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Haïti n’est pas née « maudite ». Elle a été racontée comme telle.

Dans Ce que nous devons à Haïti, Magali Bessone montre comment Haïti et sa révolution ont été invisibilisées, démonisées puis déformées par les cadres coloniaux dominants.

À force de ne montrer que la violence, les ruines, la pauvreté et les corps souffrants, on finit par effacer les Haïtiens en tant que peuple politique, capable de penser et de raconter sa propre expérience.

Documenter les crises est nécessaire. Mais les transformer en identité permanente d’un pays peut aussi prolonger le récit colonial que l’on prétend simplement décrire.

Source : Magali Bessone, Ce que nous devons à Haïti, La Découverte, pages 108 à 110.

#Haiti #RevolutionHaitienne #HistoireColoniale #JusticeReparatrice.


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Transcription
00:00Haïti n'est pas un pays maudit, mais depuis sa révolution, on l'a raconté comme s'il l'était.
00:05Dans l'ouvrage « Ce que nous devons à Haïti », la philosophe que j'aime beaucoup, Magali Busson,
00:09analyse comment un peuple peut être rendu politiquement et intellectuellement impensable.
00:15À la suite du fameux Michel Trouillot, elle parle d'une histoire impossible.
00:20La révolution haïtienne entrait si mal dans les cadres coloniaux dominants
00:23qu'elle a été réduite au silence, puis recouverte par deux récits.
00:27Une simple révolte de personnes esclavagisées présentée comme inaboutie ou une tragédie infernale.
00:33D'abord, Haïti est présentée comme une exception absolue, c'est-à-dire un pays étrange, une énigme, presque une
00:41aberration.
00:42Or, plus on le présente comme incompréhensible,
00:46moins on cherche à l'expliquer avec les outils ordinaires de l'histoire et des sciences sociales.
00:51Puis vient la démonisation.
00:53Les mêmes images se répètent tout le temps.
00:55Violence, sang, gang, ruine, pillage, pauvreté, corps noir souffrant.
01:02Magali explique encore dans l'ouvrage que cette déshumanisation remonte au premier récit de la révolution
01:09jusqu'à présenter la cérémonie du Bois Caïman en août comme un pacte vaudou avec le diable.
01:16Ce cadrage efface alors les Haïtiens en tant que peuple politique capables de choix réfléchis et d'action collective.
01:24Et le sous-texte est aussi racial.
01:26Reprenons maintenant.
01:27L'anthropologue Gina Athéna Ulysse Magali écrit
01:30qu'Haïti, je cite, devait devenir la bête noire du colonialisme si le caractère sacré de la blancheur devait rester
01:37incontesté.
01:37Enfin, il y a comme une distorsion.
01:40Les savoirs et les concepts produits par les Haïtiens pour penser leur propre existence,
01:45expérience je le précise, sont écartés puis remplacés par des catégories dominantes,
01:49parfois même moins fidèles à la réalité.
01:51Voilà comment un pays devient impensable.
01:55On va venir l'invisibiliser, on le démonise, on déforme ses propres savoirs puis on parle à sa place.
02:03Réparer ce récit, vous l'avez compris, ce n'est pas idéaliser Haïti ni même ses crises,
02:07ou nier plutôt ses crises.
02:09C'est refuser que ses crises effacent son histoire, sa pensée et sa capacité politique.
02:14Alors, lorsqu'Haïti n'est montré qu'à travers la violence, la pauvreté et les ruines,
02:19est-ce encore de l'information ou tout simplement la prolongation du récit colonial?

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