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Après un été marqué par les canicules et incendies, Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project est l'invité de France Inter.
France Inter, la radio généraliste du service public, vous propose chaque jour l'actualité, des débats de société, de l'humour et de grands entretiens. Retrouvez ici les meilleurs moments de nos émissions : interviews, chroniques et coups de gueule qui font l'identité de France Inter depuis plus de 60 ans.
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NewsTranscription
00:01France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, La Grande Matinale
00:0652 jours de vagues de chaleur cumulées depuis la mi-juin, au moins 7300 morts liées à cette série inédite
00:14de canicules.
00:15Plus de 100 000 hectares de forêts détruits par les incendies cette année au sortir d'un été infernal.
00:22On va prendre le temps ce matin de tirer les enseignements de ce qui nous arrive,
00:26de ces conséquences dramatiques du changement climatique avec l'un des experts les plus écoutés sur ces questions de climat
00:33et d'énergie.
00:34Bonjour Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant, fondateur et président du think tank de Shift Project.
00:40Merci d'être avec nous sur France Inter et j'appelle les auditeurs à vous poser leurs questions au 01
00:4745 24 7000, n'hésitez pas, ou bien sur l'application Radio France.
00:51Pour commencer, Jean-Marc Jancovici, comment est-ce que vous qualifiez ce qu'on a tous vécu cet été ?
00:58Alors, je vais donner des sentiments personnels parce que je n'ai pas fait un sondage auprès des 70 millions
01:05de Français.
01:05Non, non, c'est vous.
01:06Moi, je suis un peu triste, pas étonné malheureusement parce que ce qui s'est passé cet été est annoncé
01:12depuis des décennies.
01:15Donc, je comprends qu'il y ait un moment de sidération, un moment de colère, un moment d'angoisse, un
01:21moment de etc.
01:23Par contre, comme je l'avais déjà dit, le seul sentiment qui n'est pas de mise, c'est la
01:27surprise parce que ce qui se passe est malheureusement été écrit.
01:31Mais il n'y a pas eu d'accélération dans les scénarios anticipés ? On avait le sentiment, comme on
01:37nous parlait de 2050, qu'on avait finalement encore du temps devant nous ?
01:40Alors, au début des années 2000, je me rappelle avoir participé à une émission qui était passée en prime time
01:45sur France 2, je crois, qui s'appelait le Climaxion.
01:50Où déjà, on avait essayé un peu de secouer les gens sur les questions climatiques et on avait fait un
01:55bulletin météo fictif pour 2050.
01:58Et puis, on l'a ressorti il n'y a pas longtemps, ce bulletin météo fictif et en fait, il
02:03est déjà arrivé.
02:04Ben voilà, donc il y a eu une accélération finalement.
02:06Donc, ce qui avait été... Alors, on est dans la fourchette des possibles de ce qui avait été annoncé avant,
02:14mais on est plutôt dans le haut de la fourchette.
02:16Et en particulier, quelque chose qui évolue encore plus vite que ce qui avait été imaginé, c'est les événements
02:21extrêmes.
02:22C'est-à-dire que ce qui bouge de façon attendue, c'est la moyenne planétaire.
02:27Ce qui ne bouge pas de manière attendue, ce qui va, j'ai envie de dire, plus vite que ce
02:31qui était attendu, un peu plus vite, c'est les événements extrêmes.
02:34Oui, parce qu'il y a les températures, mais il y a effectivement ces événements, les feux de forêt, le
02:39fait que...
02:39Les feux de forêt, ça c'était écrit aussi.
02:41Non, mais dans des régions, dans des régions, Jean-Canvis, qu'on ne pensait pas tout à fait à même
02:45de brûler autant en région parisienne.
02:47Je vous ressors des cartes qui datent de début 2000. Enfin, je n'ai pas voulu sortir là parce qu
02:50'on est à la radio.
02:52Où vous aviez des projections sur l'inflammabilité des forêts, où en gros, à partir de la deuxième moitié du
02:57XXIe siècle, toute la France serait inflammable, comme l'arc méditerranéen au début, à la fin du XXe siècle.
03:05Donc ça, c'est malheureusement quelque chose aussi. C'est juste la vitesse où on peut se dire, ça arrive
03:09un peu plus tôt, un peu plus tard.
03:10Mais la tendance, elle était déjà écrite.
