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  • il y a 11 mois

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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55La porte de l'appartement claque avec violence et Bettina s'abat sur le canapé du salon avec l'intention de se laisser aller à une crise de larmes.
01:11Mais le désespoir lui laisse les yeux secs.
01:15Ralph, son mari, va l'abandonner bientôt. Elle en est persuadée.
01:20Jusqu'ici, jamais après une dispute aussi grave soit-elle, il n'était sorti sans un baiser de réconciliation.
01:29Et voilà qu'aujourd'hui, il ne lui a même pas accordé un regard.
01:33La jeune femme se redresse et tire une cigarette d'un paquet posé sur la table basse.
01:41Elle l'allume, fume quelques bouffées, mais le goût lui en paraît infecte et elle l'écrase aussitôt dans le cendrier.
01:49Que faire, mon Dieu, que faire ?
01:51Ralph est excédé, c'est certain, découragé.
01:57La chose s'est reproduite si souvent depuis leur mariage qu'il a épuisé toutes ses réserves de compréhension et d'amour.
02:08Bettina allume une nouvelle cigarette qui lui semble meilleure cette fois et se rend dans la cuisine pour se faire un café.
02:13Elle va tremper ses lèvres dans le liquide brûlant quand la sonnerie du téléphone retentit.
02:19« Ralph, oh, c'est Ralph qui a eu des remords ! »
02:22Bettina décroche, le cœur battant, mais au bout du fil, elle entend la voix suraiguë de sa mère.
02:30« Ton mari vient de m'appeler ! C'est épouvantable ! Tu imagines le mal que tu nous fais ? »
02:36Toujours la même litanie.
02:39Pas un mot pour la plaindre, elle, pas un mot pour la comprendre.
02:43« Oh, maman, je t'en prie ! » dit Bettina.
02:46« Oui, je vole dans les magasins, oui, je ne peux pas m'en empêcher, oui, je suis une mauvaise fille.
02:51Il faudrait bien que tu t'y fasses ! »
02:53Sa mère entame alors tout un discours où il est question de traitement, de séjour dans un établissement spécialisé.
03:03Bettina a horreur de cette idée.
03:06« Je sais bien que c'est une maladie, je sais bien que je vous fais honte à tous ! » dit-elle.
03:11« Mieux vaudrait que je sois une alcoolique ou même une meurtrière ! »
03:16« J'attirerais plus de sympathie qu'en étant kleptomane. Je me rends parfaitement compte, maman. »
03:22Elle profite du silence un peu gêné de sa mère pour lui dire au revoir et raccrocher.
03:27« Le café est tiède maintenant. »
03:31Bettina le boit cependant d'un seul trait, puis revient dans le living et cherche à nouveau refuge sur le canapé.
03:38Et les éternelles questions viennent la tourmenter.
03:41« Mon Dieu, comment cela est-il possible ? Qu'est-ce qui la pousse de manière irrépressible à s'emparer de certains objets ?
03:53N'importe lesquels d'ailleurs, leur valeur importe peu.
03:57Est-ce qu'un médecin pourrait la guérir de cette manie ?
04:00Il faudrait voir un de ces médecins-là. »
04:04Bettina n'ose même pas en prononcer le nom exact.
04:07Pourtant, son enfance a été sans histoire, heureuse même au sein d'une famille aisée.
04:16Elle s'est montrée brillante élève, meilleure que son frère aîné qui poursuivait de laborieuses études d'ingénieur.
04:24Et voilà qu'un jour, l'incident s'est produit.
04:29La jeune femme s'est emparée du plumier d'une de ses camarades.
04:33Un magnifique plumier d'ailleurs, à compartiments secrets.
04:36Elle a rapporté l'objet à la maison sans même prendre la peine de le dissimuler.
04:41Ses parents, son frère, tout le monde, tout le monde a su que Bettina était une voleuse.
04:50Depuis ce jour, son calvaire a commencé.
04:54Toujours ses vols ridicules, la honte, les humiliations, la réprobation de la famille.
04:59Plus tard, il y a eu Ralph et sa stupeur douloureuse quand il a découvert que la femme qu'il venait d'épouser était kleptomane.
05:10Lui, en revanche, s'est montré compréhensif et indulgent.
05:16Longtemps, elle a cru que son appui l'aiderait à résister à cette force qui la rongeait.
05:23Mais les vols se sont succédés dans les grands magasins.
05:27Des boutons de nacre d'un prix dérisoire, un sac à main et une quantité d'objets les plus divers.
