- il y a 5 semaines
Retrouvez le replay de Signé Consigny sur BFMTV.
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00:00On va terminer maintenant avec le signé Consigny, Charles Consigny et Raquel Garrido,
00:04qui vont débattre de la question des arrêts maladies.
00:06Ça a un coût, les arrêts maladies ?
00:08Déjà, ça change au 1er septembre, c'est-à-dire demain.
00:11La durée va être davantage encadrée.
00:13Première prescription, maximum 31 jours.
00:16La prolongation, maximum 62 jours.
00:19Sauf qu'aujourd'hui, Edouard Philippe, dont on parle à l'instant,
00:23dit « Moi, si j'arrive à l'Elysée, pour les arrêts maladies, ce sera stop à l'open bar.
00:27»
00:27Le coût des arrêts maladies, 16 milliards d'euros.
00:29On va en parler maintenant, dans le signé Consigny.
00:31Bonsoir, Charles.
00:32Bonsoir.
00:34Je vais peut-être me mettre en maladie.
00:35Je suis peut-être en train d'attraper quelque chose.
00:37Vous savez que ce n'est pas bien d'aller malade au travail.
00:40Bonsoir, Raquel.
00:42Vous mettez en danger vos collègues.
00:43Tout le monde peut-être me tramasse.
00:44Bonsoir, Raquel Garrido.
00:45Si demain, j'ai cernu, attention.
00:47Alors, entre 2 et 4 % des arrêts maladies, aujourd'hui, sont prescrits en téléconsultation.
00:51Les syndicats de médecins estiment qu'aujourd'hui, ce sont les centres de soins,
00:56et non pas les médecins généralistes attitrés qui sont pourvoyeurs des arrêts maladies.
01:00Est-ce qu'il est temps de siffler la fin des arrêts maladies, Charles, et de dire stop aux abus
01:06?
01:06En tout cas, essayons de ne pas faire un débat caricatural entre le méchant employeur de droite
01:15et la gentille défenseur des opprimés de gauche.
01:21C'est le débat caricatural qu'on s'apprête à faire.
01:24On sera ravis si vous sortez de la caricature.
01:27Tout le monde applaudira.
01:28D'un côté, Zola, et de l'autre, Patrick Pouyenne.
01:32Donc, moi, je pense qu'on peut prendre ce sujet en essayant d'être assez pragmatique.
01:37On connaît tous des gens qui se mettent en arrêt maladie, mais qui ne sont pas malades.
01:43Tout le monde en connaît. Souvent, c'est sur fond de conflits avec leur employeur.
01:47Leur employeur les gonfle pour X raisons.
01:50Ils se mettent en arrêt maladie.
01:51Et puis, c'est incontestable.
01:53Moi, je pense que ça traduit...
01:55On connaît aussi, moi, je connais aussi beaucoup le cas de gens qui ont un petit coup de mou,
02:02se mettent en arrêt maladie, et puis, en fait, s'enfoncent dans l'arrêt maladie.
02:07Ça, c'est quand même aussi quelque chose qui existe,
02:09notamment pour des histoires de dépression, etc.
02:12On finit par isoler les gens au lieu de les sociabiliser.
02:16Bref, il y a plein de cas comme ça.
02:19Moi, je pense qu'on pourrait faire déjà une chose simple
02:21qui consisterait à ce que les arrêts maladie ne puissent être décernés
02:26que par un médecin agréé par la Sécurité sociale,
02:30spécialement chargé de ce travail-là.
02:32Parce que si vous allez voir votre copain
02:34ou votre médecin traitant qui vous aime bien,
02:37qui vous fait un papier,
02:38je trouve qu'il y a une difficulté parce qu'il y a des abus.
02:42En tout cas, on sait qu'il y a des abus.
02:44Et je termine par là.
02:45Moi, je pense qu'il y a un problème d'état d'esprit général en France
02:48par rapport au travail.
