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  • il y a 22 minutes
Chères lectrices, chers lecteurs,

Lundi 14 septembre, nous avons eu le plaisir d'accueillir le lancement de New York Mosaïc, premier roman de Bertrand Dal Vecchio paru aux éditions Rue Fromentin.

🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.

Vous souhaitant de belles lectures,

L'écume 🌊

La Quatrième : New York. 1990. Une ville au bord de la rupture. Criminalité hors de contrôle. Corruption. Tensions raciales. Violences policières. Des communautés qui s'embrasent. Un rabbin est assassiné. Scarcella, inspecteur star sous pression, doit trouver un coupable dans une ville qui en réclame un. Pouvoir, médias, rue : tout s'entrechoque sur fond de campagne électorale. Et déjà, dans l'ombre, Donald Trump avance ses pions. Dans ce chaos, l'élection de Rudolph Giuliani marque un basculement : la fin du New York du XXe siècle, brutal, sale, incandescent, vile-monde où tout semblait possible.
Transcription
00:01et bien bonsoir à toutes et à tous merci beaucoup d'être là ce soir pour le lancement de new
00:07york
00:07mosaïque bonsoir bonsoir c'est donc votre premier roman paru sur ruf romantin absolument parait donc
00:14cette rentrée et qui vous a pris dix ans oui alors vous étiez capitaine de police exactement et vous
00:21êtes désormais auteur pour moi vous travaillez aussi pour la télévision j'ai oui je développe
00:25des projets aussi pour la télévision voilà et vous avez fait et vous avez fait cette rentrée un roman
00:31un roman choral roman noir et un roman sur une décennie très particulière sur une ville qui
00:38l'est tout autant exactement new york qui vous a pris une décennie à composer oui et pourquoi new york
00:46alors alors tout est parti d'un article de presse que j'ai lu donc je crois en 2014 en
00:53parisien et
00:55qui évoquait un scandale qui secouait la police new yorkaise c'était donc le personnalité dans la
01:04ville de la ville qui s'appelle louise carcela qui était un détective qui avait vraiment une aura très
01:10très importante dans la ville il n'y a pas véritablement de d'ailleurs de commune mesure à ce qu
01:16'on peut
01:16imaginer pour un policier en france parce que il avait eu des articles de presse très élogieux sur son
01:22travail il avait même une série télé un moment un épisode d'une série télé qui lui avait été
01:27dévolue quand il était parti en retraite il était passé dans une émission qui est très connue qui
01:33s'appelle docteur phil où il avait été interviewé sur les techniques d'interrogatoire sur comment est
01:38ce qu'on obtient des aveux puisque justement là c'est apparemment sa grande qualité le grand talent
01:44qu'on lui prêtait c'était une faculté quasi surnaturel pour obtenir des aveux et bon bah le il
01:52était parti en retraite à l'aube des années 2000 et donc quinze ans plus tard scandale énorme on découvre
01:59que il a trafiqué un certain nombre d'enquêtes sur lesquelles il avait travaillé extorqué un certain
02:06nombre d'aveux envoyé un certain nombre d'innocents en prison et donc le scandale était était très très
02:12important donc le l'article était assez était assez fabuleux parce que il y avait cette il y avait
02:20cette trajectoire dramatique du monsieur tout le monde né dans le quartier italien de brocline qui
02:28devenait le meilleur inspecteur de la ville qui a eu droit à un article absolument élogieux quand il est
02:34parti en retraite qui a été multi décoré et puis des années plus tard on découvre que tout ça tout
02:41ça
02:41c'est pas c'est pas c'est pas vrai et et la chute de ce type là est à
02:45la hauteur de la gloire qu'il a
02:49connu et de son ascension donc il y avait déjà là un matériau qui était qui était très intéressant et
02:56donc
02:56j'ai commencé à me documenter sur cette affaire et et en fait en tirant le fil chaque chaque découverte
03:05se révélait plus intéressante que la précédente parce que il avait travaillé dans les années 90 qui
03:11effectivement sont des années très très particulières pour la ville de new york la criminalité est à son
03:18apogée à new york en 1990 il ya 2290 homicides
03:25dit 15 ans plus tôt il y en avait 500
03:28la ville est rongée par le par le trafic de craques c'est un point où les gens n'osent
03:34plus sortir la
03:35nuit il ya certains quartiers de la ville qui comportent chaque année plus d'homicide que dans
03:41l'angleterre tout entière s'ajoute à cela une crise économique la ville a énormément de mal à sortir
03:48d'une crise économique latente et puis des tensions entre les différentes communautés de la ville qui
03:55sont très très très très fortes et donc quand on découvre tout ça on s'aperçoit que c'est un
04:01que
04:01c'est un matériau romanesque qui est fabuleux quoi et donc j'ai commencé à l'explorer et puis et
04:10puis
04:10assez rapidement s'est posé la question de de comment comment raconter cette histoire là et les
