Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 semaines
Regardez l'échange entre Aurore Bergé, ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Natacha Aubeneau, trésorière nationale de l'union syndicale des magistrats, et Olivier Bost, chef du service politique de RTL.
Regardez La preuve par trois avec Anne-Sophie Lapix du 07 septembre 2026.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:0218h, 20h, RTL Soir, avec Anne-Sophie Lapix
00:09Les manifestations devant les tribunaux ont repris ce matin pour réclamer le vote de la loi intégrale
00:15alors même que le texte est arrivé à l'Assemblée Nationale.
00:18Cette loi c'est la réponse aux féminicides, aux violences sexuelles et sexistes sur les femmes, sur les enfants.
00:24Elle a pour objectif de prévenir les violences, de protéger ces victimes
00:27et de créer des brigades et une juridiction spécialisée.
00:30Est-ce que c'est la solution ? Est-ce que la loi est trop large ?
00:33Qu'est-ce qui risque de coincer ?
00:35Trois invités, journalistes, témoins, experts pour répondre à une question d'actualité.
00:39C'est la preuve par trois.
00:41Bonsoir Olivier Bost, chef du service politique d'RTL.
00:44D'où vient cette loi intégrale ? Qui en est l'auteur ?
00:47Alors pour remonter au tout début de l'idée d'une loi intégrale, il faut aller en Espagne.
00:52C'est en 2004 que ce pays a décidé de s'attaquer aux violences contre les femmes
00:56de manière systémique.
00:58L'Espagne est souvent donnée en exemple par les associations féministes.
01:02C'est 20 ans plus tard, après tout le travail de la civise sur les violences contre les enfants
01:06et après l'affaire Pellicot, les viols de Mazan,
01:09que la loi intégrale fait son chemin en France.
01:12D'abord par une pétition, puis par un texte.
01:15La loi intégrale est revenue en haut de la pile des urgences.
01:18Après l'affaire Liana en juin dernier, sous pression, le gouvernement en a accepté le principe.
01:25La proposition de loi comporte aujourd'hui 69 articles.
01:28Cette loi est portée par la députée socialiste Céline Thiebaud-Martinez.
01:33C'est une proposition de loi dite transpartisane,
01:36c'est-à-dire qu'elle est soutenue par presque tout le spectre politique,
01:39sauf le Rassemblement National et la France Insoumise.
01:42Elle est fiée pour le principe, mais trouve que ce n'est pas suffisant et imparfait.
01:46Alors concrètement, quelles sont ses principales mesures ?
01:48Alors les 69 articles de la loi intégrale veulent s'attaquer en fait à toutes les facettes
01:52des violences sexistes et sexuelles contre les femmes et contre les enfants.
01:57Il y a là-dedans de la prévention, du repérage avec des suivis des enfants dès la maternelle,
02:02des mesures sur le travail de la justice avec un parquet spécialisé sur ses affaires,
02:07des dispositifs pour la protection immédiate des victimes,
02:11sur les réparations ensuite et puis sur le suivi des auteurs et des victimes.
02:14La loi s'attaque à toute la chaîne, à tous les sujets et elle demande bien sûr des moyens.
02:19Alors cette loi est évidemment très ambitieuse, est-ce qu'elle est chiffrée ?
02:22Alors le chiffrage des associations, c'est un peu moins de 3 milliards d'euros,
02:27avec une référence toujours la même, ce qu'a fait l'Espagne et ce que ça a coûté là-bas.
02:31Sébastien Lecornu, le Premier ministre, a dit avant l'été que les moyens ne seraient pas un obstacle,
02:36c'est sa phrase, mais il n'a pas dit qu'il avait 3 milliards dans un budget qu'on
02:40sait déjà ultra contraint.
02:42Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres avant l'été une étude d'impact des mesures,
02:47étude qui est restée pour l'instant secrète et la loi ne fait qu'arriver à l'Assemblée Nationale.
02:52Alors je vous propose d'entendre la trésorière nationale de l'Union Syndicale des Magistrats,
02:57Natacha Obneau, bonsoir.
02:59Oui bonsoir.
