- il y a 4 semaines
Chères lectrices, chers lecteurs,
Mardi 1er Septembre, nous avons eu le plaisir de recevoir Les éditions les Léonides pour la présentation de leur rentrée littéraire.
Dans le cadre des idylles de L'écume, cet échange est animé par Marine B.D (@idyllesculturelles)
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
Mardi 1er Septembre, nous avons eu le plaisir de recevoir Les éditions les Léonides pour la présentation de leur rentrée littéraire.
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00:00Bonsoir, bonsoir, merci beaucoup d'être là pour cette soirée de rentrée littéraire.
00:05Je suis très heureuse parce que je vais vous parler d'une maison d'édition que j'aime particulièrement,
00:09qui a un an, si je ne me trompe pas.
00:11Exactement.
00:12Et c'est une jeune maison d'édition, très belle, qui s'appelle Les Léonides
00:16et qui fait partie du groupe des nouveaux éditeurs.
00:18Et ce soir, j'ai la chance d'avoir une des éditrices de cette maison.
00:22Et avec elle, pardon, on va parler d'un des premiers titres de cette rentrée littéraire,
00:26c'est celui d'Anaïs Yobé, qui ne pouvait pas être nous, malheureusement, avec nous, pardon, ce soir.
00:30Mais on va aussi parler de cette rentrée littéraire chez vous.
00:33Pourquoi ces thématiques, pourquoi ces livres cette année ?
00:36Qu'est-ce qu'ils disent des Léonides ?
00:40La volonté des Léonides, c'était vraiment de proposer des romans qui posent un regard sur le monde,
00:46souvent par des biais détournés.
00:48Thomas va en parler, mais à travers le Moyen-Âge, le Moyen-Âge ou la Renaissance,
00:53il va vous le rêver, du 15e siècle, à travers les États-Unis, des années 60 à nos jours,
01:02et avec le roman d'Anaïs dans une contemporanéité immédiate.
01:06Là, on est à Rennes, à notre époque, autour du terme juridique du suicide forcé.
01:13Donc des lignes, a priori, très différentes, mais qui, je pense, se recoupent dans une volonté
01:20d'écrire le monde, de poser un regard sur l'actualité.
01:24Comment est-ce qu'on raconte à travers... Je crois que mon micro ne marche plus,
01:26mais est-ce que j'en ai besoin ? Je ne crois pas.
01:29Est-ce que tout le monde m'entend ?
01:30Oui.
01:31Je suis plus à l'aise comme ça, donc c'est bien.
01:33C'est bien.
01:35Mais poser un regard sur le monde, et à travers la langue, à travers le style,
01:41à travers l'écriture, comment est-ce qu'on permet au lecteur de s'emparer du monde ?
01:46Et c'est vrai que vous faites beaucoup de fiction, et moi, c'est quelque chose qui
01:50me plaît particulièrement, parce qu'on est dans un monde beaucoup d'autofictions.
01:54Pourquoi cette volonté-là ?
01:56Justement, Dana et moi, on vient toutes les deux d'une maison d'édition qui s'appelle
02:02Les Éditions de l'Observatoire, où il y avait un melting pot, déjà une ligne littéraire
02:09qui avait envie de raconter des histoires, vraiment, invité au voyage, à l'évasion,
02:14mais aussi des récits un petit peu plus introspectifs.
02:18Et le retour que nous faisaient souvent les libraires, c'était, mais en fait, l'autofiction,
02:23on la vit déjà au quotidien, on est déjà en plein dedans, on est déjà dans nos petits
02:27appartements parisiens.
02:28Nous, on a besoin de, justement, poser un regard de travers, se décaler un petit peu,
02:36faire un pas de côté pour appréhender différemment l'actualité, et c'est ce qu'on voulait
02:40faire en lançant Les Léonides, c'était vraiment raconter des histoires, prendre un plaisir de
02:45lecture, et ensuite, à posteriori, une fois la lecture faite, entamer une réflexion.
02:52Voilà.
02:54Merci pour tes mots.
02:56J'aimerais te demander, maintenant, qu'on parle de ce texte.
02:58Alors, je vais vous en parler.
03:00Ce qui nous frappe, c'est un texte très intéressant qui traite de la question du suicide forcé.
03:05Donc là, comme ça, vous allez vous dire, c'est un peu dur, mais en réalité, quand
03:08vous plongez dans ce livre, c'est très haletant, c'est un procès qui dure sur trois
03:12jours, et la première phrase est totalement énigmatique.
03:15Ce procès n'a pas eu lieu, mais il aurait dû être le tien, ne crois-tu pas ?
03:19Et on n'a pas plus de détails.
03:20On est à Rennes, on découvre que Charles Levin est accusé par la famille de sa femme
03:25de l'avoir poussé à un suicide pour harcèlement.
03:28Cette femme, elle s'appelle Sarah, elle est boxeuse, et donc vous allez voir ce qui
03:32est très intéressant, et d'ailleurs, j'ai trouvé que récemment, dans le cinéma
03:35français, c'est une question qui a émergé, c'est pas quelque chose de bien ou mal, c'est
03:40pas du tout manichéen comme livre.
03:42En fait, Sarah, comme elle est boxeuse, elle est une figure trouble, et Charles est aussi
03:45une figure trouble.
03:46Et donc, c'est pas du tout ce procès, le bien, le mal, comme il y a eu dans le
03:49film
03:50Des rayons et des ondes, qui a pas mal divisé la critique.
03:52C'est un film qui, justement, n'est pas manichéen, et c'est vraiment sa force.
03:56Et bien là, c'est ce que j'ai aimé dans ce récit.
03:58Il n'y a pas les bons et les méchants, mais il y a déjà la mère de Sarah qui
04:01a envie
04:01de faire justice, qui estime que sa fille n'aurait pas dû lui être arrachée, et qui
04:05est persuadée que c'est son compagnon qui l'a poussé au suicide.
04:08Il y a aussi les proches de Sarah qui pensent ça.
04:11Et puis, il y a ce Charles, qui a des parents particuliers, un père très offensif, qui
04:17le pousse à se défendre.
04:18Et donc, on suit ce procès très haletant.
04:20Et la question du suicide forcé, elle est traitée magistralement par Anaïs Yobier, parce
04:25qu'elle est journaliste.
04:27Donc, dans ce texte, il y a toute cette plume journalistique qui fait que c'est haletant
04:30et que vous voyez la vie d'un procès.
04:31Donc, c'est assez réjouissant aussi, parce que vous avez les blagues des greffiers, les
04:35avocats.
04:36C'est des gens normaux, en fait.
04:37Alors, à un moment donné, ils en ont un peu ras la haute d'entendre parler du suicide
04:40forcé de cette jeune femme.
04:42Et donc, ça aussi, ça les rattrape.
04:43Et c'est là que c'est assez, on va dire, vivant et dynamique comme livre.
04:48Comment vous avez travaillé avec l'autrice pour ce texte ?
