00:00Depuis le 18 février 2026, plusieurs réseaux sociaux demeurent frappés par une mesure de suspension au Gabon.
00:07Si les canaux institutionnels officiels semblent pour certains s'être conformés à cette restriction,
00:12la présence quotidienne de ministres, parlementaires, élus locaux et autres responsables publics sur les mêmes plateformes posent une sérieuse question
00:19de cohérence.
00:21Plus troublant encore des pages et comptes non officiels, mais presque exclusivement consacrées aux activités de certaines institutions ou personnalités
00:29publiques,
00:30continuent d'alimenter Facebook, TikTok ou encore WhatsApp.
00:33Face à cette situation, le silence de la haute autorité de la communication devient difficilement compréhensible.
00:39Une règle peut-elle durablement conserver son autorité lorsque ceux qui incarnent la puissance publique donnent eux-mêmes le sentiment
00:46de pouvoir s'en affranchir ?
00:48Près de six mois après la suspension des réseaux sociaux sont intervenus le 18 février 2026, la question mérite désormais
00:55d'être posée.
00:56Car si certaines pages institutionnelles, notamment celles de la présidence de la République et de plusieurs ministères, ont cessé leur
01:02publication,
01:03la mesure paraît beaucoup moins contraignante lorsqu'il s'agit des comptes personnels de responsables publics.
01:09Ministres, députés, sénateurs, maires ou responsables administratifs continuent en effet d'être visibles sur les plateformes concernées.
01:16Or, si le recours par des citoyens à des moyens techniques de contournement peut relever de comportements individuels,
01:22la situation devient institutionnellement plus problématique lorsque ceux qui participent à l'exercice de l'autorité publique
01:28semblent eux-mêmes contourner une restriction imposée à l'ensemble de la population.
01:33C'est précisément là que réside le problème.
01:35Une décision publique ne peut être durablement crédible que si elle s'applique de manière cohérente.
01:41Les responsables publics sont même, en principe, les premiers tenus d'en respecter l'esprit.
01:46À défaut, le message adressé aux citoyens devient pour le moins contradictoire.
01:50La question ne concerne d'ailleurs pas uniquement Facebook.
01:53TikTok et WhatsApp demeurent également des espaces où circulent contenus politiques, institutionnels et administratifs.
01:59Certaines personnalités publiques continuent d'y disposer d'une présence identifiable,
02:03directement ou par l'intermédiaire de canaux, qui relèvent systématiquement leurs activités.
02:09Le phénomène mérite d'autant plus l'attention que certaines pages,
02:12sans être officiellement présentées comme appartenant à une institution ou à une autorité,
02:17diffusent presque exclusivement leurs images.
02:20Déplacements, déclarations et activités, cette proximité éditoriale ne permet pas à elle seule
02:25d'établir qu'elles sont administrées ou alimentées par les personnalités concernées.
02:28Mais il suffit à poser la question de l'origine des contenus
02:31et d'un éventuel contournement indirect de la mesure.
02:35Il faut ici éviter toute accusation sans preuve.
02:38Une page consacrée à l'actualité d'un ministre ou d'une institution peut parfaitement être animée
02:42par des sympathisants ou des tierces indépendants.
02:45Mais lorsque des contenus institutionnels sont diffusés rapidement, régulièrement, voire quasi exclusivement
02:50par ces canaux, une clarification devient légitime.
02:53Qui administre ces pages ?
02:55Comment obtiennent-elles leur contenu ?
02:57Les services de communication des institutions leur transmettent-ils directement ?
03:01Photographie, vidéo ou communiqué ?
03:04Existe-t-il des consignes particulièrement permettant à certains responsables de poursuivre leur communication
03:08sur les plateformes pourtant suspendues ?
03:10Ces questions devraient précisément intéresser la Haute Autorité de la Communication,
03:14non pour présumer d'une infraction, mais pour garantir que la règle dont elle assure le respect
03:19ne soit pas perçue comme variable selon la qualité de celui qui l'enfreint.
03:23Car le problème devient aussi celui de l'autorité du régulateur.
03:26Si la suspension décidée depuis le 18 février demeure juridiquement et administrativement applicable,
03:32elle doit être respectée ou, à tout le moins, son périmètre doit être clairement expliqué.
03:37Une mesure ambiguë appliquée aux uns, mais apparemment tolérée chez les autres,
03:41finit inévitablement par perdre sa force.
03:44La HAC devrait donc clarifier publiquement plusieurs points.
03:47La mesure concerne-t-elle les seuls médias et comptes institutionnels ou l'ensemble des utilisateurs ?
03:53Les comptes personnels des autorités sont-ils concernés ?
03:56Le recours à des pages tierces pour relayer une communication institutionnelle est-il compatible avec la suspension ?
04:01Et surtout, quelles conséquences sont prévues en cas de contournement avéré ?
04:05A défaut de réponse, le sentiment d'une application à géométrie variable risque de s'installer.
04:10Au fond, le débat dépasse largement l'utilisation d'un VPN ou la possibilité technique d'accéder à Facebook, TikTok
04:17ou WhatsApp.
04:18Il touche à l'exemplarité de l'État et à l'égalité devant la décision publique.
04:22Lorsque l'État impose une restriction, ses représentants devraient être les premiers, ainsi conformés.
04:26Dans le cas contraire, comment demander aux citoyens de respecter une mesure que ministres, parlementaires, élus ou administrateurs publics donnent
04:34eux-mêmes l'impression de pouvoir contourner ?
04:36La situation appelle donc une clarification urgente.
04:39Soit la suspension du 18 février 2026 demeure nécessaire et doit être appliquée avec cohérence, y compris aux personnalités publiques
04:46concernées.
04:46Soit les conditions qui l'avaient justifiées ont évolué et il appartient aux autorités compétentes d'en tirer les conséquences.
04:54Maintenir une restriction tout en laissant prospérer son contournement visible par ceux-là même qui incarnent l'État ne peut
05:00qu'en affaiblir la portée.
05:01Et, à force de ne rien dire, la HAC risque moins de protéger l'autorité de sa décision que de
05:06contribuer elle-même à la banalisation de son non-respect.
05:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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