00:00Ce matin, vous nous parlez des patrons qui vont débattre aujourd'hui avec 7 candidats à l'élection présidentielle.
00:05Ce sera lors de l'université d'été du MEDEF.
00:07Mais pour vous, Étienne, ils auront beaucoup de mal à se faire entendre des politiques.
00:10C'est simple, ils ne pèsent plus.
00:12Ils n'ont jamais vraiment pesé, Céline, en France.
00:15Et d'abord pour des raisons politico-culturelles, historiques.
00:19La méfiance du catholicisme pour l'argent, vous savez, par opposition au protestantisme.
00:23L'héritage révolutionnaire français avec la haine des riches qui l'accompagne.
00:27Puis la prévalence du marxisme, plus forte qu'ailleurs en Europe.
00:31Tout cela se rejoignant, par exemple, chez François Mitterrand, qui disait que l'argent corrompt.
00:38Et oui, la gauche française est plus à gauche sur l'économie que la gauche espagnole ou la gauche allemande,
00:43par exemple.
00:43Mais la droite a aussi sa méfiance pour le monde de l'entreprise.
00:47C'est, vous savez, la fameuse tirade du général de Gaulle.
00:50La politique de la France ne se fait pas à la corbeille, c'est-à-dire à la bourse.
00:55Et puis il y a aussi un sujet de culture ou d'inculture économique.
00:59C'est la deuxième grande explication.
01:01La culture économique de qui ?
01:03Alors il y a des politiques.
01:05Philippe Aguillon, prix Nobel d'économie, a été auditionné l'an dernier à l'Assemblée nationale.
01:09Il est ressorti atterré, c'est son mot, par le niveau moyen des députés en économie.
01:14Mais c'est beaucoup plus global que ça.
01:16Vous savez, l'OCDE, il y a quelques années, a posé une question simple par sondage.
01:20Vous placez 100 euros à 2%.
01:23Combien avez-vous au bout d'un an ?
01:26Bon, ça fait 100 euros, je dis ça pour Louis Baudin.
01:30Mais 102 euros, pardon.
01:31Et bien, je me suis trompé.
01:33Seuls 51% des Français avaient la réponse contre 64% des Allemands et 76% des Irlandais.
01:40C'est terrible.
01:41La faute, en partie, à la faiblesse de l'enseignement de l'économie dans le secondaire en France,
01:45à des programmes peu centrés sur l'entreprise et dans lesquels on évoque plus souvent Marx ou Keynes,
01:50les deux nuances de l'économie politique de gauche que des questions de compétitivité ou de concurrence ou bien de
01:56marché.
01:57Et puis, il y a aussi des choses beaucoup plus concrètes.
02:00Et c'est mon dernier point, les retraites.
02:02Qu'est-ce qu'elles viennent faire là-dedans ?
02:05Vous savez, ça revient dans le débat, la retraite par capitalisation.
02:08Et c'est aussi un enjeu culturel.
02:11Quand vous avez une part de retraite par capitalisation,
02:15votre pension dépend directement des succès des entreprises et, osons les gros mots, de leurs profits.
02:21Cela change un tout petit peu le regard qu'on porte sur elles et l'écoute pour les patrons.
02:26Winston Churchill, dont le pays est pourtant historiquement beaucoup plus pro-business que la France,
02:30résumait bien la question, et je le cite,
02:32« Certains considèrent l'entreprise comme un tigre prédateur qu'il faut abattre,
02:38d'autres la voient comme une vache qu'ils peuvent traire.
02:40Seule une poignée voit ce qu'elle est réellement, le cheval qui tire toute la charrette. »
02:46Signé Gernel, Étienne Gernel, directeur du Point.
02:49À la une de votre journal cette semaine, un homme qui n'est pas à Roland-Garros,
02:53aujourd'hui, pour débattre avec les grands patrons,
02:54puisqu'il n'est pas candidat officiel à la présidentielle pour l'instant.
02:58C'est François Hollande, l'embusqué, si la situation l'exige.
03:02C'est la citation.