00:00 On en parle ce matin avec Béatrice Cléras-Magnoux, vous êtes pharmacienne à Châtenay-Malabry
00:08 et présidente de l'USPO, Syndicat des Pharmaciens des Hauts-de-Seine.
00:11 Merci d'être avec nous ce matin.
00:13 Jean-Pierre Thierry en studio avec nous également, consultant santé de BFMTV.
00:17 Il y a des parents qui rêvent en voyant cette grosse boîte d'amoxycyline derrière nous
00:21 ce matin parce que cette boîte, ils la cherchent partout.
00:23 Est-ce l'état d'urgence ? Faut-il s'inquiéter ? Il y a une épidémie de pneumonie à mycoplasma
00:29 pneumoniae, il y a les angines de l'hiver qui arrivent et toutes ces infections qui
00:34 nécessitent des antibiotiques que l'on ne trouve pas, ce que reconnaissent d'ailleurs
00:38 de nombreux pharmaciens.
00:39 Écoutez d'abord.
00:40 Ce qui nous inquiète c'est que la situation est encore pire que l'hiver dernier.
00:44 L'hiver dernier on était face à une rupture d'antibiotiques, essentiellement l'amoxycyline
00:48 dans sa version pédiatrique puis dans sa version adulte.
00:51 Et là alors qu'on n'est même pas mi-décembre, les besoins en antibiotiques sont encore supérieurs
00:56 à l'année dernière et les stocks encore plus faibles.
00:59 Au niveau de nos autorités de tutelle, on n'a aucune amélioration dans la gestion de
01:02 ces ruptures.
01:03 La seule alternative qu'on ait pu trouver au sein de notre pharmacie et des 41 pharmacies
01:06 qui font des préparations, c'est de réaliser des gélules d'antibiotiques pour pouvoir
01:11 pallier les ruptures.
01:12 Là on ne comprend pas, on a connu cette situation il y a un an.
01:15 Ça s'est empiré.
01:16 Mais pourquoi ?
01:17 Si vous avez la réponse, moi je suis preneuse parce qu'en fait on nous dit qu'on devait
01:23 relocaliser pour fabriquer en France.
01:25 Depuis qu'on nous a dit ça, c'est pire à croire que…
01:29 C'est un problème de production, Béatrice ?
01:32 Non mais il n'y a pas une seule explication.
01:34 Je pense que si vous voulez, d'abord ce qu'on sait aujourd'hui c'est que 80% des principes
01:38 actifs sont fabriqués en Inde et en Chine, que la demande mondiale a explosé et que
01:43 forcément ils ont gardé un petit peu aussi leur matière première.
01:47 Il y a également si vous voulez un problème sur les conditionnements.
01:50 Quand vous fabriquez des antibiotiques et notamment pédiatriques, il y a du flaconnage,
01:55 il y a des emballages, il y a aussi des problèmes sur ces chaînes de fabrication et puis après
01:59 il y a qu'est-ce qui se passe sur les stocks qui n'arrivent pas jusque chez nous et qui
02:03 n'arrivent pas jusqu'aux patients.
02:05 On nous dit qu'il y a des stocks…
02:06 Il y a des stocks qui n'arrivent pas aux patients ?
02:08 Oui, parce que nous on ne les a pas dans nos officines.
02:11 Mais où sont stockés les antibiotiques ?
02:12 Où sont stockés les antibiotiques ?
02:14 Même vous, vous ne le savez pas.
02:15 Eh bien non.
02:16 Mais si demain je viens dans votre officine avec mon ordonnance pour mon enfant malade
02:19 d'une angine qui a besoin d'amoxycilline et que vous n'en avez pas…
02:22 Qu'est-ce que vous me dites ?
02:23 Alors, ce que vous expliquez mon confrère, c'est qu'une des possibilités qu'on
02:27 a aujourd'hui, c'est de faire fabriquer certains antibiotiques et notamment pour
02:32 les formes pédiatriques par ces pharmacies qui font des préparations.
02:35 Mais ça veut dire qu'en instantané vous n'aurez pas votre produit, puisqu'il
02:39 faut que nous on leur envoie l'ordonnance pour éviter les surstockages, nous aussi.
02:45 Donc aujourd'hui on en est là et si vous venez dans ma pharmacie, je n'ai pas un
02:50 flacon d'amoxycilline pédiatrique aujourd'hui.
02:52 Jean-Pierre, ce que je ne comprends pas, c'est qu'il y a du stock d'ibéatrice
02:56 et ça ne va pas jusqu'à la pharmacie.
02:58 C'est quoi le sujet ?
02:59 Alors, on parle de rupture de stock, ça vient d'être dit comme il y a un problème
03:03 de production parce que les matières premières n'arrivent plus de Chine ou d'Inde ou
03:08 parce qu'il y a eu un problème dans une usine et quelquefois il y a très peu de
03:11 fabricants.
03:12 Mais là on parle de rupture d'approvisionnement, c'est-à-dire effectivement il y a assez
03:17 de médicaments pour tout le monde, on ne sait pas trop où ils sont et il y a des circuits
03:21 commerciaux.