05:34Bien sûr, plusieurs fois, elle s'est fait prendre, mais on s'était toujours montré compréhensif.
05:38Elle n'était pas une voleuse à l'étalage, mais une femme souffrant d'un déséquilibre psychologique.
05:47Le nom et le signalement de Bettina figurent maintenant sur les fichiers de beaucoup de magasins, en prévision d'éventuelles récidives.
05:58Tout en remuant ses sombres pensées, la jeune femme finit par s'endormir.
06:04En fin de matinée, une sonnerie la réveille.
06:09Quelqu'un carillonne à la porte d'entrée.
06:12L'esprit encore embrumé par le sommeil, elle va ouvrir et se trouve devant un inconnu.
06:20L'homme qui se tient sur le seuil est petit, mais rablé,
06:24et son visage à l'aspect recuit rouge-brique des épidermes trop longtemps soumis aux rayons ultraviolets d'une lampe abronzée.
06:35Son costume pied-de-poule n'est pas du meilleur goût.
06:39Après avoir soulevé brièvement son chapeau, il s'introduit dans l'appartement sans attendre qu'on l'y invite.
06:46« Vous êtes bien, Bettina Morphy ? » demande-t-il.
06:50« Oui, c'est moi, » répond Bettina, plus surprise qu'effrayée.
06:55Le visiteur sourit.
06:58« Je dois vous entretenir d'une affaire, Madame Morphy. On pourrait s'asseoir, non ? On serait mieux pour causer. »
07:04Bettina commence à trouver que le type exagère.
07:07« C'est sans doute un représentant de commerce. Ces gens-là ont un toupet monstre. »
07:13« Écoutez, » dit-elle, « si vous voulez me vendre quelque chose, ça n'est pas la peine... »
07:17Et l'homme l'interrompt.
07:18« Je ne vends rien, Madame Morphy. »
07:20« J'achète. »
07:22Puis il se dirige vers un fauteuil et s'y assoit.
07:26« Venez là ! » dit-il en indiquant le divan face à lui.
07:31« Venez là ! Ce que j'ai à vous dire vous intéressera, vous verrez. Il s'agit de votre mari. »
07:38Bettina resserre la ceinture de sa robe de chambre et obéit.
07:40« Un étrange pressentiment l'a envahi. »
07:46« Où voulez-vous en venir ? » demande-t-elle.
07:50« Eh ben, votre mari, il a une bonne situation, il me semble, hein ? »
07:55dit le petit homme.
07:56La jeune femme ne répond pas et se contente de regarder son vis-à-vis d'un œil interrogateur.
08:05« Ben, ça sera embêtant qu'il la perde, cette bonne situation, n'est-ce pas ? » poursuit le visiteur.
08:11« Surtout que son patron est très à cheval sur les principes, hein.
08:15C'est un vieux qui fait partie d'un tas de ligues pour le redressement moral du pays.
08:20Vous saviez ça, je suppose. »
08:24Bettina acquiesce d'un signe de tête.
08:26« Eh ben, à mon avis, ce monsieur-là, il serait pas content d'apprendre que votre mari a épousé une kleptomane. »
08:35La jeune femme rougit violemment et balbutie.
08:37« Mais qu'est-ce que... qui vous a... »
08:39« Oh, vous inquiétez pas, Mme Morphie. Je dirai rien. Enfin, si on arrive à s'entendre. »
08:48« Combien voulez-vous ? »
08:49« Oh, vous y êtes pas, ma petite dame. Je vous l'ai dit tout à l'heure, je vends rien, moi. J'achète. »
08:56« Je suis même prêt à payer 5 000 dollars. »
09:01« 5 000 dollars ? » répète Bettina.
09:05« Mais je n'ai rien à vendre pour 5 000 dollars. »
09:11« Cet homme pourrait faire chanter Bettina, et voilà qu'au contraire, il lui propose 5 000 dollars. »
09:20« Que peut-il bien vouloir acheter ? »
09:23« Vous n'allez pas tarder à la prendre. »
09:29« Bettina Morphie est vraiment très malheureuse. »
09:36« Elle est kleptomane. »
09:39« Devant ses récidives, Ralph, son mari, commence à perdre patience. »
09:44« Et ce matin, il est parti sans l'habituel pardon. »
09:49« Et voilà qu'un inconnu lui rend visite. Il connaît son secret. »
09:53« Mais au lieu de la faire chanter, il lui propose 5 000 dollars. »
10:01« L'homme se renverse dans son fauteuil et semble beaucoup s'annuler. »
10:06« Vous ignorez votre richesse, Mme Morphie. »
10:09« Mais enfin ! » s'impatiente Bettina.
