- il y a 6 semaines
Mardi 8 septembre 2026, retrouvez David Smadja (Professeur d'hématologie), Fabienne Ménard (CFO, Groupe Manutan) et Aurélie Burtman (co-fondatrice, Solalie) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:03Générique
00:08Bonjour, bonjour à toutes et à tous, bienvenue, c'est Smart Impact, l'émission des entreprises à impact positif.
00:13Voici le sommaire, mon invité c'est Fabienne Ménard, la directrice financière du groupe Manutant.
00:18On va voir comment le bilan extra-financié, la réglementation européenne, CSRD, est un levier de structuration du groupe.
00:25Dans notre Zoom, on se demandera si nos hôpitaux sont adaptés aux crises de ce XXIe siècle.
00:31Notre invité nous dira qu'il faut inventer une république de la prévention.
00:35Et puis dans notre rubrique start-up, je vous présenterai Solali, c'est une plateforme numérique qui permet de comparer
00:42les EHPAD et les résidences seniors.
00:43Voilà pour les titres, c'est Smart Impact, tout de suite.
00:52L'invité de ce Smart Impact, c'est Fabienne Ménard, la directrice financière du groupe Manutant.
00:57Bonjour, bienvenue, heureux de vous accueillir.
01:00On va évidemment parler de bilan extra-financier de cette directive européenne Omnibus
01:05qui finalement a altéré, on va dire, l'ambition de la première mouture.
01:10La grande majorité des entreprises intermédiaires n'ont plus d'obligation légale, directe de reporting.
01:14Qu'est-ce que vous faites ? Vous continuez ?
01:16Absolument. Nous, on a choisi de continuer chez Manutant parce que la stratégie RSE est au cœur de notre modèle.
01:24Donc on a continué et aussi parce que la régulation, c'est une chose, mais la transparence, l'engagement vis
01:31-à-vis de nos parties prenantes,
01:33que ce soit les salariés, bien sûr, parce qu'il faut recruter, que ce soit les clients, que ce soit
01:38les fournisseurs, est fondamental.
01:39Donc on a choisi de continuer sous un format qui se fait progressivement.
01:47Et donc nous avons choisi volontairement en 2025, donc au titre de nos comptes 2025,
01:53de publier notre premier rapport avec un certain nombre de critères mis en avant.
01:58Qu'est-ce que vous avez publié ? Sous quelle forme ?
02:01Alors, nous, ce que nous avons choisi, c'est de respecter la méthodologie dans un premier temps, qui effectivement est
02:07assez contraignante.
02:09Néanmoins, en 2024, nous avons fait notre double matérialité, l'analyse d'écarts, enfin tout ce qu'on peut imaginer.
02:19De cette base-là, on a sorti un certain nombre de critères.
02:22Donc nous avions 502 points, que ce soit des données qualitatives ou des données quantitatives.
02:28Ce qui était évidemment un nombre absolument astronomique.
02:31Donc ce que nous avons choisi de faire, c'est en fait de se concentrer sur un nombre d'éléments
02:36qui soit beaucoup plus restreint,
02:38et avec une certaine logique.
02:40Donc comme je vous le disais, nous, on s'est engagés dans une stratégie RSE,
02:43donc avec, on dit souvent, une planète plus durable, un modèle plus juste, un modèle plus responsable.
02:52Donc sur ces bases-là, et par rapport à d'autres engagements qui sont nos engagements ECOVADIS,
02:57puisque le groupe aujourd'hui, certaines entités sont gold, et nous, au niveau groupe, on est silver.
03:04Donc en fonction des critères ECOVADIS, mais aussi de nos objectifs RSE que je viens d'énoncer,
03:09d'autres objectifs de respect des conditions d'hygiène et sécurité,
03:13puisqu'on a des entrepôts, donc c'est fondamental, des engagements de cybersécurité.
03:17On a croisé, en fait, les 502 éléments que nous imposait la CRD de façon extrêmement brutale,
03:23avec 199 points qui correspondent à toute notre stratégie.
03:28Et donc on a choisi, en fait, de publier sur la base de ces éléments qui reflètent notre stratégie,
03:35et qui nous permettent, en fait, de mesurer.
03:38J'entends quand même dans vos arguments que la CSRD, elle était trop complexe.