03:12Donc ça y est, on est dans le dur. Et vous comparez ce qu'on est en train de vivre
03:17à un deuil. Qu'est-ce qu'on est en train de perdre, Jean-Marc-Jean-Covici ?
03:21Je ne compare pas exactement. Je dis qu'il faudrait arriver à en faire son deuil. On est en train
03:25de perdre le climat du passé.
03:28Il faut rappeler un fait physique simple. C'est que le dioxyde de carbone, qui est le principal gaz à
03:33effet de serre qu'on met dans l'atmosphère, est une espèce qui est chimiquement stable une fois dans l
03:36'air.
03:37Donc une fois qu'on l'y a mis, il ne s'en va pas facilement.
03:39Donc si on ne veut pas qu'il y en ait trop, il ne faut juste pas en mettre.
03:41Et en fait, la conséquence de ça est assez terrible.
03:44C'est que tant qu'on rajoute du CO2 dans l'atmosphère, tant qu'on en rajoute, le climat continue
03:48à dériver.
03:49Or aujourd'hui, on n'en a jamais rajouté autant.
03:51Je veux dire, les émissions de l'année dernière sont les plus importantes historiquement.
03:57Et il faudrait arriver à ce qu'il n'y en ait plus du tout, zéro, pour que le climat
04:02arrête de se modifier.
04:04Et donc ça, ça ne va pas arriver demain matin.
04:05Donc le climat va continuer à dériver et malheureusement, la claque qu'on a prise cet été sera suivie par
04:10d'autres pire.
04:11Si on suit cette parabole que vous faites et la comparaison avec la situation de deuil, il y a les
04:17cinq étapes.
04:18Le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation.
04:21Ça, c'est les étapes traditionnelles du deuil.
04:22Vous avez le sentiment, quant à la situation climatique, on en est où ? On en est à quelle étape
04:26?
04:27On est quelque part entre le déni et la colère, pour l'essentiel d'entre nous.
04:31Donc le déni, c'est en fait, c'est comme s'il ne se passait rien.
04:36C'était un été particulier, ça reviendra à la normale.
04:38Regardez en ce moment, on est en pré-campagne électorale.
04:43Qui, parmi les candidats, met au centre de son programme le fait que le monde va changer ?
04:49Et qu'il y a un certain nombre de prouesses qu'on pouvait tenir dans l'ancien monde, qu'on
04:52ne pourra pas tenir dans le nouveau monde ?
04:54On va en parler de ça.
04:55Qui le fait ? Personne.
04:59Regardez dans les dirigeants économiques que vous recevez ici, qui dit, il y a eu des trajectoires qu'on a
05:05suivies dans l'ancien monde,
05:06on ne pourra pas les suivre dans le nouveau monde.
05:08Qui ? Très peu de gens.
05:10Donc en fait, on est tous dans une espèce de business as usual, où on se dit, en fait, c
05:15'est un mauvais moment à passer,
05:16on fait un peu le dos rond, on va rajouter trois clims ici, changer deux arbres là, et on va
05:21repartir comme avant.
05:22En fait, non. Et ce non, ça s'appelle faire son deuil.
05:25C'est-à-dire...
05:26Mais ça veut dire, Jean-Marc Jancovici, quand on a vu cet été notamment la colère des habitants du Porges,
05:30qui ont vu leur maison brûlée, on les a entendus pour certains huer le Premier ministre Sébastien Lecornu quand il
05:37s'est rendu sur place.
05:38Ça veut dire que ces situations, ces catastrophes, ces incendies, il faut s'habituer à ça.
05:44Là encore, je reprends la parabole du deuil, la dernière étape, c'est l'acceptation.
05:46Il faut se dire que l'été prochain, les étés qui vont suivre, ça arrivera de nouveau ?
05:50Alors, ce qu'il faut se dire, c'est que l'été prochain et les étés qui vont suivre, on
05:53va de nouveau avoir des températures très élevées,
05:55on va de nouveau avoir des épisodes de sécheresse prolongée, et il faut arriver à s'en accommoder.
06:01Alors, arriver à s'en accommoder, ça ne veut pas dire qu'on reste les bras ballants.
06:06Ça veut dire que ce qu'on va construire tient compte de ça, et qu'on accepte que c'est
06:11un élément, un élément nouveau du paysage,
06:14qu'il y a des choses qu'on va perdre. En France, par exemple, on sait très bien, on va
06:17perdre les épicéas en pleine.