10:12« Qu'est-ce que vous voulez acheter ? Dites-le-moi. »
10:15« Vos services. »
10:17« Tout ce que vous aurez à faire, ce sera de suivre les instructions. »
10:21« Aucun danger, hein ! »
10:22« Et 5 000 dollars à la clé, c'est une sacrée bonne affaire, ça, non ? »
10:28La jeune fille tente de réfréner les battements de son cœur.
10:32« Expliquez-vous, monsieur. »
10:34L'homme se lève brusquement.
10:36« Ah, je ne peux rien vous dire moi-même. »
10:38« C'est mon associé qui s'en chargera. »
10:40« Bon, allez passer une robe et un manteau. »
10:42« On va aller le voir tous les deux. »
10:45« Partir avec cet homme ? »
10:48« Mais où va-t-il l'emmener ? »
10:49« Et pour quoi faire ? »
10:51Bettina cherche une raison pour ne pas obéir.
10:53« Mais mon mari va rentrer pour déjeuner. »
10:56« Il va s'étonner s'il ne me voit pas. »
10:59Les yeux de l'homme, petits et enfoncés,
11:01prennent brusquement un éclat dur.
11:04« Écoutez, il faut choisir, hein ! »
11:07« Où vous venez avec moi, ou le patron de votre mari
11:09va pas tarder en apprendre de belle sur la femme de son collaborateur. »
11:14Bettina se lève et les jambes tremblantes
11:17se dirigent vers la chambre.
11:19« Ne pas causer d'ennuis à Ralph,
11:22c'est ce qui importe par-dessus tout. »
11:25Elle lui a déjà fait assez de mal comme ça.
11:29Dix minutes plus tard,
11:30elle sort de l'appartement en compagnie de son visiteur.
11:33Un taxi les conduit dans un hôtel de seconde catégorie
11:36situé dans le quartier sud de la ville.
11:40Devant l'ascenseur qui les mène au quatrième étage,
11:42le petit homme observe Bettina qui tremble d'appréhension.
11:46« Détendez-vous, ma mort fille, ça va très bien se passer.
11:51D'ailleurs, vous verrez, mon associé est un vrai gentleman. »
11:56Bettina hausse imperceptiblement les épaules et ne répond pas.
11:59Enfin, ils arrivent devant la porte 408.
12:05Le dit gentleman leur ouvre.
12:08Il est enveloppé dans une robe de chambre en brocard
12:10dont la magnificence jure avec l'aspect fané et poussiéreux des lieux.
12:16Lui aussi doit avoir recours au service des lampes à rayons ultraviolets
12:21car son visage ridé et son crâne chauve arborent cette teinte cuivrée.
12:26« Content de faire votre connaissance, madame mort fille, » lance-t-il d'un ton mondain.
12:32« Venez vous asseoir là, sur le sofa. C'est le seul siège vraiment confortable. »
12:38Pendant que Bettina obéit, l'homme en robe de chambre observe la jeune femme d'un regard scrutateur.
12:45« Oh, Ralph, Ralph, si tu me voyais, » se dit Bettina,
12:50« tu viendras à mon secours, j'en suis certaine. »
12:53Le chauve prend sur le guéridon un porte-cigarette en or et le présente à sa visiteuse.
13:00« Vous fumez ? » demande-t-il.
13:03Bettina refuse en secouant la tête.
13:05Pourtant, elle meurt d'envie de sentir l'acre fumée du tabac dans sa gorge.
13:11« Est-ce que je pourrais savoir ce que vous voulez de moi ? » demande-t-elle.
13:15« Utilisez vos aptitudes, chère petite madame, » répond le chauve.
13:21« Comme Glenn, mon associé, a dû vous le dire, nous n'ignorons pas que ce que vous savez le mieux faire, c'est voler. »
13:31Bettina est frappée par la justesse de la remarque.
13:35Cet homme a raison.
13:36Prendre des objets et les sortir d'un magasin sans les payer, c'est son seul talent.
13:43Autrefois, lorsqu'elle était jeune fille, elle avait fait de beaux projets.
13:48Devenir journaliste, faire des études de psychologie, écrire des romans.
13:54Mais elle n'a jamais rien réalisé, tout cela.