03:41Je pense que j'ai eu beaucoup d'intervenants, d'intervenantes sur ce plateau qui le reconnaissaient.
03:46Est-ce que, pour autant, il fallait en revenir sur son ambition ?
03:52Vous pouvez la simplifier tout en gardant le timing, le calendrier, notamment pour les OTI ?
03:57Exactement. Le calendrier, le principal, c'est qu'il soit tenu après qu'il ait été un petit peu décalé.
04:03Il y a beaucoup de régulations qui sont décalées.
04:05La norme, elle est extrêmement technique. Elle était trop technique, trop complexe.
04:08Je crois que même pour les très grandes entreprises, c'est allé un peu trop loin dans la façon dont
04:12elle a été proposée.
04:15Néanmoins, comme on le dit, ceux qui se mesurent, se pilotent.
04:20Donc, au regard de nos objectifs, nous, on a un engagement de réduction carbone à l'horizon 2050.
04:26On a des engagements sur le plan humain.
04:29On a tout un tas d'indicateurs.
04:30On a des engagements dans notre business model.
04:32Donc, pour mesurer tout ça, la CSRD, en fait, pour nous, ça a été une façon d'avoir un outil
04:38de pilotage,
04:39donc de mesurer et aussi de donner une dynamique en interne, de structurer la donnée, d'accord ?
04:46Parce que si cette donnée, elle est un peu partout, quand vous êtes un groupe qui est présent dans 17
04:50pays, 25 filiales,
04:52la donnée, elle est partout, elle n'est pas homogène.
04:54Donc, il y a quand même un travail pour que cette donnée soit un peu plus structurée.
04:57Et donc, nous, on s'en est servi, en fait, pour transformer en interne, pour dire, voilà les indicateurs qu
05:03'on va suivre.
05:04Et désormais, on pourra publier.
05:08Donc, nous, nous y sommes obligés en 2028, au regard de notre exercice 2027.
05:14Et on sera après, sous une certaine forme, à voir en fonction de ce que la régulation fera.
05:19Oui, parce que vous allez continuer.
05:20D'ailleurs, dans votre rapport à l'AC 2025, vous annoncez, on va regarder sur les baisses des émissions de
05:25CO2,
05:26moins 26% d'émissions sur le scope 1 sur 2 ans, moins 59% sur le scope 2, moins
05:3014% sur le scope 3.
05:32Alors, on ne va pas rentrer dans le détail.
05:33Peut-être quelques actions un peu emblématiques qui existaient déjà, qui sont peut-être accélérées pour obtenir des résultats comme
05:40ça.
05:40Alors, on a, donc dans notre modèle, dans notre stratégie, on a trois axes.
05:44L'axe, le premier, c'est une planète plus durable.
05:46Donc, ça veut dire la traduction de la réduction de l'empreinte carbone.
05:50Donc, on a quasiment réduit de moitié le scope 1 et 2, c'est-à-dire nos propres consommations.
05:55Mais nous, notre enjeu, en fait, c'est le scope 3, c'est-à-dire notre position de distributeur,
06:02qui, en fait, 90% de nos émissions sont dans les produits.
06:06Donc, ce sont vos fournisseurs qu'il faut convaincre.
06:08Donc, ce sont nos fournisseurs qu'il faut convaincre.
06:09Donc, on s'est engagé à 2050, à zéro carbone sur cet aspect-là, avec des étapes en 2030 et
06:15en 2035.
06:16La première étape, en fait, c'est en 2030, où on s'engage à ce que 70% de nos
06:22fournisseurs aient signé des objectifs qui sont conformes.
06:26Alors, c'est un peu technique, mais dans la charte SBTI, c'est-à-dire que c'est une autre...
06:30Oui, basée sur la science.
06:31Basée sur la science.
06:31Donc, nous, on s'est déjà engagé dans des objectifs.
06:34Et donc, on a choisi, en fait, de faire ce partenariat avec nos fournisseurs.
06:38Donc, pour eux, c'est vertueux, parce qu'ils s'y obligent.
06:40Et nous, ça nous permet, en fait, d'être vertueux vis-à-vis de nos clients à qui nous vendons
06:46les produits.