03:00Quelles sont les difficultés que pose cette loi selon vous ?
03:04Alors cette loi, elle est d'abord intéressante, parce que comme vous l'avez dit,
03:08c'est une loi qui couvre tout le champ des violences et notamment qui met le focus sur la détection
03:15précoce.
03:16Et nous c'est ça qu'on trouve intéressant, parce que souvent on a tendance à mettre l'accent sur
03:22le rôle de la justice,
03:23mais je dirais que quand la justice intervient, c'est déjà trop tard.
03:26Et la justice, elle intervient avec des moyens qui sont bien insuffisants pour faire face à toutes les victimes
03:33qui aujourd'hui se révèlent, portent plainte.
03:36Et ça c'est tant mieux, on a un vrai mouvement de société sur la libération de la parole des
03:39victimes,
03:40sur la prise en compte de la parole des victimes aussi.
03:43Mais malheureusement, il faut en face mettre des moyens.
03:45Et donc les moyens, il faut les mettre sur la justice qui est en bout de chaîne,
03:48mais il faut aussi les mettre en amont.
03:49Donc pour nous, ce qui est important, c'est de saluer quand même cet effort
03:53et aussi ce consensus sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
03:58Et par contre, nous, on veut appeler aussi à la vigilance sur attention aux réformes qu'on peut mettre en
04:04place,
04:04aux effets pervers que ça peut avoir, parce que parfois des bonnes intentions conduisent à mettre davantage d'exigences
04:11et davantage d'exigences, parfois ça conduit à moins d'efficacité.
04:15C'est quoi les effets pervers auxquels vous pensez ?
04:18Alors par exemple, on dit qu'il faut développer la formation des professionnels,
04:23il faut des spécialisations, donc spécialisation au stade de l'enquête, au stade du jugement.
04:29Tout ça, c'est effectivement très intéressant, parce que quand on spécialise des enquêteurs,
04:34des magistrats, toute une chaîne judiciaire, on a en effet des résultats qui sont souvent plus efficaces.
04:40En tout cas, on va savoir mieux comment appréhender la parole d'une victime.
04:43Ce n'est pas facile de faire parler d'une victime qui a été victime de faits de nature sexuelle
04:48dans le cadre intime.
04:50Autant quelqu'un qui se fait agresser ou voler son sac à main dans la rue,
04:54il va venir déposer plainte tout de suite et raconter ce qui s'est passé.
04:57C'est assez simple, mais pas une victime de violences sexuelles.
05:00Donc voilà.
05:01Donc vous dites que l'intention est bonne, mais que ce n'est pas très réaliste ?
05:04La difficulté, c'est ça.
05:06C'est que si on spécialise des juridictions, qu'est-ce qui va se passer si on n'a pas
05:10le temps de former toutes les personnes
05:12qui devront ensuite siéger dans les tribunaux et les cours pour juger si on n'a pas le temps d
05:18'avoir des experts suffisamment formés.
05:21En fait, on rajoute des conditions, par exemple avec l'exigence de formation ou avec l'exigence de spécialisation
05:26ou avec des actes d'enquête obligatoires.
05:28Et toutes ces conditions qu'on veut ajouter, c'est davantage de moyens qu'il faudra mettre en face
05:33pour que le système ne soit pas complètement grippé.
05:36Parce qu'au final, ce serait dévastateur pour les victimes.
05:39Nous sommes également en ligne avec Aurore Berger, ministre chargée de l'égalité hommes-femmes.
05:43Bonsoir.
05:44Bonsoir.
05:45Vous avez entendu les réserves de Natacha Obnaud.
05:48Est-ce que finalement le mieux est l'ennemi du bien ?
05:51Alors, elle a évidemment raison sur la question des moyens.
05:54Parce que quand on parle de moyens, c'est d'abord des moyens humains,
05:56à la fois sur la justice et puis sur les moyens d'enquête, évidemment.
06:00Et puis la question du repérage, de la détection et donc de la formation.
06:03Et quand on parle de formation et de détection, c'est au sein de l'éducation nationale,
06:07c'est l'ensemble des professionnels de santé.