13:56Le petit homme rabelé, que son associé vient d'appeler Glenn, s'assied sur le bras du canapé à côté d'elle et l'observe en silence.
14:07L'homme, à la robe de chambre, poursuit.
14:09« Vous comprenez, madame Morphy, ce qui nous plaît chez vous, c'est que vous soyez catalogués comme kleptomane,
14:17tant par les magasins que par la police.
14:20Alors, si on vous surprend à voler un article, même d'une valeur un peu plus importante qu'une bobine de fil,
14:27on trouvera cela tout à fait naturel, est-ce que vous commencez à voir où je veux en venir ? »
14:34Comme Bettina reste muette, Glenn intervient.
14:38« Je crois qu'elle aimerait mieux que tu mettes les points sur les îles, Georges. »
14:43Le dénommé Georges tend une feuille de papier à Bettina sur laquelle un plan sommaire a été dessiné.
14:51« Voilà comment se présente l'intérieur de chez Travels, 82 47e rue.
14:57C'est une jovaillerie.
14:58Sans rivaliser avec Tiffany, elle jouit d'une bonne réputation.
15:03Alors voilà, vous vous approchez du comptoir gauche, que j'ai marqué d'une croix,
15:08et vous demandez au vendeur de vous sortir un plateau, le troisième à droite, sur la rangée du haut.
15:16Pendant que vous regarderez les broches qui s'y trouvent,
15:20il y aura, comment dire, un incident bruyant dans le magasin.
15:25L'attention du vendeur ne manquera pas d'être attiré par ce qui se passe un peu plus loin,
15:30et vous pourrez alors facilement vous emparer de la broche avec des diamants et des émeraudes
15:37qui se trouvent à l'extrémité gauche de la deuxième rangée.
15:41Impossible de vous tromper.
15:43Ensuite, vous sortirez sans vous presser, surtout.
15:47Mais ce n'est pas moi qui vais vous apprendre comment on sort d'un magasin avec un objet volé.
15:54Vous en avez l'habitude.
15:56Une fois dehors, dirigez-vous vers la droite.
15:59Un type en train de quêter pour les paralytiques sur le trottoir
16:04viendra à votre rencontre et vous tendra un tronc.
16:08Vous n'aurez qu'à glisser le bijou dans la fente.
16:12Ensuite, poursuivez votre chemin.
16:15Au coin de la rue, un taxi vous attendra.
16:18Pas un vrai, bien sûr.
16:20Il sera conduit par un de nos amis.
16:22Donnez-lui votre adresse et rentrez chez vous.
16:25Et voilà, c'est tout ce que vous avez à faire.
16:27Vous voyez que tout est prévu.
16:30Pour une spécialiste comme vous, ça n'est pas bien sorcier.
16:35Dans quelque temps, vous recevrez les cinq mille dollars.
16:40« Jamais je ne pourrai commettre sciemment un tel acte ! »
16:44s'écrit Bettina.
16:46Georges s'esclave imité par Glenn.
16:50« Voilà que vous avez des scrupules, petite madame !
16:53Mais voyons, il n'y a aucun danger pour vous.
16:57Si l'on vous prend avant que vous ayez mis la broche dans le tronc,
17:01pas besoin d'opposé de résistance, n'est-ce pas ?
17:04Et tout se résoudra comme les autres fois.
17:07En apprenant votre charmante manie,
17:10les flics classeront l'affaire. »
17:13« Je ne veux pas ! » s'entête Bettina.
17:16« Je ne pourrai jamais ! »
17:17« Allons, allons, madame Morphy, montrez-vous coopérante,
17:23à moins que vous ne préfériez que nous prenions contact
17:27avec le patron de votre mari. »
17:32Devant le visage de l'homme qui a totalement cessé d'être souriant,
17:38Bettina cède brusquement.
17:41« Bien. »
17:43« D'accord. »
17:45Dit-elle d'une voix résignée.
17:47« Quand cela doit-il se passer ? »
17:51Georges regarde sa montre.
17:53« Autant battre le fer pendant qu'il est chaud, n'est-ce pas ?
17:56Il me faut environ deux heures pour mettre en place les derniers préparatifs. »
18:03Puis il enveloppe Bettina d'un regard évaluateur et ajoute
18:08« Pendant ce temps, vous allez retourner chez vous
18:11pour vous habiller un petit peu mieux, vous pomponner.
18:16Il n'y a que les dames super chics qui rentrent dans ce genre de boutique.
18:21Soyez là-bas à 14h20 très précises et exécutez votre travail.