06:19Voilà. On va perdre une partie des êtres. On va perdre une partie des sapins.
06:23Il y a une partie des espèces qui sont adaptées au climat qu'on avait au XXe siècle,
06:27qui ne seront pas adaptées au climat qu'on va avoir, qui ne sont déjà pas adaptées pour partie au
06:31climat actuel,
06:32et qui seront encore moins adaptées au climat. On va les perdre.
06:34Donc, il faut planter autre chose.
06:36Il faut planter autre chose.
06:37Sinon, la ferie va disparaître.
06:38En ce qui concerne les cours d'eau, il y en a un certain nombre. On va les perdre l
06:41'été.
06:42Donc, en fait, il faut arriver à accepter.
06:46Et aujourd'hui, on est encore, pour une large part, j'insiste, dans le déni.
06:50Alors, on est dans le déni parfois par ignorance.
06:53On est dans le déni, mais on reste dans une forme de déni.
06:57Et il n'y a que l'acceptation qui permet de repartir, comme pour un vrai deuil,
07:01qui permet de repartir sur d'autres bases.
07:02Enfin, accepter, donc ça veut dire ne pas penser qu'on va pouvoir inverser la tendance à une échéance brève.
07:08Non. Alors, surtout que le « on », c'est la planète dans son ensemble.
07:12C'est-à-dire qu'en fait, quand on regarde les sujets climatiques, il y a deux facettes.
07:17Il y a une facette qui est ce qu'on appelle l'atténuation, c'est-à-dire émettre moins.
07:20Et ça, c'est faire sa part pour que les émissions baissent dans le monde.
07:24Alors, souvent, il y a un argument qu'on oppose qui est « Ah, mais la France, c'est 1
07:26% des émissions.
07:27Venez pas nous faire suer. »
07:29Et qu'on commence par demander aux Chinois, aux Américains et aux Indiens de se modérer.
07:33Et puis, nous, on verra derrière.
07:34Alors, cet argument n'est pas faux.
07:36Sauf qu'à un moment, il faut bien que quelqu'un commence.
07:37Et je pense que la France est particulièrement bien placée pour commencer.
07:40Et par ailleurs, la France a plutôt de bons résultats sur cette question des émissions de gaz à effet de
07:46serre.
07:46Oui, mais pour partie à notre corps défendant, parce qu'il y a un deuxième élément dont on parle très
07:50peu,
07:50qui est que la France et l'Europe en général est depuis 2008, depuis 2006 même,
07:56dans une situation de décrue subie de son approvisionnement en hydrocarbures.
08:00C'est-à-dire qu'en fait, pour des raisons de pics de production mondiaux ou régionaux sur le gaz
08:04et le pétrole,
08:05la France aurait de toute façon, depuis 2008, de moins en moins de gaz et de pétrole.
08:11Et donc, il nous appartient de faire de cette contrainte,
08:14qu'on ne peut pas éviter non plus parce que les hydrocarbures sont épuisables, une opportunité.
08:18La France est un pays créatif.
08:21On est un pays inventif.
08:22On a inventé le système métrique.
08:23On a des très bons créateurs de mode, des très bons jardiniers, des très bons pâtissiers, des très bons ingénieurs,
08:27etc.
08:27Non, mais je ne plaisante pas.
08:29Servons-nous de nos atouts ?
08:30Ce que vous dites pour la France, là, est-ce que ce n'est pas valable en ce moment pour
08:33le monde entier
08:34avec la problématique du détroit d'Ormouz, la baisse de production du pétrole de 10%
08:38et une économie qui ne s'effondre pas ?
08:40Ça veut dire qu'on peut faire, on peut continuer à produire avec moins d'hydrocarbures ?
08:45C'est tout le paradoxe.
08:46C'est tout le paradoxe.
08:47Sur les 50 dernières années, l'économie mondiale a été très finement ajustée
08:51à la quantité totale de pétrole qu'on a consommé.
08:54Donc, il y a un truc que je n'ai pas encore compris, personnellement.
08:57C'est pourquoi, alors que depuis 6 mois, on a 10% de pétrole en moins dans le monde,
09:00l'économie semble ne pas porter la trace.
09:04Alors, je n'ai pas encore eu le temps de tout comprendre là-dedans.
09:08Il y a notamment la Chine, apparemment, qui avait des stocks très significatifs
09:11dans lesquels elle est capable de puiser.
