00:008h43 sur BFM Business RMC Live, face à le Chypre avec Edwige Chevrillon.
00:04Bonjour à tous les deux et merci d'être avec nous ce matin.
00:08Alors l'inflation a augmenté 3,3% en août sur un an dans la zone euro.
00:12Que va faire la BCE la semaine prochaine ?
00:14Elle qui a déjà relevé ses taux en juin.
00:16Les économistes s'attendent à une hausse d'un quart de point pour porter le principal taux directeur à 2
00:21,5%.
00:21Edwige Chevrillon, la BCE doit-elle relever ses taux ?
00:25Oui, j'ai envie de dire d'abord coucou, la revoilà, l'inflation est là.
00:29Donc on a exactement les mêmes ingrédients qu'en juin 2026, comme vous venez de le rappeler,
00:34où la BCE a augmenté son taux de 0,25%.
00:36Ce n'est pas pour rien que les analystes anticipent effectivement une hausse de taux de 60% à penser,
00:43qu'il y aura plus d'inflation et donc une hausse des taux de la BCE.
00:49Surtout lorsque vous voyez ce qui s'est passé là, avec une frappe américaine sur le pétrolier iranien,
00:54puisque ça entraîne évidemment une flambée de l'art noir.
00:57Donc tous les ingrédients sont exactement identiques, on risque d'avoir de nouveau une flambée des prix du pétrole.
01:04Si elle ne le fait pas, qu'est-ce qui va se passer ?
01:05À ce moment-là, on va se dire, les acteurs économiques, les entreprises vont se dire,
01:09au secours, il faut qu'on fasse quelque chose, donc on va commencer à anticiper une hausse des salaires
01:15et on va rentrer dans cette fameuse spirale inflationniste prix-salaire.
01:22Et c'est ça dans lequel il ne faut surtout pas rentrer.
01:24En plus, si la BCE n'augmente pas ses taux, qu'est-ce que vont dire les marchés financiers ?
01:29Ils vont dire, ah, elle n'a pas osé.
01:31Donc ça sera interprété comme un signe de faiblesse.
01:34Et donc ça, c'est dangereux parce que ça met en péril la crédibilité de la Banque Centrale Européenne.
01:39Il faut rappeler que son objectif d'inflation est par statut de 2%.
01:43Et puis en plus, surtout, on est quand même dans un environnement où la question se pose partout
01:48puisque c'est une inflation qui est liée largement aux tensions géopolitiques.
01:52Vous regardez ce qui se passe aux Etats-Unis.
01:55Le nouveau président de la Fed, Kevin Walsh, pose exactement la même question.
01:59Il se dit, il va falloir, l'inflation est de 4% aux Etats-Unis.
02:02Il va falloir que j'augmente sans doute les taux d'intérêt malgré le bras de fer qui le pose
02:07à Donald Trump.
02:07Donc je vois difficilement comment on pourrait échapper à une hausse des taux le 16 septembre prochain.
02:12Emmanuel, vous êtes convaincu par ce qu'a dit Edwige ?
02:15Je pense que c'est effectivement le raisonnement qu'on tient en partie à la BCE.
02:19Même si la BCE a quand même évolué.
02:21Je ne suis pas Christine Lagarde.
02:22Non, non, mais quand vous regardez ce qu'elle dit dans sa stratégie monétaire,
02:26elle dit, oui, on pourrait laisser passer des chocs temporaires d'offres
02:30afin d'éviter une volatilité inutile de l'activité et de l'emploi.
02:34Donc je trouve que déjà, par rapport à la bêtise de la forte hausse des taux de 2022,
02:38qui était quand même une énorme connerie,
02:40puisqu'il faut rappeler que c'est des chocs d'offres.
02:42Et sur des chocs d'offres, la Banque centrale européenne n'a aucun impact.
02:46Une banque centrale n'a pas d'impact sur un choc d'offres.
02:48Elle peut calmer la demande éventuellement pour éviter la surchauffe,
02:53mais elle n'a aucun impact.
02:55Donc là, si elle relève ses taux, zéro impact.
02:56Là où je suis d'accord avec Edwige, c'est qu'on a bien des perspectives inflationnistes
02:59pour l'automne, qui sont liées effectivement au prix...
03:02– Pas automne, il s'en veut plus.
03:03– De l'énergie.
03:04– Au prix de...
03:06– L'agriculture.
03:07– Du pétrole.
03:09– Aux difficultés, effectivement, de l'agriculture,
03:11qui font que les prix alimentaires, en gros, et l'énergie vont sans doute augmenter.
03:14Mais à part ça, on n'a aucun poste qui montre de signe d'accélération.
03:18Si vous regardez d'ailleurs...
03:19– Oui, on est quand même à 3-3, enfin 2-0 et 2-7.
03:22– Le chiffre de 3-3, hors énergie, vous êtes sur des niveaux qui sont...
03:27– Alors, l'économie sous-jacente, effectivement, elle est à 2-4,
03:30elle est quand même au-dessus des 2% de la BCE.
03:32– Oui, mais par exemple, les services sont la composante essentielle du prix baisse.
03:35Et c'est là où il n'y a pas du tout de risque de spirale prix-salaire.
03:39Ça, c'était un truc des années 70.
03:41On ne l'a même pas eu en 2022-2023.
03:43Ce qu'on avait vu en 2022-2023, c'était une spirale prix-salaire au contraire.
03:46– Oui, mais là, on est dans un environnement qui est complètement différent.
03:48On n'y est plus en 2022-2023, Emmanuel.
03:50– Sauf que là, qu'est-ce qui nous dit que, effectivement,
03:53la bouffée d'inflation va durer au-delà du début de l'année ?
