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  • il y a 3 ans
L'édito de Mathieu Bock-Côté, sociologue-essayiste, dans l'émission Face à l'info : «Crépol : «rixe», «fait divers», à quand la fin du déni ?» Partie 2. 

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Transcription
00:00 Et vous savez, tout ça serait du pain béni pour l'extrême droite, qui serait la véritable
00:07 menace à travers ça.
00:08 Donc on coupe des gorges, on coupe des doigts, on poignarde au hasard.
00:12 Pourquoi cibler quelqu'un en particulier et poignarder au hasard ? C'est quand même
00:15 plus généreux, on peut en donner davantage.
00:16 Dans cet état d'esprit, et rappelez-vous Dominique Bernard soit distant passant, chaque
00:21 fois on dit « tout ça fait le jeu de l'extrême droite ». Donc vous serez poignardé aussi
00:25 souvent qu'il le faut.
00:26 En dernière instance, le vrai danger, ce sont des parlementaires installés à l'Assemblée
00:30 nationale qui respecteraient les règles, qui respectent les lois.
00:33 Eux seraient le vrai danger.
00:35 Pour analyser cette réalité, franchement, on a besoin d'un bon dictionnaire pour décrypter
00:39 le réel.
00:40 On aurait besoin d'un lexique.
00:41 Un lexique, à quel lexique pensez-vous ?
00:42 Un lexique pour décrypter tout simplement un langage qui ne sert plus à dire, mais
00:47 à masquer.
00:48 Un langage qui sert trop souvent à mentir.
00:51 Le mot mensonge, il est lourd, mais je le crois pertinent là-dedans.
00:54 Rix, je l'ai dit, altercation, ça c'est un autre terme que j'apprécie aujourd'hui
00:58 de temps en temps.
00:59 Vous savez quand quelqu'un par exemple dans le métro va arriver, frappe un autre, l'autre
01:03 reçoit un coup de poing sur la gueule, on nomme ça pour éviter de nommer ça une agression,
01:06 altercation.
01:07 Altercation, c'est amusant.
01:08 Ou altercation avec les forces de l'ordre.
01:10 Donc vous avez des jeunes qui insultent des policiers ou des gendarmes.
01:14 Les policiers ou les gendarmes ne se laissent pas insulter, on va nommer ça altercation.
01:19 Manière comme une autre de transférer la responsabilité sur l'agressé.
01:23 D'autres termes, supporter britannique, c'est un de nos préférés, convenons-en.
01:27 C'est presque un terme inaugural pour nommer les choses.
01:30 Les britanniques, c'est la diversité, en effet, la diversité est une richesse.
01:33 Les supporters britanniques participent à la diversité qui est une richesse.
01:36 Tout comme Kevin et Mathéo, les noms les plus fréquemment reconnus lorsque nous parlons
01:41 de problèmes de délinquance.
01:42 Kevin et Mathéo, c'est véritablement le nom de la délinquance en France, osons le
01:46 dire, on ose le dire ici.
01:48 Probablement aussi François et Émile et Gaspard probablement.
01:50 Pas de récupération, j'en ai dit un mot plus tôt.
01:54 Et j'ajoute que même des termes forts, qui semblent forts, ensauvagement et décivilisation,
02:00 je trouve participent à cette occultation.
02:02 Ensauvagement, c'est comme si la société française, par je ne sais quelle action négative
02:06 de la providence, soudainement s'en sauvagerait.
02:09 Y a-t-il des facteurs qui expliquent cet ensauvagement?
02:12 Non, c'est une tendance lourde de la société qui nous échappe, de même pour décivilisation.
02:17 Mais de temps en temps, il faut nommer la réalité.
02:19 Vous savez, la réalité brutale, pas agréable.
02:21 J'avais cité le Dauphiné libéré, un des victimes, un des témoins, qui dit, je cite,
02:28 y a pas de raison de douter du témoignage.
02:30 S'il faut en douter, on nous le dira, mais pour l'instant, c'est pas le cas.
02:32 C'était l'horreur, pour moi, c'était clairement un attentat.
02:35 Les agresseurs ont dit, on est là pour planter des blancs.
02:38 Globalement, ça semble vouloir dire quelque chose.
02:42 Normalement, si vous voulez planter des blancs avec un couteau, c'est que vous désignez
02:47 vous-même votre cible en termes ratio.
02:49 Vous le désignez vous-même en termes ethniques.
