLSS, ça doit être la priorité de l'automne suivant.
11:51 Et je pense que ça passe en relativement limité.
11:55 On va plutôt avoir envie de se concentrer sur les sujets sur lesquels l'exécutif va pouvoir monter à la main.
12:01 - A la main.
12:02 Merci beaucoup, Benjamin Morel, politologue, maître de conférence à Panthéon, à SASS,
12:08 d'avoir été avec nous pour parler de ce remaniement.

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