09:14Attendons de voir.
09:16Il est possible qu'on soit entré dans une transition contre notre gré ?
09:21Attendons de voir. Pour le moment, je n'ai pas tout compris.
09:23Donc, attendons de voir.
09:25Jean-Marc Jokovici, on va parler bien sûr de la question du nucléaire
09:27puisque c'est une de vos spécialités et un de vos combats.
09:30Mais juste avant, puisque si on continue à faire le bilan de l'été,
09:33vous parliez tout à l'heure de la résonance du débat politique.
09:36Quand vous avez entendu, notamment sur cette question des feux de forêt,
09:39que le débat tournait autour, et parfois la polémique,
09:43autour de l'anticipation, autour du manque présumé de canadaires,
09:48quand vous avez entendu ça, est-ce que vous avez considéré
09:49que c'était la bonne façon de poser le problème ?
09:52Alors, c'est un élément parmi elles.
09:54C'est-à-dire que les canadaires, c'est utile pour éteindre les départs de feu
09:59assez rapidement.
10:00Donc, c'est très bien d'en avoir plus.
10:03Maintenant, il n'y a pas que ça à faire.
10:06Sur les feux de forêt, se pose la question des pare-feux,
10:11des lignes de coupe qui permettent d'éviter que le feu saute d'une parcelle à une autre,
10:15des espèces qu'on plante, du comportement des gens.
10:19Enfin bref, il y a tout un tas de trucs sur lesquels il faut jouer.
10:23Et les canadaires, c'est un élément parmi un certain nombre.
10:27Mais même question sur le...
10:28Parce qu'il y a effectivement l'atténuation pour faire en sorte de baisser les émissions de gaz à effet
10:32de serre
10:32et la question de l'adaptation.
10:34Tout le débat dont on a notamment beaucoup parlé dans ce studio avant l'été
10:38sur la climatisation, sur l'isolation des bâtiments.
10:42Est-ce que, là encore, vous avez trouvé que la classe politique, elle était à la hauteur sur cette problématique
10:47?
10:48D'une manière générale, le sentiment un peu sévère que j'ai sur la classe politique,
10:52c'est qu'ils sont toujours, eux aussi, dans une forme de déni.
10:56Et ils sont dans une forme de déni parce qu'accepter que le monde va changer
11:00et qu'à l'avenir, on n'aura plus fromage et dessert aussi facilement qu'on l'avait dans le
11:04passé,
11:04c'est quelque chose qui est difficilement compatible avec la démagogie
11:07dont Tocqueville rappelait que c'était un élément constitutif de la démocratie.
11:11Donc, c'est un exercice nouveau pour eux, pas simple.
11:16Je pense que ça va aussi être aux citoyens de trouver des moyens un peu nouveaux de les aider,
11:20mais c'est quelque chose qui n'est pas simple pour eux.
11:28Et si je parle de ma petite et modeste expérience de contact avec ces gens-là,
11:38globalement, c'est un sujet qui travaille peu.
11:40C'est-à-dire qu'ils ne bossent pas.
11:41Jean-Marc Jancovici, si vous attendez des politiques qu'ils fassent campagne,
11:44en expliquant, comme vous avez pu le faire, qu'il faut limiter à quelques vols en avion par an...
11:50Moi, je n'ai pas dit il faut.
11:51C'est votre consoeur qui m'avait demandé un calcul,
11:54que j'ai fait deux têtes à la volée au micro.
11:57Elle m'a dit, si l'aviation prenait sa part dans la diminution des émissions qu'il faut
12:01pour qu'on tienne les deux degrés, à combien de vols dans une vie on aurait droit ?
12:04Et donc, j'ai fait un petit calcul de tête et je lui ai dit quatre.
12:07Et je n'ai jamais fait cette proposition.
12:09Après, ce qui est sûr, c'est que j'ai souvent dit,
12:12ça fait partie des choses qu'il faut faire si on veut baisser les émissions,
12:15c'est qu'il faut modérer progressivement nos vols en avion.
12:17Ce n'est pas nécessairement la mort du petit cheval.
12:19Il y a des tas de moyens de voyager sans avion et d'être...
12:22Enfin, voilà, c'est encore une fois, dire je refuse de changer quoi que ce soit
12:27mes habitudes sur les vols en avion, on reste dans le registre du déni.
12:30Il faut qu'on ouvre le chapitre de la stratégie énergétique.
