00:00 Europe 1 Midi. Informez-vous avec Alexandre Chauveau.
00:03 Et on part tout de suite pour ce débat.
00:06 Les saisonniers ont-ils inversé le rapport de force avec les employeurs
00:10 alors qu'il y a une pénurie de main d'oeuvre ?
00:12 On en parle depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois sur Europe 1.
00:15 On en discute avec vous, chers amis auditeurs, au 01 80 20 39 21.
00:20 Et j'accueille tout de suite Laurent Barthélémy.
00:23 Vous êtes président national des saisonniers à l'UMI,
00:25 l'Union des métiers de l'industrie et de l'hôtellerie.
00:29 Bonjour.
00:31 Bonjour Alexandre, bonjour à tous.
00:32 Bonjour, merci d'être avec nous.
00:34 Alors, je le disais, on a beaucoup parlé de cette pénurie de main d'oeuvre.
00:37 Est-ce que c'est quelque chose que vous constatez ?
00:39 Et est-ce que vous diriez que le rapport de force est inversé
00:41 avec les saisonniers et les salariés en général ?
00:46 Alors, tout d'abord, oui, on a eu cette problématique qui est apparue,
00:50 mais comme depuis plusieurs années, dès le mois d'avril,
00:53 puisque nous recrutons pour la saison d'été dès le mois de mars ou le mois d'avril.
00:58 Donc, on a vu ces difficultés arriver,
01:01 notamment sur tous les postes qui sont à forte intensité et à haute capacité.
01:10 Donc, on a vraiment besoin de salariés supplémentaires, à paix.
01:15 Pour la question existentielle, qui est-ce que le rapport de force est inversé ?
01:20 Ce n'est pas à moi de répondre sur cette question,
01:23 mais il y a une concurrence qui s'est établie.
01:25 Quelles sont les demandes des saisonniers
01:27 ? Est-ce qu'il est question de la semaine de 4 jours, d'avoir plus de temps le week-end ?
01:31 Quelles concessions vous octroyez aux salariés ?
01:35 Alors, au-delà d'une répartition du temps de travail,
01:39 il y a surtout le salaire qui compte toujours, bien évidemment,
01:43 mais aussi les conditions de logement,
01:46 parce que si on n'a pas de toit, on n'a pas d'emploi aujourd'hui pour la plupart des saisonniers
01:52 et plus largement pour l'ensemble de nos salariés,
01:54 puisque 75% de nos saisonniers sont des sédentaires
01:57 et qui participent à l'aménagement du territoire.
02:00 Et également, il faut compter toutes les difficultés que nous avons
02:04 et qu'ils ont liées à la mobilité.
02:06 Pour vous, en tant que patron,
02:08 quelles conséquences ça a financièrement ?
02:10 Est-ce que, tout simplement, vous réduisez vos marges ?
02:14 Alors, plus largement, au-delà des employeurs que nous sommes,
02:19 s'il y a moins de chiffre d'affaires,
02:22 parce qu'on ferme des rangs,
02:24 parce qu'on travaille moins de jours dans la semaine,
02:27 au-delà des employeurs, on génère de la richesse quand on travaille.
02:33 Donc c'est tout le monde, c'est les ressources aussi de l'État qui en pâtissent.
02:37 Donc tout le monde pâtit du fait que des commerces,
02:42 et notamment des hôtelleries et restaurations,
02:43 ne soient pas ouverts 7 jours sur 7 en saison.
02:45 Laurent Barthélémy, président national des saisonniers,
02:48 allumit l'union des métiers de l'industrie et de l'hôtellerie.
02:51 Vous restez avec nous.
02:52 J'accueille tout de suite Valérie, qui nous appelle de Rennes.
02:55 Bonjour Valérie.
02:56 Bonjour.
02:57 Vous êtes coach et gérante d'entreprise,
03:00 et vous vous dites que le rapport des jeunes, notamment au travail, a évolué.
