00:01RTL Matin
00:027h42 sur RTL, Langue Éco avec vous Pierre Herbulot.
00:05Alors qu'une étude nous a appris hier que 7 Français sur 10 n'avaient jamais réfléchi à leur succession,
00:11vous nous parlez d'un terme qu'on va beaucoup entendre dans les prochaines années,
00:14la grande transmission, c'est-à-dire cette somme inédite d'héritage que les notaires vont devoir gérer.
00:19Oui, c'est le défi du siècle pour les notaires,
00:21ils vont devoir gérer l'équivalent de 9000 milliards d'euros de patrimoine dans les années à venir,
00:26compte en banque, bien immobilier, part de société, actif financier.
00:29Et pourquoi autant d'argent ? D'où il sort ?
00:31C'est la conclusion d'un phénomène démographique dont vous avez tous entendu parler, le baby boom.
00:35Cette explosion des naissances après la Seconde Guerre mondiale,
00:38il devient en ce moment le papy boom et d'ici 2040,
00:41il entrera dans sa dernière phase qu'on appelle donc la grande transmission.
00:44On parle en fait de l'héritage de tous les Français.
00:46Exactement, à leur mort ou avant puisqu'on peut aussi transmettre de son vivant,
00:51d'ici 15 ans le nombre d'octogénaires aura pratiquement doublé.
00:54Et alors justement pour faire face, est-ce qu'ils sont assez nombreux les notaires ?
00:57Oui et c'est un coup de chance, ils sont aujourd'hui 17 000,
01:00c'est quasiment deux fois plus qu'il y a 10 ans grâce à la loi croissance et activité de
01:042015.
01:05Elle a permis l'ouverture de nouvelles études notariales.
01:07Je parle de coup de chance parce que ça n'était pas en prévision de ce qu'ils vont devoir
01:10affronter.
01:11Donc ils sont assez nombreux mais pourtant ils s'inquiètent quand même de l'afflux de ces dossiers qui s
01:15'annoncent,
01:16particulièrement à cause de leur complexité, c'est ça ?
01:18Oui, c'est ce que m'a dit Sophie Thiber-Bellamant, la présidente de la Chambre des notaires de Paris.
01:22D'abord la transmission n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était il y a 30 ans,
01:26mariage, enfant, décès.
01:27Aujourd'hui c'est plutôt mariage, enfant, divorce, remariage, reenfant, séparation, etc.
01:32Bref, la composition de la famille évolue comme le travail des notaires.
01:35Bon, et ce qui n'arrange rien Pierre, c'est ce que les notaires appellent l'extranéité.
01:40C'est bien ça, qu'est-ce que c'est ?
01:41C'est la dimension internationale d'une transmission, quand un héritier est à l'étranger,
01:46qu'un décès a lieu hors de nos frontières, qu'un des biens légués n'est pas en France.
01:49Aujourd'hui cette dimension qui fait appel aux droits internationaux et qui nécessite un travail plus approfondi
01:55concerne près d'un dossier sur trois, c'est du jamais vu.
01:58Et puis vous parliez de complexité, les héritages commencent aussi à changer de nature en fait.
02:02Tiens, comment lectons la crypto-monnaie ?
02:04Et surtout, techniquement, comment on accède au portefeuille numérique du défunt sans en avoir les codes ?
02:10Le droit s'écrit en ce moment sur ce sujet parce que Napoléon n'avait pas prévu les bitcoins dans
02:14son code civil.
02:15Bon, on a bien compris que ça allait être compliqué. Que demandent les notaires en fait ?
02:18Ils demandent l'impossible, un peu de stabilité fiscale, crainte partagée par un certain nombre de Français,
02:23puisque les rendez-vous pour transmettre de son vivant ont fortement progressé chez les notaires
02:29pendant l'interminable feuilleton du budget de l'État.
02:31La taxation des héritages a alimenté les débats et ce n'est pas terminé.
02:35Hier, deux députés ont publié un rapport de 300 pages sur le sujet.
02:38Il propose notamment de taxer les plus grosses transmissions.
02:41Mais là, aujourd'hui, les héritages, ils sont déjà taxés ?
02:44Oui, c'est assez compliqué. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que c'est un impôt progressif.
02:47L'État prend par enfant entre 5 et 45% de la somme transmise après un certain nombre d'abattements.
02:53Pour autant, le débat de la redistribution peut avoir du sens.
02:56Près d'un Français sur deux ne touche pas d'héritage.
02:57Bon, au final, alors que l'État cherche de l'argent, la crainte des notaires, en fait,
03:00c'est que l'État augmente les frais de succession.
03:01Oui, puisqu'il n'y a plus d'un euro dans les caisses.
03:04Après deux comités de suivi des finances publiques,
03:06Bercy a finalement fait machine arrière sur ses objectifs de réduction du déficit.
03:10On n'y arrivera pas.
03:11Alors, avec une manne de 9000 milliards d'euros qui se profile,
03:14trois fois la dette publique,
03:16difficile d'imaginer que l'État, plutôt glouton en matière d'imposition,
03:20ne bave pas devant une telle somme.
03:21Merci beaucoup, Pierre.