12:34On va passer par le standard avec Alice.
12:36Bonjour, bienvenue Alice.
12:39Oui, bonjour.
12:40Vous avez une question à poser à Jean-Marc Jankovici ?
12:42Oui, merci de prendre ma question.
12:45Je me demandais hier...
12:48Ah, alors on a perdu Alice.
12:49Alors, j'ai cru comprendre qu'Alice, elle voulait parler nucléaire
12:53et qu'elle voulait parler gestion de l'eau.
12:55Quand on voit, donc vous êtes spécialiste du nucléaire et partisan du nucléaire,
12:59quand on voit que le 12 août dernier, un cinquième du parc nucléaire français
13:03était indisponible pour raisons environnementales,
13:06entre la sécheresse, le réchauffement des cours d'eau, les méduses dans les cours d'eau,
13:11est-ce que c'est toujours la panacée, le nucléaire ?
13:14Est-ce qu'on va pouvoir...
13:15Mais aucune énergie n'est la panacée.
13:17Est-ce qu'avec les étés qu'on connaît désormais, on va y arriver ?
13:22Mais aucune énergie n'est la panacée.
13:25Donc, dans les raisons qui ont été évoquées,
13:28elles sont de nature assez différentes.
13:30Les méduses, c'est une gêne physique.
13:32Normalement, ce n'est pas toute l'année.
13:34Non, mais tout ça, c'est quand même le réchauffement du climat.
13:37C'est les méduses dans les cours d'eau, le niveau d'eau qui baisse.
13:39Les méduses, non, pas dans les cours d'eau, elles sont dans la mer, les méduses.
13:41Oui, non, mais enfin, c'est l'introduction de méduses là où elles ne devraient pas être, en l'occurrence.
13:47Oui, absolument.
13:47Voilà, la baisse des cours d'eau, le réchauffement des cours d'eau.
13:49Qu'est-ce qu'on fait avec tout ça ?
13:50Puisque ça, c'est inéluctable.
13:52Le réchauffement des cours d'eau, c'est la raison première, c'est la préservation de la biodiversité.
13:57C'est-à-dire qu'en fait, la centrale pourrait fonctionner,
14:00sauf qu'elle rejetterait à ce moment de l'eau à une température qui est supérieure à ce qu'on
14:04accepte aujourd'hui.
14:05Donc, c'est typiquement, c'est emblématique d'un dilemme qu'on a,
14:09qui est, on ne peut pas avoir le monde merveilleux,
14:11c'est-à-dire l'électricité et la préservation de la biodiversité.
14:13Qu'est-ce qu'on préfère ?
14:15Alors, il n'y a pas de vérité scientifique dans la réponse.
14:20En fait, ce qu'il faut bien voir, c'est que dans le réchauffement climatique,
14:23il y a une vérité scientifique dans les faits.
14:26Le CO2 absorbe les infrarouges terrestres, ça, c'est une vérité scientifique.
14:30Quand on en met plus dans l'atmosphère, la température monte, ça, c'est une vérité scientifique.
14:34Quand la température monte, on a plus de canicule et de sécheresse, ça, c'est une vérité scientifique.
14:38Dans qu'est-ce qu'on préfère abandonner ou comment est-ce qu'on préfère gérer nos renoncements,
14:43il n'y a pas de vérité scientifique, il n'y a que des choix collectifs.
14:46Et donc, organiser la façon d'arriver à ces choix collectifs de façon informée,
14:52ça, c'est quelque chose aussi, aujourd'hui, qu'on a du mal à faire.
14:55Et donc, la question, Jean-Marc Jankovici, que posait Florence,
14:57c'est celle de la compatibilité de la production d'énergie nucléaire avec le réchauffement climatique,
15:02qui va notamment se poser avec la construction de futurs réacteurs.
15:06Est-ce que, et là, on fait appel à l'ingénieur que vous êtes et défenseur du nucléaire,
15:09est-ce que ces futurs EPR, ils sont compatibles avec une progression des températures
15:14qui va encore plus vite que ce qui était anticipé ?
15:16Alors, je n'ai pas la réponse à votre question, parce que je n'ai pas les dossiers d'études.
15:22Alors, EDF annonce 8,7 milliards d'euros d'ici 2040 pour adapter ces centrales au changement climatique
15:27et promet que les futurs EPR seront dimensionnées pour résister aux canicules jusqu'en 2100.
15:32Oui.