18:25« L'intendance suivra. »
18:29« N'essayez pas de nous faire une entourloupe, chère petite madame,
18:32de prévenir votre mari, par exemple.
18:34Vous savez ce que vous risquez. »
18:39À l'heure dite, la jeune femme pousse la porte de la joaillerie.
18:44Avec son tailleur gris, son rang de perles qui lui,
18:48doucement sur son chemisier vert, ses escarpins à la cambrure élégante,
18:52Bettina ressemble vraiment à ces jeunes femmes oisives et insouciantes
18:57qui n'ont rien d'autre à faire que de dépenser l'argent de leur mari.
19:02Pourtant, elle a l'impression de vivre un cauchemar dans cette boutique à l'ambiance feutrée.
19:09À son arrivée, quelques clients sont présents, mais la jeune femme ne voit personne.
19:16Elle exécute point par point les consignes de Georges
19:20qu'ils ont répétées une dernière fois tout à l'heure avant qu'elle ne rentre chez elle.
19:25Aller vers la gauche, repérer le plateau où se trouve la broche,
19:28demander qu'on sorte ce plateau.
19:31Le vendeur à qui elle s'adresse est un jeune homme au maintien compassé
19:37qui ne peut pas dire trois mots sans exécuter un petit salut.
19:41Il ne fait aucune difficulté pour sortir le présentoir de velours noires
19:45que lui désigne cette si élégante personne.
19:49À peine Bettina a-t-elle posé son regard sur la fameuse broche
19:52qu'un bruit de verre brisé éclate dans l'atmosphère ouatée,
19:56puis des exclamations fusent de toutes parts.
19:59Le jeune vendeur devient très pâle et instinctivement fait quelques pas
20:02en direction du bruit pour voir ce qui se passe.
20:06Bettina détache alors la broche avec une dextérité qui l'étonne elle-même,
20:10puis, la glissant dans sa poche, se dirige vers la sortie.
20:13En passant, elle voit ce qui a causé l'incident.
20:17Un client a eu un mouvement malheureux avec sa canne à pommeaux d'argent.
20:21Il a donné un coup dans une vitrine au point de la briser.
20:26Le maladroit est en train de s'excuser.
20:28C'est un homme de type sud-américain dont la lèvre supérieure arbore une fine moustache,
20:34malgré laquelle Bettina a l'impression de reconnaître Georges.
20:41Plus que quelques mètres, et elle sera dans la rue.
20:44Enfin, elle tire la lourde porte et se retrouve à l'air libre.
20:48À peine elle fait quelques pas qu'un homme s'avance vers elle en psalmodiant.
20:52« Pour les paralytiques, s'il vous plaît !
20:54Pour les paralytiques, ils ont besoin de votre aide, s'il vous plaît ! »
20:57C'est Glenn, vêtue d'un costume sombre et fatigué,
21:01qui présente à Bettina une boîte en fer
21:03dans le couvercle de laquelle a été aménagée une large fente.
21:07Elle y glisse la broche et se dirige,
21:10peut-être un peu vite,
21:11vers le taxi qui se trouve bien à l'endroit prévu.
21:15Elle est sauvée maintenant.
21:16Il ne lui reste plus qu'à oublier très vite toute cette histoire.
21:24Ce n'est qu'en refermant la porte de son appartement
21:28que les nerfs de la jeune femme lâchent.
21:33La tension a été trop forte et elle s'écroule sur le divan
21:36et pleure, pleure, sans pouvoir s'arrêter.
21:40C'est ainsi que Ralph la trouve le soir en rentrant.
21:46« Tu as recommencé ? »
21:49dit-il navré.
21:51« Oui, enfin non ! »
21:54balbutie Bettina.
21:56« J'ai été obligée de voler ! »
22:00Et Bettina raconte toute son aventure à son mari.
22:03Celui-ci se rend compte que sa femme, pour l'épargner,
22:08vient de vivre un véritable calvaire
22:10et il en est très ému.
22:14« Il ne faut pas que ces bandits restent impunis, »
22:17décide-t-il.
22:18« Prévenons la police ! »
22:19Au début, la jeune femme refuse,
22:21puis elle comprend que c'est la seule chose raisonnable à faire.
22:27Le capitaine Butter qui les reçoit
22:29semble un policier intelligent.
22:31Il écoute l'histoire sans montrer d'incrédulité.
22:36Tout de suite, il envoie un adjoint faire une enquête
22:40dans l'hôtel où Bettina a rencontré George.