04:51C'est un sujet qui tenait énormément à cœur à Anaïs, comme tu l'as dit.
04:55Anaïs, elle est journaliste à l'AFP.
04:57La plupart de ses livres partent d'enquêtes journalistiques sur le long terme qu'elle a pu mener.
05:02C'est un de ses premiers titres qui avait fait pas mal parler, qui s'appelle « Des hommes
05:06couleurs de ciel », qui est né de plusieurs années qu'elle a passées à Moscou, en Russie.
05:13Une réflexion sur deux frères tchétchènes qui vont s'engager dans des mouvements extrémistes.
05:20au Café de la Ville perdue, qui est né des années passées à Chypre.
05:27Et ce titre, qui est né après son retour en France à Rennes, pour être exact, si jamais
05:32il y a des rennés dans la salle.
05:35Et plusieurs procès qu'elle a suivis de près, notamment le procès Le Square Neck.
05:41Là, on est spécifiquement sur la thématique du suicide forcé,
05:44c'est qu'en tant que journaliste aussi, en tant que féministe, je pense,
05:49Anaïs avait envie de traiter depuis un certain moment.
05:52Mais comment est-ce que cette thématique ardue, d'un point de vue juridique,
05:56on la rend romanesque ?
05:58On donne envie de se plonger dans le récit ?
06:01On donne toutes les zones ?
06:03Enfin, tu l'as dit magistralement, donc je n'y reviens pas.
06:05Mais comment est-ce qu'on dessine des zones de trouble d'un personnage à l'autre ?
06:09Comment est-ce que ce personnage de Charles, ce petit trentenaire qui sort d'école de commerce,
06:14assez agaçant à certains moments, malgré tout, on rend compte de la fragilité de ce garçon
06:21qui n'était peut-être pas si mal intentionné, qui a eu des mots, des gestes durs vis-à-vis
06:28de Sarah,
06:29mais aussi explorer la famille, le milieu familial dans lequel a grandi cette jeune fille,
06:35comment elle s'est construite autour de la féminité, qu'est-ce que ça veut dire être une championne de
06:40boxe,
06:40quand on est aussi en couple avec un homme qui a besoin de réaffirmer à certains moments sa virilité.
06:45Toutes ces thématiques qui s'entremêlent et qu'elle voulait traiter vraiment en tant qu'écrivaine
06:50et pas seulement en tant que journaliste.
06:52Moi, ce qui m'a intriguée aussi, c'est qu'au début du livre, elle cite
06:56« Pour Julia, ne faites pas une minute de silence, pour Julia, brûlez tout ».
07:01Elena Sechettin, sœur de Julia, assassinée le 11 novembre 2023 par son compagnon.
07:09Elle s'est inspirée d'une histoire vraie ?
07:11Je pense qu'elle s'est inspirée de beaucoup d'histoires vraies.
07:14Elle s'est inspirée aussi de ses propres récits personnels.
07:19C'est un sujet qui lui tenait énormément à cœur.
07:22Et je crois que ça transparaît bien dans le livre.
07:25Il y a une finesse de l'approche, des zones d'ombre sur tous les personnages.
07:29Mais je pense que ça reste un livre profondément féministe, engagé.
07:34C'est vrai.
07:34La couverture parle d'elle-même, je crois.
07:36C'est trois nanas embarquées sur une barque en eau hostile.
07:40Je pense qu'on sera beaucoup à s'identifier.
07:44Et pourquoi vous avez eu envie de défendre ce quatrième texte d'Anaïs Jobé ?
07:48Quand il est arrivé chez vous, vous vous êtes dit...
07:51Déjà, politique d'auteur.
07:52Enfin, on a eu beaucoup de chance quand on est parti des éditions de l'Observatoire.
07:58On est plusieurs à être partis.
07:59On est cinq.
08:01Deux, donc à l'édito d'Ana et moi, deux attachés de presse et la responsable commerciale.
08:07Et il y a plusieurs auteuristes qui nous ont fait la chance de nous suivre dans cette aventure.
08:11Alors qu'on partait de rien.
08:12Enfin, la maison n'existait même pas juridiquement parlant à ce moment-là.
08:17Mais plusieurs ont signé des contrats quasiment en blanc en disant...
08:21Mais en fait, vous êtes une équipe en laquelle on croit et ça va marcher.
08:25C'est beau.
08:26Et Anaïs en fait partie.
08:27Et dès l'instant où elle nous a dit...
08:29« J'ai envie de faire le roman de ces années que j'ai passées en tant que journaliste de
08:33procès », on a dit « Bon cours, on te suit ».
08:37C'est merveilleux.
08:38C'est vrai qu'en plus, cette année, on a eu la chance de faire une interview de Michael Dichter.
08:43Et il a été reçu ici.
08:44Et c'est vrai que vous avez remporté en plus le Prièretel avec ce livre.
08:47Donc, c'était son premier roman.
08:49Oui.
08:49Donc, vraiment, ça inaugure de belles choses pour les Léonides.
08:52On espère que ce n'est que le début.
08:54Enfin, c'est que le début vu qu'on a un an.
08:57Mais ce sont des beaux débuts grâce aux libraires, grâce à vous, grâce à tous les lecteurs, les lectrices.
09:04Donc, merci du fond du cœur d'être au rendez-vous.
09:07Merci.
09:09Donc, je vais vous parler de ce premier texte.
09:11Maintenant, on va parler avec Thomas Roy, qui est là en plus.
09:14Si tu veux bien venir me rejoindre.
09:17Est-ce que tu veux un micro ou pas ?
09:18Non, ça ne va pas le faire.
09:19Merci.
09:20Merci.
09:21Est-ce qu'il faut que je récupère le micro ?
09:24Je veux ?
09:25Merci.
09:28Merci.
09:34Waouh.
09:34Ce n'est que des pros, quoi.
09:36Ça fait ça toute notre vie.
09:39Bonjour, Thomas.
09:40Bonjour.
09:40Bonjour.
09:42Alors, je suis très heureuse que tu...
09:44Je peux te tutoigner ?
09:45Avec grand plaisir.
09:46OK.
09:47Je suis très heureuse que tu sois avec nous.
09:49Non, en fait, on a presque le même âge, donc je me permets.
09:51Mais franchement, je suis très heureuse que tu sois avec nous parce que ce livre m'a absolument réjouie.
09:55Et pourtant, quand j'ai lu le pitch du livre, je dois dire que je me suis dit que ce
09:59n'est pas pour moi.
10:01Parce que Louis X, Charles VIII, Anne de Bretagne, Anne de Beaujeu.
10:07Je me suis dit qu'on part à la Renaissance, au Moyen-Âge, on est dans l'histoire de France.
10:11Je ne suis pas sûre que ça va me passionner.
10:13Sauf qu'en fait, c'est tellement drôle.
10:15C'est bien écrit.
10:16C'est hyper contemporain.
10:17Et surtout, ça nous éclaire sur l'actualité d'aujourd'hui.