03:56Non, et donc, vous risquez d'avoir...
03:57– Mais qu'est-ce qui vous dit que la guerre va s'arrêter au début de l'année ?
04:00– C'est vrai qu'on est quand même dans un conflit géopolitique assez...
04:02– Oui, mais encore une fois, il ne faut pas confondre un niveau élevé de certains prix
04:07avec une dynamique inflationniste
04:10où vous avez, finalement, des spirales et des mécaniques qui s'enclenchent.
04:14– Oui, mais il faut bien calmer.
04:16– Monter la hausse des prix.
04:17– Il faut bien calmer, justement.
04:17– Oui, mais c'est justement là où c'est stupide de monter les taux.
04:20– Non, parce qu'il faut baisser un peu la demande.
04:22– Mais non, vous avez déjà...
04:23– Donc, vous provoquez un deuxième effet négatif...
04:26– Récessif, oui, ça dépend 0,25, ça ne sera pas forcément...
04:29– Une hausse des prix de l'énergie, c'est une ponction sur la croissance et sur le pouvoir d
04:33'achat.
04:33– Et le pouvoir d'achat. – C'est très clair.
04:34Si vous augmentez les taux, vous avez une deuxième ponction sur la croissance et le pouvoir d'achat.
04:39Donc, vous avez une augmentation des taux qui ne résout pas votre problème d'approvisionnement en pétrole
04:44parce que, que je sache, la BCE n'a jamais produit le moindre baril de pétrole.
04:48Et donc, vous vous retrouvez avec une BCE qui va aggraver encore la situation économique.
04:54Donc, je n'ai pas l'impression que ce soit...
04:56– Oui, mais si il ne le fait pas, prenons le problème à l'inverse.
04:58Si il ne le fait pas, on voit bien qu'à ce moment-là, on sera dans une situation très
05:01complexe
05:03parce qu'on aura toujours cette inflation qui peut devenir quand même galopante.
05:07Et donc, in fine, il aura toujours un impact, même si je suis d'accord avec vous.
05:11– Parce qu'on sait que le pouvoir d'achat, c'est quand même la préoccupation numéro un des Français.
05:14– Mais évidemment, mais on le voit bien même avec le prix à la pompe.
05:17Donc, c'est un enjeu essentiel.
05:20Mais si vous maintenez cette inflation, si vous ne la jugulez pas,
05:26à ce moment-là, vous trouvez que ça va arriver.
05:27– En 2022, l'inflation, elle est repartie aussi vite qu'elle était arrivée.
05:31Et là, ce sera pareil.
05:32On ne peut plus aujourd'hui avoir des très forts mécanismes d'inflation.
05:37Mais 2022, le choc énergétique est beaucoup plus violent que ce qu'il est aujourd'hui.
05:41Notamment parce qu'on avait eu aussi des prix d'électricité
05:43qui avaient été très fortement impactés par la hausse du gaz,
05:45ce qui ne sera pas le cas cette fois-ci.
05:46– Là, il y a une hausse du gaz, on le voit.
05:48– Mais ce que vous nous dites, c'est que la BCE, en fait, est-ce que ça ?
05:50– Là, pour le coup, ce n'est pas qu'elle ne sert à rien.
05:53C'est qu'une hausse des taux serait quand même la décision la plus stupide
05:56qu'elle pourrait prendre.
05:58Puisqu'en plus, si jamais, quand on connaît les délais de transmission,
06:01on va se retrouver avec un choc inflationniste
06:03qui se sera sans doute atténué en début d'année
06:05et l'effet récessif de la hausse des taux qui arrivera à plein.
06:08Donc non, c'est vrai.
06:08Alors, elle augmentera ses taux si elle n'a retenu aucune des leçons du passé.
06:13Moi, je pense qu'il y a quelques éléments quand même
06:14qui montrent dans sa stratégie monétaire
06:16qu'elle est capable de laisser passer des chocs ponctuels comme ça
06:19sans mettre en danger la...
06:20– Et c'est pour ça qu'elle n'avait augmenté que de 0,25%.
06:23Là, on va voir ce qu'elle fait.
06:24Surtout, c'est que les autres banques centrales...
06:25– C'est le consensus, là, 0,25%.
06:27– Oui, il y a une espèce même de consensus au niveau des banques centrales.
06:30– Mais moi, ce qui m'inquiète, c'est que si vous mettez tout bout à bout,
06:34les prix de l'énergie, les prix agricoles,
06:36si vous mettez les taux d'intérêt à long terme qui sont beaucoup montés,
06:38vous avez un resserrement des conditions financières qui est quand même très fort.
06:42– Et là où c'est pareil, il y a un argument auquel je ne crois pas,
06:47qui est que la hausse des taux va calmer les anticipations d'inflation
06:50et faire baisser les taux longs.
06:51Non, les taux d'intérêt à long terme, aujourd'hui,
06:52les taux sur les dettes publiques, qui sont quand même les taux référents pour tous les temps...
06:56– Ils explosent, là, l'OAT est passé à 4,25 ce matin.
06:59– Ils explosent, mais pas pour des raisons qui sont liées à l'inflation.
07:01Ils explosent surtout pour des raisons qui sont liées à la dégradation des finances publiques.
07:05– Mais pas que, et aussi aux tensions géopolitiques.
07:08– 8h51, on ne vous mettra pas d'accord ce matin, c'est sûr.
07:11Merci Edwige Chevrillon.
07:12– On verra le 7 septembre, rendez-vous le 7 septembre.
07:14– Merci Emmanuel Lechypre.