02:49Il y a une espèce de paranoïa qui s'installe par rapport au travail,
02:52une espèce de paresse, une espèce de refus de travailler.
02:55Et je pense qu'il faut que tout le monde se remette sur le pont,
02:58y compris les employeurs,
03:00en payant mieux les gens, en motivant mieux les gens.
03:02Mais on est en train de décrocher en France sur ce plan-là, je trouve.
03:07Je pense que vous avez fait preuve d'un peu de mesure,
03:10et je le salue.
03:11Et je pense que c'est vrai,
03:12c'est important de dire qu'il y a beaucoup de souffrance au travail
03:14et que c'est un sujet.
03:16Plus aujourd'hui qu'avant ?
03:17Apparemment, selon les études,
03:19il y aurait plus de souffrance au travail aujourd'hui qu'avant.
03:22Étonnant, ce sont beaucoup les jeunes
03:23qui se mettent aujourd'hui dans l'arrêt maladie,
03:25les cadres.
03:27Ce n'est pas forcément le vieillissement de la population
03:28qui explique la hausse des arrêts maladie.
03:30Si je peux me permettre un petit correctif du vocabulaire,
03:33on ne se met pas en arrêt maladie,
03:35on est mis en arrêt maladie,
03:37on est placé.
03:38C'est par des expressions qu'on entend souvent quand même.
03:39Oui, mais sauf que c'est bien ça la difficulté,
03:42c'est qu'en réalité,
03:43ce discours de la droite qui consiste à jeter la suspicion
03:46sur tout le corps médical,
03:48comme si les médecins étaient ravis
03:51finalement d'annoncer des choses fausses,
03:54parce que c'est leur métier,
03:56ils sont capables, eux c'est leur job,
03:58de dire si quelqu'un est en mesure de travailler ou pas,
04:00s'il doit y aller quand même,
04:01s'il ne doit pas y aller, etc.
04:03D'abord, l'argent.
04:05On cotise.
04:07On cotise pour justement...
04:09On cotise, on ne fait que ça de cotiser.
04:10Non mais on travaille, on cotise.
04:12C'est-à-dire que c'est aussi nous-mêmes,
04:14depuis l'idée même de mutualité,
04:16depuis l'idée même de couverture collective
04:19de ces aléas de la vie.
04:20On cotise, les employeurs cotisent,
04:22parce qu'ils ont besoin de pouvoir s'assurer
04:24que la main d'œuvre est en bonne santé, etc.
04:27Tout le monde y trouve son compte, c'est un système.
04:29On a une prévision face aux maladies professionnelles,
04:33face aux accidents du travail.
04:34C'est normal.
04:36Et ce qui ne va pas aussi,
04:37c'est un des symptômes de la situation actuelle,
04:39c'est quand les gens,
04:41de crainte de ne pas être suffisamment bien couverts
04:43en période de maladie,
04:45parce qu'il y a des dettes de carence par exemple,
04:47parce que de plus en plus on a mis en place
04:48des jours de carence qui ne sont pas payés par exemple,
04:51du coup vont travailler malades.
04:53Du coup, les gens vont travailler malades.
04:55Ça, c'est un problème.
04:56C'est un problème de santé publique,
04:58c'est un problème de qualité au travail,
04:59c'est un problème d'accidentologie au travail.
05:01Donc du point de vue financier,
05:03il faut avoir à mon avis une vision un peu globale.
05:05Ce qu'il faut, je suis d'accord avec vous,
05:07c'est tendre vers l'idée que les gens soient satisfaits
05:10d'aller au travail,
05:11qu'effectivement ça arrive de temps en temps,
05:13des virus, des bactéries, des accidents.
05:15Il faut essayer d'éviter que ce soit des accidents du travail,
05:17mais on va dire les accidents de la vie,
05:19ça arrive.
05:20Donc on est censé être collectivement unifié par rapport à ça.