22:42Puis, il lui demande de regarder des photographies de malfaiteurs.
22:46Il y en a tant que les yeux de Bettina se brouillent.
22:49Aucun de ces visages blafards et rébarbatifs
22:53n'est celui de Glenn ou de George.
22:55D'ailleurs, ils avaient tous deux ce bronzage artificiel
22:59qui devaient beaucoup transformer leur physionomie.
23:02Quant à l'homme qui conduisait le taxi,
23:04elle était si fatiguée qu'elle l'a à peine regardée.
23:10Bettina repousse les photographies.
23:12« Je ne sais plus, je ne sais plus, »
23:15dit-elle découragée et hésitante.
23:17« Non, je ne crois pas que Glenn et George soient parmi eux. »
23:23Tout en posant une main apaisante sur l'épaule de sa femme,
23:27Ralph s'adresse au policier.
23:30« Ces hommes n'ont peut-être jamais eu affaire à la police, »
23:34suggère-t-il.
23:36Butter esquisse un sourire.
23:37« Ah, ça m'étonnerait.
23:41Voyez-vous, si votre femme dit bien la vérité,
23:44leur âge et la manière minutieuse
23:46dont ils ont organisé le coup
23:48me portent à croire
23:50que ce sont des professionnels endurcis. »
23:55« Alors, ils étaient sans doute de passage, »
23:57affirme Ralph.
23:58« Et c'est la première fois
23:59qu'ils exerçaient dans cet état. »
24:03« Oui, peut-être, »
24:05répond le capitaine avec une moue dubitative.
24:09Puis il s'adresse à Bettina.
24:11« Madame Morphy,
24:13êtes-vous certaine de ne pas avoir inventé cette histoire
24:17pour cacher qu'une nouvelle fois
24:19vous n'avez pu vous empêcher de... »
24:24La sonnerie du téléphone interrompt sa phrase.
24:27Il décroche,
24:28tandis que Bettina fond en larmes.
24:31Ralph essaie de la réconforter,
24:33mais il semble à la jeune femme
24:35que lui aussi l'observe d'un œil interrogatif.
24:40« C'est à mon adjoint, »
24:44informe Butter en raccrochant.
24:46« Il dit que le client de la chambre 408
24:49ne s'appelait pas George,
24:51qu'il n'était pas chauve d'ailleurs
24:53et portait les cheveux en bras.
24:55S'il est parti ce soir vers 18 heures,
24:58sans se presser. »
25:00« Mais c'est un déguisement, j'en suis sûr ! »
25:02s'exclame Bettina en redoublant de sanglots.
25:07Pour essuyer ses yeux,
25:09elle cherche un mouchoir dans son sac.
25:12Quand ses doigts rencontrent un objet dur
25:14qu'elle n'identifie pas tout de suite,
25:17elle le saisit et le sort.
25:18« C'est un porte-cigarette. »
25:23« Le porte-cigarette en or de George. »
25:27Bettina ne se souvient absolument pas
25:29avoir subtilisé cet objet.
25:32Abasourdi, elle le tourne et le retourne entre ses mains,
25:35puis, brusquement, le regarde plus attentivement.
25:38Il y a une inscription gravée sur le couvercle.
25:44Bettina fixe tour à tour le policier,
25:46puis son mari, avec une expression stupéfaite.
25:50Puis elle part d'un long rire
25:52sous le regard inquiet des deux hommes.
25:54Enfin, elle se calme,
25:57tend le porte-cigarette au capitaine Butter
25:59et déclare
26:00« Le véritable nom de celui
26:02qui se faisait appeler George
26:04est Harrison Clark. »
26:07C'est gravé sur cet objet
26:08que je lui ai emprunté.
26:11D'ailleurs, sans m'en rendre compte,
26:13« Vous allez pouvoir retrouver ce voleur et ses complices. »
26:19Et pour la première fois de sa longue carrière,
26:23le capitaine Butter
26:27félicita une voleuse.
26:31Vous venez d'écouter
26:38Au cœur du crime,
26:39un podcast issu des archives d'Europe 1.
26:42Réalisation,
26:43Julien Tarot
26:44Production,
26:45Estelle Laffont
26:46Patrimoine sonore,
26:48Sylvaine Denis,
26:49Laetitia Casanova
26:50et Antoine Reclut.
26:54Au cœur du crime
26:54est disponible sur le site
26:56et l'appli Europe 1.
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  1. youm7
    il y a 10 ans