00:00Avec Jean-François Lazeau, le président de l'ANIA, l'Association Nationale des Industries Alimentaires.
00:05Vous rassemblez, bonjour, 32 syndicats métiers, 16 associations régionales représentatives et 22 200 entreprises alimentaires de France.
00:13On le rappelle, l'agroalimentaire, c'est le premier secteur économique français, le premier employeur industriel avec 520 000 salariés.
00:21Alors avec l'ANIA, vous avez donc un très bon panorama du secteur. Dans quel état est-il après 5
00:26canicules successives qui ont affecté 65% du territoire ?
00:29Alors 5 canicules et en même temps, je dirais, la guerre au Moyen-Orient qui impacte très fort aussi nos
00:37activités.
00:38Donc la canicule, elle a d'abord touché l'agriculture d'une manière générale, parce que la production agricole a
00:46été suivant les régions,
00:48suivant, je dirais, les sensibilités à la chaleur extrêmement pénalisantes.
00:53Et donc si ça touche les productions agricoles, ça touche évidemment les transformateurs.
00:57Puisque quand nous faisons des produits élaborés, de qualité, accessibles, nous subissons directement les baisses de production agricole,
01:06que ce soit les productions végétales ou les productions animales.
01:10Mais en même temps, les usines ont été fortement impactées, parce que les usines, elles utilisent de l'eau principalement,
01:17elles utilisent du froid et elles ont eu, pour certaines d'entre elles, des restrictions.
01:21Et même certaines d'entre elles ont dû fermer, ont dû arrêter leur activité provisoirement.
01:26En Bretagne, le groupe Alto, qui fabrique les chips Bretts, a duré de 40% effectivement, son volume, le volume
01:34de sa production.
01:34Mettre même sa production à l'arrêt total pendant 5 jours, pour prioriser l'eau pour l'hôpital.
01:40Idem pour la papeterie, PDM Industries, Sodial réutilise les eaux usées.
01:45Vous avez une estimation de la baisse de la production qui pourrait vous impacter ?
01:49Alors, la baisse de la production, comme je l'ai dit, elle suit un petit peu les productions agricoles, si
01:54vous voulez.
01:54Par exemple, les fruits et légumes sont très impactés par la canicule, les céréales, notamment les céréales à paille, le
02:04blé dur pour les pâtes.
02:06On va y avoir, bien entendu, des impacts très forts sur les récoltes d'automne.
02:11Je pense au maïs, principalement. Mais ça montre quand même qu'il y a un sujet essentiel qui n'est
02:16traité aujourd'hui que sur un plan agricole et qui, pour moi, est majeur.
02:21C'est le sujet de l'eau. L'eau, c'est l'économie d'un territoire. L'eau, c'est
02:25l'organisation du territoire. L'eau, c'est la biodiversité.
02:28L'eau, c'est un bien commun que nous devons préserver. Il ne s'agit pas de se battre pour
02:33savoir si on peut utiliser ou pas de l'eau.
02:35Il faut de l'eau pour la vie. Il faut de l'eau pour l'alimentation. Il faut de l
02:39'eau pour l'agriculture, pour les usines.
02:41Et moi, je pense qu'il faudrait un très grand plan eau, je dirais, d'une manière assez générale et
02:48non pas des sujets agricoles traités les uns derrière les autres, finalement, qui opposent les gens.
02:53Nous avons besoin d'eau pour l'alimentation, pour l'organisation du territoire, pour la biodiversité et finalement pour l
03:00'économie d'une manière générale.
03:01Il y a eu une grande loi d'urgence agricole qui a été décidée. Et puis, on attend de nouvelles
03:06mesures.
03:07Dany Gennevard, la ministre, demain et puis un plan de relance un petit peu plus tard.
03:12Il y a des choses qui ont été faites sur l'eau et notamment l'autorisation de retenue d'eau
03:15pour les agriculteurs.
03:17Ça ne va pas encore assez loin pour vous ?
03:19Moi, je dirais que le sujet, il est pris par le petit bout de la lorgnette.
03:22Il y a de bonnes intentions. Les agriculteurs ont besoin d'eau.
03:26Une tomate, c'est de l'eau. Un fruit, quel qu'il soit, c'est de l'eau. Une céréale,
03:30c'est de l'eau.
03:30Et donc, si nous voulons avoir des produits accessibles, des produits de qualité, c'est comme pour l'être humain.
03:37Il faut de l'eau. L'eau, comme elle est mal répartie à cause de l'évolution du changement climatique,
03:43à cause du réchauffement climatique.
03:45Il y a de l'eau, mais elle est très mal répartie.
03:47Il faut pouvoir mettre en place, moi, je dirais des grands stockages et non pas des espèces de retenues
03:54où on va sans arrêt pointer le doigt sur les agriculteurs.