04:18problèmes ont commencé là parce que est ce qu'il fallait raconter juste l'histoire de louis carcela
04:24est ce qu'il fallait essayer d'embrasser le destin de la ville est ce que est ce qu'il
04:31fallait avoir un
04:32seul personnage plusieurs personnages et puis évidemment à partir du moment où on s'intéresse à un projet comme
04:38ça le problème c'est qu'elle est comment gère-t-on l'équilibre entre le matériau romanesque inventé le
04:48matériau fictionnel dont on a forcément besoin quand on raconte une histoire et puis la réalité
04:55matérielle les faits rien que les faits etc donc il faut trouver un équilibre dans tout ça et donc et
05:00et donc c'est c'est assez voilà c'est assez long c'est assez incertain
05:07j'étais pas sûr d'être en capacité technique de l'écrire tout simplement j'étais pas j'étais pas
05:11du
05:11tout sûr de moi donc j'ai essayé certains j'ai essayé de j'ai essayé de tricher un peu
05:18alors au début
05:18j'ai essayé je me suis dit ah faut plutôt que tu essaies d'écrire des articles et puis après
05:22une nouvelle
05:23et puis après une pièce de théâtre ce serait pas mal en pièces de théâtre et puis après un court
05:28roman et
05:29puis bon enfin donc j'ai beaucoup testé différentes formes de narration et puis au bout d'un moment je
05:35me
05:35suis retrouvé un peu au pied du mur où je me suis dit non il faut c'est un roman
05:39qu'il faut écrire
05:40voilà et il faut dépasser le cadre uniquement de louise car c'est là pour raconter un peu l'histoire
05:46de la
05:46ville pour embrasser le destin de la ville durant ces années là et donc donc tu auras besoin d'écrire
05:53un roman chorale quoi voilà et les ennuis les ennuis arrivent là quoi louise carcela qui est un des
05:59personnages principaux arrive finalement assez tard par rapport au début du roman puisque le premier
06:03chapitre c'est un personnage qui est devenu très connu depuis pour son temps à manger ses casquettes
06:08rouges exactement et et pas que malheureusement et aussi teresa qui est l'incarnation finalement d'une
06:15craquette exactement et du bronx et justement enfin le roman commence en 90 se termine en début
06:23des années 2000 vous avez une phrase justement disant que la lutte contre le craque a été vite
06:27remplacée par la lutte contre les cigarettes et pourquoi avoir choisi cette décennie et pas
06:34celle de taxi driver par exemple ou qui est tout aussi violent tout aussi pour une histoire de oui
06:40il y avait le j'étais un peu j'étais de toute manière je voulais raconter l'histoire de louise
06:47carcela parce que j'avais une connexion aussi avec lui qui est que j'étais moi même policier et
07:02j'étais à cette époque là je travaillais dans une unité de lutte antiterroriste et et on me prêtait
07:09beaucoup de qualité dans mon travail à cette époque là et donc à partir du moment où vous travaillez
07:17dans une unité où vous avez de bons résultats on veut toujours que vous ayez de bons résultats et
07:24donc évidemment il ya des fois où vous ne pouvez pas obtenir de bons résultats parce que les
07:29choses ne se goupillent pas de telle sorte que vous puissiez avoir de bons résultats donc il ya
07:34toujours la tentation de la tricherie voilà notamment quand vous êtes quand vous êtes impliqué dans une
07:39enquête liée sur un projet d'attentat ou des choses comme ça ce qui était ce qui a été mon
07:45quotidien
07:45pendant dix ans votre chef de service mais au dessus de lui le chef de division et au dessus de
07:52lui le
07:52préfet et au dessus de lui le ministre il ya un moment où le ça marche pas et ça les
07:57intéresse pas comme
07:58message donc il faut que ça fonctionne donc il faut que ça fonctionne donc vous avez un certain nombre
08:02d'outils légaux qui vous permettent de faire fonctionner les choses et puis même si ces outils
08:07légaux ne fonctionnent pas voilà on attend voilà on attend et donc la tentation est là donc je
08:16nous la société la société française est différente le fonctionnement de l'administration française est
08:22différent le les organes de contrôle sont sans doute plus important qu'ils ne l'étaient dans
08:27le new york de ces années là donc c'est pas le décalage c'était pas possible d'envisager
08:33de dévier du droit chemin de comme lui l'a fait mais je comprenais la tentation du type à qui
08:42on disait
08:42vous êtes le seul qui peut résoudre cette affaire là résolvez là voilà et d'ailleurs c'est quelque
08:48chose que louise carcela quand il s'est retrouvé dans l'oeil du cyclone que les journalistes ont
08:52commencé à assiéger son domicile il a dû déménager il a fait l'objet de menaces enfin il est sa
09:02trajectoire
09:02dramatique est vraiment incroyable il est il a été menacé enfin bon et un de ses un de ses modes
09:12de
09:12défense c'était de dire mais attendez moi j'étais pas tout seul dans les années 90 quoi voilà moi
09:17j'ai
09:17enquêté sur 200 homicides j'ai enquêté sur 200 meurtres j'en ai résolu la plupart tout le monde