05:23Pourquoi est-ce qu'Edouard Philippe parle d'open bar alors ?
05:26Parce que ça a augmenté.
05:28Selon les chiffres qu'on a, d'abord...
05:30C'est du fantasme.
05:30Effectivement, non mais Edouard Philippe...
05:31Les chiffres ont augmenté, ça n'est pas du fantasme.
05:33C'est la sécu qui le dit.
05:35Il parle d'open bar parce qu'il doit son match au centre-droit,
05:40au centre et à droite, disons,
05:41et donc il envoie un message.
05:43Voilà, là, c'est assez bien fait d'ailleurs,
05:46mais en quelques jours, il a fait un certain nombre d'annonces
05:49et envoyé un certain nombre de messages.
05:50Et le gouvernement lui-même a encadré davantage les AML.
05:53Oui, mais pourquoi le gouvernement le fait ?
05:55Parce que le corps nu prépare sa candidature.
05:57Il faut aussi ne pas...
05:58Ce que je veux dire, c'est que...
05:59Uniquement des effets de campagne.
06:00Non, non, mais moi je pense qu'ils ont raison sur le fond,
06:02mais je pense qu'Edouard Philippe dit ça
06:05parce qu'il est candidat et qu'il doit bétonner sa droite,
06:08et que le gouvernement annonce ça
06:10parce que le corps nu prépare sa candidature.
06:12Je pense qu'il faut être un peu exhaustif
06:14et voir ce qui anime ces gens-là.
06:16Mais toujours est-il qu'il ne s'appuie pas effectivement sur rien.
06:20Et d'ailleurs, moi ce que j'ai envie de leur dire,
06:23c'est, les gars, ça fait 10 ans que vous êtes là.
06:25En l'occurrence, les arrêts maladie, ça a augmenté de 50%
06:28depuis 2019.
06:30Bon, entre les arrêts maladie, le télétravail,
06:36les week-ends qui s'étirent,
06:40le chômage...
06:41Les gens n'ont plus envie de bosser, c'est ce que vous dites ?
06:43Moi, ce que je pense profondément, effectivement,
06:46c'est que les gens en France n'ont plus envie de bosser.
06:49Et ça, c'est un vrai problème par rapport à ce qui se passe
06:51dans d'autres pays plus dynamiques.
06:52Alors, ça dépend.
06:54C'est vrai qu'il y a de plus en plus de bullshit jobs,
06:57comme on les a qualifiés les anglo-saxons.
07:00Ce sont ces métiers qui sont dépourvus de sens.
07:02En fait, c'est un job qui est dépourvu de sens
07:05où finalement on se dit que ce qu'on fait ne sert à rien,
07:08n'a pas de sens.
07:09Donc on peut être un peu plus de sens maintenant quand on va travailler.
07:11On s'aperçoit que le système économique,
07:13allez, je vais utiliser le grand mot, le capitalisme,
07:15ne met pas l'argent là où il faut.
07:16Donc en fait, on paye des gens pour faire des choses
07:18qui ne servent finalement pas à grand-chose, voire qui nuisent.
07:21Et par contre, on ne met pas l'argent pour les boulots où c'est important.
07:24Je parle de la petite enfance, éducation.
07:26Ces gouvernements-là, par exemple,
07:28ont absolument saccagé la vocation de devenir prof.
07:31Il y a 20 ans, devenir prof, c'était une super vocation.
07:36Le point d'indice des fonctionnaires est gelé.
07:39Donc il n'y a pas d'augmentation des salaires des profs dans le pays.
07:42Vous verrez, le salaire des enseignants n'est peut-être pas suffisant,
07:44mais il est augmenté sous Macron.
07:45Oui, mais regardez, les juges ont été augmentés.
07:47Ils ont été augmentés de manière substantielle.
07:50Ils ont été augmentés quand même de 1 000 euros par personne et par mois.
07:54Si les profs pouvaient avoir ça, on serait...
