00:00 La philosophe Hannah Arendt compare dans les premières pages de La vie de l'esprit,
00:12 le monde à un théâtre et les êtres humains à des acteurs sur scène.
00:15 Elle s'intéresse à la façon dont les vivants se manifestent à travers leur aptitude et
00:21 leur capacité à apparaître.
00:23 Cette aptitude du vivant renvoie au fait que l'être humain est extatique, au sens qu'il
00:29 est hors de lui-même, ouvert sur le monde dans lequel il vit.
00:33 Cette dimension théâtrale de l'existence signifie que nous avons la capacité de fabriquer
00:39 et de transformer notre figure publique.
00:41 Alors qu'un objet ne peut que subir son apparence, l'être humain a la capacité
00:47 d'endosser son apparence et d'en jouer comme un accessoire ou un costume de scène.
00:53 C'est ce dont témoigne l'élargissement du marketing au personal marketing qui renvoie
00:59 à l'idée que les individus sont fabriqués, commercialisés et gérés pour atteindre
01:05 un plus grand succès dans leur domaine.
01:07 L'objectif est de transformer les gens en produits désirables, de la promotion jusqu'à
01:14 la conception d'un packaging attractif.
01:16 Il s'agirait de booster son employabilité ou son potentiel de séduction en pliant sa
01:23 personnalité au caprice de la demande.
01:26 La personne deviendrait à la fois un produit et un vendeur, devant convaincre le marché
01:33 qu'elle a une valeur et l'entreprise qu'elle peut être un atout.
01:36 Dans un tel contexte, il est possible, voire recommandé, de changer non seulement de look
01:43 mais aussi de posture, de façon de parler comme l'on change de chemise.
01:46 L'individu devient ainsi un produit malléable, auto-inventé, libéré du passé et toujours
01:54 changeant.
01:55 Mais être ainsi ravalé au rang de produit signifie-t-il pour autant que l'on est une
02:00 marque comme essaient de nous le faire croire les adeptes du personal branding ?
02:04 La société marchande dans laquelle nous baignons a tôt fait de transformer tout ou presque
02:10 en marque, qu'il s'agisse de fruit, de ville, de personne.
02:14 L'extension du domaine de la marque obéit à un objectif évident de communication,
02:19 qui est de faire parler, de faire croire, d'attirer, de créer de la préférence.
02:23 Pour autant, peut-on véritablement parler de marque à tout bout de champ ? La réponse
02:29 est clairement non.
02:30 Le fait d'être connu ne signifie pas pour autant que l'on est une marque.
02:35 La yaourtisation des personnes ne signifie pas qu'elles ont forcément quelque chose
02:39 de significatif à ajouter au babyle ambiant.
02:42 La marque est une prise de parole, c'est donc une prise de risque.
02:46 Être une marque signifie que l'on s'autorise à prendre la parole pour affirmer un point
02:52 de vue singulier sur le monde et pour être force de proposition.
02:56 Il ne suffit pas de se connaître et d'être reconnu.
03:00 La marque est une parole donnée qui induit des engagements et ne peut se satisfaire de
03:05 discours.
03:06 La marque est donc un auteur, au sens d'un créateur, d'une personne qui serait la
03:11 cause première, qui serait à l'origine de quelque chose.
03:15 Il faut donc être initiateur et inventeur pour prétendre être un auteur et pouvoir
03:20 ainsi faire autorité.
03:21 A mille lieues donc, des postures communicationnelles et des logiques égotrophiques de la marque
03:27 personnelle.
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