10:21Ça dit énormément des enjeux de pouvoir.
10:23Donc, pourquoi un si jeune homme s'est intéressé à cette période-là de l'histoire ?
10:29Alors, il faut remonter à quelques années en arrière.
10:34Ce n'est pas moi qui ai choisi le sujet de ce livre.
10:39Wow, on m'a mis en flingue.
10:43En fait, j'ai un copain qui, il y a plusieurs années, était en master métier du livre à l
10:49'université de Rennes-deux.
10:51Donc, on reste quand même dans un...
10:53Et la traductrice aussi est bretonne.
10:55Je vous aime, la Bretagne.
10:58Je vous aime.
11:00Éditrice en marinière, franchement, on a tout le bingo.
11:02On a tout donné.
11:04C'est génial.
11:06Et donc, ce copain devait, pour valider son master, éditer un livre.
11:12Mais tout l'aspect éditorial, choix du papier, choix du format,
11:18faire un laïu sur la ligne éditoriale, etc.
11:22Ou vraiment l'édito, quoi.
11:23Et donc, pour faire ce travail-là, il avait besoin d'un texte.
11:25Et au bout de deux, trois peintes, je lui dis, j'y vais !
11:30Et par contre, je n'ai pas de sujet.
11:35Et lui, il avait fait des études d'histoire avant.
11:37Et pendant ses études d'histoire, il avait croisé le chemin de notre cher roi de France, Charles VIII.
11:45Que vous ne connaissez pas.
11:47Voilà.
11:47Histoire très étonnante, Charles VIII.
11:49Exactement.
11:50Mort bêtement, quand même.
11:51Mort bêtement.
11:52Au jeu de paume.
11:52Ouais.
11:53Non.
11:53En jouant au jeu de paume.
11:54Il s'est pris un...
11:55Il y a plusieurs...
11:56Ça, au jeu de paume, les latrines.
11:59Il courait derrière quelqu'un.
12:00Bon, c'est les histoires en machin.
12:02Bon, il s'est pris un...
12:03Il s'est cogné à la tête, ouais.
12:04Voilà.
12:04Contre un mâteau de porte.
12:05C'est son fait d'arme le plus...
12:06Paf, le chien.
12:07Connu.
12:07Le plus connu.
12:10Et donc, me voilà embarqué dans l'écriture d'un texte sur Charles VIII.
12:15OK.
12:16Donc là, tu enquêtes historiquement sur Charles VIII, où il te raconte tout, ton ami.
12:19Il me raconte des trucs, il me passe un peu des...
12:22Il me passe un peu des...
12:25De la documentation qu'il avait, des restes de cours, des restes de thèses de ses anciens professeurs, etc.
12:32Et j'ai eu un an pour écrire le texte.
12:36Et n'étant pas historien, je me suis vite dit qu'il fallait que je prenne des libertés avec l
12:46'histoire, parce que je n'aurais jamais le temps.
12:48Enfin, c'était impossible de parvenir à une justesse historique, une vérité historique.
12:57La seule chose que je pouvais faire, c'est me dire...
13:02Alors, Charles VIII était un roi assez mystique.
13:05Il y avait plein de prophéties, notamment au moment de sa naissance, qui disaient que ça allait être la réincarnation
13:11du Christ.
13:12Donc, on passe quand même...
13:13Enfin, quelqu'un qui passe de réincarnation du Christ à mort en se cognant la tête, en train d'un
13:18taux de porte.
13:21Trajectoire singulière.
13:22Mais donc, voilà, il y avait toute cette mystique autour de lui.
13:25Et je me suis dit, en fait, voilà le sujet dont il faut que je parle, la mystique.
13:30Et avec tout le flou et toute l'inexactitude et tout le décalage romanesque entre quelque chose de mystique et
13:38la réalité.
13:40Je me suis dit, en fait, qu'il fallait que je traite plutôt cette chose-là.
13:44Tout en me disant aussi que Charles VIII, c'est un homme de pouvoir blanc, mort, qui n'est pas
13:57le seul dans notre littérature.
14:00Et donc, il fallait, en fait, que ce roman ne parle pas forcément de lui, mais plutôt d'autres choses,
14:08des gens qu'il y a autour, des femmes incroyablement badass de cette période-là, à commencer par sa sœur,
14:15Anne de Beaujeu, qui a été régente pendant la minorité de Charles VIII.
14:22Et puis, son épouse, Anne de Bretagne, qui, elle, est plus connue.
14:29C'est vrai que ce qui est très intéressant, c'est qu'en réalité, il est totalement menacé.
14:33Et quand il doit prendre le trône, il est trop jeune.
14:35On voit que c'est sa sœur aînée qui est nommée à sa place.
14:38Et très vite, sa trajectoire, elle est aussi intéressante parce qu'en épousant Anne de Bretagne, son trône est souvent
14:44menacé par un des ducs d'Orléans, qui est Louis.
14:45Et finalement, Louis, quand lui va décéder, va le remplacer et va récupérer sa femme, Anne de Bretagne.
14:51C'est quand même sympa, quoi.
14:53Mort tragique, c'est son ennemi qui récupère sa femme.
14:56C'est sûr que là, on n'était pas parti pour qu'il soit le dieu.
15:01Donc, c'est bien un personnage un petit peu à côté.
15:04Ça te plaît, les héros ratés, on peut dire ?
15:08Non, mais c'est vrai parce qu'en littérature, il y a aussi cette figure-là, de l'anti-héros.
15:17Je ne sais pas, je ne sais pas si c'est forcément cette figure-là qui m'intéressait,
15:23que plutôt raconter, ouais, je ne sais pas comment ces gens vivaient autour de lui.
15:42Qu'est-ce que ces gens faisaient d'une personne à la tête de l'État qui fait n'importe
15:46quoi ?
15:47Comment est-ce qu'on réagit face à quelqu'un qui fait n'importe quoi ?
15:51Attendez, parce que les dialogues, c'est là que vous allez voir que c'est assez réjouissant,
15:56parce qu'on sait qu'ils se vouvoyaient, enfin, ils ne se parlaient pas comme ça.
15:59« Tu n'embarques pas dans ces conneries, ça coûte cher la guerre.
16:01En personne et en or, le pays n'est pas prêt.
16:03On n'a pas les moyens, occupe-toi déjà de gérer ton royaume. »
16:06De quel royaume tu parles ?
16:07Un lambeau, ce royaume, une ruine ?
16:08Un cadavre bancal avec une jambe en main ?
16:10Je dois partir, Anne, récupérer ce qui nous appartient.
16:12Je dois reprendre Naples.
16:13Parce qu'il y a les campagnes d'Italie aussi.
16:15Donc lui, il a la folie des grandeurs et il se fait, paf,
16:18à n'allumer des taquets.
16:20Elle lui dit, tu dis des conneries, enfin, dialogue très contemporain.
16:25Tu as lu des traces de leurs discussions ?
16:27Tu as lu des choses comme ça ou tu as tout inventé ?