07:56Mais bon, il y a beaucoup moins de juges que de profs.
07:58Juste pour reparler de l'arrêt maladie,
08:01la petite infographie qu'on a montrée tout à l'heure,
08:04pour savoir combien de temps on peut s'arrêter.
08:06Première prescription, maximum 31 jours.
08:09C'est beaucoup déjà, 31 jours.
08:11C'est très long.
08:12Effectivement, si on est...
08:13On fera la différence de celui qui est vraiment malade.
08:17Tout s'était au moins quelques fois en arrêt maladie.
08:18On n'a jamais été content.
08:1931 jours.
08:20Qui est de limiter le nombre de personnes
08:22qui sont susceptibles de donner...
08:24Non, prescrire un, oui.
08:25Ne marche pas.
08:26Ça créerait une espèce d'entonnoir bureaucratique.
08:29Téléconsultation, pas du tout.
08:30Puisque de toute façon, il faut 30...
08:32Vous ne pouvez prescrire que pour un mois.
08:34C'est déjà pas mal un mois.
08:36Oui, mais sauf qu'en attendant...
08:37Un mois d'arrêt de travail, c'est déjà pas mal.
08:38Il y a 30 millions de salariés dans ce pays.
08:39L'explosion des maladies correspond aussi
08:41au développement de la télémédecine.
08:44Beaucoup disent que c'est ça qui...
08:45La téléconsultation prescrit entre 2 et 4% des arrêts maladie.
08:49Non, mais ça correspond surtout à un truc que moi, je constate,
08:53y compris par exemple chez les avocats.
08:55C'est quand même contre-intuitif.
08:57Les avocats, on se dit, c'est un métier où on aime travailler, etc.
09:01Je rappelle que vous êtes avocat.
09:01D'ailleurs, parenthèse...
09:02Mais j'aime même l'être quand on est avocat.
09:04Non, mais d'abord, parenthèse, les indépendants,
09:07ils n'ont pas d'arrêt maladie.
09:08Quand vous êtes profession libérale...
09:10Ah si, on a 3 mois et au bout du 3ème mois,
09:1490ème jour, c'est la CNBF qui prend en charge l'arrêt.
09:18Vous voyez, je n'étais même pas au courant.
09:19Mais en l'occurrence, oui, mais donc...
09:21On a une prévoyance énorme.
09:22Oui, mais ce n'est pas du tout la même chose.
09:24On a, au-delà de 3 mois,
09:26quand ça fait 3 mois qu'on peut plus exercer,
09:28on paye tous les mois une cotisation sur la CNBF.
09:31Donc, c'est pas du tout la même chose que pour les salariés.
09:34Et ce qui vaut pour les avocats,
09:36vaut pour toutes les professions libérales,
09:37vaut pour tous les indépendants, pour les artisans.
09:39Quand vous êtes plombier à votre compte,
09:41je suis désolé, vous n'avez pas d'arrêt maladie.
09:43Quand vous êtes commerçant, vous n'avez pas d'arrêt maladie.
09:45Donc, il faut aussi voir ça.
09:47D'ailleurs, je serais curieux de voir les statistiques
09:49si on est plus malade en pratique
09:51chez les indépendants que chez les salariés.
09:53Vous avez la réponse.
09:54Voilà. Je crains qu'on soit, comme par hasard,
09:56un peu moins malade chez les indépendants.
09:57Est-ce qu'il faut mettre en place des jours de carence ?
09:59L'allongement des jours de carence,
10:02ça a déjà fait ses preuves.
10:04C'est-à-dire qu'on voit que c'est quelque chose
10:06qui fonctionne.
10:07Et moi, j'allais le dire, je suis très intéressé
10:11de voir comment résonnent un certain nombre
10:14de mes jeunes confrères, des jeunes avocats.
10:16Avant, quand on devenait avocat,
10:18on le faisait par passion pour le métier,
10:20en lui-même, indépendamment des revenus, etc.
