00:07— Question à Internet de Amine Gail Giraud. Pourriez-vous, s'il vous plaît, carlifier votre position concernant l'annulation
00:13de la dette des États ? Cela ne revient-il pas à donner quittus à tous ceux qui ont bénéficié
00:20de cette pyramide depuis 40 ans, à figer leurs privilèges sans jamais qu'ils aient à rembourser ?
00:27— Je comprends cette question. C'est une fausse... Donc je vais m'expliquer là-dessus. — Alors je la
00:33termine un peu. Toujours de Amine. Quid des gens qui ont travaillé dur, payé leurs impôts et remboursé leurs crédits
00:41? Quid de l'équité entre les bénéficiaires de cette dette et les gens ordinaires qui ont eu une vie
00:46simple alors que ce système... Alors hors de ce système, pardon. En un mot, à qui profite vraiment l'annulation
00:54de la dette ?
00:55— Bon. C'est une très bonne question. — C'est une très bonne question. Alors j'essaie d'expliquer
00:59un petit peu ça. Il faut comprendre effectivement que, un, il y a... Comment dire ça ? Vous et moi,
01:08qui ne sommes pas des banquiers,
01:10lorsque nous empruntons de la monnaie, nous sommes obligés de trimer dur pour la rembourser. Pourquoi ? Parce qu'il
01:16faut rembourser le capital. Il faut rembourser en plus les intérêts de l'emprunt.
01:20— Est-ce qu'on commence ou on rembourse d'abord les intérêts ? — On commence par rembourser les
01:24intérêts. Mais ça veut dire qu'in fine, il faut produire plus de valeur
01:27que ce qu'on a emprunté auprès du banquier puisqu'on doit lui rembourser davantage que ce qu'on lui
01:30a emprunté. Et c'est là que toute la question de cette personne
01:35est tout à fait légitime. C'est-à-dire qu'il y a des gens qui bossent... Moi le premier,
01:38vous aussi, tout le monde, qui bossent dur pour pouvoir rembourser leurs emprunts.
01:42Pour les banques, les choses ne sont pas du tout du même ordre parce qu'une banque peut créer de
01:45la monnaie ex nihilo et ça ne lui coûte rien.
01:49Et donc la grande différence, c'est que lorsqu'une banque elle-même emprunte, et les banques empruntent tous les
01:53jours,
01:54c'est pas du tout la même chose que pour un particulier qui, lui, doit travailler dur pour rembourser une
02:00banque.
02:00Alors, je réexplique un tout petit peu. Le système monétaire, dans un pays comme la France, il est construit à
02:07deux niveaux.
02:08Imaginez que vous avez le Mont-Olympe. En haut du Mont-Olympe, vous avez Zeus. Zeus, c'est la BCE.
02:13Et puis en bas du Mont-Olympe, vous avez les dieux. Les dieux, ce sont les banques.
02:16Et puis vous avez le reste de la plaine de la Grèce antique. Ça, c'est vous et moi.
02:21Atlas et Axis, c'est ça ?
02:22Voilà, par exemple. Alors, les dieux et Zeus, qui est le dieu des dieux,
02:27échangent entre eux avec une monnaie que ni vous ni moi n'avons jamais vue, qui s'appelle la monnaie
02:30Banque Centrale.
02:32Cette monnaie n'arrive jamais dans l'économie réelle.
02:34Donc elle n'arrivera jamais dans votre poche, elle n'arrivera jamais dans votre compte bancaire.
02:38Elle est piégée dans ce qu'on appelle le marché interbancaire,
02:40et elle sert à réguler les transactions entre les banques et avec la Banque Centrale Européenne.
02:44Donc lorsqu'on dit que la Banque Centrale Européenne imprime des milliers de milliards,
02:47en fait, c'est l'argent en monnaie Banque Centrale que crée la Banque Centrale Européenne.
02:51Ça ne lui coûte rien. C'est une pure opération d'écriture.
02:53Il faut un peu d'électricité pour faire fonctionner l'ordinateur.
02:55Et puis il faut payer quelqu'un qui tape sur un clavier. Mais c'est tout.
03:00Cet argent-là autorise les banques, donc les dieux du Mont-Olympe,
03:04à discuter avec les humbles mortels que nous sommes,
03:07qui nous n'avons pas le pouvoir de création monétaire,
03:09via par exemple de la création monétaire pour accorder un crédit.
03:13Donc lorsque je vais voir mon banquier,
03:15et que je lui demande un emprunt pour acheter par exemple un appartement,
03:19et ce qui fait que je vais devoir bosser dur toute ma vie pour rembourser mon emprunt,
03:23le banquier, qu'est-ce qu'il fait ?
