00:00Jean-Claude Voisin, historien et rédacteur en chef du magazine Paris-Téhéran.
00:05Bonjour Jean-Claude Voisin.
00:06Bonjour.
00:07Merci d'être avec nous aujourd'hui sur le plateau d'RT France.
00:11Alors on l'a vu, l'Iran a reconnu ce matin son erreur.
00:14Première question tout simplement, pourquoi maintenant ?
00:17Pourquoi aujourd'hui, trois jours après le crash ?
00:20Oui, je pense que vous savez, dans les coulisses de la politique,
00:25tout doit être mesuré, calculé.
00:28Et je pense que les preuves s'additionnant ont fait que le gouvernement a dû admettre l'erreur.
00:41C'était sûrement pas une chose facile à faire que d'admettre cette erreur,
00:47même si on est dans un contexte, on va dire, quasiment de guerre,
00:51parce que la tension, vous savez, est extrême.
00:54Et moi, je le vois avec les familles avec lesquelles je suis en contact en permanence.
01:00Il y a une psychose actuellement de guerre ou de risque de guerre qui fait que je pense,
01:08voilà, un, d'une part, les opérateurs militaires ont dû paniquer.
01:15Et c'est comme ça que l'erreur s'est produite.
01:17Et puis le gouvernement, ne sachant peut-être pas aussi comment il allait retomber sur ses pieds
01:23vis-à-vis de l'opinion publique et vis-à-vis des Iraniens,
01:27parce que il y a quand même ces citoyens dits canadiens sont aussi des Iraniens.
01:34Donc le gouvernement, voilà, devait reconnaître qu'il avait tué,
01:39peut-être par maladresse, par erreur, par une erreur humaine, ses propres concitoyens aussi.
01:45Donc c'était sûrement pas facile, vous voyez, à déclarer le fait, quoi.
01:51Est-ce que justement ce silence de plusieurs jours aurait pu être dangereux,
01:55une stratégie de communication assez compliquée qui aurait permis de spéculer un peu ?
02:01Oui, enfin vous savez, vous le voyez au niveau de l'actualité,
02:06depuis maintenant surtout le retrait des unilatérales des Américains de l'accord sur le nucléaire,
02:13on voit bien que c'est une guerre de communication qui s'est établie entre d'une part les Occidentaux,
02:21en particulier Grande-Bretagne, Canada, Amérique, et puis l'Iran.
02:27Et donc c'est une surenchère à chaque fois de poker menteur,
02:31chacun essayant de détruire l'autre d'une certaine façon par une communication
02:39qu'on ne peut pas vérifier, ni d'un côté ni de l'autre,
02:42mais qui est là pour semer le trouble dans les esprits de tout le monde, quoi.
02:46Alors on l'a dit, la situation est extrêmement tendue en ce moment,
02:51cet accident malheureux intervient justement dans ce contexte.
02:55Comment l'expliquer, tout simplement ?
02:57Oui, alors comment l'expliquer ?
02:59Moi, je ne suis pas au commande du haut commandement militaire iranien,
03:05mais moi je peux le comprendre quand je vois, je vous l'ai dit,
03:10la tension qui existe, notamment qui existait il y a deux jours,
03:14et il y a trois jours, à la suite de l'assassinat du général Soleimani,
03:20la riposte mesurée des Iraniens, mais les interventions que j'ai eues sur WhatsApp ou Skype
03:28avec la famille, ma belle famille iranienne qui est en Iran,
03:34mes beaux-frères étaient paniqués, ils avaient le moral au fond des chaussures, comme l'on dit,
03:42et ils prévoyaient la guerre, quoi.
03:44Ils se sont dit, il va y avoir de nouveau une surenchère, une riposte américaine,
03:49et je pense que cette tension que moi j'ai sentie au plan familial,
03:53elle a dû se retransmettre, y compris parmi les militaires, ainsi de suite.
04:00Et donc, voyant passer à proximité de cette base stratégique
04:04qui est pas loin de l'aéroport international de Téhéran,
04:08sûrement qu'un des opérateurs, un des officiers, est-ce que, voilà, pris de panique, j'allais dire,
04:14il a appuyé au moment où il fallait pas, enfin.
04:17Mais je voudrais ajouter quelque chose qui est assez étonnant,
04:21alors c'est une coïncidence, mais j'ai vécu ça au Liban,
04:25ça s'est produit aussi à la fin de la guerre Iran-Irak,
04:29qu'il y a souvent un événement fâcheux sur des civils
04:36qui, j'allais dire peut-être de manière positive,
04:42généralement ouvrent des discussions et stoppent MF1 à un conflit qui dure.
04:48Je ne sais pas ce qui va se passer aujourd'hui,
04:51mais c'est quand même étonnant cette similitude.
04:55C'est justement la dernière question que je voulais vous poser,
04:59les conséquences de ce revirement de situation.
05:02Tout à fait.
05:03Peut-être un côté positif.
05:05Alors écoutez, moi, vous voyez, tout de suite...
05:08Tu peux dire ça comme ça ?
05:09Oui, avec mon épouse.
05:10Oui, nous avons tout de suite pensé à ça.
05:15La guerre Iran-Irak s'est arrêtée suite à l'attaque par un missile américain
05:24d'un avion iranien.
05:27Et donc ça a fait pareil 180 victimes.
05:30Et c'est ça, le point de départ des négociations
05:33pour mettre fin à la guerre Iran-Irak.
05:35Moi, j'étais au Liban quand l'occupation israélienne a cessé.
05:41Elle a cessé le lendemain d'un obus, là aussi, d'un missile qui se serait perdu
05:49et qui est tombé sur une école dans le sud du Liban
05:54et qui avait fait plus d'une centaine d'enfants...
05:58Enfin, qui avait tué plus d'une centaine d'enfants.
06:01Et le lendemain, les opérations se sont arrêtées
06:05et l'évacuation du Liban a commencé par les Israéliens.
06:09Donc c'est quand même fâcheux d'en arriver là
06:12si à chaque fois il faut que ce soit des civils qui payent ce lourd tribut.
06:17Mais c'est peut-être un signe qu'il va se passer quelque chose.
06:21Merci beaucoup, Jean-Claude Vazin, d'avoir été avec nous sur ce plateau aujourd'hui.
06:27Je rappelle que vous êtes historien et rédacteur en chef du magazine Paris.
06:31Théhéran, merci beaucoup.
06:32Je vous en prie.