09:23était content enfin je veux dire mes affaires elles étaient évoquées devant des substituts du procureur
09:28qui prenait les affaires telles quelles qui les poursuivait ça passait devant des juges qui
09:32envoyait des gens en prison sont sa stratégie de défense était de dire mais moi je suis pas tout
09:38seul là dedans je ne suis qu'un rouage de la machine et et donc ça c'est ça c
09:45'est quelque chose
09:46que je comprenais aussi voilà et donc je voulais absolument écrire son histoire et cette raison pour
09:53laquelle du coup j'étais j'étais lié à ces années d'exercice donc aux années 90 et on sent
10:00cet affinitif seulement en disant très vite on voit que finalement l'institution est dépassée par
10:05la réalité du terrain oui beaucoup plus violente que les moyens qu'ils ont oui oui absolument et
10:09c'est vraiment enfin il ya une véritable violence c'est c'est alors le bon c'est un peu
10:15dangereux de
10:16faire ce parallèle là parce que c'est les époques sont différentes les affaires sont
10:19différentes c'est pas si ça a vraiment du sens mais c'est vrai que moi j'ai été j
10:24'ai travaillé
10:24donc dans la lutte antiterroriste entre donc 2008 et 2018 quand j'ai quitté la police et on a cessé
10:34d'être en retard sur les événements enfin je veux dire l'année 2015 désolé je sors du bouquin mais
10:412015 bon c'est entre eux le bataclan à la fin de l'année charlie hebdo en début d'année
10:47le thalys au
10:48milieu plus un certain nombre de d'autres attaques bon voilà donc enfin les services de l'état était
10:57quand même on était complètement dépassé par les événements c'est on écopé un bateau dont on voilà
11:03l'eau s'infiltrait de toutes parts donc donc ça aussi c'était quelque chose que je comprenais intimement
11:11quand j'ai commencé à m'intéresser aux années 90 parce que qui a déjà mené une enquête criminelle
11:18sait à quel point c'est incroyablement compliqué et chronophage je veux dire les séries télé nous ont
11:24appris qu'on pouvait résoudre ça en 52 minutes ou en 90 minutes bon malheureusement c'est souvent un peu
11:31plus long et un peu plus fastidieux que ça et donc quand on imagine une ville où il y a
11:362290 meurtres à
11:38l'année et ça c'est les meurtres commis c'est à dire que ça prend pas en compte les
11:43tentatives les
11:46les gens à l'hôpital ça prend pas en compte les viols ça prend pas en compte les enlèvements là
11:50on
11:50parle que des meurtres donc il ya encore une criminalité qui est autour de ça qui est encore
11:54plus importante donc les services de l'état sont absolument dépassés et à partir du moment où
12:01on est dépassé on a besoin d'un héros en fait voilà et donc louise carcela lui il est le
12:06héros de
12:06ces années là c'est le meilleur flic de la ville voilà il a des éditos d'itirambique élogieux dans
12:13les dans les journaux et et probablement il a fini un moment par ce par se perdre dans sa propre
12:19célébrité dans sa propre réussite dans le regard des autres et puis et puis là il a il a commencé
12:26à à
12:27à tricher et voilà et des innocents sont retrouvés en prison on le sent même sans trop dévoiler mais
12:33assez vite pris au piège par les événements aussi oui puisqu'il ya d'autres personnages qui arrivent au fur
12:38et à
12:38mesure de l'histoire dont notamment un spin doctor politique oui qui est s'appelle david meyer
12:44david meyer exactement complètement cynique qui qui possède les gens détenant des photos
12:50compromettantes rapidement enfin sur notamment un rapport homosexuel avec un mineur et
12:57le le david meyer donc lui c'est un personnage qui est complètement fictif pour le compte mais
13:01j'avais besoin de lui parce que c'était important de montrer comment
13:08quand une ville ou un pays d'ailleurs ça vaut probablement pour un pays mais la ville de
13:13new york est en situation de crise les gens vont instrumentaliser cette crise à des fins politiques
13:17et donc les questions de criminalité sont instrumentalisés les questions les questions
13:26les tensions raciales sont instrumentalisés et évidemment qui dit instrumentalisation dit dit
13:32gens qui dont c'est entre guillemets le métier ou la nature d'essayer d'utiliser toutes ces tensions à
13:39leur avantage ou pour l'avantage d'un d'une tierce personne donc ça c'était important d'avoir un
13:44personnage
13:45qui montrait que toute cette violence toute cette criminalité elle doit être résolu parce que les
13:52gens meurent il faut bien que voilà il faut bien arrêter les les auteurs de crimes mais il ya aussi
13:58il ya
13:59aussi la tentation toujours d'utiliser ce climat là et là c'était quelque chose quand j'ai commencé à
14:07travailler sur sur le livre je voyais bien aussi en france voilà même si encore une fois comparaison n'est
14:14pas
14:14raison mais bon on voit bien que le la question de la criminalité en france c'est un sujet politique
14:20là depuis le
14:22le 7 octobre il ya il ya quand même aussi d'autres