03:24Il ne va pas voir dans les sous-sols de la banque s'il a suffisamment de billets de banque
03:28pour me prêter.
03:30Il va regarder si je suis solvable et si c'est intéressant pour lui de créer de la monnaie ex
03:35nihilo pour moi.
03:37Ça ne lui coûte rien.
03:38Et s'il me dit non, il dit non, ma bonne dame, je ne peux pas vous prêter parce que
03:41vous savez,
03:42les temps sont durs, la monnaie, on ne trouve pas ça sous le pan d'un cheval, etc.
03:45En fait, il me raconte des salades.
03:46Tout ce qu'il veut me dire, c'est qu'il ne veut pas me prêter parce que je ne
03:49suis pas un client intéressant pour lui.
03:50Soit qu'il estime que je ne sois pas solvable,
03:52soit qu'il estime que pour que je sois solvable,
03:54il va être obligé de me prêter à un taux d'intérêt qui ne l'intéresse pas.
03:58Ceci est un secret bien gardé.
04:00C'est-à-dire que j'ai donné pas mal de conférences grand public.
04:03Lorsque j'explique ça au grand public,
04:04que les gens comprennent qu'en réalité, leur banquier peut créer de la monnaie ex nihilo demain matin
04:09et donc regardent leur banquier avec un tout autre regard que celui qu'ils avaient précédemment.
04:14C'est une espèce de mythe qui est entretenu savamment dans l'opinion publique
04:18qui est que les banques ne sont pas des banques.
04:20Les banques sont des intermédiaires financiers qui vous prêtent de la main gauche
04:23qu'elles empruntent de la main droite.
04:24Ce n'est pas vrai.
04:25C'est comme ça que c'est formalisé dans les modèles standards des économistes
04:28où il n'y a pas de banque, où il n'y a que des intermédiaires financiers
04:31qui prêtent de la main gauche qu'ils empruntent de la main droite.
04:33Une banque, ça ne fonctionne pas du tout comme ça.
04:35Une banque, c'est une institution financière qui a reçu du roi le droit régalien de frapper monnaie
04:40et donc qui peut créer de la monnaie.
04:43Alors, une fois qu'on a compris ça...
04:45Qu'on n'a plus droit et qu'on est maintenant avec l'euro, c'est ça ?
04:48Pardon ?
04:48Qu'on n'a plus droit et qu'on est maintenant avec l'euro.
04:50Voilà, exactement.
04:51Le traité de Maastricht, qu'est-ce qu'il a fait ?
04:53C'est qu'il a supprimé des mains de l'État le pouvoir de création monétaire,
04:56qui était le droit régalien de frapper monnaie,
04:58pour le confier de manière exclusive à la Banque centrale européenne du côté public.
05:02Donc, du côté de la sphère publique, il ne reste plus qu'un seul acteur qui a droit de frapper
05:05monnaie,
05:05c'est la BCE, qui est réputée indépendante à l'égard des États.
05:09Et puis, du côté de la sphère privée, il ne reste plus que les banques privées
05:11qui peuvent créer de la monnaie.
05:12De sorte que les citoyens, vous et moi, on a été expropriés du pouvoir souverain de contrôle de la monnaie.
05:18Raison pour laquelle, par exemple, on voit dans la société civile l'émergence
05:22de toute une série de monnaies complémentaires, des monnaies locales.
05:25Dans la Creuse, par exemple, il y a des monnaies locales qui apparaissent.
05:27Et ça, ça traduit quoi ?
05:30Ça, ça traduit quoi ?
05:31Ça traduit la nécessité pour les communautés locales de se réapproprier le pouvoir monétaire.
05:36Et donc, de créer des monnaies locales qui vont pouvoir faire développer, faire prospérer
05:40pour les usages dont ils ont besoin aujourd'hui.
05:42Et par exemple, en Grèce, au moment de l'explosion de la crise grecque, entre 2010 et 2015,
05:47vous avez eu une explosion du nombre de monnaies locales en Grèce
05:50parce que les gens n'avaient plus d'accès à l'euro.
05:52L'euro était devenu une monnaie rare.
05:54Et donc, ils créaient des monnaies locales pour réussir à s'en sortir
05:57et continuer à avoir des transactions marchandes.
06:00Alors, maintenant, dans le mécanisme qui s'est mis en place de manière systématique
06:05à partir de 2015, mais qui avait déjà débuté précédemment,
06:08que se passe-t-il ?
06:09Lorsque l'État émet un titre de dette publique, donc il emprunte,
06:14pour financer les écoles à Guéret, la poste à la souterraine et le service public.
06:21— À Besançon.
06:23— À Besançon. Vieille-vielle espagnole.
06:27Qu'est-ce qu'il fait, l'État ?