16:29Non, j'ai tout inventé.
16:31Je ne pense pas qu'il y ait de traces de leurs discussions.
16:34Des correspondances ?
16:35Alors, cela dit, un des trucs…
16:37Mais vraiment, c'est une période de l'histoire, c'est fabuleux.
16:40C'est-à-dire que, bon, ce mec-là, il meurt de façon stupide.
16:45Mais, donc, il est roi de France.
16:47Il fait les guerres d'Italie.
16:49Il devient roi de Jérusalem.
16:52Ce n'est pas présent dans le bouquin, mais il rachète la chute de Constantinople.
16:57Il a eu lieu 50 ans avant.
17:00Il rachète à un héritier du trône de Constantinople, qui a besoin d'argent,
17:05le titre d'empereur romain.
17:09Donc, il est roi de France, roi de Jérusalem, empereur romain.
17:12C'est improbable.
17:12Il y a Anne de Bretagne, qui est un personnage complètement fou.
17:16Et il y a, à cette période-là, les derniers états généraux avant la Révolution française.
17:22Donc, il y a un moment incroyable de la vie de l'Ancien Régime.
17:28Et c'est la première fois dans les états généraux que les paysans sont appelés à participer.
17:34Et c'est la première fois aussi qu'il y a les cahiers de doléances.
17:37Alors, il n'y a pas de traces de ces cahiers de doléances-là,
17:40mais je suis allé fouiller dans les seuls dont on a la trace, à savoir ceux de 1789.
17:46Et il y a des bouts qui sont un peu modifiés parce que ça ne tenait pas.
17:50Du coup, j'ai dû couper un peu les phrases, mais l'esprit de la phrase est quand même resté
17:55de ces carnets-là.
17:59Et ce qui est complètement fou, c'est que déjà, il est question d'égalité,
18:07d'appel à la liberté de circulation, de demande d'accès à l'instruction,
18:18demande d'accès à tout un tas de libertés.
18:24Et ce n'est pas des choses d'époque, mais globalement, le texte est assez peu historique.
18:29Mais je trouve ça assez fou, en fait, comment dans cet écart de temps qui nous sépare,
18:36donc là, ça fait plus de 500 ans, 789, plus de 200 ans,
18:41il y a des choses, malgré tout, qui continuent de nous habiter.
18:44J'allais te demander l'actualité pour toi de ce livre, ce texte.
18:47Comment tu le perçois ?
18:49Qu'est-ce que ça peut nous dire ?
18:50Sur quoi ça peut nous éclairer aujourd'hui ?
18:59Ça serait difficile pour moi de dire, voici ce en quoi c'est censé.
19:09Ou des choses qui, toi, quand tu as fait tes recherches et que tu as écrit sur cette période,
19:12tu t'es dit, ça ressemble encore à des choses auxquelles on est confronté aujourd'hui,
19:16ou qu'on vit aujourd'hui.
19:17Là, tu l'as évoqué, mais d'autres choses.
19:23La question, on l'a évoqué, en fait, la régente, donc Anne de Beaujeu,
19:29la grande sœur, celle qui tient les reines du royaume pendant que Charles VIII est encore mineur,
19:35c'est quelqu'un qui tient la baraque,
19:37et qui, pendant huit années de régence, sait gérer les comptes, sait gérer la politique étrangère,
19:48sait gérer les jeux diplomatiques entre les différents pays,
19:52sait mener une guerre de succession contre la Bretagne,
19:57qui, à l'époque, était encore en État indépendant,
20:00donc sait faire ça, etc.
20:02Et quand son fils, ce mec qui a l'impression d'être un grand mec avec un gros zouzou,
20:12dit, je vais réussir à être le plus fort,
20:15eh bien, c'est patatra, quoi.
20:21Et voilà, après, c'est des choses qui sont transformées.
20:24Moi, j'ai fait un filtre, voilà, ce n'est pas un roman historique,
20:31donc ce qu'il y a dans cette période-là de l'histoire
20:35qui peut encore nous être, qui peut encore être parlant aujourd'hui,
20:43j'en ai extrait des choses, transformé des choses qui apparaissent dans le bouquin
20:47et qui peuvent être interprétées, j'imagine, de certaines façons ou d'autres selon ce qu'on y voit.
20:59Pour finir, j'aimerais savoir si ton, on va dire, ce que tu fais dans la vie,
21:03tes comédiens, metteurs en scène, ça a beaucoup nourri ta manière d'écrire
21:07et si ça a influencé ta façon de faire ce livre.
21:11Et en quoi ?
21:12Complètement. Alors déjà, c'est un texte que j'ai écrit complètement à l'oral.
21:19Pas tant pour sentir comment ça sonne musicalement,
21:25mais plutôt sentir comment ça bouge.
21:29Dans mon travail de mise en scène, je fais beaucoup de danse-théâtre.
21:35Comment il y a un lien entre la parole et le mouvement.
21:40et comment est-ce que le fait de parler met le corps en mouvement
21:45et comment le corps peut aussi transformer la parole.
21:50Et donc, tout le texte est vraiment pétri de ça.
21:52Comment une longue phrase emmène le souffle,
21:56comment des choses plus courtes ou plus longues,
22:00comment il y a des jeux avec les rythmes pour porter le corps
22:05ou comment le corps aussi a transformé des phrases.
22:08Donc ça, c'est vraiment quelque chose de primordial dans l'écriture.
22:13Et c'est presque, si ce n'est l'œuvre,
22:17un des points majeurs de ce projet d'écriture-là.
22:24Comment porter un récit oral.
22:28Il y a une histoire antique qui a eu pas mal de succès cet été au cinéma.
22:35Ce qui est un texte qui est au départ des vers,
22:41l'Odyssée.
22:43Et du coup, comment en fait,
22:45cette façon de parler particulière
22:47est capable de porter un récit
22:51et a traversé les millénaires.
22:54Donc ça, c'est quelque chose qui, moi,
22:56de mon métier et de,
22:59en tant que comédien, metteur en scène,
23:01mais aussi en tant que spectateur,
23:02c'est quelque chose qui me porte.
23:05Il y a ça.
23:06Et il y a aussi ensuite dans la structure du texte
23:10et dans...
23:12Le début est étonnant.
23:13Ouais, on m'a posé des questions
23:14sur les anachronismes aussi,
23:17qui sont pour moi, en fait,
23:20et l'humour aussi.
23:21Ouais, c'est très drôle.
23:21Qui sont presque des conséquences,
23:27mais qui ne sont pas forcément le but recherché.
23:30C'est-à-dire qu'au théâtre,
23:33on ne peut pas...
23:34On est obligé de faire avec les moyens du bord
23:36pour, si on décide de mettre en scène
23:40l'Odyssée, par exemple,
23:41on ne peut pas restituer la vérité de l'époque.
23:43On n'a pas les moyens de Christopher Nolan
23:46pour tourner en mer Méditerranée
23:48ou alors ramener la mer Méditerranée
23:50sur le plateau de la comédie française.