03:03 Expliquez-nous.
03:05 Alors, moi je l'ai constaté parce que je dirige trois entreprises.
03:08 Il y a mon activité de coach qui me permet aussi d'être en contact en permanence
03:12 des entrepreneurs que j'accompagne,
03:15 mais aussi de tous les particuliers qui viennent me voir au cabinet
03:18 et qui sont de l'autre côté,
03:19 c'est-à-dire qui peuvent être ces saisonniers qu'on vient d'évoquer,
03:23 ou ces jeunes qui entrent dans la vie active.
03:25 Et effectivement, ce rapport à la valeur travail,
03:29 de ce que moi j'ai pu constater,
03:31 et puis également tout ce que j'entends et constate dans les entreprises
03:34 dans lesquelles j'interviens pour le coaching,
03:36 il y a quand même une véritable évolution.
03:39 Je pense qu'il y a une inquiétude côté employeur,
03:42 il y a une inquiétude aussi chez certains consommateurs,
03:45 chez certains clients qui commencent à voir certains de leurs établissements habituels
03:49 ne plus être ouverts au midi ou le soir, faute de personnel.
03:53 C'est un constat qu'on voit sur les saisons,
03:56 et les saisons ce n'est pas que l'hôtellerie et la restauration,
03:58 c'est aussi toutes ces entreprises qui ouvraient leurs portes
04:02 pour remplacer justement les personnes qui partaient en vacances.
04:06 Et c'est un constat qui, dans de nombreux univers,
04:09 on en parle dans l'artisanat, où on n'arrive plus à recruter,
04:12 dans certains métiers qui sont des métiers de vente,
04:15 des métiers de commerciaux,
04:17 entre guillemets tout ce qui va être en contact,
04:19 et puis presque les premiers emplois qu'on pouvait tous avoir au départ,
04:23 qui peinent à trouver des candidats.
04:25 Valérie, vous le disiez, vous avez trois entreprises,
04:27 la bascule dont vous parlez,
04:29 vous constatez qu'elle a eu lieu après le Covid,
04:31 à une période où beaucoup de Français sont restés chez eux
04:34 et ont continué de voir leur salaire tomber ?
04:38 Alors je l'ai vu plus fortement après le Covid, effectivement,
04:43 le salaire, le pouvoir d'achat, le fait de se retrouver chez soi,
04:47 qui a été anxiogène pour certains au départ,
04:48 et puis qui finalement s'est révélé être très positif pour beaucoup.
04:52 Je pense que c'est un phénomène de toute façon qui est plus ancien,
04:54 qui était en train de mûrir,
04:56 mais qui a été beaucoup plus flagrant et vraiment accéléré à ce moment-là.
04:59 Mais si on prend des ouvrages comme la semaine de 4 heures
05:02 de Timothée Ferris que certains connaîtront,
05:04 qui prônent déjà le fait d'aller vers des micro-retraites
05:08 dès l'entrée dans la vie active,
05:10 c'est-à-dire avoir plus de temps pour soi,
05:11 un équilibre vie personnelle-vie privée,
05:14 enfin vie personnelle-vie professionnelle vraiment préservée.
05:18 Son ouvrage ne date pas du Covid, ça date d'avant.
05:22 Mais je pense que les gens y ont goûté.
05:24 C'était pas juste une théorie, là ils y ont goûté.
05:26 Et il faut avouer qu'il y a certains emplois
05:29 qui laissent un pouvoir d'achat extrêmement bas,
05:30 il faut être honnête là-dessus.
05:33 Mais à mon sens, de ce que je constate
05:35 et de ce que j'entends de mes clients entrepreneurs,
05:37 il y a beaucoup de...
05:39 Les jeunes vont se tourner,
05:41 une partie des jeunes va se tourner vers
05:44 tout ce qu'ils ont envie d'avoir dans leur métier
05:46 en oubliant les contraintes qui font partie de la vie
05:50 de manière générale, des emplois, de la vie privée.