10:23parce que très souvent, on ne gagne pas d'argent.
10:25Et on considérait que c'était un métier, en gros,
10:28dans lequel on ne compte pas ses heures,
10:30par définition, parce que la défense,
10:32parce que le confrère en face,
10:34si on est dans un litige, il ne compte pas ses heures,
10:35donc on ne doit pas compter les nôtres, etc.
10:37Vous êtes en train de dire que les jeunes veulent tout ça ?
10:39Mais les jeunes, pardon, ça fait un peu vieux con à dire,
10:41mais je suis abasourdi de voir comment ils comptent
10:46organiser leur employé d'or.
10:47Alors attention, il ne faut pas qu'ils finissent trop tard,
10:50il ne faut pas qu'ils travaillent le week-end,
10:52il faut bien qu'ils aient toutes leurs petites vacances,
10:54il ne faut surtout pas qu'on leur donne un dossier
10:56qui ne correspond pas strictement à leur domaine,
10:59parce que ça ne les intéresse pas,
11:00même si on leur explique que le dossier, potentiellement,
11:02va les aider à avoir des nouveaux clients,
11:05à découvrir une matière,
11:06ah non, non, non.
11:07Donc on a une nouvelle génération
11:08qui n'a pas envie de se tuer au travail.
11:10Je le dis franchement,
11:11je pense qu'on a une nouvelle génération,
11:12je sais que ça fait vieux con,
11:14mais j'assume,
11:14je trouve qu'on a une nouvelle génération
11:15un peu d'enfants gâtés,
11:16dans certains domaines,
11:17dans certains domaines,
11:19et qui est en train de tourner le dos au travail.
11:21Un peu féniasse.
11:22Oui, et je pense que ça ne leur rend pas service.
11:25Vous avez constaté cette nouvelle génération
11:26qui ne veut plus travailler comme travailler leurs parents ?
11:29Alors, je pense qu'il y a une frustration
11:31face à, des fois, l'absurdité de la tâche, en effet.
11:33Quand on est avocat, il n'y a pas ça.
11:35Alors, moins, plutôt moins, effectivement.
11:37Dans ce métier-là d'avocat,
11:39on peut trouver des choses très réjouissantes à faire.
11:43Mais ce n'est pas le cas de tous les métiers,
11:45et ce n'est pas le cas de tous les postes de travail.
11:47Et c'est vrai qu'aujourd'hui,
11:48je pense que quand on est jeune,
11:49on aimerait pouvoir avoir tous ces métiers.
11:51Je ne sais pas, le changement climatique, par exemple.
11:53À chaque fois, il y a des besoins,
11:54et le système économique ne satisfait pas les besoins.
11:57Il n'y a pas les boulots qui sont créés
11:59pour satisfaire à ces besoins-là.
12:01Donc, en fait, on se retrouve,
12:01pour des raisons alimentaires,
12:02parce qu'il faut bien vivre dans des jobs,
12:05qui sont dépourvus de sens.
12:08Donc, effectivement, on essaie de trouver le sens d'ailleurs.
12:10La famille, les amis, les loisirs, que sais-je,
12:13l'art, la culture, on essaie de trouver autre chose.
12:15Et c'est bien normal.
12:16Mais pardon, mais on a des médecins
12:18qui ne veulent plus travailler le week-end,
12:19c'est pourtant des métiers de vocation, de passion.
12:22Est-ce que peut-être qu'aujourd'hui, il y a moins de vocation ?
12:24C'est peut-être qu'en fait, on fait ces métiers-là,
12:26mais pas avec la vocation chevillée au corps,
12:29comme on l'avait fait avant.
12:30Mais peut-être qu'avec le numerus claudus,
12:32on a aussi, avec le numerus claudus chez les médecins,
12:34on a aussi peut-être épuisé totalement une génération,
12:37alors qu'il aurait fallu créer plus de postes de médecins,
12:39partager le travail pour que...