15:32Est-ce qu'on est à la capacité de le vérifier ?
15:36Alors, il y a au moins une entité, normalement, qui est en capacité de le vérifier,
15:40c'est la SNR, dont ça sera le métier, enfin, dont ça sera le job, de vérifier que c'est
15:47bien le cas.
15:49Après, un élément de débat qui va être important, c'est se mettre d'accord sur le seuil maximal,
15:54c'est-à-dire qu'on est dans un monde, encore une fois, là, ce qu'on vient de vivre
15:57cet été
15:59montre bien qu'il y a une incertitude sur le seuil maximal.
16:01De température ?
16:02De température.
16:03Donc, est-ce que dimensionner jusqu'en 2100, ça veut dire être capable de résister à 50, à 55, à
16:0760, à 48,2 ?
16:08Ça, je ne sais pas.
16:09Ça veut dire, là, si on parle très concrètement pour la vie quotidienne,
16:12ça veut dire se préparer éventuellement à, dans le cadre de situations où il y aurait ces températures,
16:18à des délestages, à des coupures de courant organisées.
16:21Alors, on doit se préparer à plein de choses s'il y a ces températures.
16:24On doit se préparer à avoir une agriculture qui va énormément souffrir et à avoir moins à manger.
16:27On doit se préparer à avoir des forêts qui vont mourir, même si elles ne brûlent pas.
16:30On doit se préparer à avoir des cours d'eau qui sont beaucoup plus bas que ceux qu'on...
16:34Vous avez vu le problème avec le Rhin cet été.
16:37On doit se préparer à avoir des bâtiments qui se fissurent de façon beaucoup plus importante.
16:42Enfin, je veux dire, on doit se préparer pour partie à de la souffrance.
16:46C'est absolument évident.
16:48Et une des raisons pour lesquelles un certain nombre de gens comme moi ont milité depuis longtemps pour qu'on
16:52baisse nos émissions,
16:53pas qu'en France, dans le monde, c'est parce qu'on considérait que c'était un bon arbitrage
16:59que de faire des efforts maintenant pour s'éviter de la souffrance plus tard.
17:02C'est pas ce qui s'est passé.
17:03Là, on en aura les deux, en fait.
17:04C'est pas ce qui...
17:05Les efforts et la souffrance.
17:06Alors, c'est exactement ce vers quoi on se dirige.
17:08Parce que, comme les hydrocarbures sont épuisables,
17:11si c'est pas nous qui diminuons volontairement leur usage,
17:14à un moment, c'est l'épuisement géologique qui va nous forcer à le faire.
17:16Et à ce moment, on se retrouvera avec, de toute façon, moins de moyens
17:20dans un monde qu'on aura beaucoup plus déréglé.
17:23Bon, c'est pas une situation très enviable.
17:25Bon, on réveille sur France Inter.
17:27Non, mais c'est vers ça qu'on se dirige tout droit si on prend pas la situation après le
17:31corps.
17:31Alors, justement, on a Benoît, au standard d'Inter, qui nous appelle de Modane.
17:35Bonjour, bienvenue Benoît.
17:36Oui, bonjour.
17:37Alors, vous posez la grande question du moment, allez-y.
17:41Ben, écoutez, moi, je fais ma part.
17:43Je suis pas dans le déni depuis le rapport Mido.
17:45Je fais tous mes déplacements en ville, en vélo, 400 km par an.
17:49Les grands déplacements en train, 30 000 km par an.
17:52Le reste en voiture, c'est 1 400 km par an.
17:56Les randonnées, c'est en Haute-Maurienne, c'est super.
17:59Il y a plein de choses à découvrir.
18:00Donc, du côté de chez vous.
18:011 000 km par an, en vélo de course.
18:03Je prends plus l'avion depuis 2009 et je ne le prendrai plus jamais.
18:08Je ne mange plus de viande.
18:09Ah oui, mais Benoît est exemplaire.
18:11J'achète le minimum de vêtements.
18:14De bonne qualité.
18:16Et pourtant, j'ai calculé mon empreinte de gaz à effet de serre avec le système proposé par Jean-Marc.
18:236 tonnes d'équivalent CO2 par an.
18:25Alors qu'il faudrait que je sois à 2 tonnes.
18:284 tonnes échappent à ma zone de pouvoir.
18:322 tonnes par an à cause d'une chaudière, un pioule de chauffage collectif de mon logement.