02:52 Donc, vous-même, vous vous présentez, dis-je, en termes ethniques et ratios.
02:56 Si j'étais très audacieux et que j'osais contredire Papendiaï, notre ministre oublié,
03:01 eh bien, j'oserais parler de racisme anti-blanc, mais il me dirait que ce n'est pas possible
03:04 parce que ce n'est pas un concept scientifique validé par les amis de M. Papendiaï.
03:11 - Revenons-y. La famille de Thomas jamais aurait demandé qu'on s'interdise de toute
03:20 récupération de l'événement.
03:21 N'était-elle pas en droit de le faire?
03:23 - Évidemment.
03:24 - Je dis aurait.
03:25 - Oui, vous avez raison.
03:26 - Il y a peut-être des gens qui reprennent au nom de la famille et après on se rend
03:29 compte que ce n'est pas forcément.
03:30 - Ah ben, le conditionnel est plus que de rigueur dans les circonstances.
03:33 Mais supposons, supposons qu'elle l'ait vraiment fait.
03:36 Le premier élément, c'est que c'est très délicat et si la famille spontanément dit
03:41 ça nous blesse tellement on veut être à l'abri du regard public, on peut entendre.
03:44 Mais j'ai tendance à voir autre chose là-dedans.
03:46 Quand il y a un événement tragique comme celui-là, pensez à l'événement autour
03:49 de Lola.
03:50 Vous savez Lola, c'est un autre fait divers dont on ne devait pas parler politiquement.
03:54 On l'avait dit sur la 5 et sur la 5 c'est quand même des choses qu'on doit écouter.
03:58 C'est quand même le conseil de l'autorité doctrinale française.
04:02 Alors on écoute la 5.
04:03 Il dit que ce n'est pas un événement politique.
04:05 Il n'y a aucune signification politique.
04:07 Donc quand un événement comme celui-là arrive, on peut croire, là je suis au conditionnel,
04:13 que normalement les groupes de soutien, les groupes de soutien psychologique, les avocats
04:17 qui se présentent pour aider la famille disent en gros voici les éléments de langage que
04:22 vous devez utiliser pour être correctement entendu.
04:25 Et la première chose que vous devez dire c'est ne souhaitez pas de récupération.
04:29 C'est le premier mot à dire pour que votre douleur soit acceptée par le système et
04:33 que ça ne vous revienne pas au visage.
04:35 Premier élément.
04:36 Donc est-ce que c'est imposé directement par avocat, groupe militant, groupe associatif,
04:41 avocat?
04:42 C'est possible.
04:43 Ce n'est qu'une hypothèse.
04:44 L'autre hypothèse c'est que le commun des mortels a tellement intériorisé le discours
04:47 public dominant, vous savez à se faire répéter des slogans sans arrêt 24 heures par jour,
04:51 de temps en temps ça rentre dans la tête des gens.
04:52 Et ils ont compris que s'ils ne veulent pas avoir de soucis davantage, eh bien le pas
04:57 de récupération est ce qu'ils doivent dire pour être moralement accepté dans les circonstances
05:03 et être accepté par les médias.
05:04 Comme s'ils avaient intériorisé les chaînes culturelles et idéologiques.
05:07 Chose certaine, quand les victimes ou les proches des victimes ne respectent pas ça,
05:12 eh bien on les maltraite.
05:13 Pensez à la veuve Monguillot, Véronique Monguillot, qui a eu, elle, le malheur d'être
05:17 triste qu'on ait battu à mort son mari.
05:19 Non mais il faut vraiment manquer de cœur pour ne pas être capable de pardonner là-dedans.
05:24 Donc qu'est-ce qu'on a fait?
05:25 On l'a maltraitée médiatiquement.
05:26 Pensez à Patrick Jardin qui avait perdu sa fille de mémoire au Bataclan.
05:29 On l'a traité de haineux, d'extrême droite et infrégentable.
05:31 Et quel manque de charité chrétienne de ne pas pardonner aux gens qui ont tué sa fille.
05:36 Cet homme méritait de se faire diaboliser publiquement, de voir sa réputation ruinée.
05:39 Et on a travaillé à ça.
05:40 C'est tout à fait passionnant.
05:42 Autrement dit, si vous ne reprenez pas le discours attendu du pas de récupération
05:45 et au fond des choses, on pardonne à ceux qui nous agressent, eh bien si vous n'acceptez
05:49 pas ce discours, on vous le fera payer.
05:51 [Musique]
05:54 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]

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