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  • il y a 7 semaines
Il a vu son ami tomber sous les balles en plein Paris. Ancien coéquipier et associé de l'international argentin de rugby Federico Martín Aramburú, Shaun Hegarty n'a rien oublié de cette nuit du 18 mars 2022. Alors que s'ouvre devant la cour d'assises de Paris le procès des accusés Loïk Le Priol et Romain Bouvier, il se confie face à Marc-Olivier Fogiel dans l'interview de 8h15.
Regardez Face à Fogiel du 07 septembre 2026.

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Transcription
00:017h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:05Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h17, 4 ans et demi après la nuit qui a coûté la vie à
00:10l'ancien rugbyman argentin Federico Martina Rambourou.
00:12Le procès des accusés s'ouvre aujourd'hui devant la cour d'assises de Paris.
00:16Lui était présent la nuit du 18 mars 2022.
00:19Il a vu son ami se faire tuer sous ses yeux et prend donc la parole ce matin.
00:24Sean Egarty est votre invité Marc-Olivier.
00:27Bonjour Sean Egarty.
00:28Oui bonjour.
00:28Merci d'être avec nous ce matin sur RTL à quelques heures de l'ouverture du procès.
00:32Des 4 accusés de la mort de votre ami Federico Martina Rambourou, il a été abattu sous vos yeux il
00:39y a 4 ans en plein Paris.
00:41Ça paraît absolument dingue, par balle, boulevard Saint-Germain.
00:44J'imagine que l'émotion est là à quelques heures du procès. Vous en attendez quoi de ce procès Sean
00:49?
00:49Aujourd'hui avec toute la famille c'est que le procès soit digne pour Federico, pour sa mémoire qui soit
00:54à la hauteur du drame que ça a été.
00:57Vous allez avoir face à vous ceux avec qui vous êtes d'abord un peu battu et puis qui derrière
01:04ont fait quasiment une expédition pénitive.
01:06On va y venir.
01:07Le fait de les avoir face à face dans le box des accusés, ils sont deux, plus une personne qui
01:13a permis leur cavale, plus la compagne de l'un d'eux.
01:16De les avoir face à vous, ça vous inspire quoi ?
01:19Je les ai confrontés en 2023 et j'ai aussi fait la reconstitution pendant toute une nuit sur le boulevard
01:26Saint-Germain.
01:27Donc je les ai déjà revus. Donc moi je me suis bien préparé.
01:33Ils ont une version divergente de la vôtre. Eux plaident une forme de légitime défense. On va raconter cette nuit
01:39dingue.
01:40Ça paraît absolument dingue quand on relit les choses. Votre copain qui vous dit à la dernière seconde, les yeux
01:46dans les yeux, appelle la police, je vais mourir.
01:48Mais est-ce que vous attendez de leur part trois semaines de procès ? Peut-être qu'ils changent de
01:52version et qu'ils s'excusent ?
01:54Changer de version, je ne pense pas. Je ne pense pas que ce soit des personnes qui vont se rendre
02:00compte du mal qu'ils ont fait.
02:02Comme je les ai déjà rencontrés et revus et que j'ai vu la manière dont ils voulaient se défendre,
02:08moi je n'y crois pas.
02:09Alors après, si vous me parlez d'espoir, il y aura toujours peut-être un petit espoir, qu'ils aient
02:14un peu d'humanité en eux.
02:15On va revenir sur cette nuit du 18 au 19 mars, vers 6h du matin. Vous êtes avec Federico dans
02:19le quartier de Saint-Germain, au Café Mabillon.
02:21Vous veniez de signer un contrat pour votre agence. Vous deviez aller voir France-Angleterre le lendemain. C'était quoi
02:27? Une soirée de fête ?
02:28On passe quelques heures ensemble au milieu de Saint-Germain. C'est un endroit qui est réputé pour que les
02:35personnes du monde du rugby se retrouvent.
02:38Donc on retrouve plein de gens qu'on connaît. On passe un bon moment.