14:26tensions dans la société qui sont instrumentalisés voilà aussi à des fins politiques
14:32bon voilà le moment ça apparaît dans le livre dont dans les années 90 il ya un pogrom à brooklyn
14:37voilà ça apparaît dans le livre à un moment il ya un accident de la circulation
14:41il ya le convoi du grand rabbin de brooklyn qui qui renverse deux enfants qui sont à bicyclette un
14:48des enfants qui s'appelle cavine gâteau qui a 7 ans meurt
14:52et le bruit commence à courir dans la ville que
14:57le convoi du rabbin est reparti immédiatement sans traiter sans porter secours aux enfants gravement blessés
15:03et donc c'est l'étincelle qui qui fait exploser le baril de poudre de deux tensions qui existait entre
15:10les que la communauté afro-américaine et la communauté juive à brooklyn
15:13qui était déjà à couteau tiré depuis des années
15:15et et il ya un véritable voilà il ya des scènes absolument hallucinantes
15:22qui sont documentés
15:25des gars qui font le salut nazi à times square des boutiques
15:30juifs qui sont incendiés des mezuzahs qui sont arrachés au linteau des portes
15:37bon et voilà et ça dure et ça dure
15:40deux ou trois jours et le pouvoir politique est dans l'incapacité totale de gérer ça
15:45pour david dinkins qui est le maire à cette époque là
15:47c'est politiquement très compliqué parce qu'il a été élu sur une synthèse un peu étrange de
15:53de voies afro-américaines et de voies de la communauté juive
15:58l'épigrafe du livre d'ailleurs voilà une citation de david dinkins voilà c'est de new york cette belle
16:02mosaïque
16:03c'est de couleur et c'est une communauté d'orientation sexuelle exactement et là bon il est à
16:09et bon voilà là il est à l'épreuve de la réalité où malheureusement
16:13ça ne se passe pas si bien que ça quoi voilà et il doit faire à ce moment là des
16:17choix qui sont très compliqués
16:19il y a un touriste australien
16:22juif qui est assassiné au cours de ces
16:25de ces heures là qui prend des coups de couteau
16:29et donc c'est très compliqué pour c'est très compliqué pour lui et donc les gens instrumentalisent ça ses
16:33opposants
16:35instrumentalisent
16:36tous ces drames là pour
16:37à des fins politiques donc le personnage de david meyer il permet justement d'explorer cette
16:43cette instrumentalisation
16:44au point même qu'on peut se demander si son ambition n'est pas elle-même une addiction à new
16:49york puisque enfin on voit les deux épigraphes qui se répondent
16:52où c'est à la fois le discours de david dinkins sur
16:54à quel point cette ville est une mosaïque merveilleuse de communautés et en même temps une citation de la bible
16:58disant ce pays qui dévore ses habitants
17:01oui ça c'était
17:05ça c'est une vision très personnelle de la ville que j'ai mais pas uniquement de new york mais
17:10de toutes les grandes métropoles
17:12il me semble qu'elles ont une énergie
17:16propre
17:16et qui est tellement importante
17:19que
17:21celui qui essaie de
17:24de l'instrument
17:24de l'utiliser à son service ou d'aller à son encontre
17:28à toutes les chances de se retrouver
17:31emporté
17:31d'ailleurs le
17:32bon tous les personnages du livre essaient à un moment ou un autre de
17:36de gérer cette ville de prendre en compte l'énergie de cette ville pour y mettre de l'ordre pour
17:40l'utiliser
17:41et bon pour
17:42voilà pour la plupart d'entre eux ça se passe pas très bien quoi voilà
17:45voire même très très mal
17:46même très mal
17:47effectivement
17:47donc on vient de débattre des penthouses
17:50non non ça se passe pas très bien ouais exactement
17:52et bien sur l'écriture vraiment
17:55je me demandais
17:56enfin c'est un premier roman
17:58ouais
17:58et c'est très maîtrisé
18:00parce que c'est des chapitres courts
18:01beaucoup de dialogues
18:02mais des phrases courtes
18:03chaque chapitre rappelle le suivant
18:05comment c'est fait justement le processus d'écriture
18:09pour englober tout ça
18:10tout ce côté foisonnant
18:14alors moi je suis pas un très bon moi j'ai jamais été un très bon élève et en fait
18:23j'ai découvert la littérature
18:27dans un livre de cinquième dans mon livre de français de cinquième il y avait un encart sur la littérature
18:32américaine
18:33et jusqu'en cinquième je lisais très très peu
18:35et je me souviens très bien il y avait Dash Olamet il y avait Raymond Chandler il y avait James
18:39Eastwood
18:40il y avait une espèce de roman autour de la femme à abattre là bon
18:45et puis je crois que je sais plus le dernier truc
18:51et je me suis dit ah là là cette énergie
18:54il y avait un rapport à la ville aussi qui me plaisait beaucoup déjà à l'époque
18:57et j'ai commencé à lire beaucoup de littérature noire
18:59et après j'ai eu un deuxième choc
19:01en vacances avec mes parents
19:04on était dans un hôtel
19:05et il y avait Canal Plus dans la chambre d'hôtel
19:09mais nous on n'avait pas Canal Plus
19:10donc je ne sais plus mes parents étaient partis faire un truc