23:51C'est trop compliqué.
23:52Et donc, on est obligé de travailler avec des signes,
23:56des choses qui peuvent évoquer des images
23:59dans la tête des gens qui les regardent.
24:02Et ces choses-là,
24:02c'est forcément des choses contemporaines.
24:05Et c'est forcément des choses concrètes.
24:07Ça, c'est un de mes amours du théâtre.
24:11C'est le fait que les choses soient là.
24:13C'est la coprésence.
24:13C'est le seul art.
24:15Les arts de la scène, en général,
24:17la musique, la danse aussi,
24:19où il y a une coprésence,
24:20où on regarde des gens
24:21en train de faire quelque chose devant nous.
24:23Et donc, c'est quelque chose qui est concret.
24:25Et en fait, les anachronismes,
24:28c'est à la fois un moyen d'évoquer,
24:31de faire image,
24:33avec quelque chose qui nous parle à nous,
24:35alors qu'il me vient en tête l'exemple d'un moine.
24:43Vous voyez ce que c'est un moine ?
24:44Mais est-ce que vous voyez ce que c'est l'objet moine ?
24:49Un truc en bois dans lequel on met
24:53quelque chose à chauffer,
24:54une bouilloire pour réchauffer un lit.
24:57Ça ne nous parle pas du tout.
24:58Du coup, si on met cette chose-là dans un texte,
25:00cet objet-là qu'on n'utilise plus du tout aujourd'hui,
25:02il y a quelque chose qui bloque l'imaginaire.
25:05Donc, comment est-ce qu'on essaie de traduire
25:07avec des objets qui nous entourent ?
25:10Une réalité passée.
25:11Une réalité passée pour faire image
25:13et pour que ça puisse nous parler.
25:14Et toujours dans cette recherche de sensibles,
25:18comment on peut évoquer,
25:20avec les choses qu'il y a autour de nous,
25:22du sensible, du goût, du toucher,
25:24de l'odorat.
25:30Et que si, ce n'est pas le cas dans le texte,
25:32mais si Charles VIII, son souvenir d'enfance,
25:35c'était un bol de Nesquik,
25:36ça nous évoque plus quelque chose à nous,
25:38le souvenir d'enfance du bol de Nesquik,
25:40que je ne sais pas ce qu'il pouvait boire à cette époque-là.
25:45Merci beaucoup.
25:46Merci.
25:47Merci.
25:47C'est une très belle réflexion.
25:49Merci.
25:50Je te passe le micro.
25:51Merci.
25:52Merci.
25:52Merci.
25:53Merci.
26:19Alors, on repart en Bretagne,
26:22avec Valérie,
26:24qui est la traductrice de Sacha Bonnette,
26:26donc de ce texte merveilleux,
26:28Les Porteuses d'eau.
26:29Et je suis très heureuse qu'on en parle ce soir.
26:32Alors, pour information,
26:34l'autrice va venir au Festival América fin septembre.
26:37Donc, si vous avez envie de la rencontrer,
26:38si vous achetez le livre ce soir,
26:39vous pourrez vous le faire dédicacer.
26:41Et en plus, vous aurez moins de queue ici
26:43qu'à Festival América.
26:45Alors, profitez-en.
26:48Qu'est-ce que ça fait de travailler sur un texte comme ça,
26:51d'être en dialogue avec une autrice
26:53pendant peut-être des mois,
26:55de rentrer dans cette intimité-là du texte
26:57et d'essayer de nous le restituer au mieux ?
27:00Qu'est-ce que ça fait ?
27:02Ça, c'est une question qu'on peut poser,
27:06en fait, ou à la grèce,
27:07je peux répondre pour chaque texte
27:09sur lequel on travaille aux différents, bien sûr.
27:11Et c'est vrai qu'à chaque fois,
27:13on s'embarque un peu dans une aventure nouvelle.
27:19Alors, au début, il y a toujours un moment
27:21quand on commence à découvrir le texte,
27:23à lire le début,
27:26même si on l'a déjà lu avant,
27:28bien sûr, pour dire oui ou non à l'éditeur,
27:30je ne le prends pas,
27:31on l'a quand même lu,
27:32pas forcément jusqu'au bout.
27:34Mais quand on commence vraiment
27:35à se mettre au travail dessus,
27:36il y a toujours un moment,
27:38en tout cas moi,
27:38où je me dis,
27:39oh là là, je ne vais jamais y arriver
27:41parce que c'est à chaque fois,
27:43enfin, surtout quand c'est un auteur
27:44que je n'ai jamais traduit,
27:47parce qu'à chaque fois,
27:48effectivement,
27:49il faut arriver à entrer,
27:52à trouver le moyen d'entrer dans sa langue
27:55jusqu'à y être...
27:57Familier, confortable, en fait,
27:59dans un texte.
28:00Et donc,
28:03pour mon cas,
28:04je sais que tous les travailleurs,
28:06tous les traducteurs et traductrices
28:07travaillent un peu différemment,
28:08mais on est beaucoup à faire ça,
28:10c'est-à-dire passer énormément de temps
28:11sur le début.
28:12OK.
28:13C'est-à-dire que les quelques premières pages,
28:16je peux y passer des semaines,
28:17en fait,
28:18aller dormir,
28:20revenir le lendemain
28:22et essayer de relire d'un coup
28:23comme si c'était un texte
28:24de quelqu'un d'autre
28:25et puis voir
28:27si je trouve que ça
28:30me convient
28:31et puis relire le texte anglais
28:33en essayant d'oublier
28:34ce que j'ai fait en français
28:35pour...
28:35Oui, essayer de découvrir,
28:36en fait,
28:37toujours le texte.
28:38Quand on vient de l'écrire la veille,
28:39c'est un peu compliqué,
28:40mais...
28:41Et puis, bon,
28:41au bout d'un moment,
28:42il y a quand même...
28:42Bon,
28:44on avance,
28:44on avance,
28:45parce que, ben,
28:46quand même,
28:46il y a un contrat
28:47et puis un éditeur qui attend
28:48à petit peu.
28:49On avance et on attend...
28:51En avançant,
28:52normalement,
28:53si tout va bien,
28:55ça devient plus fluide,
28:58les tournures viennent mieux,
29:00viennent plus facilement
29:01et on a de plus en plus
29:03l'impression
29:03de connaître l'auteur,
29:05surtout quand il s'agit
29:06d'un texte très personnel
29:07comme celui-là.
29:08Comme celui-ci, oui.
29:09Ce n'est pas vraiment
29:10un roman d'imagination,
29:11c'est...
29:11C'est sa vie.
29:12C'est un récit.
29:13Oui, c'est un récit.
29:15Et puis,
29:16vient un moment
29:17où, effectivement,
29:17on a quand même
29:18une petite liste de questions
29:19à poser à l'auteur
29:21et donc,
29:22j'ai été en contact
29:23avec elle par mail.
29:25Très, très sympa.
29:26Elle m'a répondu tout de suite.
