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  • il y a 8 mois

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Transcription
00:00Écoutez ce commentaire, c'est très important, je vais y répondre.
00:02Oui, l'esclavage était déjà dénoncé.
00:04Il y avait des mouvements abolitionnistes.
00:06Ces mouvements étaient-ils en Afrique ?
00:08Les royaumes africains ont-ils tout mis en place pour abolir l'esclavage ?
00:11Ne fusent qu'un train africain qui date d'avant l'arrivée des Européens.
00:15Car avant d'abolir le commerce triangulaire, les Européens avaient déjà aboli l'esclavage sur leur sol.
00:20Les Occidentaux ont rendu le commerce mondial.
00:22Oui, avec la complicité des Africains et surtout, les Africains pouvaient-ils en faire autant ?
00:28Se féliciter qu'un individu n'a pas posé un acte qu'il n'a même pas la capacité de
00:33poser, c'est fort de café, voire malhonnête.
00:36Si les Européens ont pu bâtir des navires, traverser l'océan, acheter des esclaves, savoir les utiliser dans un but
00:42industriel,
00:43c'est bien la preuve qu'ils étaient déjà avancés avant cette traite.
00:47Sinon, comment expliquer que nous, Africains, n'ayons pas pu en faire autant ?
00:51La précision historique est très importante.
00:55Donc, on va répondre.
00:57Comme vous le constatez, voici un excellent commentaire parce qu'il soulève plusieurs arguments importants.
01:03Premier, l'abolition en Europe de l'esclavage.
01:06Le deuxième, capitaux et les navires.
01:08La mondialisation de la traite et la question des responsabilités.
01:12Prenons chaque point sérieusement, sans slogan.
01:15Il est exact que dans plusieurs régions d'Europe, l'esclavage recule fortement à la fin du Moyen-Âge.
01:22Mais, et c'est important, c'est pour ça que je dis qu'il est important de ne pas essentialiser.
01:26Historiquement, ce recul doit être précisé.
01:28Ce n'est pas une abolition moderne.
01:30Ce n'est pas une condamnation explicite universelle du principe.
01:34Pourquoi ?
01:34Parce que les sociétés médiévales européennes reposaient largement sur quoi ?
01:39Sur le servage, des dépendances personnelles juridiquement contraintes et des statuts non libres.
01:45On observe surtout quoi réellement ?
01:48Une transformation des formes de dépendance plutôt qu'un rejet moral global.
01:53Et surtout, ce phénomène est bien localisé.
01:56Car à partir du 15e siècle, l'esclavage est massivement réintroduit, comme vous le savez.
02:01Réintroduit, je le précise, dans les empires coloniaux européens.
02:05La disparition régionale ne veut pas dire une rupture civilisationnelle.
02:10Deuxième argument.
02:11Les capitaux nécessaires à la construction des navires en aigriers.
02:15Oui, mais le capital historique n'est jamais une donnée abstraite.
02:19Il résulte de quoi ?
02:21De dynamiques structurelles bien précises.
02:23L'expansion commerciale.
02:25Les compétitions militaires européennes intenses.
02:28Le développement du crédit.
02:30L'accumulation de marchandises.
02:32Et par extension, les logiques impériales.
02:34Les navires transocéaniques ne sont pas une preuve autonome de richesse.
02:39Ils sont le produit d'un système économique, d'une expansion comme je l'ai dit,
02:43d'une militarisation permanente et d'investissement stratégique massif.
02:48Et surtout, la traite devient ensuite un moteur, un accélérateur majeur de cette accumulation.
02:55Le capital est dynamique.
02:56C'est le principe du capitalisme.
02:58Ici maintenant, précision méthodologique essentielle.
03:03Dire qu'ils construisaient des navires, donc qu'ils étaient déjà en avance,
03:07révèle d'une lecture téléologique qu'on pourrait qualifier de classique.
03:12Une technologie ne constitue jamais un indicateur global de développement.
03:17Les avancées sont sectorielles, les innovations sont surtout contextuelles
03:22et les dynamiques sont structurelles.
03:24Une capacité technique répond à des pressions précises.
03:28Je l'ai dit, militaire, donc guerre européenne, commerciale et impérialiste.
03:33Pas une naissance civilisationnelle.
03:34Autre point soulevé par rapport à la mondialisation.
03:37Je l'ai dit dans ma vidéo, oui l'Occident a mondialisé la traite.
03:40Et derrière, tu me réponds, mais avec la complexité des Africains.
03:44Voici une précision historique fondamentale.
03:46En histoire, on distingue toujours la structure du système
03:50et les acteurs qui y ont participé.
03:53La traite devient mondiale, pourquoi ?
03:55Parce que des puissances européennes organisent une architecture
03:58qu'on pourrait appeler intercontinentale.
04:01Route commerciale globale, logique océanique,
04:04système de crédit encore une fois,
04:06assurance maritime, marchés coloniaux.
04:08Et demandes plantationnaires massives.
04:11Déjà étudiées et faites sur les îles d'Afrique.
04:15C'est une dynamique systémique.
04:18La participation d'acteurs africains s'inscrit dans un système.
04:22Et pour être plus précis, à l'intérieur de ce système.
04:25Elle ne définit pas la structure en tant que telle.
04:28Participer à un système ne veut pas dire déterminer la dynamique globale.
04:32Sinon des personnes juives, pendant la Shoah,
04:35qui ont participé, auraient la même part de responsabilité.
04:37C'est pourquoi je mets un point d'honneur à faire une distinction essentielle en analyse historique.
04:42Maintenant, pourquoi ce n'est pas les mêmes trajectoires comme tu le demandes ?
04:46Comparer directement les trajectoires Afrique slash Europe
04:49repose sur une hypothèse problématique et beaucoup trop facile et essentialiste.
04:54réductrice, je dirais.
04:55La symétrie des contraintes historiques.
04:57Or, les structures ne sont pas symétriques.
05:00Nous parlons encore une fois de pressions géopolitiques différentes,
05:03de logiques impériales différentes,
05:05de dynamiques militaires différentes,
05:07et de contraintes économiques et sociétales différentes.
05:10Les trajectoires ne sont jamais comparables.
05:12Hors contexte, l'histoire analyse des configurations,
05:16pas des performances.
05:18Pour chuter, l'analyse historique ne hiérarchise pas les civilisations.
05:22Elle décrit des systèmes en place,
05:24des dynamiques,
05:26même des structures matérielles.
05:28Les écarts historiques ne sont jamais
05:31des indicateurs précis,
05:33ou plutôt, devrais-je dire, intrinsèques de la capacité.
05:36Ce sont des configurations.
05:38Et la précision historique change tout.

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