06:46Donc, ça, typiquement, ce sont des premiers engagements avec des milestones.
06:51On a aussi un engagement d'éco-responsable, c'est-à-dire qu'on fait toujours encore dans nos produits.
06:57Donc, on s'est engagé dans l'économie circulaire, c'est-à-dire, en fait, de transformer des produits de
07:03seconde main pour les revendre.
07:05Donc, à date, par exemple, on a déjà 1 200 commandes.
07:08Et ça, ça va progresser.
07:10On a déjà un peu moins de 20 000 produits dont le score impact est mesuré.
07:17Ça, d'ici la fin de l'année, on devrait avoir quasiment l'intégralité des produits.
07:22Et puis, de la même façon, sur les aspects humains, on a un certain nombre de critères, que ce soit...
07:26Je reviens sur la relation aux fournisseurs.
07:28Parce que le fait que la réglementation européenne soit moins contraignante, est-ce qu'ils étaient, eux, en train d
07:35'appuyer sur le frein ?
07:36Vous voyez ce que je veux dire ?
07:37Et finalement, vous êtes obligés d'être un peu plus proactifs, peut-être même de leur mettre un peu plus
07:42la pression.
07:42C'est-à-dire que quand nous, on communique avec nos fournisseurs, on ne communique pas sur la CSRD.
07:47Et vous avez plusieurs types de fournisseurs.
07:49Vous avez ceux qui sont tout petits et qui n'ont pas les moyens, mais pour autant, ils ont envie
07:54de se différencier.
07:54Donc, c'est aussi pour ça que nous, on les accompagne.
07:57Vous avez les très gros qui...
07:59Il y a ceux qui y vont, puis ceux qui y vont pas et qui assument.
08:01Donc, il y a un peu de tout.
08:03Mais globalement, ça leur demande un effort.
08:07C'est certain, parce que nous, on a des fournisseurs de petite taille et de grande taille.
08:11Tous ne sont pas engagés, mais on va dire tous sont volontaires pour engager la démarche avec nous.
08:16En tant que distributeurs, on est en partenariat avec nos fournisseurs.
08:20Alors, bien sûr, ce sont des fournisseurs, on a des discussions de fournisseurs à clients.
08:25Néanmoins, on construit avec eux, et c'est ce qu'on a toujours fait dans la durée.
08:28Ils ont déjà l'habitude avec nous de signer des chartes, en fait, que ce soit sur l'éthique,
08:32que ce soit sur un certain nombre d'autres engagements.
08:35Donc, on y va avec eux.
08:38Pour certains, l'effort est plus difficile que d'autres.
08:40Alors, est-ce que vous vous dites, tiens, on va terminer là-dessus, il nous reste une minute,
08:43que ça donne à Manutan, dès aujourd'hui, ou peut-être à l'avenir, un avantage concurrentiel ?
08:49Le fait de maintenir l'ambition sur ces questions ?
08:52Alors, je crois, oui, que ça donne un avantage concurrentiel,
08:54et je crois surtout que c'est cohérent avec Manutan.
08:56Manutan, c'est un groupe qui est transparent, qui a des engagements, qui est cohérent.
09:00Donc, nous, on continue notre route, on la continue, cette route, c'est au cœur.
09:04Et oui, je pense que ça nous donne un avantage concurrentiel,
09:07et en tant que distributeur, en fait, c'est fondamental.
09:09Si on veut être, se différencier d'autres plateformes qui le sont un peu moins,
09:14ou d'autres concurrents qui sont moins engagés, donc oui, on est convaincu.
09:16Vous le ressentez déjà, cet avantage concurrentiel ?
09:19Oui, on le ressent, d'autant plus que dans un certain nombre d'appels d'offres,
09:22on a des petits clients, des grands clients, des grands comptes,
09:24et les grandes entreprises, aujourd'hui,
09:27elles ont des critères pour sélectionner leurs fournisseurs.
09:30Nous aussi, on est fournisseurs à un moment,
09:31et on voit, en fait, qu'on doit respecter un certain nombre de critères,
09:34que ce soit la cybersécurité, que ce soit dans le domaine des ressources humaines,
09:38que ce soit sur les engagements verts, on va dire.