06:09Et c'est nous-mêmes, évidemment, en tant que citoyens, en tant que parents,
06:13notamment quand on parle des violences faites aux enfants.
06:15Ensuite, l'idée, je pense que c'est d'entrer réforme après réforme,
06:20avant même d'avoir évalué si la précédente était efficace, utile et pertinente.
06:24C'est aussi justement les travaux parlementaires qui vont s'ouvrir.
06:27Aujourd'hui, une commission spéciale au sein de l'Assemblée nationale
06:31s'est constituée pour examiner le texte.
06:34Il va y avoir des dizaines d'auditions.
06:36J'imagine que tous les magistrats clés sur ces sujets vont être justement entendus et auditionnés.
06:41Donc vous savez, c'est rarement le texte initial qui devient le texte final.
06:46Donc ça veut dire qu'il va y avoir des évolutions et tant mieux.
06:48Ce qui est certain, c'est qu'il y a des évolutions législatives nécessaires.
06:52J'insiste sur le mot « nécessaire ».
06:53Qu'est-ce qui est nécessaire ?
06:56Ce qui est nécessaire, je vous donne un exemple.
06:58Aujourd'hui, les femmes qui protègent leurs enfants,
07:01les mères qu'on appelle les mères protectrices,
07:03c'est-à-dire celles qui croient la parole de l'enfant
07:05quand un enfant a la force inouïe de révéler l'inceste et les violences sexuelles qu'il a eues à
07:11subir,
07:12au lieu d'accompagner et de protéger les enfants, qu'est-ce qu'on fait ?
07:16On a du mal à rompre avec le sacro-saint principe d'autorité parentale,
07:20du mal à rompre avec le droit d'hébergement qui est maintenu.
07:23En fait, il faudrait agir dès la plainte, en fait, et non plus attendre l'enquête, c'est ça ?
07:29Anne-Sofia Vicks, juste un exemple.
07:30Si demain, une femme est victime de viol, ça ne viendrait à l'idée de personne dans ce pays
07:35de se dire qu'elle doit continuer à habiter et côtoyer
07:39avec l'homme qui lui a infligé des violences sexuelles.
07:42Quand on parle de l'inceste, finalement, on considère qu'on peut continuer à laisser vivre
07:49ou à laisser être hébergé l'enfant qui dit qu'il a été victime de violences sexuelles
07:53de la part de son père chez lui.
07:54On parle de principe de précaution en permanence.
07:56Si on ne l'applique pas pour nos enfants, on ne l'applique quand ?
07:59On a l'impression que cette loi, on va pouvoir la maintenir dans ses principes,
08:02mais c'est dans les moyens que ça va être plus compliqué.
08:04Mettre à l'abri des gens, des femmes, des enfants, c'est plus compliqué que ça.
08:07Il faut créer des centres et il faut payer à la fois.
08:10On a multiplié par plus de trois le nombre de places d'hébergement d'urgence.
08:14Aussi parce que malheureusement, on continue à avoir beaucoup de violences
08:18et beaucoup trop de violences dans la société.
08:20Donc il y a déjà, culturellement, comment on arrive à rompre avec ce cycle de violences
08:24qui fait qu'on a des enfants victimes et que les enfants victimes,
08:27s'ils ne sont pas repérés tôt, détectés tôt, deviennent ensuite soit des adultes victimes,
08:32soit des adultes auteurs aussi de ces violences-là.
08:35Et ça veut dire, quand moi je parle de révolution, faire une révolution,
08:38c'est que ça ne peut pas être que police-justice.
08:40Révolution, ça veut dire l'éducation nationale, ça veut dire la santé,
08:42ça veut dire le lieu de travail, ça veut dire nous en tant que parents,
08:45comment on se remet en question pour aussi être à la hauteur des enfants.
08:48Donc oui, à ce qui passe par la loi, mais il y a tout le reste aussi
08:51qui doit être modifié, changé et révolutionné.
08:54Merci beaucoup, merci à vous trois de nous avoir éclairés sur la loi intégrale.
08:57C'était La Preuve par Trois.

Recommandations