12:41Enfin, je veux dire, pour quel est l'intérêt,
12:42c'est que quelqu'un travaille 70 heures par semaine ?
12:44C'est une génération qui ne veut plus travailler,
12:46mais qui ne veut plus faire d'enfants non plus.
12:47Parce qu'on pourrait imaginer qu'ils voudraient consacrer
12:48plus de temps à la famille,
12:49mais comme ils n'auront pas d'enfants,
12:51qu'est-ce qu'ils vont faire de ce temps ?
12:52Ça en dilance sur le monde qu'on a laissé.
12:53Donc, il faut qu'on se...
12:54En fait, ils veulent des loisirs.
12:55Si vous voulez une certaine éthique professionnelle,
12:57moi, je crois à l'éthique professionnelle,
12:59c'est-à-dire l'idée que quand on est dans un contrat de travail,
13:02quand on est dans un lieu de travail,
13:04on se joue bien, quoi.
13:05Il y a une certaine éthique du travail.
13:07Après, il y a un autre sujet...
13:08Mais en même temps, il faut aussi que tout le monde
13:10y mette du sien dans le système.
13:11Ce qui devrait vous intéresser,
13:13c'est moi, je pense qu'en France,
13:15on a un énorme problème quand même sur les salaires.
13:18C'est-à-dire que j'entends très souvent
13:19chez les salariés une plainte sourde,
13:24quelque chose qui vraiment les exaspère,
13:26c'est qu'ils se sentent mal payés
13:28et surtout, ils se sentent injustement mal payés.
13:31C'est-à-dire qu'ils voient bien que la boîte
13:33dans laquelle ils travaillent fait des profits.
13:35Ils voient bien que le patron gagne bien sa vie,
13:38mais eux, ils plafonnent à des salaires.
13:41D'accord, mais quand les arrêts maladie
13:43sont en forte hausse chez les cadres,
13:44ce n'est pas les moins bien payés, les cadres,
13:46aujourd'hui.
13:48Pourquoi est-ce que c'est en forte hausse chez les cadres ?
13:50Mais ils ne sont pas toujours payés au juste prix
13:52de ce qu'ils abattent comme travail,
13:54ce n'est pas vrai.
13:55Donc ça démotive, c'est ça ?
13:55Même dans les banques,
13:56même dans des boîtes comme ça,
13:58il y a une tendance qui est naturelle,
14:00un peu dans le capitalisme,
14:02à devenir un système assez pyramidal.
14:04C'est un système de requins
14:05où par étage, vous avez le plus gros requin
14:07qui est tout en haut.
14:08– Charles Consigny vient de dire
14:10que le capitalisme était un système de requins.
14:13– Oui, mais donc…
14:14– Que voulez-vous ?
14:15– On nous le change, Consigny.
14:17– Moi, je trouve ce système légitime
14:23dans la mesure où, forcément,
14:25si vous bossez plus que les autres,
14:26que vous êtes un peu plus malin,
14:27vous êtes mieux payés.
14:28Très bien.
14:29Mais je crois que les boîtes doivent faire un effort.
14:31Et il y a deux moyens pour qu'elles fassent un effort.
14:33– Un, ça, ça ne va pas plaire à Raquel.
14:35C'est justement de moins payer
14:37tout ce qui est arrêt maladie,
14:39retraite, chômage, etc.
14:40– Pour mettre du monde au boulot.
14:40– Pour faire baisser les charges, premièrement.
14:43Et deuxièmement, c'est quand même
14:44que les boîtes fassent un effort
14:46pour mieux payer les gens.
14:47Et je suis désolé, je trouve que
14:48toutes les entreprises ne font pas le boulot.
14:51Et c'est un sujet qui devrait être
14:52dans le débat politique
14:53de manière beaucoup plus prégnante.
14:55– En fait, la souffrance au travail,
14:56elle coûte très cher.