19:12et moi j'étais resté pour regarder Canal Plus
19:14et je vois un film où il y a des gens dans une agence immobilière
19:18et ils s'engueulent
19:20ils ne sont que dans l'agence immobilière et ils s'engueulent
19:23et pour moi c'est fascinant
19:25le pouvoir du langage
19:28le langage comme moteur de l'action
19:31je trouve ça absolument fabuleux
19:33et j'apprends après que c'est l'adaptation d'une pièce de David Mamet
19:37qui s'appelle Glendary Glen Rose
19:40et je me dis ça je veux écrire ça en fait
19:43et donc évidemment
19:45bon c'est n'importe quoi
19:47parce que j'ai 15 ans
19:48je ne parle même pas très bien anglais
19:50on est vraiment
19:50il y a très longtemps
19:52donc c'est difficile de trouver de la littérature anglaise
19:55quand on habite au fin fond de la province comme moi
19:57donc tout ça prend un peu de temps
19:59mais je commence à lire de la littérature de théâtre américaine
20:03et il y a quelque chose
20:04et j'apprends en fait avec eux
20:06un certain nombre de leçons que j'ai affiné après en lisant des bouquins de dramaturge américain
20:11en assistant à quelques conférences liées à l'écriture
20:16et ils ont une écriture qui est très très différente de l'écriture française
20:21parce qu'elle est très peu psychologisante
20:26et notamment dans le grand théâtre populaire américain des années 40, 50, 60
20:31c'est marche ou crève
20:32ils n'ont pas le droit à l'échec
20:33c'est à dire que évidemment c'est très compliqué d'aller à Broadway
20:37et puis si on a la chance à un moment d'avoir une pièce qui est à Broadway
20:39c'est un fusil qui tire un coup
20:41c'est à dire que le public a intérêt à venir
20:43il n'y a pas de subvention, il n'y a pas d'aide
20:46et donc du coup dans leur écriture
20:48ils sont obligés d'être très très efficaces
20:50et donc il n'y a pas de temps mort
20:54et donc ça c'est, comment dire, cet héritage
20:58c'est poursuivi dans les ateliers d'écriture de scénarios américains
21:03où la règle c'est toujours ne soyez pas ennuyeux
21:05il y a une seule règle c'est ne soyez pas ennuyeux
21:08et donc modestement quand j'ai attaqué le bouquin
21:11c'était vraiment un truc qui me guidait beaucoup
21:14c'était ne sois pas ennuyeux, ne sois pas ennuyeux
21:19alors pourtant je n'ai pas tout à fait réussi
21:20parce que le premier, la première version du roman
21:24était vraiment, c'était à peu près le double
21:27c'était vraiment, c'était beaucoup trop gros
21:29et donc
21:30il y avait 300 pages
21:31ouais non mais c'était vraiment beaucoup plus gros que ça
21:33il y avait beaucoup plus de personnages etc
21:34alors c'était un peu, je m'étais laissé un peu emporter
21:37et donc il y a eu les camarades de Ruffrementin
21:41qui m'ont dit c'est pas raisonnable
21:44il faut quand même resserrer un peu tout ça
21:46et j'ai beaucoup travaillé avec eux
21:47et il faut que je les remercie là publiquement
21:49parce que c'est vraiment grâce à eux
21:52que le bouquin s'est vraiment resserré
21:54que les fils narratifs
21:56se sont concentrés vraiment sur l'essentiel
21:59et là vraiment je crois qu'on est arrivé
22:01effectivement à un bouquin qui était vraiment
22:03qui est vraiment nerveux
22:05et qui n'est pas ennuyeux
22:06voilà
22:07c'est vraiment ce qu'on ressent
22:08et on pense à des films noirs
22:11on a l'impression de voir
22:12un peu comme Seven de David Fincher
22:15où on arrive à la fois
22:16on voit le corps rongé par les rats
22:18puis on passe directement au penthouse
22:20c'est une écriture très visuelle
22:23et je me demandais
22:28comment il vous est venu spontanément
22:35parce que c'est à la fois aussi
22:36très richement documenté
22:38on sent que vous avez tout lu
22:41sur les New York des années 90 globalement
22:43pas mal
22:44sans doute pas tout
22:46mais pas mal
22:46on a l'histoire politique
22:47d'élection municipale
22:48en élection municipale
22:49on voit tous les enjeux
22:51on voit que
22:51tel maire a soutenu les Yankees
22:54et pas les Dodgers
22:55et que c'était la chose à ne pas faire
22:57parce qu'il fallait techniquement
22:58pour soutenir la communauté
23:00il y a tous les enjeux communautaires
23:01qui pour le coup sont très propres aux Etats-Unis
23:03enfin
23:04qui le sont un peu partout
23:05mais particulièrement aux Etats-Unis
23:07absolument
23:08comment vous êtes immergé
23:10dans cette culture américaine
23:11est-ce que c'était simplement
23:13les auteurs que vous avez cités
23:14alors ça c'était un vrai
23:15ça c'était une vraie inquiétude
23:17parce que
23:19le risque c'était de faire un bouquin
23:21qui soit un peu
23:22Agnière sur Hudson
23:24vous voyez
23:24c'est un espèce de mélange
23:26de culture française
23:28et de trucs américains mal digérés
23:30et là c'était sûr que c'était la cata
23:33là c'était vraiment
23:34c'était prendre le mur
23:35et ça c'était vraiment
23:36le plus gros écueil
23:37c'était de faire un truc
23:38qui soit
23:40le New York
23:41fantasmé
