00:00« Chère rédaction de Carambolage, l'amitié franco-allemande continue son petit bonhomme de chemin, mais il est des rencontres pour le moins cacophoniques.
00:12Je souhaite vous en raconter une qui date du temps où j'étais professeur de culture musicale au conservatoire d'Alençon en Normandie.
00:20Un beau jour, notre orchestre est convié à se produire en concert en basse sax en Allemagne avec l'orchestre du conservatoire de la ville de Quackenbruck.
00:28Après un accueil chaleureux chez les familles, on se rend tous à la salle pour les répétitions et les Allemands ont déjà tout installé la veille. Sympa !
00:37Premier morceau, Symphonie du Nouveau Monde, Antonine Dvorak, 1893.
00:43Tout roule, sauf pour le timbalier français qui semble vouloir nous dire quelque chose et qui fait des erreurs prodigieuses.
00:50Mais qu'est-ce passe-t-il ? C'est gênant.
00:52A la pause, celui-ci me signale que l'ordre des timbales est inversé.
00:57Elles ne vont pas comme d'habitude des graves aux aigus, mais des aigus aux graves.
01:01Dans ces conditions, c'est compliqué pour lui.
01:04Ah, d'accord. Bon, simple erreur d'inattention sans doute.
01:08Et l'on profite d'une mise au point des violons pour remettre en catimini les timbales à leur place, donc les graves à gauche, les aigus à droite.
01:16A partir de là, notre individu fait un sans-faute.
01:20Pour le morceau suivant, notre timbalier français fait place au timbalier allemand,
01:24quand ce dernier semble à son tour vouloir nous dire quelque chose,
01:27puis remet les timbales dans le sens d'origine avec l'aide de camarades, tout en s'écriant
01:31« Mais quel est le bip qui a inversé les timbales ? »
01:34Je n'y comprends plus rien.
01:37J'apprends alors que dans les orchestres français et allemands, l'ordre des timbales est tout simplement opposé.
01:42Des graves aux aigus en France, des aigus aux graves en Allemagne.
01:48En fait, il y a la méthode allemande et il y a la méthode française,
01:52enfin, au sens plus large, la méthode internationale.
01:56A l'origine, les timbales sont jouées par les cavaleries.
01:59D'ailleurs, en France, celui qui en joue n'est pas un timbaliste,
02:02au même titre qu'un violoniste, un pianiste ou un harpiste,
02:06mais un timbalier, car il est avant tout cavalier.
02:09Étant d'usage de monter un cheval du côté gauche,
02:13on plaçait de ce côté la timbale la plus petite, la plus aiguë,
02:17et du côté droit, la plus grande, la plus grave.
02:20Au XVIIe siècle, les timbales intègrent les orchestres.
02:24Au départ, leur rôle n'est pas très important
02:26et on n'estime pas nécessaire de les confier à des percussionnistes pour faire trois notes.
02:31Lors des représentations, les timbales sont déléguées à des musiciens extérieurs à l'orchestre.
02:36En Allemagne, ce sont souvent des contrebassistes.
02:39Habitués des cordes qui vont des plus aigus aux plus graves,
02:42ils placent les timbales des aigus aux graves.
02:45En France, ce sont souvent des claves sinistres.
02:48Habitués des touches qui vont des plus graves aux plus aigus,
02:51ils placent les timbales des graves aux aigus.
02:54Au début du XIXe siècle, des compositeurs revalorisent le rôle des timbales.
02:59Pour autant, en France et en Allemagne, on conserve le placement établi.
03:02Les œuvres de Richard Wagner demandent aux timbaliers de privilégier la force.
03:08Majoritairement droitiers et leurs mains droites ayant donc plus de force,
03:11ils conservent les timbales graves sur leur droite
03:13et obtiennent ainsi de vraies basses bien pleines.
03:17Les œuvres du français Hector Berlioz demandent aux timbaliers
03:20de privilégier les roulements et la nuance.
03:23Les timbaliers conservent alors les timbales aigus sur leur droite.
03:26Et c'est ainsi qu'à Quackenbrück, nous avons passé le concert
03:29à déplacer les timbales en fonction de la nationalité des musiciens.
03:34A bientôt carambolage !
03:35Michael Andrieux, un fan de la première heure.
03:56Sous-titrage Société Radio-Canada