00:00 Justement les accusations contre Gérard Depardieu. Il est visé par deux plaintes en France pour viol et agression sexuelle et mis en examen dans l'un des deux cas.
00:09 Et puis il ferait l'objet d'une nouvelle plainte pour viol. Cette fois-ci, cette plainte viendrait de Route Baza.
00:15 Merci d'être avec nous. Vous êtes auteur et journaliste espagnol. Vous auriez déposé plainte.
00:21 D'ailleurs, on n'a pas la confirmation. Est-ce que c'est fait ? Depuis, est-ce que vous avez déposé plainte contre Gérard Depardieu pour viol ?
00:29 Oui, bonjour. Alors, malheureusement, la semaine dernière, j'ai déposé plainte contre Gérard Depardieu auprès de la police espagnole, bien sûr.
00:45 Vous avez donc déposé plainte. Vous accusez Gérard Depardieu d'un viol qui aurait eu lieu à l'occasion d'une interview en France.
00:52 C'était le 12 octobre 1995. A l'époque, vous aviez 23 ans. Lui, en avait 46. Et vous travaillez pour la revue spécialisée Cinemania. Que s'est-il passé ?
01:07 Eh bien, j'ai un problème maintenant. Car je peux faire un récit très très long, car il y a un contexte très long autour de l'agression.
01:21 Il est vrai que c'était une interview en trois actes. Parce qu'en fait, en effet, le 12 octobre 1995, j'avais face à moi Gérard Depardieu.
01:36 Et donc, M. Depardieu, très agressif, très violent. Il me méprisait en tant que professionnel. Et par la suite, il y a un Gérard Depardieu très humain qui s'englotte avec moi,
01:52 parce qu'il vivait une tragédie personnelle autour de son fils. Et par la suite, Gérard Depardieu, un agresseur qui m'a pris par la force.
02:03 Et donc, faire un récit de cette histoire, c'est de vous raconter plus d'une heure et demie, en effet, de cette séance avec cette personne à huis clos.
02:15 Et en effet, il y a eu plusieurs étapes tout au long de cette interview. Une interview qui aurait dû être normale entre deux personnes qui se rencontrent et qui se rencontrent un peu leurs histoires.
02:29 Alors, pardonnez-moi, Ruth Baza, peut-être que c'est douloureux d'en reparler, mais quand vous dites "Gérard Depardieu m'a prise par la force", qu'entendez-vous par là ?
02:38 Eh bien, une fois l'interview finalisée, qui était un entretien très intense, et il est vrai que si je dois faire le récit de cette agression, il faudrait peut-être tout le contexte,
02:58 mais en fin de compte, nous n'avons pas le temps. Donc, c'est-à-dire qu'il m'a prise par la force, lorsque nous avons fini l'interview, on se met debout, je ne sais pas comment.
03:08 Je me trouve coincée, coincée dans ses bras, paralysée, comme si j'étais clouée au sol. Et voilà, cette violence qui s'est exprimée, il m'a fait des choses que je ne trouve pas ni naturelles, ni normales.
03:32 Mais je n'arrive pas à m'échapper, je n'arrive pas à crier, je ne peux pas bouger, je n'entends rien, je me suis sentie complètement paralysée, clouée au sol.
03:42 Et j'ai dû résister, pendant qu'il me fait des choses qu'il ne fallait pas qu'il me fasse.
03:49 Des choses que vous qualifiez de viol ?
03:56 Eh bien, c'est plutôt une invasion. La police espagnole l'a qualifié de viol. Pour moi, c'est très dur de faire face à cette qualification, car lorsque l'on s'imagine ce genre d'agression,
04:15 on a une tendance à penser à d'autres abus d'agression sexuelle, mais en fait, c'est que, dès par Dieu, ma fée a été qualifiée par les autorités comme un viol.
04:30 C'est très douloureux pour moi, et c'est très intense, mais c'est une réalité.
04:37 Ça s'est passé en 1995, le 12 octobre 1995. Pourquoi vous décidez de porter plainte que maintenant ?
04:44 Eh bien, parce que jusqu'à cette année, jusqu'au mois d'avril, lorsque cette enquête est faite, en effet, publiée par Mediapart, lorsque j'ai vu cet article,
05:05 à ce moment-là, il y a une espèce de déclic. Je ne me sentais pas très bien, et j'avais des flashs de mémoire, j'avais des images, et j'étais très mal à l'aise.
05:20 Et cette nuit, je vais consulter mon journal, et voilà, je me trouve à l'âge de 23 ans.
05:27 Il y a quelques pages, les dernières neuf pages de mon journal, où c'est écrit le 17 octobre, donc cinq jours après l'interview avec Dès par Dieu,
05:37 et là, je vois les récits. Et à ce moment-là, je me rappelle très bien de ce qui s'est passé. Je me rappelle très bien ce qu'il m'a fait.
05:45 Je suis allée donc à la police, parce que tout au long de ces mois, j'ai dû faire face à tellement de choses.
05:52 J'ai d'abord dû accepter ce qui s'est passé, je suis passée par le déni auparavant, et je me sens coupable.
05:59 La culpabilité d'avoir oublié de cette façon ces actions, que je considère avoir été la meilleure interview de ma carrière.
06:11 Et pourtant, j'en ai fait plusieurs, enfin des centaines, tout au long de ma carrière.
06:15 Et cela a été très douloureux de voir un arrivé là. Mais je considère qu'il fallait que les autorités s'insécisent pour qu'il y ait en effet un registre de cette agression,
06:30 et qu'on sache que cet homme fait des choses aux femmes, parce qu'il considère qu'il a le droit, parce qu'il ne peut pas peut-être s'en empêcher,
06:44 ou parce qu'il ne peut pas... C'est comme un glouton en fait, c'est un ogre, c'est un personnage qui pense qu'il peut tout manger lorsqu'il y a un buffet à volonté.
06:58 Et donc il consomme des femmes, et il a cet appétit insatiable. Et il faut que je le dise, je ne peux pas continuer de rester dans ce silence.
07:12 Et je me sens coupable, je me déteste moi-même parce que je ne l'ai pas dit auparavant. Mais c'est le moment que tout le monde le sache.
07:19 Et surtout aider les autres.
07:22 Merci pour votre témoignage, Ruth Baza, journaliste écrivaine espagnole, qui a décidé de porter plainte contre Depardieu pour une agression qui date de 1995.