09:41Donc oui, ces critères-là, quand nous, on peut répondre positivement,
09:44on a déjà cet avantage concurrentiel,
09:46et on donne la transparence et on maintient nos engagements.
09:49Donc oui.
09:50Le fait que ce soit la directrice financière qui vienne ici, finalement,
09:54et qui porte ces enjeux,
09:56qu'est-ce que ça signifie ?
09:57À quel point cette stratégie RSE,
10:00elle est intégrée, finalement, à la stratégie du groupe ?
10:02Alors, il y a une directrice RSE qui reporte au COMEX.
10:07Il se trouve qu'elle parle anglais,
10:08donc c'est un peu moins pratique pour les parcs français.
10:10Ça, on est d'accord.
10:11Et la deuxième chose, surtout la plus importante,
10:13c'est qu'en fait, on a conduit ce projet en collaboration totale.
10:18C'est-à-dire qu'elle, elle a mené des projets plus opérationnels,
10:21et nous, direction financière,
10:23on a, on va dire, des compétences,
10:25ou l'habitude de reporter,
10:26de s'assurer que c'est une donnée fiable,
10:27de structurer tous ces éléments-là.
10:29Donc, on a vraiment mené ce projet en collaboration absolue,
10:34chacune dans notre rôle.
10:35Et c'est aussi pour ça que moi, je le porte,
10:37parce que, in fine, je crois aussi vraiment que la finance,
10:41et ça serait l'objet d'une autre discussion,
10:43mais je suis convaincue que la finance a un rôle à jouer
10:45pour aller vers des business models plus durables.
10:47Donc, c'est aussi ça, c'est aussi le rôle que je joue
10:50de pousser en interne,
10:51parce qu'il y a un peu de résistance parfois en interne sur ces sujets,
10:54mais pour que la finance ait un rôle dans cette économie plus durable.
10:58Voilà.
10:58Donc, c'est cette collaboration qui m'amène ici.
11:00Merci beaucoup, Fabienne Ménard,
11:02et à bientôt sur Be Smart for Change.
11:04On passe au Zoom de ce Smart Impact,
11:07les hôpitaux français qui doivent s'adapter aux défis de ce siècle.
11:17Le Zoom de ce Smart Impact consacré à l'indispensable adaptation
11:22de nos hôpitaux aux crises d'aujourd'hui, aux défis de ce siècle.
11:25J'accueille le professeur David Smadja, bonjour.
11:27Bonjour.
11:28Bienvenue, vous êtes praticien en hématologie biologique
11:30à l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris,
11:33prof à la faculté de santé de l'Université Paris-Cité,
11:35directeur d'une équipe de recherche sur les maladies vasculaires,
11:38et vous publiez ce livre, La République de la Prévention,
11:43LEH édition.
11:44Avant de parler du livre, pourquoi vous le publiez,
11:46cette idée de République de la Prévention,
11:47que je trouve très intéressante,
11:48je veux bien un retour d'expérience.
11:50Parce que finalement, on est dans un constat d'inadaptation.
11:54La dernière, je ne sais pas, absurdité, aberration
11:56que vous avez vécu à l'hôpital, la dernière semaine.
11:59Je crois qu'on sort d'un été où il y a eu la canicule,
12:04où on a eu des cyberattaques sur certaines institutions
12:07de l'État.
12:08Et je crois que parmi les aberrations,
12:11on a des professionnels de santé,
12:13et même des administratifs,
12:15qui ont finalement tous envie de bien faire.
12:17Tout le monde est là pour travailler dans la même direction.
12:21Et le problème, c'est qu'on a aussi bien des chaînes de décision
12:24que des chaînes d'investissement,
12:26qui sont des fois un peu longues, un peu compliquées.
12:29Et je crois que, que ce soit pour la canicule
12:32et ce grand débat qu'on a eu sur la climatisation,
12:34ou que ce soit dans la prévention de certaines cyberattaques
12:38qu'on pourrait avoir,
12:39on sent bien que les chaînes de décision sont un peu difficiles,
12:42un peu compliquées.
12:43Et on se retrouve sur des choses qui pourraient paraître,
12:46pour le grand public,
12:47évidentes, simples à mettre en place.
12:50Pas si simples que ça,
12:51parce que le financement de l'hôpital
12:52est pour plus de la moitié uniquement basé sur l'activité.