02:42Et c'est vraiment quand on retourne vers l'hôtel, on décide de s'arrêter au Mabillon pour manger un
02:47bout et boire un dernier verre.
02:48Et c'est lors de cette terrasse où au départ, pourtant, on parle vraiment avec l'ensemble des personnes plutôt
02:55positivement.
02:56Et à un moment donné, ça se tend.
02:58Ça se tend avec des gens d'un profil particulier, ultra-droite, GUD, organisation violente issue de la mouvance néofasciste.
03:05Ça se tend pourquoi ? Mais pour une banalité d'abord ?
03:07Vraiment, au départ, il y a une personne qui fait partie d'un autre groupe, qui est sur une autre
03:11table,
03:12qui discute avec eux. Et la réponse de M. Bouvier et M. Le Priol,
03:16qui sont les, à présumer, coupables, donc,
03:19a été plutôt de leur répondre d'une manière agressive, condescendante.
03:24Et c'est vrai que nous, dans le rugby, on n'est pas comme ça.
03:27Nous, on est plutôt à être sur l'ouverture des gens, essayer que les gens se passent bien entre eux.
03:33Et donc, on a été surpris.
03:35Et c'est vrai qu'on leur a dit, non, non, il ne faut pas parler comme ça aux gens.
03:37Et donc, après, leur attention s'est mise sur nous.
03:40Vous êtes embrouillé, on peut dire les choses un peu comme ça.
03:42Votre copain, d'ailleurs, a tiré un peu la capuche de Loïc Le Priol.
03:46Et c'est là où les choses dégénèrent, puisque vous, vous partez.
03:50Après, vous êtes un peu battu.
03:52Et en fait, ils viennent vous retrouver avec des armes.
03:55Et c'est là que, sous vos yeux, d'abord, 4 coups, puis 6 balles, directement sur votre pote.
04:03En fait, la première scène, elle se passe devant le mabillon,
04:06où il y a une première scène de bagarre qui ne dure pas très longtemps,
04:09qui dure 10-12 secondes.
04:10Donc là, c'est court, finalement.
04:12Après, bon, voilà, on donne des coups, on en prend aussi.
04:15Là, il y a les personnels du mabillon, que ce soit la sécurité ou les serveurs qui nous séparent.
04:20Et nous, on décide de partir à notre hôtel.
04:23Donc, pour nous, c'était vraiment fini.
04:25Et on se rend compte qu'on a pris des coups.
04:28Moi, j'ai un pet à l'œil.
04:29Fédérico, il a un pet à la pommette.
04:31Et donc, on décide de s'arrêter à l'hôtel Welcome,
04:33pour justement prendre des glaçons et essayer d'atténuer ses coups.
04:37Parce que le lendemain, on est sur une autre journée, quoi.
04:40Et quand vous sortez de l'hôtel, en fait, l'un à pied, l'autre en voiture, ils sont là.
04:45On sort de l'hôtel, et là, on voit la Jeep.
04:48Alors, c'est une Jeep militaire qui était garée devant le mabillon.
04:52Donc, moi, je me dis, c'est bizarre.
04:54C'est la Jeep qui était garée juste devant la terrasse, quoi.
04:56Et en fait, j'entends, ils sont là, de la part de Bouvier.
04:59Donc, lui, il sort et il s'approche de Fédérico.
05:03Il lui tire dessus.
05:04Moi, je ne m'en rends pas compte.
05:05Parce qu'en fait, c'est tellement violent que mon cerveau ne le comprend pas.
05:09Une forme de dissociation.
05:10Donc, j'ai vécu une dissociation.
05:11C'est-à-dire que c'est terrible pour moi.
05:14Parce que sur le moment, en fait, je n'ai même pas conscience que Fédérico est blessé à ce moment
05:17-là.
05:17Donc, il a déjà deux balles dans le corps.
05:19Et il y a M. Lepriol qui revient de l'autre côté en courant.
05:22Et il s'agrippe.
