00:04Je suis très émue toujours quand on parle de festival de Venise parce que mon premier film, nous l'avons
00:13tourné en plein Covid, on ne pouvait pas projeter un film et la première fois que le film a été
00:18projeté devant un public, c'était dans cette même salle ici.
00:22J'ai donc le sentiment que c'est ici que je suis née en tant que réalisatrice.
00:30De plus, je ressens encore très vivement la vulnérabilité, la terreur, mais aussi le frisson que cela procure que de
00:40projeter un film ici.
00:41Et je comprends parfaitement ce que ressentent ceux qui vont présenter leur film ici cette année.
00:47Je ne sais pas si Danny Boll lui-même ressent encore la même chose.
00:52Je ne sais pas.
00:59Alors bien entendu, on pourrait se demander, enfin on doit se demander, alors que le monde est en état d
01:06'urgence à bien des égards,
01:09se demander comment pouvons-nous être ici et parler cinéma, alors qu'aujourd'hui pour tant de gens, la seule
01:16question qui se pose, c'est quand est-ce qu'une bombe va me tomber dessus.
01:21J'en ai parlé tout à l'heure lors de la conférence de presse, mais pour moi, cela a quelque
01:26chose à voir avec l'empathie.
01:28L'empathie, elle peut être décrite comme une sorte de sympathie intérieure, ou j'aime plutôt cette définition, un sentiment
01:36de solidarité.
01:38Edward Titchener, qui était le premier à traduire le mot empathie en anglais, disait qu'il ne s'agissait pas
01:42seulement d'observer quelque chose avec sympathie,
01:45mais de le ressentir et d'en nourrir les muscles de l'esprit.
01:50Alors comment on exerce ces muscles de l'esprit ?
01:54Je pense que le cinéma nous permet de le faire.
01:56Quand je vais au cinéma, ce qui m'intéresse n'est pas la perfection, aussi séduisante soit-elle.
02:02Mes films favoris sont ceux où un cinéaste m'invite de manière imparfaite aussi dans son esprit, dans celui de
02:10ses collaborateurs,
02:11et me laisse jeter un coup d'œil aux alentours.
02:13Ce qui m'intéresse, c'est d'entrer en interaction avec quelque chose d'humain,
02:18même si cet être humain a une expérience ou un point de vue très différent du mien.
02:24Je ne suis pas de celle non plus qui pense que l'art ne peut porter que sur certaines choses,
02:30ni être créé que par certaines personnes.
02:32Je veux tout. Je veux être bouleversée. Je veux être secouée.
02:35Je veux que mon esprit soit transformé.
02:39Lorsque nous racontons des histoires, même celles mettant en scène les personnages les plus pervertis,
02:44cela nous permet de faire preuve d'empathie face à la corruption, à la perversité qui nous entoure.
02:51Et même, et c'est ce qui est le plus effrayant,
02:53celles qui sont en nous.
02:55Je ne sais pas ce que vous, vous en pensez,
02:57mais c'est par la grâce de Dieu que je ne suis pas à leur place.
03:01Que cela nous plaise ou non, nous sommes tous dans le même bateau,
03:04les gentils, les méchants, les courageux, les terrifiés.
03:08En général, il y a un peu de tout cela en chacun de nous.
03:12Le cœur humain en conflit avec lui-même,
03:15comme le disait William Faulkner.
03:21Et qu'est-ce qu'il y a de mieux que d'être installé avec des gens courageux,
03:28des gens que l'on aime bien, dans l'obscurité,
03:31et regarder un film qui vous transforme.
03:36Je reviens toujours à E.M. Forster et à son précepte très simple.
03:43Il suffit de créer des liens.
03:44Et c'est bien plus difficile qu'il n'y paraît.
03:47Et c'est ce que j'espère faire tant que je suis ici.
03:50Et c'est ce que j'espère que nous avons un film together.