14:57Elle coûte très cher en cotisation,
14:58elle coûte très cher en soins,
15:01en prise en charge.
15:02Et on peut faire des économies
15:04avec moins de souffrance au travail.
15:05Aujourd'hui, vous avez trop d'accidents du travail
15:07et pas seulement ceux liés aux psys.
15:10Vous avez encore,
15:11souvenez-vous, on en parlait l'année dernière,
15:14ces jeunes qui se tuent sur les chantiers, etc.
15:16Vous avez encore des morts au travail.
15:17Donc toutes ces choses-là, aujourd'hui,
15:19n'oublions jamais que si vous êtes
15:21sur votre lieu de travail,
15:22c'est parce qu'il y a quelqu'un
15:23qui va bénéficier, c'est-à-dire avoir
15:25des bénéfices grâce à votre travail,
15:27en tout cas pour ce qui est des métiers marchands.
15:29C'est comme ça,
15:30pas comme ça dans le service public,
15:31mais dans les métiers marchands.
15:32Vous-ci, vous êtes là,
15:33c'est parce que quelqu'un va s'enrichir
15:34grâce à votre travail.
15:35Et si, dans ce travail-là,
15:37dans ce contexte-là,
15:38vous prenez des risques
15:39pour votre santé,
15:40pour votre intégrité physique,
15:42la moindre des choses,
15:43c'est que ça s'appuie en charge
15:44par les caisses.
15:45Est-ce que ce n'est pas devenu
15:45un peu la facilité, quand même,
15:47aujourd'hui, dans les rapports au travail ?
15:48Ah, mon chef m'a mal parlé,
15:49je m'arrête trois jours.
15:50Bien sûr, mais ça aussi.
15:51Ou je monte à la DRH,
15:52vous comprenez,
15:53il m'a parlé comme ci,
15:54il m'a tutoyé,
15:55il m'a tutoyé,
15:56et puis bon,
15:56on se met en arrêt maladique
15:57quatre jours.
15:58Avant, on se mettait dans un coin,
16:00on réglait les problèmes comme ça,
16:01et on n'avait pas besoin
16:02de se mettre en arrêt maladie.
16:03Dans les nouvelles générations,
16:04on est rapidement offensés.
16:05C'est ça.
16:06Ah ben, moi,
16:07je peux en témoigner,
16:07Oui, mais on est rapidement offensants.
16:09Non, non, non.
16:11Les chefs ne sont plus vraiment chefs.
16:12Quand même, il y a des générations
16:13de fragiles aujourd'hui.
16:14Oui, mais j'ai peut-être titillé
16:17votre condition d'homme blanc du pouvoir.
16:19Ah, ça y est.
16:20Ah, ça faisait longtemps.
16:21Mais en fait,
16:22il y a des rapports de domination
16:24quand on est le patron d'un magistère.
16:26On a eu des petits chefs,
16:27on est d'accord.
16:27Quand on a la possibilité
16:29de vie ou de mort économique
16:31sur quelqu'un,
16:32eh bien, on a...
16:33Mais en France, ce n'est pas le cas,
16:33Raquel Garido.
16:34Donc en fait,
16:34cette domination
16:35qui est consubstantielle
16:36au contrat de travail,
16:38consubstantielle,
16:38elle a des résultats,
16:39elle a des conséquences.
16:40Elle n'a de droit de vie
16:41ou de mort économique
16:42sur qui que ce soit.
16:42Bien sûr que si.
16:43Si vous virez quelqu'un,
16:45cette personne ne pourra plus
16:46payer son loyer,
16:47ne pourra plus mettre...
16:48Ah oui, du jour au lendemain.
16:49En France, ça se fait comme ça.
16:50Bien sûr.
16:51En France, vous pouvez être viré
16:52du jour au lendemain
16:53sans solde, sans rien,
16:55sans indemnité,
16:56sans assurance de chômage,
16:57Très peu d'indemnités
16:57grâce aux lois Macron.