29:29Et là,
29:31les questions
29:32pour un texte
29:33comme celui-ci,
29:34c'était vraiment
29:37de l'ordre
29:37de la micronuance.
29:39Là,
29:39quand tu utilises tel mot,
29:40est-ce que tu as voulu dire
29:41plus ci ou plus ça ?
29:43C'était assez limpide
29:44en réalité.
29:45Oui.
29:46Alors,
29:46il y a quelques petites références
29:47que je n'étais pas sûre
29:48d'avoir.
29:50Quelques mots
29:50qu'elle utilisait
29:51qui m'étonnaient un petit peu.
29:52Donc,
29:52je voulais être bien sûre
29:53de ce qu'elle avait voulu.
29:55Le problème,
29:55c'est que quand on pose
29:56ce genre de questions
29:57aux auteurs,
29:59surtout quand ils n'ont pas
30:00trop de notions
30:00de ce que c'est
30:01que la traduction,
30:02ce qui est souvent le cas,
30:03ils répondent complètement
30:04à côté,
30:05en fait,
30:06parce qu'ils ne voient pas
30:06ce qu'on ne voit pas.
30:08Mais,
30:08enfin,
30:08bon,
30:09bref.
30:09En tout cas,
30:10elle a été vraiment
30:11très chaleureuse,
30:12très sympa
30:12dans ses mails en retour.
30:14Donc,
30:14on a commencé
30:15à dialoguer un peu
30:16et ça va être super
30:16de la rencontrer
30:17à Amérique.
30:20Donc,
30:20c'est le premier roman
30:21de Sacha Bonnette.
30:22Elle est journaliste culturelle
30:23aux Etats-Unis.
30:24Elle enseigne aussi
30:25à Columbia,
30:26attendez que je ne dise pas
30:27de bêtises,
30:28et dans une autre
30:29Super Ivy Leagues
30:30aux Etats-Unis.
30:32Et ce qui est merveilleux
30:33dans cette histoire,
30:34c'est que c'est
30:34Les Porteuses d'eau.
30:35Déjà,
30:35le titre est sublime
30:36et vous comprendrez
30:37au fur et à mesure
30:38de la lecture du récit
30:39ce qu'il signifie,
30:40parce que finalement,
30:41l'eau,
30:42c'est aussi la force vitale
30:43et c'est celle
30:44que portent les femmes
30:45depuis plusieurs années,
30:46qu'elles se transmettent
30:47de mère en fille.
30:48Et surtout,
30:48Sacha Bonnette,
30:49elle s'est intéressée
30:50à cette question
30:51parce qu'elle est
30:52devenue mère
30:52et elle s'est demandé
30:54comment la lignée de femmes
30:55dans laquelle
30:55elle a été élevée
30:56va influencer son rôle
30:58de mère.
30:59Je parle sous couvert,
31:00mais ce qui est très touchant
31:01aussi dans cette histoire,
31:03c'est qu'elle cite
31:03une phrase de Toni Morrison
31:04qui, à mon avis,
31:05va vous donner
31:06le ton du texte.
31:07Si vous ne comprenez pas
31:08l'histoire des femmes
31:09afro-américaines,
31:09vous ne comprenez pas
31:10l'histoire de l'Amérique.
31:12Et tout de suite,
31:12vous avez un arbre matriarcal
31:15et Betty,
31:16elle parle de l'histoire
31:16de sa grand-mère Betty
31:17qui descend des esclaves
31:20aux Etats-Unis,
31:21qui s'installe à Houston,
31:22qui ne veut pas
31:23s'associer à un homme,
31:24elle ne veut pas
31:24être mariée à un homme
31:25parce qu'elle ne veut pas
31:25qu'il l'emprisonne,
31:26qu'il l'enferme.
31:27Elle a quand même
31:27connu la violence,
31:29toutes les violences
31:30que peuvent subir les femmes
31:31qui, en plus,
31:32étaient dans le cadre
31:34de la ségrégation.
31:36Donc, vraiment,
31:36c'est une femme
31:37qui est meurtrie
31:38par cette trajectoire
31:39et elle a sept filles
31:40d'hommes de père
31:41inconnu,
31:42elle est totalement libre
31:43et parmi ces sept filles,
31:44elle a la maman de Sacha
31:46et c'est vraiment un cadre
31:47où elles sont élevées
31:48entre femmes
31:49à Houston,
31:50dans cet immeuble,
31:51cette adresse du 5010
31:54à Chenowood
31:55et c'est vrai que,
31:58en fait,
31:58on découvre qu'à la fois,
31:59il y a beaucoup de violence
31:59entre ces femmes,
32:00beaucoup d'amour entre elles
32:02parce qu'elles veulent
32:02se protéger
32:03et en même temps,
32:04elles ne se font pas
32:04toujours du bien
32:05et c'est très difficile
32:06d'exister là-dedans
32:07et on voit aussi
32:08des souvenirs personnels
32:09parce qu'il y a des photos
32:10de sa grand-mère
32:10à laquelle on lui dit
32:12qu'elle ressemble
32:12quand elle est jeune
32:13donc elle essaye
32:14de comprendre quelque chose
32:15et elle dit même
32:16là où se trouve l'eau,
32:17se trouve le mystère
32:18et le mystère engendre
32:20la mythologie
32:21et donc je trouve
32:22que c'est un texte
32:22qui, même si c'est un récit,
32:24il y a toute une question
32:25de l'eau,
32:25de la mythologie,
32:27des bayous,
32:28enfin toute cette culture-là
32:29aussi en Louisiane
32:31qui berce le récit.
32:32Oui,
32:33qui berce le récit,
32:34c'est vraiment ça.
32:36Ce qu'il faut dire,
32:38c'est qu'effectivement,
32:39sa grand-mère a eu
32:41sept filles
32:42mais elle a eu onze enfants.
32:43Oui,
32:43on parle surtout
32:44des filles effectivement.
32:45Donc,
32:46Sacha parle de sa grand-mère,
32:47de sa mère
32:49et de sa brochette
32:50de tante
32:51alors toutes plus
32:54extraordinaires
32:54les unes que les autres,
32:55enfin extraordinaires
32:57parce que Sacha
32:58s'est très bien racontée aussi.
33:00Elle en fait des personnages
33:01romanesques absolument.
33:03C'est ça,
33:03elle en fait des personnages
33:05romanesques.
33:05Il faut dire que oui,
33:06c'est des femmes
33:07qui ont eu des vies
33:08compliquées,
33:09pas faciles
33:09mais comme énormément
33:12de gens
33:12et de femmes
33:14partout.
33:16Mais elle,
33:18il faut dire quand même
33:19que c'est
33:21alors ni misérabiliste
33:22du tout
33:24ni pathos,
33:25c'est des gens
33:25qui ont des rapports
33:26assez durs entre eux
33:27quand même.
33:27Ah oui,
33:27ils ne se ratent pas.
33:28Ils ne se ratent pas.