05:52 Il n'existe pas un monde parfait avec l'emploi sans contraintes.
05:57 Et par contre, ça devient plus difficile à accepter
06:01 dans l'esprit des jeunes avec qui je l'évoque d'ailleurs.
06:04 Merci Valérie.
06:05 Alors je voudrais qu'on accueille Brigitte qui nous appelle du Havre.
06:08 Bonjour Brigitte.
06:09 Bonjour.
06:10 Vous, vous nous présentez le point de vue de l'autre côté.
06:13 Vous avez une proche qui a été saisonnière.
06:17 Racontez-nous son expérience.
06:18 Écoutez, elle travaillait en restauration.
06:21 C'est votre fille ?
06:22 Oui, c'est ma fille.
06:23 Elle travaillait en restauration.
06:25 Elle avait pris un petit contrat,
06:29 pensant continuer dans cette branche-là.
06:34 Et elle s'est aperçue que le soir,
06:36 elle faisait une demi-heure, une heure, voire deux heures,
06:40 voire des fois trois heures d'heures supplémentaires.
06:43 Et elle disait, qu'est-ce qu'il en est pour les heures supplémentaires ?
06:46 Oui, oui, oui, on va vous les payer.
06:48 Et à la fin de son mois de travail,
06:52 elle a vu que toutes les heures supplémentaires,
06:54 aucune n'était payée.
06:56 Donc elle a dit, moi je continue pas.
06:58 Donc c'est vrai qu'au niveau des employeurs,
07:03 c'est une manne de jeunes très bon marché.
07:07 Merci.
07:08 Voilà.
07:08 Et dans la restauration, c'est chose courante.
07:12 Et les restaurateurs, les dirigeants, les managers,
07:17 savent pertinemment que ces heures-là ne seront pas payées.
07:21 Et les jeunes, ils tiennent pas leur personnel.
07:24 En plus, avec les coupures,
07:25 avec toutes les contraintes qu'il peut y avoir dans la restauration,
07:29 c'est pas étonnant.
07:31 C'est pas étonnant que ces personnes-là ne trouvent pas du personnel stable.
07:37 Merci Brigitte.
07:38 Voilà.
07:38 On va faire réagir, restez avec nous,
07:40 on va faire réagir tout de suite Laurent Barthélémy,
07:42 président national des Saisonniers à l'UMI,
07:44 l'Union des métiers de l'industrie et de l'hôtellerie.
07:46 Comment vous réagissez quand vous entendez ce témoignage
07:49 sur l'expérience de la fille de Brigitte ?
07:51 Je vous pose cette question cage que plusieurs auditeurs se posent.
07:54 Est-ce que le monde de la restauration et de l'hôtellerie ne paye pas finalement
07:58 les abus qui ont été faits pendant plusieurs années ?
08:02 Alors d'abord, je suis bien désolé pour la fille de Brigitte,
08:04 mais parce que si c'est une personne qui est venue volontairement dans nos métiers,
08:09 on a besoin de conserver effectivement ces jeunes dans nos métiers.
08:14 Après, le droit du travail s'applique dans nos métiers
08:17 comme dans tous les autres métiers.
08:18 Nous sommes régi par une convention collective
08:20 qui s'applique et qui doit s'appliquer par toutes les entreprises.
08:23 Les heures qui sont faites en pleine journée ou en pleine soirée
08:27 ou si ce sont des services,
08:30 toutes les heures qui sont faites doivent être bien évidemment payées.
08:34 Il n'y a pas de difficulté, il n'y a pas de débat là-dessus.
08:38 Je pense que certains employeurs,
08:40 et vous avez parlé tout à l'heure de qu'est-ce qui fera la différence,
08:43 certains employeurs ont bien compris depuis un moment
08:45 qu'il y a eu des pratiques qui ont été,
08:49 celle-ci à un moment donné, elles n'ont plus lieu d'être.