23:42par un gars de Paname
23:43ça c'était
23:44ça ça m'a vraiment
23:46beaucoup préoccupé
23:47et donc en fait
23:50en réalité
23:51à mon avis
23:52une façon de contourner
23:53l'écueil
23:54c'est
23:58évidemment
23:58d'être bien documenté
24:01parce que
24:02si on est bien documenté
24:04on a déjà
24:05tellement de choses à dire
24:06qu'on n'a pas tellement
24:07de raison
24:07de partir
24:10voilà
24:10d'essayer
24:12de noircir
24:12des lignes
24:13pour noircir
24:13des lignes
24:15ensuite
24:15après
24:16j'ai un
24:17principe d'écriture
24:18qui est que
24:19quand j'écris une scène
24:21je veux absolument
24:24qu'il y ait du conflit
24:25dans chaque scène
24:25que j'écris
24:26pour moi
24:26c'est vraiment moteur
24:27donc ça aussi
24:28ça aide pas mal
24:29parce que si effectivement
24:30dans chaque scène
24:31dans chaque chapitre
24:31il y a un conflit
24:33le lecteur
24:34va
24:35focaliser
24:36sur le conflit
24:37parce qu'il veut
24:38savoir ce qui se passe
24:39donc ça permet
24:39d'avancer le truc
24:40comme ça
24:40et après
24:41il y a quand même
24:43une richesse documentaire
24:46qu'on peut trouver
24:47assez facilement
24:48sur Youtube
24:48d'images
24:49des années 90
24:51il y a énormément
24:52de bandes
24:53d'archives
24:55qui permettent
24:57de capter
24:59l'ambiance
25:00d'un coin de rue
25:02l'ambiance
25:03d'une devanture
25:04comment les gens
25:04se tiennent
25:05etc
25:05donc là il faut vraiment
25:07prendre le temps
25:08de regarder
25:08et de se dire
25:09est-ce que ça
25:09ça me sert
25:10est-ce que ça
25:11ça me sert pas
25:12et il faut éviter
25:15c'est pareil
25:15ce que les gens
25:17qui font du cinéma
25:18appellent
25:18le location sickness
25:20c'est à dire
25:22on voit un truc
25:24qui nous plaît
25:25beaucoup
25:25c'est ce formidable
25:27ce formidable bar
25:28ou cette formidable
25:29bouche de métro
25:30et on se dit
25:31ah il faut absolument
25:32que j'écrive un truc
25:33là-dessus
25:33parce que
25:34c'est génial
25:35en fait
25:35et voilà
25:36et si je fais une scène
25:37là sur cette bouche de métro
25:38ou dans ce bar
25:39ça sera une bonne scène
25:40parce que
25:41l'endroit est magnifique
25:42et en fait
25:43l'endroit est magnifique
25:44mais ça fait pas partie
25:45de l'histoire
25:45en fait
25:46donc il faut pas le mettre
25:47voilà
25:47donc il faut absolument
25:48rester focalisé
25:50sur son fil narratif
25:51sur son intrigue
25:52et donc du coup
25:54comme ça
25:55avec un peu de documentation
25:57on évite de se planter
25:58en tous les cas
25:59les risques
26:00sont un peu plus minimes
26:02quoi
26:02si on sait pas
26:03enfin en plus
26:04vous avez un nom italien
26:05mais on pourrait penser
26:05que vous êtes
26:06de la communauté italienne
26:07de Long Island
26:07clairement
26:08c'est du déménagement
26:12et on peut se demander
26:12si ça n'avait pas été traduit
26:13enfin vraiment
26:14c'est très réussi
26:14c'est très gentil
26:16après on se dit
26:16que vous êtes afro-américaine
26:17après on se dit
26:18que vous êtes
26:19un homosexuel juif
26:21du studio 54
26:22enfin c'est vraiment
26:22ça va j'ai bien travaillé
26:24chaque personnage
26:25est très complet
26:27construit
26:27c'est très réussi
26:29et je sais pas
26:30vous l'avez déjà lu
26:32dans l'assemblée
26:33mais je me demandais
26:34si vous projetiez
26:36maintenant
26:37comme un scénario
26:38un film
26:38et surtout
26:39si vous pensiez
26:40à une traduction
26:41en anglais
26:41pour des lecteurs américains
26:43ah bah ça serait
26:44ça serait une très bonne chose
26:45on espère ça
26:46enfin je veux dire
26:47moi évidemment
26:48c'est mon premier roman
26:50et on a
26:52il faut à la fois
26:53avoir des grandes ambitions
26:54et rester raisonnable
26:56quoi
26:56mais donc
26:57je suis déjà très content
26:58parce que le livre
26:59est bien reçu
27:01et d'ailleurs je suis là
27:01donc merci beaucoup
27:02mais il est plutôt
27:04il est bien accueilli
27:05donc je suis vraiment
27:06déjà très heureux
27:07pour ça
27:07si après
27:08effectivement
27:09le livre
27:10il pouvait
27:10voilà
27:11traverser l'océan
27:12ça serait
27:14ça serait formidable
27:14et c'est vrai que
27:16bon on peut
27:17on pourrait imaginer
27:19on pourrait imaginer
27:20une adaptation
27:21à la télé
27:22oui voilà
27:23ça serait pas déshonorant
27:24je pense
27:25ça serait pas déshonorant
27:26ça serait pas un projet
27:27déshonorant
27:28très à rebours
27:28très à rebours
27:29de ce qu'on a pu lire
27:29récemment
27:30sur l'âge d'or
27:31des années 90
27:32de New York
27:33avant le 11 septembre
27:34on a commémoré
27:35les 25 ans
27:36c'est en France
27:37très réussi
27:38merci beaucoup
27:39et félicitations
27:41merci
27:42merci beaucoup
27:45je me pose une question
27:47sur votre anglais
27:48est-ce que vous avez
27:49un anglais parfait
27:50comment
27:51quel est votre rapport
27:53avec la langue
27:53alors je triche
27:57depuis de nombreuses années
27:58parce que ma femme