33:30Des choses dures.
33:30Même la grand-mère
33:31qui est à la fois
33:32un personnage absolument
33:33merveilleux
33:35qui est en fait
33:37le centre
33:37de cette famille
33:38qui est d'une pauvreté
33:39matérielle extrême.
33:41Donc elle a juste pu
33:42avec un mari
33:43qu'elle a eu un moment
33:44acheter une petite maison
33:45à Houston
33:46et cette maison
33:48devient le lieu
33:49de ralliement
33:49de toute la lignée
33:51de toute cette famille
33:52là où les enfants
33:53viennent après l'école
33:54où ils viennent
33:55quand ils se font taper
33:56dessus à la maison
33:57ou quand ça ne va pas
33:58ou machin.
33:58Ils vont chez cette grand-mère
33:59qui est tutélaire
34:01un peu
34:01qui règne
34:02sur ce petit monde.
34:04En même temps,
34:04elle n'est pas douce.
34:05Ah non,
34:06elle est destructrice aussi.
34:07Elle est destructrice aussi,
34:08la mère aussi.
34:11Mais Sacha parle quand même
34:13de tout ce monde-là
34:14avec beaucoup de tendresse,
34:16d'amour et de compréhension
34:17maintenant
34:18pour ces femmes.
34:19Il y avait une sorte
34:20de réconciliation
34:21à la fin,
34:22de tentative
34:23de réconciliation
34:24dans sa tête
34:25avec sa mère
34:26mais dont elle ne cache pas
34:28qu'elles ont eu
34:28des rapports
34:29compliqués,
34:30difficiles.
34:31Mais tout ça raconté
34:32sans pathos
34:32mais par contre
34:33avec énormément
34:34de littérature.
34:36Oui,
34:37c'est vrai,
34:37c'est très littéraire.
34:38Vous connaissiez bien
34:39cette histoire
34:40des Etats-Unis,
34:41ces parties-là
34:41où vous avez découvert
34:42beaucoup de choses ?
34:43Je n'ai pas découvert
34:44tant de choses que ça
34:45parce qu'il se trouve
34:46que j'ai beaucoup travaillé
34:47sur ce sujet
34:48et sur des textes
34:49d'auteurs afro-américains
34:50un peu par hasard
34:52et puis un peu aussi
34:52parce que le monde
34:53de l'édition fait
34:54que quand vous en avez
34:54traduit un,
34:55on vous rappelle
34:56pour un autre,
34:56etc.
34:57Et notamment,
34:58c'est bien,
35:00ça m'a donné
35:00un peu une longueur d'avance
35:01parce que je m'étais déjà
35:03posé certaines questions
35:04de traduction
35:05qu'on se pose
35:06quand on traduit
35:07des auteurs
35:08sur un sujet particulier
35:09ou d'un milieu particulier
35:11et là,
35:12en plus,
35:12d'un monde
35:13un peu touchy,
35:14sensible
35:16qui sont les,
35:19surtout,
35:19venant des États-Unis.
35:22Donc,
35:22ce monde afro-américain
35:24qui n'est pas du tout,
35:25effectivement,
35:26dont je ne suis pas
35:27issue du tout,
35:28mais je m'étais déjà
35:32posée,
35:33et j'avais répondu
35:34à un certain nombre
35:34de questions
35:35de traduction
35:36qui se posent
35:36quand on traduit
35:37ce genre de texte.
35:38Qu'est-ce qu'on fait
35:39du mot negro,
35:40nigger,
35:41etc.
35:43comment faire
35:43une traduction
35:44qui ne soit pas
35:45trop blanco-centrée,
35:47c'est-à-dire
35:47qu'il y a des termes
35:47qui parlent plus
35:48à des afro-américains
35:50ou européens,
35:51enfin,
35:51des milieux,
35:53je les laisse,
35:54en fait,
35:54blancs,
35:55casse-renseignés,
35:56ce genre de questions.
35:57Voilà,
35:58je fais attention
35:58à ça,
36:00mais bon,
36:00j'ai déjà l'habitude
36:01et sur ce qu'elle raconte,
36:03non,
36:03j'ai été frappée
36:04parce qu'il y a
36:05trois ans,
36:06je crois,
36:06j'ai traduit
36:07un roman
36:08de Danny Milner
36:10qui est une américaine
36:11aussi
36:12qui racontait
36:14sous une forme
36:15alors là,
36:16romanesque,
36:16mais complètement différente,
36:19beaucoup les mêmes,
36:19les mêmes histoires,
36:21en fait,
36:21le même vécu,
36:22la même réalité
36:23vécue par ces lignées
36:24de femmes comme ça,
36:26mais alors avec,
36:27mais pas du tout,
36:29du tout,
36:29du tout la même écriture
36:30et pas du tout
36:31le même genre de texte.
36:32Donc,
36:32c'était marrant
36:33parce que le fond
36:34était un peu le même
36:35et alors la forme
36:36mais a-t-il en avoir.
36:39Et oui,
36:40ce que je n'ai pas dit
36:41tout à l'heure,
36:41c'est que quand on traduit
36:42vraiment un beau texte
36:43qui est déjà très écrit
36:44dans la langue originale,
36:47très littéraire,
36:48le travail du traducteur,
36:49on se dit surtout,
36:51on essaye de ne pas l'abîmer
36:52en fait.
36:53C'est-à-dire que,
36:54j'ai essayé vraiment
36:56d'avoir la main très légère,
36:57de ne jamais forcer le trait
36:59et de me faire oublier
37:00encore plus
37:01que sur d'autres traductions
37:03et juste arriver
37:07à imiter sa justesse à elle.
37:10Quand vous rentrez
37:11dans un texte comme ça,
37:12vous sentez la voix,
37:14enfin,
37:14vous entendez la voix
37:15d'un vrai auteur ?
37:17Eh bien,
37:17ça dépend des textes.
37:19Voilà,
37:19c'est ça.
37:19Non,
37:20mais parce qu'en fait,
37:20comme vous entrez
37:21au cœur du réacteur,
37:22finalement,
37:22on ne vous la fait pas.
37:23enfin,
37:24vous sentez,
37:25vous savez ce que c'est
37:26un auteur qui a une voix.
37:27Exactement.
37:27Et je peux vous dire
37:28que c'est beaucoup plus agréable
37:29et même beaucoup plus facile
37:31en fait,
37:32de traduire un bon texte
37:33avec une vraie voix,
37:34un vrai auteur.
37:36sauf dans les cas
37:37où il y a une vraie voix,
37:38mais alors qu'il est tellement
37:38loin de la nôtre
37:39qu'on a du mal.
37:42Ça peut arriver,
37:43bon,
37:44c'est rare,
37:45parce qu'en général,
37:47par définition,
37:48on est assez adaptable.
37:50Mais là,
37:51quand on entre dans un texte
37:52et puis qu'effectivement,
37:53ça y est,
37:54on commence à être,
37:55vraiment à avoir saisi ce ton.