08:54 Et donc effectivement, il y a ce sujet-là qu'il faut bannir à tout prix
09:00 parce que c'est un vrai rebutoir pour nos emplois et pour nos entreprises.
09:08 Après, il faut le décorréler effectivement des autres difficultés
09:11 que l'on essaie de gérer au quotidien
09:14 et que l'on travaille en partenariat avec les syndicats de salariés,
09:19 de savoir comment on traite la qualité de vie au travail, la QVT.
09:22 Et on parle effectivement de ces coupures,
09:25 on parle de la répartition du temps de travail,
09:27 mais le sujet des heures et le sujet du salaire,
09:31 ça reste contractuel entre l'employeur et le salarié.
09:35 Et il n'y a pas de négociation à avoir sur ces choses-là, c'est hors de question.
09:42 – Il y a Laurent Barthélémy, un ancien président de la République,
09:46 Nicolas Sarkozy, qui avait popularisé le slogan
09:48 "travailler plus pour gagner plus".
09:50 Est-ce que vous diriez qu'on est passé à une société
09:52 où on veut moins travailler pour profiter davantage ?
09:56 – Non, je ne pense pas, votre auditrice précédente l'a dit,
09:59 il y a une relation au travail qui a changé,
10:01 mais pas que depuis le Covid, un petit peu avant aussi.
10:06 Et puis, on parle des jeunes, mais aussi des moins jeunes,
10:08 tout le monde veut se retrouver dans un travail qui a du sens aujourd'hui.
10:13 Donc c'est aussi comment, quand on manage les équipes,
10:16 comment on redonne du sens au travail
10:19 et comment on redonne du sens à son emploi, donc ça c'est important.
10:23 Il y a aussi comment on assure le suivi, notamment sur la partie saisonnière.
10:28 Donc il y a une expérimentation aujourd'hui qui a lieu
10:31 dans le cadre du plan emploi que nous avons co-construit avec le gouvernement.
10:37 Et pour l'emploi, c'est-à-dire comment on assure le suivi des demandes en emploi
10:42 dès lors qu'ils ne sont plus saisonniers, mais comment on les prévient avant.
10:46 Donc il y a des expérimentations qui ont lieu dans toute la France,
10:49 sur l'ensemble du littoral et également dans quelques stations de montagne
10:56 qui sont ouvertes l'été pour un meilleur suivi,
11:00 une meilleure rotation de nos saisonniers,
11:02 et leur apporter une ouverture et leur apporter une perspective,
11:08 sans forcément qu'ils ne retournent à la sur-en-chômage.
11:12 Et enfin, il y a un petit mot également sur
11:15 avant de savoir comment ça se travaille dans les entreprises,
11:18 c'est comment on fait la relation entre les personnes qui cherchent et les entreprises.
11:23 Nous avons créé une plateforme qui s'appelle moncvnum.fr,
11:29 qui permet aux demandes en emploi de générer son CV numérique en direct,
11:33 le rendre plus visible pour l'ensemble des recruteurs sur tout le territoire français,
11:36 même les ultramarins.
11:37 Et pour le changement d'entreprise, ça permet de gagner du temps
11:40 et d'accéder directement sur les intermédiaires
11:41 à un vivier de compétences et de fichiers qualifiés.
11:44 Merci beaucoup Laurent Barthélémy, président national des saisonniers,
11:47 à l'UMI, l'Union des métiers de l'industrie et de l'hôtellerie.
11:50 Merci également à nos deux auditrices Valérie qui nous appelait de Rennes
11:53 et Brigitte du Havre.
11:55 Dans un instant, on débat sur Europe 1 de la rémunération des élus politiques.
11:59 Le président du MEDEF estime qu'elles sont trop basses.
12:02 Et vous, qu'en pensez-vous ?
12:03 Appelez-nous au 01 80 20 39 21.
12:06 A tout de suite sur Europe 1.
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