03:58Des choses qui peuvent se faire au niveau régional, comme dans certains pays, je pense notamment à l'Espagne,
04:04pour affronter un peu ces périodes de forte chaleur qui, de toute façon, vont arriver année après année.
04:11Alors, ce n'est pas la peine de se dire qu'on va attendre dans cinq ans parce qu'il
04:14ne va rien se passer d'ici cinq ans.
04:15Il faut anticiper dès maintenant, je dirais, un vrai schéma structurel, un vrai schéma directeur,
04:21de façon à ce que nos activités fustelles agricoles, agroalimentaires, l'économie en général, les centrales,
04:29les usines d'une manière générale, puissent être alimentées pendant le printemps, pendant l'été, évidemment.
04:34Est-ce que c'est l'essentiel des revendications des 32 syndicats métiers que vous représentez ?
04:39Non, alors, il y a, et je l'ai dit au début, quand même, les conséquences et le continuum des
04:47impacts,
04:48parce que c'est un peu passé sous la ligne de flottaison, des impacts de la guerre en Iran,
04:54et d'ailleurs, on le voit encore aujourd'hui, avec les reprises des bombardements, l'augmentation du pétrole.
05:00Donc, autant d'impacts sur la logistique, sur le prix des plastiques, sur le prix des gaz que nous utilisons,
05:06je pense notamment au CO2 pour la chaîne du froid, que nous devons répercuter normalement,
05:13parce que ce sont, je dirais, des adaptations auprès de la distribution et donc auprès des distributeurs.
05:19Donc, nous allons redemander, nous demandons à la ministre et au ministre en général,
05:25à ce que, je dirais, la chaîne de la répercussion des prix justes puisse passer de façon...
05:30Donc, vous allez demander une hausse des prix lors des négociations ?
05:33On demande à ce que l'on puisse impacter normalement des hausses nécessaires.
05:37C'est à ce prix-là que l'économie, que les entreprises pourront continuer.
05:41Je voudrais rappeler que, pour la première fois cette année, dans l'agroalimentaire,
05:44nous avons fermé plus d'usines que nous avons ouvert d'usines.
05:49Ce n'est pas normal. Dans un pays comme la France,
05:51qui était le troisième pays exportateur de produits agricoles et agroalimentaires,
05:55il y a 15 ans, nous fermons plus d'usines aujourd'hui que nous en ouvrons.
06:00Quel genre de hausse ça va correspondre ?
06:03C'est de l'ordre pour le produit final, par exemple, pour le consommateur ?
06:07Alors, c'est une question qui est régulièrement posée.
06:10Je suis désolé, je ne veux pas botter en touche, mais la réponse est très difficile.
06:14Si vous avez, par exemple, une baisse de 20% de la production laitière,
06:18parce qu'il y a moins d'herbes, vous avez vu cet été,
06:22les pâtures étaient des paillasses.
06:24Donc, les animaux, il faut les nourrir avec d'autres compléments.
06:28Quelquefois, si on ne trouve pas les compléments,
06:29il y aura un impact sur la production laitière,
06:31donc un peu moins de lait.
06:33Donc, s'il y a un peu moins de lait, il y a un choix un peu des industriels.
06:36Donc, quelques centimes, oui, quelquefois, ça peut être ça.
06:39Ça va être un, deux ou trois centimes.
06:40Tout à l'heure, j'évoquais le blé dur.
06:42Le blé dur, on l'utilise pour faire des pâtes.
06:44Les pâtes alimentaires, ça peut être aussi un centime.
06:47Ça peut être le gars de la farine, de certains produits de la charcuterie.
06:51Mais il faut que les consommateurs, que les citoyens,
06:53je dirais que les politiques comprennent
06:55qu'il ne peut pas y avoir trois ou quatre canicules,
06:58comme on vient de l'avoir, sans impact réel
07:00sur la production agricole, donc sur les pré-agricoles
07:03et sur l'agroalimentaire d'une manière générale.
07:05Vous demandez à la grande distribution de faire un effort.
07:07Mais la grande distribution, je pense qu'elle fait des efforts.
07:10Je ne vais pas l'attaquer, pas du tout.
07:11Elle subit aussi ses chocs.
07:13Mais je pense qu'in fine, le consommateur,
07:16et si on ne veut pas que le consommateur paye trop,
07:18il faut que l'État fasse des réductions de charges.
07:21C'est un sujet d'actualité en ce moment.
07:23Mais plutôt que de dire le consommateur, le consommateur,
07:26si l'État était un peu moins gourmand,
07:27le consommateur aurait plus de marge de manœuvre
07:30pour acheter des produits agroalimentaires de qualité.
07:32Ça devrait faire partie des annonces d'Annie Gennevard,
07:34la ministre de l'Agriculture, demain.
07:36Merci à vous, Jean-François Loiseau,
07:38d'avoir été notre invité président de l'ANIA.
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