00:00Lors de l'édito politique, Patrick Cohen, l'ancien Premier ministre Edouard Balladur,
00:04disparu hier à 97 ans, nous laisse quelques leçons d'actualité.
00:09La première nous vient de la présidentielle de 95 et d'un échec à nul autre pareil.
00:13Elle nous dit qu'une élection n'est jamais jouée, qu'une bonne campagne peut tout renverser,
00:18quand une mauvaise peut plomber un favori.
00:20Edouard Balladur a pesé dans les sondages jusqu'à 20 points de plus que Jacques Chirac,
00:24son ami devenu rival.
00:26Il a fini deux points derrière.
00:28Aucun autre prétendant à l'Elysée n'a ainsi mordu la poussière
00:31après avoir été le vainqueur annoncé, courtisé, déjà couronné.
00:35L'homme qui a cru devenir président a titré un journal après la déroute.
00:40Trop sûr de lui, sans doute, trop sûr de gagner.
00:42Balladur fut jusqu'à la caricature et parfois suscitant ces caricatures,
00:47l'incarnation d'une droite gestionnaire et libérale, très libérale, européenne.
00:52Une droite de gouvernement d'apparence raisonnable, sans éclat, ennuyeuse mais rassurante.
00:57A qui les Français ont finalement préféré le plan voyant Chirac de la fracture sociale,
01:02pour avoir vu en lui un candidat de rupture, même si l'illusion s'est vite dissipée.
01:06L'art de gouverner n'est pas celui de battre campagne.
01:10De ce point de vue, le duel Chirac-Balladur restera dans l'histoire politique un cas d'école.
01:15Que retenir encore d'Edouard Balladur ?
01:16Dix ans de collaboration avec Georges Pompidou, jusqu'à la dernière année crépusculaire d'un président malade,
01:22où il tient la maison comme secrétaire général de l'Elysée.
01:25Une grande négociation sociale, les accords de Grenelle, dans la tourmente de mai 68.
01:30Un mot, la cohabitation qui l'invente et théorise, deux ans et demi avant que celle-ci ne survienne en
01:3686,
01:37comme le mode d'emploi d'une droite au pouvoir avec un président socialiste.
01:41Des privatisations à foison, banques et assurances, mais aussi celles de la première chaîne de télévision, TF1.
01:47La première réforme des retraites en 1993, qui fait passer de 37,5 à 40 les années de cotisation pour
01:53une retraite à taux plein.
01:56Une grande réforme constitutionnelle, issue de la commission Balladur, qui a fait entrer dans notre loi fondamentale,
02:02le défenseur des droits et la question prioritaire de constitutionnalité, QPC.
02:07Et aussi une voix qui s'élève et qui claque au soir de sa défaite pour stopper les huées de
02:12ses partisans contre Chirac.
02:14Je vous demande de vous arrêter.
02:1615 ans après cet échec, Edouard Balladur dira qu'il n'était pas fait pour ce rôle.
02:20Ou pas fait du moins pour la conquête.
02:22Dans un livre témoignage publié en 2009, le pouvoir ne se partage pas.
02:27Il admet ses défauts.
02:28Trop d'éloignement, trop de distance dans ses relations avec les autres, trop de pudeur.
02:32Avant de signer des pages cinglantes sur l'univers impitoyable qui avait été le sien.
02:37Tout l'art de la politique consiste à plaire afin d'être choisi, puis maintenu en place.
02:42Avant de parvenir au but, les politiques sont portés à croire tous les hommes capables de toutes les bassesses et
02:48à les mépriser.
02:49C'est l'un des dangers les plus graves de la politique.
02:51On y affiche une morale de surhomme auquel tout serait permis.
02:55On y cultive le sentiment d'appartenir à un clan au-dessus des lois ordinaires.
03:00Pour le coup, je ne voulais pas être de ceux-là.
03:03Ce pourrait être une épitaphe.
03:05Merci Patrick Cohen.