06:28Donc il émet un titre. Ce titre, aujourd'hui, est racheté par les banques.
06:31Ça, c'est normal, puisque l'État n'a plus le droit, au moins depuis 1973-1975,
06:37de manière systématique depuis le traité de Maastricht,
06:39d'emprunter directement auprès de sa banque centrale.
06:43Jusque dans les années 70, on a reconstruit quand même la France en une génération,
06:46grâce au circuit de Bloch-Lenay, qui consistait en ceci,
06:50que le Trésor empruntait directement la Banque de France à taux nul,
06:53et en fait ne remboursait jamais sa dette, puisque la dette était roulée.
06:56C'est-à-dire qu'à chaque fois que le Trésor devait rembourser la Banque de France,
06:58et réempruntait à la Banque de France la somme qu'il lui devait.
07:01Et donc, il roulait à perpétuité la dette publique.
07:05Ce qui a permis de reconstruire la France en une génération.
07:07Ce système qui a très bien fonctionné donnait les coups des franches à l'État
07:11pour avoir une vision stratégique, lancer des grands projets,
07:15le projet nucléaire français, le TGV, Ariane, etc.
07:20Ces grands projets gaulliens, en fait, ont été financés grâce à ce système-là.
07:24Aujourd'hui, l'État français ne peut plus mettre en œuvre ce type de projet,
07:27parce qu'il a été corseté par une idéologie post-libérale
07:30qui veut réduire complètement le pouvoir de manœuvre de l'État
07:34en faveur du secteur privé
07:35et imposer la discipline de l'austérité budgétaire à l'État
07:39via le fait que l'État, aujourd'hui, est obligé d'emprunter sur les marchés financiers
07:44et donc de se plier au désidérata des marchés financiers
07:47pour avoir le droit d'emprunter, à taux non nul.
07:51Aujourd'hui, sur la dette française, il y a 60% de la dette française
07:54qui provient uniquement de l'accumulation des taux d'intérêt.
07:56Donc si on avait maintenu le système de bloc l'aîné,
07:59on aurait uniquement 40% de la dette française aujourd'hui.
08:02Donc c'est considérable.
08:04Alors, le système qui a été mis en place depuis 2015,
08:06c'est que l'État émet un titre de dette publique qui est acheté par une banque.
08:09Au moment où la banque achète ce titre de dette publique,
08:12elle prête à l'État français en créant de la monnaie.
08:16Ça ne coûte rien à la banque de faire ça.
08:18C'est une pure opération d'écriture.
08:19Donc il n'y a aucun ouvrier français qui a bossé dur pendant 40 ans
08:24pour que l'État puisse se financer.
08:26C'est ça qui n'apporte de comprendre.
08:28Et c'est là que la personne qui pose la question doit entendre ça.
08:31C'est-à-dire que le financement de la dette publique française
08:34ne se fait pas en faisant trimer un ouvrier.
08:38Ça se fait via le pouvoir de création monétaire des banques privées.
08:42Lorsque la banque ayant créé de la monnaie
08:44pour acheter le titre de dette publique français
08:46revend ce titre de dette publique à la BCE,
08:48la BCE à son tour crée de la monnaie.
08:50Mais cette fois-ci, elle crée de la monnaie banque centrale
08:52qui est dans la partie supérieure du mont Olympe.
08:55D'accord ?
08:56Cette monnaie banque centrale ne va jamais atterrir dans l'économie réelle,
08:59ne va jamais alimenter l'inflation
09:01et permet simplement de régler la transaction entre la BCE et la banque,
09:05admettons BNP Paribas.
09:06Au moment où la BCE rachète ce titre de dette publique,
09:10qu'est-ce qu'elle fait ?
09:10En fait, elle paye la dette.
09:12Donc la dette de l'État français, en réalité,
09:15elle a déjà été payée par la BCE
09:16au moment même où la BCE a racheté le titre de dette publique français
09:22auprès de BNP Paribas.
09:23Donc cette dette, elle a été payée par la BCE.
09:28Comment ?
09:28Grâce au pouvoir de création monétaire de la BCE.
09:30Donc d'une certaine manière, aujourd'hui,
09:32le créancier sur l'État français, c'est la BCE,
09:34puisque la BCE a racheté cette dette en la payant.
09:37Il est bien évident que si BNP Paribas pouvait espérer
09:41gagner davantage par le remboursement de la dette publique
09:45par l'État français,
09:46qu'en vendant ce titre à la BCE,
09:48elle ne vendrait pas la BCE.
09:50Donc en fait, le prix auquel la BCE rachète à BNP Paribas
09:54couvre largement ce que BNP Paribas pouvait espérer gagner
09:57du remboursement de la dette par l'État français.
10:28«BNP Paribas »
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