16:59Non, mais il y en a quand même.
17:00Je suis désolé.
17:01De moins en moins d'indemnités.
17:02Le système...
17:03C'est marrant parce que...
17:03Et souvent sans indemnité
17:04puisque pour avoir droit au chômage,
17:06il faut cotiser désormais
17:08beaucoup plus longtemps qu'avant.
17:09On dirait...
17:09À chaque fois,
17:13on dirait qu'on croirait...
17:14Si vous étiez aux Etats-Unis
17:15et que vous vous exprimiez
17:17là en anglais,
17:18je pourrais croire
17:19ce que vous dites.
17:19On a l'impression
17:20que vous vous battez politiquement
17:22dans un pays
17:22dans lequel il n'y a
17:23aucune soupape,
17:24aucune protection.
17:25Je suis désolé,
17:26ce n'est pas le cas.
17:26Il y en a de moins en moins
17:27parce qu'il y a des gens comme vous
17:28qui passent leur journée
17:29à plaider pour qu'il y ait
17:30de moins de soupapes
17:30et qu'est-ce que ça a donné ?
17:31Rien.
17:32Ça ne donne rien.
17:33Si vous enlevez des indemnités,
17:35ça crée zéro emploi.
17:36Ça crée zéro emploi.
17:37Ce que vous oubliez de dire,
17:40c'est que parmi les personnes
17:41qui ne travaillent pas
17:42dans ce pays,
17:43il y en a 50%
17:44qui ont zéro indemnité.
17:46Zéro.
17:46Zéro.
17:47Parmi les chômeurs.
17:48Mais zéro indemnité chômage.
17:49Ce n'est pas vrai
17:49parce qu'il y a tout le reste
17:50de l'État-providence
17:51et tout ce qui peut aller
17:52prendre aux prud'hommes.
17:53Donc ce que je dis est vrai,
17:55c'est zéro.
17:55Les prud'hommes,
17:55on le sait quand même.
17:56Moi, je l'ai expérimenté
17:57comme avocat.
17:58J'espère que vous avez compris
17:58qu'aux prud'hommes...
18:01C'est l'open bar
18:07Les lois ont fait baisser
18:08le chômage.
18:09Pas du tout.
18:09Les lois Macron,
18:10si, c'est son seul bilan.
18:12La preuve que non.
18:13Ça fait 10 ans que ça baisse.
18:14Ça reprend là
18:15parce qu'il y a un bordel
18:16indescriptif depuis la dissolution.
18:17Mais sinon,
18:18ça fait 10 ans que ça baisse.
18:19Essayons de réfléchir.
18:19Peut-être que comme si
18:20vous forcez les gens
18:21à rester dans des métiers
18:22où ils souffrent
18:23parce que précisément
18:24ils n'obtiendront pas
18:25les indemnités, etc.
18:27Eh bien, ça vous donne
18:27des situations
18:28comme on est en train
18:29d'analyser là.
18:30C'est-à-dire...
18:31Le gouvernement veut aussi
18:34supprimer les ruptures
18:37des façons d'arrêter
18:38un contrat de travail
18:39sans devoir passer
18:40par cette phase
18:41d'arrêt maladie.
18:42Mais qui coûte très cher
18:42à l'assurance-chômage.
18:44Mais en bout de course,
18:46si votre seule proposition
18:47c'est que les gens
18:48d'eussent rester
18:49dans des lieux de travail
18:50où ils souffrent...
18:51c'est qu'on gagne sa vie
18:52en travaillant.
18:53Vous gagnerez rien.
18:55Consigny 2027,
18:56gagner sa vie en travaillant.
18:57Gagner sa vie en travaillant.
18:58C'est tout bête.
18:58Ma proposition, c'est que le travail
19:00soit utile pour tous
19:01et que chacun s'y réalise pleinement.
19:03Merci Raquel Garrido.
19:05Merci Charles Consigny.