27:59est anglaise
28:01et donc j'ai eu
28:02des cours intensifs
28:03et je vais très souvent
28:04en Angleterre
28:06et donc mon anglais
28:08supporte une conversation
28:09et voilà
28:10et à force de lire
28:12aussi
28:12je suis devenu
28:14assez fluide
28:14mais bon pour autant
28:16j'ai un accent français
28:17très prononcé
28:18qui fait beaucoup rire
28:19dans ma belle famille
28:22et voilà
28:22je ne suis pas
28:23je ne suis pas
28:24parfaitement bilingue
28:25mais je peux survivre
28:26en Angleterre
28:27ou aux Etats-Unis
28:30vous parlez de
28:32l'adaptation possible
28:33dans ces réunions
28:33ou autre chose
28:35est-ce qu'à l'inverse
28:35quels sont les films
28:37américains
28:37qui vous ont particulièrement
28:38marqué
28:39pour
28:39alors il y a
28:48tout le travail
28:49tout le travail
28:54du journaliste
28:55David Simon
28:56m'a beaucoup
28:58m'a beaucoup
28:59influencé
28:59c'est un
29:01c'était un journaliste
29:02qui travaillait
29:02pour le Baltimore News
29:03dans les années 90
29:05je crois
29:06et il avait fait
29:07un excellent livre
29:08sur la police
29:09qui s'appelle
29:10Homicide
29:11où il passait
29:12un an
29:13avec la brigade
29:14criminelle
29:14de Baltimore
29:15qui était une ville
29:16où il y avait
29:16énormément
29:17d'Homicides
29:19et il en a tiré
29:21un livre
29:21qui est vraiment
29:21extraordinaire
29:23et ça a été adapté
29:24après par HBO
29:27pour une série
29:28qui s'appelle également
29:28Homicide
29:29Life on the Street
29:30ou The Kidding Street
29:31je ne me souviens plus
29:32exactement
29:32et qui est vraiment
29:34une série
29:34qui est extraordinaire
29:36et puis après
29:37le même type
29:38a fait
29:39The Wire
29:40qui est devenu
29:41très très connu
29:42et le producteur
29:43d'ailleurs
29:43avait quelque chose
29:45que je trouve
29:46très juste
29:46et qui m'a beaucoup
29:47influencé
29:47il disait
29:48donc cette première série
29:49Homicide
29:51Killing Street
29:51je crois
29:52donc c'était
29:53c'est Chekhov
29:56et The Wire
29:57c'est Brecht
29:59et en fait
30:00j'ai trouvé
30:00que les deux séries
30:02sont très différentes
30:03dans le traitement
30:03mais elles sont
30:04très intéressantes
30:05parce qu'évidemment
30:06Homicide
30:06s'intéresse vraiment
30:09aux tueurs
30:10aux victimes
30:11et aux policiers
30:11qui sont entre les deux
30:12toujours avec
30:13une humanité
30:16qui est intéressante
30:17parce que
30:18parce que
30:19comme la série
30:19se fonde
30:20sur ce travail
30:21titanesque
30:22de David Simon
30:24on sent
30:25qu'il y a des choses
30:27qui sont vraies
30:27que tout est vrai
30:28ou presque
30:29et The Wire
30:30évidemment
30:31c'est formidable
30:32parce que ça embrasse
30:33complètement
30:33toute la folie
30:35et la réalité
30:35d'une ville
30:36avec les luttes politiques
30:37des choses
30:38qui sont
30:39tout le monde
30:39se tient
30:40et donc là
30:41effectivement
30:41on est sur quelque chose
30:42qui est plus
30:44politique
30:45et donc en fait
30:45les deux
30:46m'ont beaucoup
30:50inspiré
30:50et intéressé
30:51parce que
30:53très immodestement
30:54je voulais à la fois
30:55raconter des histoires
30:57de personnages
30:58et en même temps
30:59je voulais essayer
31:00de faire en sorte
31:01que leur destin individuel
31:03s'inscrive dans quelque chose
31:04de plus global
31:05de plus large
31:07donc ça
31:07c'est vrai que ça a
31:08beaucoup guidé mon travail
31:10je pense que
31:11votre métier
31:12a beaucoup
31:12vous aidé
31:13oui
31:14oui
31:15ça c'est vrai
31:15que
31:18je parlais avec
31:19un copain
31:20qui est scénariste
31:21et il me dit
31:22c'est quand même
31:22c'est facile pour toi
31:23les trucs de flics
31:24parce que
31:24moi j'ose pas
31:25voilà
31:26et c'est vrai
31:27que
31:28bon voilà
31:29il y a toujours
31:30la question
31:30de se sentir à l'aise
31:31bon je ne dirais pas
31:33écrire un truc
31:33sur des docteurs
31:34par exemple
31:34vous voyez
31:36mais ça c'est vrai
31:37que
31:37qu'il y a quelque chose
31:39de la connaissance
31:40presque charnelle
31:41qui fait que
31:42du coup
31:42c'est plus facile
31:43d'écrire ça
31:43donc oui
31:43c'est vrai que ça m'a
31:44beaucoup
31:45c'est vrai que ça m'a
31:46beaucoup aidé ça
31:46oui
31:48ce sont les petites références
31:49à l'arme fatale
31:50au début
31:50sur je suis trop vieux
31:51pour ce métier
31:52et puis
31:53ah oui c'est vrai
32:03je suis trop vieux
32:04pour cette merde
32:05ah ouais c'est vrai
32:06la phrase
32:06de Danny Glover
32:07enfin on se dit
32:08qu'il y a plusieurs
32:08ah c'est vrai
32:09je me souviens pas du tout
32:10d'accord
32:12la loi et l'ordre
32:13enfin c'est jamais
32:14dit vraiment
32:14d'accord ok
32:15mais
32:17une autre question
32:21si vous écriviez un livre
32:23sur un événement français
32:28en disant
32:28je veux faire un livre
32:29qui est à peu près
32:30dans le même style
32:32que celui-ci
32:32mais avec une histoire française
32:35qu'est-ce que vous raconterez ?