03:22 C'est très truissant.
03:23 Alors d'abord c'est un secteur hyper régulé, hyper réglementé, sauf que la libre circulation
03:30 des biens s'applique au niveau européen, donc il est permis de revendre, d'avoir
03:35 des circuits qu'on appelle parallèles, que ce soit surtout au niveau européen.
03:39 Ce qui fait que pays par pays, ce ne sont jamais les mêmes pénuries, c'est très
03:43 curieux.
03:44 Donc ça veut dire qu'on vend à celui qui achète plus cher, c'est ce que vous voulez
03:47 dire.
03:48 Oui, mais c'est regardé en ce moment parce que d'abord ce marché parallèle, c'est
03:52 une des causes principales de pénurie en Europe et dans le monde.
03:56 Vous parlez de marché parallèle ?
03:57 Oui, ça s'appelle un marché parallèle, absolument.
04:00 Ça veut dire que je peux acheter dans un pays, je vais acheter dans un pays à un fabricant,
04:07 mais je vais le revendre dans un autre pays parce qu'au dernier moment j'aurais eu éventuellement
04:10 un prix plus cher.
04:11 Donc en fait si je veux de la moxiciline, il faut que j'aille sur le dark web ?
04:13 Non, c'est intéressant le terme de dark web parce que ce que demande l'Europe et
04:18 ce qu'on demande de plus en plus, c'est qu'il y ait une transparence, une traçabilité
04:22 beaucoup plus importante.
04:24 Et donc pour revenir à la situation de la France qui se passe aussi, c'est que, Madame
04:28 ne l'a pas dit, mais sous votre contrôle, il y a des groupes de pharmaciens, de pharmacies
04:32 qui font des stocks en réalité.
04:34 Et donc la probabilité d'avoir des ruptures d'approvisionnement, elle est encore plus
04:38 importante dans les petites pharmacies qui ne sont pas dans les groupements et par exemple
04:42 dans les zones rurales où les personnes vont avoir beaucoup plus de mal à faire, comme
04:46 nous sur Paris, faire 3-4 pharmacies dans la journée pour trouver la moxicicline.
04:50 Juste, rectifiant quand même par rapport à ce que vous dites qui peut être vrai et
04:54 faux, quand vous parlez de pharmacies qui font des stocks, si vous parlez en unité
04:58 de produits peut-être, en termes de jours de stock, c'est vrai qu'une petite pharmacie
05:03 n'a pas besoin du même nombre de jours de stock qu'une pharmacie qui voit 1000-1500
05:07 personnes par jour.
05:08 Je parlais des groupements de pharmacies.
05:09 Ce n'est pas la faute des industriels.
05:11 Parce qu'il y a deux ans, on disait que les industriels ont sous-estimé la demande,
05:14 ils ont sous-estimé après le Covid la reprise des infections et ils n'avaient pas assez
05:18 fabriqué.
05:19 Ça, ce n'est pas ce à quoi on est confronté aujourd'hui.
05:20 Alors, il y a plusieurs causes, ça peut arriver, mais globalement, le problème du marché
05:24 parallèle au niveau européen ou au niveau américain, d'ailleurs tout le monde essaye
05:27 de le résoudre, c'est une des causes principales et au cas particulier de la France, non, je
05:31 parlais des regroupements de pharmacies qui ont éventuellement des stocks.
05:35 Moi, je fais partie d'un groupement de pharmaciens, puisque maintenant, on est globalement tous
05:39 groupés.
05:40 Je vous assure que je n'ai pas d'antibiotiques chez moi.
05:42 On les reçoit au compte-gouttes.
05:44 Les pouvoirs publics vont essayer d'interdire la vente directe des laboratoires.
05:51 Le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, il n'a pas un effet de levier ?
05:58 Si, tout à fait.
05:59 Alors, qu'est-ce qu'il faudrait qu'il fasse ?
06:01 D'abord, on peut dire qu'on va limiter les exportations du marché parallèle à partir
06:07 de la France.
06:08 Parce qu'en plus, ces médicaments sont fabriqués en France.
06:10 Pas obligatoirement.
06:11 Ils sont fabriqués ou achetés par des Français et quelques fois, ils sont revendus sur le
06:14 marché parallèle.
06:15 Donc, on n'est pas les meilleurs.
06:16 C'est les Allemands les meilleurs.
06:18 Vous avez des pays qui, dans les petits pays du nord de l'Europe, 30% des médicaments
06:22 consommés au Danemark ou dans des pays comme ça, si vous voulez, sont achetés sur le
06:27 marché parallèle.
06:28 C'est un bon exemple.
06:29 Donc, on peut limiter les exportations à partir de France.
06:31 Et aussi, la mesure qui va être prise, c'est de repasser par ce qu'on appelle des grossistes
06:36 répartiteurs parce qu'ils ont des clés de répartition.
