00:00Je ne sais pas ce que vous faisiez hier soir mais figurez-vous qu'hier soir il se passait
00:02quelque chose de grand, pas très loin d'ici, et c'est l'ami de la frange du lundi qui
00:07va nous le raconter, Christophe Conte, qui s'est très moussé hier et qui a bougé
00:11ses cheveux sur des rythmes qui durent depuis 40 ans.
00:15Très moussé, c'est un bien grand mot par contre vous, je vous ai vu.
00:18Oui, moi je me suis très moussée aussi.
00:20Et oui, donc je suis allé voir Cure au festival Rock en Seine, concert retransmis sur France
00:25Inter, et ce matin, regardez-moi, j'ai 15 ans.
00:28Oui, absolument, avec le t-shirt, The Cure, 17 seconds.
00:31Alors que Daniel Morin, qui n'était pas là parce qu'il n'aime que le Zoo Club, et non
00:35pas, je le cite, pas ces musiques qui donnent envie de crever comme un vieux pneu sur l'autoroute
00:41de l'indifférence humaine, le poète a beau être poète, il fait toujours son âge.
00:47Alors si on a 15 ans quand on écoute The Cure, c'est parce que ce groupe et son leader,
00:52Robert Smith, sont restés fidèles à ce territoire perdu qui est l'adolescence, un lieu à la fois
00:57honni et béni de la découverte de soi, de son identité, de ses tourments les plus
01:02darks et de l'euphorie d'en échapper par la musique.
01:05C'est beau comme du Christophe Comte.
01:07Merci Maïténa, ça me touche beaucoup.
01:09Mais si tu renvoies à l'adolescence, c'est parce que son origine elle-même remonte à
01:13un flash adolescent.
01:15Nous sommes le 6 juillet 1972 dans l'émission Top of the Pops.
01:20David Bowie interprète Starman dans son personnage de Ziggy Stardust.
01:26Alors c'est pas cette chanson-là, mais bon bref, il vient d'une autre planète, celle
01:30de l'acceptation d'un autre soi, plus flamboyant, bariolé et fluide, son identité de genre,
01:39brandissant son extravagance face à la normalité des adultes.
01:42Et derrière son poste de télé, il y a un jeune garçon de 13 ans, Robert Smith, qui
01:47dira s'être rué dans la chambre de sa sœur pour lui piquer son maquillage.
01:51Quelques années plus tard, protégé par cette armure cosmétique, il forme deux cures.
01:56Il chante Boys Don't Try, qui est une chanson sur l'injonction sociale imposée aux garçons
02:01de retenir leurs sentiments.
02:09Alors à cela s'ajoute cette fidélité à l'émoi originel de l'ado qui sent pousser
02:13en lui un monde étrange et qui va le transporter des décennies durant avec sa voix d'enfant
02:19chauve-souris qui vous tourne autour jusqu'au déséquilibre, comme ici.
02:27Et pour les ados qui ont connu ce vertige à l'époque et qui ne s'en sont jamais remis,
02:33The Cure, c'est aussi ça.
02:38Et oui, le générique des enfants du rock, une émission qui fut comme une bouée de
02:42sauvetage pour beaucoup d'entre nous à l'époque.
02:45Une émission créée par un homme au nom prédestiné.
02:48Vous l'avez vu, Maïténa ?
02:49Oui.
02:49Pierre Lescuor, évidemment.
02:51C'est drôle comme du Christophe Candidant.
02:53Oui, on lui dira.
02:54Plus sérieusement, je parlais de fidélité.
02:56C'est vraiment le maître mot de toute la vie de Robert Smith.
03:00Fidèle à son groupe, marié à la même femme, Marie, qu'il a rencontré à 14 ans, comme
03:04le maquillage.
03:05Fidèle à Crowley, sa ville du Sussex.
03:08Alors Xavier, Raphaël, on se calme, même si chacun sait que le meilleur album de Cure
03:13a pour nom pornographique.
03:15Et puis, bien sûr, il est resté Bob Smith, fidèle à lui-même.
03:19Ce qui est fou aussi, Christophe, et c'était vraiment pas tant hier, c'est que ça ne
03:23plaît pas qu'aux vieux.
03:23Et oui, la Gen Z adore Robert Smith, les ados qui ont vu l'amour ouf, évidemment,
03:29et la chanson aux forests.
03:30Olivia Rodrigo, qui reprend Cure, et Billie Eilish, qui fréquente les mêmes sables mouvants
03:35du spleen, vu comme un idéal.
03:37Alors, bilan, Robert Smith a 67 ans, il se maquille toujours, il est cette vieille poupée
03:42d'un Halloween éternel.
03:44Mais justement, ce qui fascine, c'est qu'il est ce doudou un peu débraillé, qui rassure
03:49et conforte, qui ramène encore et toujours à celui originel et protecteur de la
03:53adolescence, qu'on retrouve un continent perdu.
03:56D'ailleurs, le dernier album de Cure s'appelle Songs of the Lost World, et cette possible
04:01nostalgie qu'il apporte dans son nom de Cure, constitué une promesse, un remède.
04:07Oh, c'est beau quand on est amoureux d'un artiste, c'est beau.
04:10Je voulais savoir si Rossi écoutait...
04:12Si, bien sûr.
04:13Si, bien sûr.
04:14J'ai pas...
04:15J'ai pas...
04:15J'ai pas...
04:15J'ai pas...