00:00Les débats sont animés ce soir sur Europe 1 et sur CNews, c'est bien.
00:04Vous m'en voyez très heureux évidemment, c'est le propre de cette émission.
00:08Hervé Novelli, ancien ministre et créateur du statut de l'auto-entrepreneur est avec nous
00:12et vous allez comprendre pourquoi je voulais vous avoir puisque le gouvernement, vous le savez,
00:16a reculé et a suspendu la mesure concernant la TVA pour les auto-entrepreneurs.
00:20Une réunion de concertation a été organisée ce matin au ministère de l'Economie pour ajuster le texte.
00:24On voit tous là avec Amie Guédon et je vous interroge votre réaction. Je pense que vous n'êtes pas très contents.
00:29Un virage à 180 degrés.
00:32Après avoir annoncé l'abaissement du seuil d'exemption de TVA pour les auto-entrepreneurs,
00:36le gouvernement est revenu sur ses pas hier avec une déclaration d'Éric Lombard, le ministre de l'Économie.
00:43Nous avons entendu les demandes des auto-entrepreneurs.
00:46Je peux annoncer ce soir, il y aura un communiqué, que Véronique Louvagie,
00:50la ministre du Commerce qui fait partie des 6 ministres de Bercy,
00:55va lancer une concertation afin d'ajuster cette mesure si c'est nécessaire.
00:59Et pendant le temps de cette concertation, cette mesure sera suspendue.
01:03C'est-à-dire que les auto-entrepreneurs ne devront pas s'inscrire pour payer la TVA.
01:07Donc on aura le temps du dialogue.
01:09Actuellement, les auto-entrepreneurs bénéficient d'une exonération plafonnée à 37 500 ou 85 000 euros
01:16de chiffre d'affaires annuel en fonction des secteurs d'activité.
01:20En dessous de ces revenus, ils peuvent établir des factures avec une TVA à 0% sans rien reverser à l'État.
01:26Mais le budget 2025 prévoit d'abaisser le seuil à 25 000 euros.
01:30Après la polémique qui a abouti à la suspension de cette mesure,
01:34Véronique Louvagie, la ministre du Commerce et des PME,
01:37recevait des organisations professionnelles à Bercy dans la journée.
01:40Les concertations devraient se poursuivre jusqu'à la fin février.
01:45Hervé Novelli, créateur de ce statut d'auto-entrepreneur.
01:48Votre réaction ? Vous êtes en colère ? Vous êtes inquiet ?
01:52Quelles sont les conséquences ? Comment envisagez-vous l'avenir ?
01:55Écoutez, j'étais d'abord très fier d'avoir fait le statut parce que ça a marché.
02:00Ça a marché et...
02:01Là, ça va moins bien marcher.
02:03Vous savez qu'il y a 2 700 000 personnes qui un jour ont fait un clic pour s'inscrire comme auto-entrepreneur en France.
02:10Et il y en a 1,5 million qui déclarent régulièrement du chiffre d'affaires.
02:15C'est donc quelque chose qui est apparu très utile.
02:19On fêtait l'année dernière les 15 ans du statut de l'auto-entrepreneur.
02:24Et depuis ces 15 années, à part les revalorisations de l'inflation,
02:27les taux dont on parle, les plafonds dont on parle, 37 500, 85 000, n'ont pas bougé.
02:35Et tout d'un coup, arrive une mesure qui baisse drastiquement.
02:41Vous vous rendez compte ? 85 000, 25 000.
02:43Elle baisse drastiquement le taux au-delà duquel on doit exiger de déclarer l'ATVA.
02:51Donc, cette mesure qui est arrivée en catimini a suscité évidemment une très large émotion.
03:03Et je pense qu'elle est intrinsèquement mauvaise.
03:06Je vais vous donner en quelques mots pourquoi cette mesure est mauvaise.
03:10D'abord, il faut savoir qu'en France, l'année dernière, il y a eu 1 million d'entreprises qui se sont créées.
03:16Et sur ce million, il y en a eu 700 000 qui l'ont été sous le statut d'auto-entrepreneur.
03:22Donc, quand vous faites une mesure qui intrinsèquement va diminuer le nombre des auto-entrepreneurs,
03:30vous tapez sur la création d'entreprises dans ce pays, ce qui est à mon avis un contresens absolu.
03:36C'est la courbe qui montait et qui monte chaque année régulièrement.
03:40Et qui est une fierté française que d'avoir ce bouillonnement de création d'entreprises.
03:45Donc, c'est une mauvaise mesure parce qu'elle va casser la création d'entreprises.
03:48C'est une mauvaise mesure parce qu'elle s'attaque à ce qu'on appelle les travailleurs pauvres.
03:53Ils arrivent à joindre les deux bouts, mais avec le plafond de 25 000 euros, ils n'y arriveront plus.
04:00Et donc, on s'attaque à ces travailleurs qui n'ont que leurs bras, leur agilité, leur capacité à imaginer un système pour dégager des revenus.
04:13Et tout cela est assez navrant.
04:15Et puis, la troisième conséquence, c'est qu'il va y avoir une explosion du travail au noir.
04:20J'ai fait ce statut aussi pour lutter contre le travail au noir.
04:24Et donc, tout cela, mis bout à bout, pour une économie, pour des rentrées de 400 millions d'euros,
04:30vont être annulées par la baisse du chiffre d'affaires en 2025 des auto-entrepreneurs.
04:37Et donc, la baisse des rentrées fiscales et sociales liées à ce chiffre d'affaires.
04:41Donc, quand on va reprendre d'une main ce qu'on a tenté de donner de l'autre, ça sera inefficace.
04:48Et je pense qu'on donne une mauvaise image.
04:53La France tape sur ses créateurs d'entreprises, les petits, ceux qui veulent s'en sortir,
05:01dans une période où le chômage remonte.
05:04Et donc, c'est une mauvaise mesure, elle doit être retirée.
05:08Alors, après se pose le problème de la concertation qui a été annoncée.
05:12Entre guillemets, cette mesure s'applique à compter du 1er mars.
05:15Donc, on annonce qu'elle est suspendue alors qu'elle n'a pas été mise en oeuvre.
05:19C'est un petit paradoxe d'Éric Lombard.
05:21Mais, ce que je voudrais juste dire...
05:24Un dernier mot.
05:25Un dernier mot.
05:26C'est que cette mesure, il faudra la rapporter et c'est le Parlement,
05:31ce sont les parlementaires qui doivent s'en emparer.
05:33Parce que c'est 1 à 1, c'est dans la loi de finances.
05:36Et donc, ce qu'une loi a fait, une autre loi doit le défaire.
05:40Donc, moi je lance un appel aux parlementaires pour qu'ils déposent des propositions de loi
05:43qui rapporteront cette mesure qui n'est pas une bonne mesure.
05:46Et cet appel est lancé ce soir sur CNews.
05:49On marque une pause sur Europe 1 et sur CNews et on se retrouve dans quelques instants.