05:24Et après, moi, j'essaye d'intervenir.
05:26Mais comme je l'ai dit, le cerveau était complètement bloqué.
05:29Donc, je ne sers pas à grand-chose.
05:31Et lui aussi tire.
05:33Donc, lui, il tire six fois.
05:34Et Bouvier tire quatre fois.
05:35En fait, Fédérico, après, s'écroule sur la chaussée.
05:39Et donc, moi, après, je la grippe.
05:41Et c'est à ce moment-là où il me dit, Sean appelle la police, je vais mourir.
05:45Et c'est moi qui...
05:46Et mon cerveau reconnecte.
05:49Là, à ce moment-là.
05:50Je prends conscience, à ce moment-là, de la gravité de la situation.
05:52Ce qui paraît dingue, dans ce que vous nous racontez,
05:54ça part d'une banale altercation dans un café.
05:56Vous intervenez parce qu'il parle mal à quelqu'un.
05:59Vous chauffez, d'une certaine manière.
06:00Et ça se termine comme ça par des balles dans le corps en plein Paris, boulevard Saint-Germain.
06:04Moi, je n'arrive toujours pas à comprendre comment c'est possible.
06:07Donc, Fédérico, c'était quelqu'un de solaire,
06:09qui voulait toujours que les gens autour de lui soient bien.
06:12Et là, en fait, ces personnes-là nous ont chassés.
06:14Ils ont décidé d'avoir des armes sur eux.
06:17Ils ont décidé de les sortir.
06:18Ils ont décidé de les utiliser et de prendre l'avis de Fédérico.
06:21Vous avez, j'imagine aussi, regardé, réfléchi à ces milieux d'ultra-droite,
06:25le GUD, ces mouvances néofascistes.
06:27Qu'est-ce que vous avez appris sur ces mouvances ?
06:30Je ne vais pas débattre sur ces gens-là.
06:34Mais c'est vrai que, de l'extérieur, en tout cas,
06:37il y a des choses qui peuvent surprendre et qui peuvent faire peur.
06:40C'est-à-dire ?
06:41C'est les idées, les idéologies qu'ils ont et qui ne nous représentent pas à nous.
06:47Après, c'est encore une fois, moi, je veux,
06:52et je crois que ma place, elle est de rester dans les faits de cette soirée
06:56et non pas dans ce que moi, je pourrais penser de ces mouvances.
07:00Des personnes qui ne devraient pas être ensemble,
07:02puisque eux-mêmes, déjà, avaient un premier contrôle judiciaire pour une autre affaire précédente,
07:06il se trouve qu'ils étaient ensemble.
07:07Quatre ans après, qu'est-ce que vous comprenez de cette histoire ?
07:09Eux, ils racontent complètement autre chose, ils parlent de légitime défense,
07:14même de réflexe, parce qu'il y en a un qui était militaire.
07:16Vous, vous en comprenez quoi de cette histoire ?
07:18Ils sont revenus nous chercher, armés, ils ont sorti les armes, ils ont tiré.
07:23Au bout d'un moment, la légitime défense, pour moi, elle est très, très, très compliquée à discuter.
07:29Et vous, vous en comprenez quoi de cette histoire ?
07:30Pour qu'ils reviennent comme ça, pour quelque chose d'assez banal,
07:33c'est quoi votre analyse ? Il y a une dimension raciste ?
07:36On m'a posé plusieurs fois la question, alors c'est sûr que moi, à ce moment-là,
07:39nous, on ne connaissait pas leur profil, donc on ne pouvait pas savoir ça.
07:42Moi, je pense que vraiment, c'était plus...
07:45Ils voulaient avoir le dernier mot.
07:46Mais vous, votre décryptage, quatre ans après, à quelques heures du procès,
07:51vous pensez qu'il y a une dimension aussi liée à l'alcool ?
07:53Liée au racisme ? Liée à quoi ? Parce que ça paraît tellement dingue ?
07:56Moi, je ne peux pas dire exactement ça.