32:36alors il faudrait probablement
32:39mais je joue avec l'idée
32:41mais je n'y arrive pas
32:43il faudrait probablement
32:45que j'écrive un livre
32:46sur les 10 ans que j'ai fait
32:47à l'antiterrorisme
32:49parce que
32:53parce que déjà
32:54bon j'en suis sorti
32:55j'étais complètement lessivé
32:59moi j'ai carrément
33:00démissionné de la police
33:01j'étais tellement fatigué
33:03j'en avais tellement marre
33:04que je suis parti
33:04en claquant la porte
33:05mais
33:06ce qui économiquement
33:07n'était pas la meilleure décision
33:08que j'ai jamais prise
33:09mais bon
33:09ça avait un côté
33:11ça avait un côté libératoire
33:12de gagner un point de vie
33:14ouais exactement
33:15et
33:17mais c'est vrai
33:18c'est vrai que c'est des années
33:18qui sont
33:20qui sont intéressantes
33:21à la fois parce que
33:22au sein d'une unité
33:26on ne s'attend pas
33:27à vivre des années
33:28qui sont aussi
33:31terribles
33:32et denses
33:37et aussi parce que
33:39il y a quelque chose
33:40qui est très intéressant
33:41parce que quand vous êtes
33:42vraiment dans l'œil du cyclone
33:46le décalage complet
33:48de la société
33:49vous apparaît
33:50de manière encore plus
33:53flagrante
33:54alors je ne prétends pas du tout
33:56détenir la vérité
33:57précisément parce que
33:58on avait vraiment les mains
34:00dans toutes ces affaires-là
34:01et que c'était très difficile
34:02mais
34:03mais
34:06bon voilà
34:06c'est très
34:07c'était très étrange
34:09quand on passait
34:11des heures
34:12soit à travailler
34:12sur un attentat
34:13qui avait été commis
34:15soit à travailler
34:16à empêcher
34:18un attentat
34:19et qu'on rentre
34:20chez soi
34:21et qu'on est quand même
34:21très fatigué
34:22et qu'on n'a pas de temps
34:24pour sa compagne
34:25on n'a pas de temps
34:25pour ses enfants
34:27et puis on a toujours peur
34:28de passer à côté
34:29de quelque chose
34:30de faire une connerie
34:30et qu'on allume
34:31la télévision
34:32et qu'on
34:33voilà
34:33un peu hypotisé
34:35on voit
34:35des gens
34:36qui tiennent
34:38des propos
34:38qui nous paraissent
34:40à nous
34:40à des millions
34:41de kilomètres
34:41de la
34:42de la réalité
34:44et de
34:45c'est très
34:46c'est très déstabilisant
34:48donc il y aurait
34:48probablement un livre
34:49comme ça
34:51sans doute intéressant
34:52à écrire
34:53sur ces années-là
34:55bon j'en ai pas encore
34:56les ressources
34:58psychologiques
34:58mais
34:59mais je pense
35:01que je le ferai
35:01parce qu'il y a
35:02par exemple
35:05bon
35:05un jour
35:10je sais pas si je peux raconter
35:16un jour
35:17donc
35:17moi j'étais enquêteur
35:19donc je
35:19je faisais
35:20je faisais
35:22beaucoup
35:22d'interrogatoires
35:23de gens
35:23qui étaient placés
35:24en garde à vue
35:24dans le cadre
35:25de ces affaires
35:25de terrorisme
35:27et un jour
35:28dans le cadre
35:28d'une affaire
35:28très très compliquée
35:32je rencontre
35:33à Bruxelles
35:35une femme
35:36qui est incarcérée
35:37pour vraiment
35:38une affaire
35:39qui est très très importante
35:40je vais pas donner
35:40son nom
35:40parce que
35:41et
35:43et donc
35:44c'est un moment
35:44important
35:45c'est un moment
35:46important
35:46on espère
35:47qu'elle va nous
35:47donner des trucs
35:48on a vraiment
35:48travaillé en amont
35:49son interrogatoire
35:51et
35:52on a vraiment
35:53l'impression
35:54que c'est quelqu'un
35:55qui est extrêmement
35:56radical
35:56et on sait
35:57que ça va être difficile
35:59et donc
36:00on est dans la petite salle
36:01
36:01dans la prison
36:02elle arrive
36:05et
36:05elle s'assoit
36:07et
36:07elle nous regarde
36:08et le premier truc
36:09qu'elle dit
36:10c'est est-ce que je peux
36:10avoir un coca
36:12bon alors
36:13on est un peu
36:14ouais bien sûr
36:15on va vous trouver un coca
36:16et après
36:18elle a passé son temps
36:19à fumer mes cigarettes
36:21bon
36:22ce qui est quand même
36:22pas le truc
36:23le plus a priori
36:24le plus
36:24le plus islamique
36:26qui soit
36:27quoi
36:28et
36:28on a parlé
36:30elle a plutôt
36:31elle nous a plutôt
36:32pas mal
36:33renseigné
36:34dans la mesure
36:34de ce qu'elle avait
36:35envie de nous dire
36:35mais
36:35elle était très
36:37elle était très
36:40courtoise
36:40quoi
36:41et elle avait écrit
36:42un livre
36:43elle avait écrit
36:44un livre
36:46et à la fin
36:48je sais pas pourquoi
36:49je lui dis
36:49mais
36:49ah bah j'ai amené
36:50votre livre
36:51est-ce que vous pouvez
36:51me le dédicacer
36:52elle m'a dédicacé
36:53son livre
36:54donc
36:55c'est quand même
36:55un peu curieux
36:56voilà
36:56d'avoir quand même
36:57une figure
36:58voilà
36:58une figure du djihad
37:00qui était quand même
37:00assez importante
37:01en Belgique
37:02voilà
37:02il y a un flic français
37:04qui vient
37:04il pose des questions
37:05et à la fin
37:06elle me dédicace
37:07son livre
37:09bon voilà
37:09donc c'est un peu
37:10voilà
37:11du octuro
37:12on est toujours
37:13entre des choses
37:14absolument horribles
37:15et des trucs comme ça
37:16qui sont un peu
37:16tragi-comiques
37:17quoi
37:18donc il y aurait probablement
37:19quelque chose à écrire
37:20oui oui oui
37:21voilà
37:25une dernière question
37:30vous pouvez poser
37:32les autres
37:32en faisant
37:32signer votre exemplaire
37:34merci beaucoup
37:34avec plaisir
37:35merci
37:35merci à vous
37:36merci beaucoup
37:42donc les livres
37:43sont à la caisse
37:43et une table
37:44est en train d'être
37:45sorti au milieu du magasin
37:46pour vous faire
37:46édicater notre livre
37:47et un petit verre
37:48voilà
37:49ça marche
37:49merci beaucoup
37:50merci beaucoup
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