06:38 Alors que ce qu'on voit, c'est que les labos vendent de plus en plus en direct, notamment
06:43 au groupement de pharmaciens.
06:44 Vous croyez à l'efficacité de l'observatoire de la répartition des médicaments qui vient
06:48 d'être mis en place et qui est censé justement enrayer ces problèmes de pénurie et mieux
06:52 répartir les boîtes de médicaments dans les pharmacies ?
06:55 Attendons de voir.
06:56 De toutes les façons, on nous avait promis des choses et en fait, la situation ne fait
07:01 que s'aggraver depuis maintenant un an.
07:03 Donc, attendons de voir.
07:04 Mais je pense que peut-être effectivement, le fait de passer par les répartiteurs peut
07:09 équilibrer finalement la distribution de ces stocks dans les 20 000 pharmacies.
07:13 Mais en attendant, les actrices, elles font comment les familles qui veulent soigner ? Elles
07:17 sont obligées de se la lommer.
07:18 J'ai une amie, journaliste BFM Paris, elle a été obligée d'aller chercher son médicament
07:23 en dehors du département des Hauts-de-France.
07:25 Ah ben oui, mais…
07:26 D'Hauts-de-Seine, pardonnez-moi.
07:27 Mais ça ne m'étonne pas.
07:28 C'est le dernier recours.
07:29 On est, si vous voulez, en gros, on passe 12 heures par semaine et c'est sous-estimé
07:34 à trouver des solutions pour les ruptures de stock pour nos patients.
07:37 Donc déjà, on essaie au maximum de faire ce qu'il faut pour éviter justement que
07:42 les patients aillent comme ça, fassent du nomadisme pour trouver leurs médicaments.
07:46 Ensuite, on appelle le médecin, savoir s'il peut proposer une alternative au traitement,
07:51 ce qui est haut demeurant, parfois oui, parfois non.
07:53 Et d'ailleurs, c'est dramatique, puisque aujourd'hui, le médecin va prescrire non
07:55 plus en fonction de la pathologie, mais en fonction du stock.
07:58 De la disponibilité.
07:59 Donc ça, c'est un peu compliqué.
08:00 Et in fine, si vraiment on n'a pas de solution, on appelle nos confrères aux alentours et
08:05 après, c'est la débrouille.
08:06 Ça s'arrange.
08:07 Il ne va pas falloir tomber malade pendant les vacances.
08:08 Une des mesures aussi qui est poussée au niveau européen est quelquefois un peu résistée
08:12 par les pharmaciens, ce qu'on appelle la sérialisation, qui est faite pour empêcher
08:16 qu'il y ait des faux médicaments qui circulent au niveau européen.
08:19 Mais ce qu'on cherche aussi, c'est avoir une amélioration de la traçabilité pour
08:22 savoir où sont les stocks, où sont les médicaments du producteur jusqu'au patient.
08:27 Et donc ça, c'est des mesures qui sont envisagées.
08:29 Mais c'est fait, ça s'est mis en place et c'est une obligation.
08:32 Et nous allons être pénalisés financièrement en 2024 si nous ne sérialisons pas.
08:36 Et c'est pour ça d'ailleurs que nous nous opposons à la dispensation à l'unité,
08:40 parce qu'à partir du moment où vous dispensez à l'unité, vous ne sérialisez plus.
08:42 Revenons aux malades.
08:43 Ça veut dire qu'il y a de plus en plus de malades et d'enfants qui sont mal soignés.
08:47 Qui ne sont pas soignés comme il faudrait.
08:50 Avec des effets secondaires de la maladie inattendus.
08:54 Alors sur les antibiotiques, on arrive encore aujourd'hui à trouver des alternatives.
08:58 Et on l'a vu, dans le pire des cas, on peut faire fabriquer par les pharmacies qui font
09:02 des préparations.
09:03 Et donc il y a un décalage d'une journée.
09:05 Toutes les pharmacies ne le font pas, Madame.
09:06 Non, mais sur Paris, on a 40 pharmacies qui préparent.
09:08 Mais Paris n'est pas la France.
09:09 En France, il y a 40 pharmacies qui préparent.
09:11 Et quand vous leur envoyez l'ordonnance pour préparer l'antibiotique, ça marche plutôt
09:15 pas mal.
09:16 On a 20-24 heures pour recevoir l'antibiotique.
09:18 Ce qui est plus dramatique, c'est les problèmes de rupture de stock pour des problèmes de
09:23 cardiologie où on n'a pas d'alternative.
09:25 Et là, comment font les patients ? Certains anticancéreux qui manquent, certains antidiabétiques.
09:30 Donc là, on ne parle que de l'antibiothérapie parce qu'effectivement, ça touche une population
09:34 d'enfants, on y est sensible.
09:35 Mais il y a tout le reste.
09:36 Quand vous avez une période où vous n'avez pas les trentements pour les diabétiques,
09:40 on fait comment ?
09:41 Je vous pose la question.
09:43 C'est au ministre de la Santé peut-être que vous m'avez posé la question.
09:46 en partie, et au laboratoire sans doute.