07:59Je sais que juste de la manière dont ils parlaient, condescendantes aux personnes,
08:04ils ont une manière d'être un peu supérieurs.
08:06Et nous, on n'a pas l'habitude de voir.
08:09Après, honnêtement, ce n'est pas à moi de juger, de savoir si c'était...
08:12Moi, je suis là pour rappeler ce que j'ai vécu, les faits.
08:16Les faits, est-ce que vous avez compris pourquoi lui et pas vous, finalement ?
08:19Puisqu'ils se sont acharnés sur lui, vous vous en avez pris des coups, mais pas les balles.
08:24Honnêtement, ce sera une question que je me poserai tout le temps.
08:27Je n'ai pas la réponse. Les seuls qui ont la réponse, c'est eux.
08:29Mais je ne sais même pas s'ils vont répondre à cette question.
08:32Il y a cette révélation publiée début septembre par Au Poste et puis par Libération,
08:36surpris au téléphone par une surveillante pénitentiaire.
08:38Loïc Lepriol aurait dit, ce que j'ai préféré, ce sont les quatre dernières bastos que je lui ai mises
08:44dans le buffet.
08:44Quand vous entendez ça, ça vous inspire quoi ?
08:47C'est difficile parce que justement, si c'est avéré, ça montre quand même dans quel état d'esprit sont
08:52ces gens
08:53et que nous, on n'est pas dans le même état d'esprit.
08:55Pour moi, ce sont des personnes qui sont dangereuses et qui doivent être enfermées.
08:59On a la chance d'avoir ce procès qui va avoir lieu pendant trois semaines
09:03et j'espère que les jurés vont voir que ce sont des personnes dangereuses.
09:08Votre pote, il était marié avec Maria, il avait trois enfants, une mère.
09:12Cécilia, comment va la famille ?
09:13La famille va du mieux qu'elle peut.
09:16On ne peut pas se remettre d'une telle histoire, d'une telle tragédie.
09:20On leur a enlevé.
09:21Ça a été d'autres personnes qui ont choisi de leur prendre.
09:24Donc c'est vrai que c'est très compliqué.
09:26Mais en tout cas, ils sont forts, ils vont bien, ils sont unis.
09:30Ils seront dans la salle tout à l'heure.
09:31Ils seront dans la salle.
09:33Maria, Cécilia seront là.
09:35Et vous, quatre ans après, c'était donc, je le disais, votre pote, vous étiez associé.
09:39Vous avez fait du rugby ensemble.
09:41Comment on se reconstruit ?
09:42En fait, c'est ce que je me dis tous les jours, c'est que j'ai de la chance
09:44d'être là.
09:45Fédérico n'a pas cette chance-là.
09:47On a toujours été des gens qui étions vraiment sur un côté positif de la vie.
09:52On essayait d'amener du sourire.
09:55Donc je m'efforce d'aller dans ce sens-là.
09:56J'essaye de respecter ce qu'on était avant ce drame.
10:02Et aujourd'hui, même si quelque chose en moi s'est cassé après cette histoire, j'essaye d'être dans
10:09le même état d'esprit, d'ouverture et de partage.
10:13Bon courage pour tout à l'heure.
10:14Quand vous allez rentrer dans la salle du tribunal, vous allez regarder droit dans les yeux, dans le box ?
10:17Ah oui, moi j'ai aucune honte à les regarder.
10:20C'est plutôt eux, qu'est-ce que leurs regards vont dire ?
10:22Merci Sean Egarty d'être venu ce matin sur RTL.
10:25Et tout à l'heure à 14h, Jean-Alphonse Richard consacre l'ordre du crime à ce qui est arrivé
10:29à votre copain Fédérico il y a 4 ans maintenant.
10:31Merci à vous.
10:31Merci de votre invitation.
10:32J'espère que les jurés vont voir que ces personnes sont dangereuses.
10:36Les mots de Sean Egarty ce matin à votre micro.
10:40Merci à vous.

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