18:37Et 2 tonnes par an liées à l'administration française, européenne et mondiale.
18:41Alors, j'ai fait ma part.
18:43Que faudrait-il faire sur le plan structurel au niveau politique français, européen et mondial pour changer réellement la donne
18:52?
18:52Il a fait plus que sa part là, Benoît.
18:55Et pourtant, ça ne suffit pas si on prend effectivement votre mode de calcul.
18:59Alors d'abord, la première chose, c'est que j'espère qu'il est heureux d'avoir fait sa part.
19:03Non, mais je ne plaisante pas.
19:05Parce qu'en fait, la transition, elle adviendra si elle est désirable.
19:08C'est ce que je disais tout à l'heure sur les choix collectifs.
19:10Un choix collectif, il est fait si on réussit à le rendre désirable.
19:14Donc en fait, il faut que ce que fait Benoît soit rendu désirable.
19:17Alors là, Haute-Maurienne, moi j'y vais aussi de temps en temps en vacances, en train.
19:21Il ne faut pas que ce soit désirable pour 50 millions de personnes quand même.
19:23Parce que sinon, il va y avoir trop de monde.
19:25Est-ce qu'on a encore Benoît pour lui demander s'il est heureux ?
19:28Benoît ?
19:29Moi, je suis là.
19:31Je suis très heureux.
19:33Je vis très bien.
19:35De façon ordinaire, mais très très bien.
19:39Voilà, donc c'est ça le but.
19:41En fait, c'est que ce genre de mode de vie,
19:43on ne le voit pas comme un truc casse-bonbon en se disant
19:46vraiment c'est la mort, mais en se disant au contraire
19:48ah c'est super, j'ai envie de faire pareil.
19:51Alors, qu'est-ce qu'il reste à changer dans le système politique ?
19:54Il a parlé du chauffage.
19:56Je ne sais pas qui est en charge du chauffage de son logement collectif,
20:00mais en fait, il y a des obligations à mettre
20:02pour que les chaudières à fioul et à gaz soient progressivement remplacées
20:04par des pompes à chaleur et éventuellement un peu de chauffage au bois
20:07et de l'isolation des bâtiments.
20:09Voilà, ça fait très longtemps qu'on en parle.
20:14On n'est pas dans le mouvement de masse qu'il faudrait avoir.
20:18En plus, on a eu du stop and go.
20:19Ma prime Redov, je la mets, je l'enlève, etc.
20:21Ce qui est la pire des choses à faire.
20:25En ce qui concerne la partie collective,
20:29donc les deux tonnes qui sont liées à l'administration,
20:31ça c'est l'État qui doit balayer devant sa porte.
20:33Enfin l'État, les collectivités locales, etc.
20:35Donc c'est l'isolation des hôpitaux,
20:40enfin c'est la décarbonation plus exactement,
20:41des hôpitaux, des écoles, des piscines, des commissariats,
20:45et qu'est-ce que je sais.
20:47Et enfin, il y a une partie qui est,
20:50même quand on ne mange pas de viande par exemple,
20:51il faut quand même faire pousser des végétaux, etc.
20:53L'agriculture aujourd'hui émet...
20:55Bon bref, donc il y a des choses à faire absolument partout.
20:59Et une partie, effectivement,
21:01c'est de la responsabilité collective,
21:02donc c'est de ce qu'on appelle la politique.
21:04Et la politique qui sera évidemment au cœur
21:06de cette année présidentielle et de cette année de campagne.
21:10Votre regard, Jean-Marc Jancovici,
21:11en l'État tout à l'heure,
21:12vous expliquiez qu'une partie des politiques,
21:14une bonne partie était encore dans cette phase de déni.
21:17Est-ce qu'il y a malgré tout un candidat,
21:19une candidate qui vous paraît comprendre un peu mieux les sujets ?
21:22On a beaucoup parlé de cette déclaration
21:24de la ministre de l'Écologie, Monique Barbu,
21:26qui considère que Jean-Luc Mélenchon
21:28est celui qui intègre le plus
21:30la question du climat dans son programme politique.
21:32Est-ce que vous avez le même constakel ?
21:34Est-ce que vous faites le même constakel ?
21:35Alors, je vais faire une réponse à deux niveaux.
21:37D'abord, je suis président d'une association
21:38qui s'appelle Apartisan, le Cif Project.