37:56Alors,
37:56je dis,
37:57moi,
37:57c'est vraiment par imprégnation
37:58et par la répétition
37:59des 30 premières pages
38:03que j'arrive à arriver
38:05dans cet état-là.
38:06Et après,
38:06il y a toute une période
38:07où ça va tout seul
38:08où j'arrive le matin
38:09dans mon ordi,
38:10je relis ce que j'ai fait la veille
38:11pour me remettre
38:12dans ce ton-là.
38:13Et puis,
38:14je repars.
38:15Et là,
38:16c'est extraordinairement agréable
38:18quand on sent que,
38:19oui,
38:20on est dans le flow,
38:23O-W et O-T,
38:25les deux.
38:26Et là,
38:26en l'occurrence,
38:27ça allait très bien
38:28avec.
38:29Là,
38:30c'est très agréable
38:30et pour moi,
38:31c'est le signe
38:32qu'on a un vrai auteur
38:34et qu'on a un bon texte.
38:36Wow.
38:37Et est-ce que ce livre,
38:39il vous laisse une trace
38:40maintenant que vous l'avez rendu,
38:42qu'il est ici ?
38:43Est-ce qu'il vous marque ?
38:45Est-ce que vous avez passé
38:46beaucoup de temps avec ?
38:47Oui,
38:48j'ai passé beaucoup de temps avec.
38:49Il me marque dans le sens où,
38:51oui,
38:52c'est sûr que je vais,
38:53c'est vraiment,
38:54ces personnages,
38:55je ne vais pas les oublier.
38:56J'ai été,
38:57pas mal marqués,
39:00touchés aussi.
39:01Moi,
39:01je n'ai pas de fille.
39:02J'ai eu un fils
39:02et puis bon,
39:03il n'est plus enfant maintenant.
39:04Il est bien grand.
39:05Mais toutes les questions
39:07qu'elle se pose
39:08dans la troisième partie,
39:11parce qu'il faut dire
39:12qu'il y a vraiment
39:13une partie sur sa grand-mère,
39:14une partie sur
39:15toutes ses tantes-là
39:16et sa mère
39:19qui est très mouvementée
39:20et très,
39:21assez rocambolesque.
39:23Voilà,
39:24on a vraiment des personnages.
39:25Et puis,
39:26la troisième partie,
39:27mais alors,
39:27assez différente.
39:28Quand elle est en thérapie.
39:29Oui,
39:29en thérapie.
39:30Assez différente
39:30qui est vraiment sur son...
39:31Oui,
39:31alors,
39:32elle...
39:32Elle est la seule
39:34à faire une thérapie
39:34dans sa famille.
39:35Oui,
39:36voilà.
39:36Comment vous dire
39:37qu'elle ouvre
39:37un gros chantier ?
39:39Oui,
39:39Elle ouvre un gros chantier.
39:40Et on lui fait bien comprendre.
39:41Elle ouvre un gros chantier
39:42et d'ailleurs,
39:43son écriture change
39:44et je trouve qu'elle a
39:46beaucoup plus de mal
39:47à prendre le petit recul
39:49littéraire.
39:50Mais c'est normal.
39:52C'est intime.
39:53C'est très intime
39:54ce qu'elle raconte.
39:54Et donc,
39:55elle parle à la fois,
39:56oui,
39:56de tout ce qu'elle porte en elle,
39:59qu'elle vient de nous raconter
40:00pendant les deux premières parties,
40:03de quoi faire de ça
40:04et de toutes les questions
40:06qu'elle se pose
40:07sur comment élever sa fille
40:12après toutes ces lignées
40:13de femmes.
40:13En plus,
40:14c'est un univers,
40:14c'est vrai,
40:15tellement féminin
40:16parce que les hommes,
40:17bon,
40:17pour des raisons historiques
40:18qui sont connues,
40:19des gens qui descendaient
40:20de l'esclavage,
40:22les hommes sont très peu inclus
40:25dans la vie familiale.
40:28Et donc,
40:29après tout ce passé
40:31de femmes
40:31et de ce qu'elles ont vécu
40:32avec chaque génération
40:33qui change un peu
40:34dans sa façon,
40:36évidemment,
40:37dans son mode de vie,
40:39comment élever sa fille.
40:41Toutes ces questions
40:41sur comment élever sa fille
40:42sont fondamentales
40:44et très contemporaines
40:46pour le coup
40:46parce que là,
40:47c'est maintenant.
40:48Sa fille est encore petite
40:49et c'est vraiment passionnant.
40:52Moins littéraire,
40:53mais passionnant.
40:54Je suis d'accord.
40:57Merci beaucoup.
40:59Merci à vous.
40:59C'est un texte
41:00que j'ai beaucoup aimé
41:01comme les autres
41:02pour des raisons différentes.
41:03Donc,
41:03je vous souhaite
41:04une bonne lecture
41:04avec tout ça,
41:06toutes ces merveilles.
41:11On est en train de dire,
41:13c'est vrai,
41:13les livres sont très beaux.
41:15Bravo.
41:21Vous pouvez vous faire une série.
41:22Voilà.
41:24Et j'insiste,
41:25je vous recommande
41:25le livre à nouveau
41:26de Michael Dichter.
41:28Passion,
41:28franchement,
41:29un livre merveilleux
41:30qui a eu un immense succès
41:31et qui est encore lu
41:33et très lu.
41:34un livre génial.
41:35Je l'ai croisé hier
41:36dans Paris en plus.
41:37Voilà.
41:39Merci beaucoup.
41:40Est-ce que vous avez
41:40des questions ?
41:43Vous pouvez profiter quand même
41:44une traductrice,
41:45c'est une chance,
41:45une éditrice,
41:46un auteur,
41:48qui en plus est comédien-metteur
41:49en scène.
41:50Vous pouvez vous...
41:51Allez-y.
41:53On a tout dit peut-être.
41:54Je crois qu'on a tout couvert.
41:59Alors...
42:00Je crois qu'elle a un gros programme.
42:09Elle fait plusieurs rencontres.
42:11Elle fait quatre rencontres.
42:14Moi aussi,
42:14je serai à America.
42:16Voilà.
42:16J'animerai une rencontre
42:17sur Écrire l'amour
42:18qui aura lieu le dimanche
42:20vers 18h.
42:22Je mettrai ça
42:23sur mon compte Instagram
42:24Idylle Culturelle.
42:25Donc,
42:25si ça vous intéresse,
42:26Écrire l'amour,
42:27j'ai trouvé que le titre
42:28était quand même hyper beau.
42:29Donc,
42:29je leur ai dit,
42:30bien sûr,
42:30Écrire l'amour,
42:31c'est so Idylle.
42:32J'adore.
42:33Je suis trop contente.
42:34Et il y a des très beaux auteurs.
42:35Et là,
42:36c'est vrai que sa jabonnette,
42:37elle a des très belles rencontres.
42:38Oui.
42:42Merci beaucoup.
42:43Merci.
42:45Merci.