21:41Et donc, en tant que président d'une association Apartisan,
21:45je ne m'exprime pas sur la cote d'amour
21:48ou de désamour que je peux avoir
21:49pour tel ou tel personnage politique.
21:50C'est pour ça que je ne vous demande pas
21:51ce que vous pensez de X ou Y.
21:53C'est par rapport au sujet que vous portez
21:55sur le nucléaire,
21:55sur la question du réchauffement climatique.
21:57Qui a la meilleure grille de lecture ?
21:59Et la réponse, c'est que pour ça,
22:01il faut regarder la totalité
22:02de ce que les gens proposent.
22:04Quand un même parti propose
22:07le blocage du prix des carburants
22:09et...
22:10Vous parlez de la France Insoumise, oui.
22:11Ils ne sont pas les seuls.
22:13Sur le blocage des prix aussi, oui.
22:14Pardon ?
22:14Sur le blocage des prix,
22:15si d'autres proposent de baisser les taxes.
22:17Oui, non, mais ça revient au même.
22:18Je veux dire, voilà.
22:20La question, c'est où est la cohérence ?
22:22C'est-à-dire,
22:24de quel côté de la barrière sont-ils vraiment ?
22:27Et en fait,
22:27quand vous regardez bien
22:28les programmes des partis politiques,
22:30ce que je n'ai pas fait récemment,
22:31mais ce que j'ai fait
22:32lors de la dernière élection
22:34présidentielle et législative,
22:35vous trouvez des incohérences partout.
22:38Ce qui revient à dire
22:39ce que je disais tout à l'heure,
22:40c'est-à-dire qu'en fait,
22:41il n'y en a pas un
22:41qui est vraiment sorti du déni.
22:43Mais quand vous entendez
22:44Jean-Luc Mélenchon dire,
22:45par exemple,
22:45il faut des éco-régions,
22:46c'est sa nouvelle grande proposition.
22:49Très bien.
22:49Je ne sais pas ce que c'est
22:50qu'une éco-région pour lui,
22:51donc je n'ai pas de commentaire
22:52particulier à faire là-dessus.
22:53Vous savez,
22:54je suis un petit ingénieur de base,
22:55donc je sais avoir un avis
22:57quand je sais de quel objet on parle.
22:59Là, une éco-région.
23:00Un petit ingénieur de base
23:02qui a quand même l'ambition
23:03de contribuer au débat
23:05de cette campagne,
23:06d'y apporter sans doute
23:07des propositions.
23:08S'il y en avait,
23:09en deux mots,
23:10s'il y avait trois propositions
23:11majeures et urgentes
23:14à formuler ?
23:16C'est une question
23:17qu'on me pose souvent.
23:19Pardon de vous taquiner,
23:20la presse aime bien
23:21résoudre les problèmes compliqués.
23:22On est assez prévisibles,
23:23on est désolé.
23:24En plus,
23:25parce qu'il nous reste 20 secondes.
23:26En plus,
23:28quand vous voulez tout changer,
23:31il n'y a pas trois mesures
23:32où vous dites
23:33si on fait ça,
23:34on a fait le gros du boulot.
23:36En fait, malheureusement,
23:37ou plus exactement,
23:38il y a une mesure
23:39qui surplombe toutes les autres,
23:41c'est accepter l'idée
23:42qu'on est en train
23:43de changer de monde
23:44et que ce changement,
23:46on doit le retrouver
23:46absolument partout
23:47et qu'on parle
23:48de l'enseignement,
23:50de la justice,
23:51de la sécurité du pays,
23:53de la dette
23:54ou de l'isolation des bases,
23:56etc.,
23:56on va retrouver,
23:57en fait,
23:58des choses à changer
23:59absolument partout.
24:00Que donc,
24:00un bon candidat
24:01à l'élection présidentielle
24:01doit dire
24:02le climat,
24:02le réchauffement climatique,
24:03c'est ma priorité
24:04et ça doit être en surplomb
24:06de toutes les autres problématiques.
24:07Un bon candidat doit dire
24:08je ne propose rien
24:09qui fasse abstraction
24:10de la réalité physique du monde
24:11et pour le moment,
24:12ils ont quand même
24:12un peu trop tendance à le faire.
24:14Merci Jean-Marc Jancovici
24:16d'avoir été au micro
24:17de France Inter.
24:18Ce matin,
24:19on est allé plus loin
24:20dans la réflexion
24:21avec vous.