12:56C'est un peu ce que je décris dans le livre à un moment.
12:59Et que donc, il n'est pas si simple que ça
13:01de faire des investissements sur le long terme.
13:04Les décisions qu'on a pu prendre,
13:05par exemple, nous interromps rapidement,
13:06au moment de la crise Covid,
13:07on a vu qu'il y avait quand même une capacité
13:10à outrepasser cette lourdeur administrative.
13:13Ça, c'est plus possible.
13:15On réagit très bien sur des problèmes aigus.
13:17Et d'ailleurs, sur la canicule,
13:19on a à Vitu des climatiseurs qui sont arrivés.
13:21En fait, le vrai sujet,
13:22c'est quand même que réagir à l'aigu, c'est bien.
13:25Et on sait faire, et on l'a prouvé pendant la pandémie.
13:28On le prouve encore aujourd'hui.
13:29Mais réagir sur le long terme
13:32et anticiper ces problèmes qu'on connaît.
13:34Le problème des cyberattaques,
13:36ça ne sort pas de cet été.
13:38Le fait que le réchauffement climatique
13:40va devenir une réalité,
13:42ce n'est pas non plus quelque chose...
13:44C'est déjà une réalité, on peut même parler au présent.
13:45Et si vous voulez, ça fait quand même
13:48quelques années qu'on en parle.
13:49Et on savait que ça allait arriver
13:51et qu'on aurait des fortes températures
13:53qui ne seraient pas qu'au mois d'août.
13:55Et là, on l'a bien vu, dès le mois de mai,
13:57on a eu des très fortes températures.
13:58On savait que ça allait arriver.
13:59Et on a du mal à anticiper ces crises.
14:03On réagit très bien quand elles arrivent.
14:05Mais on a du mal à les anticiper.
14:07Dans le livre, vous dites que la France consacre
14:09environ 12% de son produit intérieur brut
14:11aux dépenses de santé.
14:13Et moins de 2% de ses dépenses
14:14sont consacrées à la prévention.
14:16Si on compare, c'est près de 6% au Canada,
14:19environ 8% dans certains pays nordiques
14:21comme le Danemark.
14:24Comment vous l'expliquez, ça ?
14:26Pourquoi on reste aussi centré sur les soins
14:28plutôt que la prévention ?
14:30Mais je crois qu'on a un modèle.
14:31Aujourd'hui, notre système de santé,
14:33il a été créé, il y a eu deux grandes périodes
14:35dans la création de ce système de santé.
14:36Il y a eu la sécurité sociale dans l'après-guerre.
14:39Il y a eu les CHU,
14:40qui étaient une incroyable innovation
14:43de mettre dans un même endroit
14:44l'université, l'innovation, la recherche, le soin.
14:48Et ces deux choses,
14:50une dans les années 40, une dans les années 50,
14:52ça commence à être des choses un peu datées.
14:56et on a modernisé certains aspects,
14:59on a administré beaucoup,
15:02on a changé de système
15:03et finalement, on n'est jamais passé
15:05à un système du 21e siècle.
15:07Le monde a beaucoup changé aujourd'hui.
15:09Les outils auxquels on peut avoir accès aujourd'hui
15:13pour la santé des gens ont beaucoup changé.
15:15Et en fait, on n'a pas changé nos institutions.
15:17Mais est-ce que ça ne vient pas aussi un peu des médecins
15:18qui ne s'y intéressent pas beaucoup à la prévention ?
15:21Je ne sais pas, moi je pense qu'il y a des décisions politiques
15:23qui auraient pu être prises.
15:25La prévention, ce n'est quand même pas un sujet nouveau.
15:27Je crois qu'aujourd'hui,
15:30tout le monde en parle,
15:32alors sur différents degrés, différents niveaux,
15:35parce qu'on voit bien qu'on est arrivé au bout du système.
15:38Moi je crois que surtout,
15:39derrière cette idée de république de la prévention,
15:41il y a un changement d'institution.
15:43Il faut accepter de renverser la table
15:45et de se dire, on passe à des institutions du 21e siècle,
15:47on passe à une organisation du 21e siècle.
15:51Oui, quand vous parlez d'institution, c'est quoi ?
15:52L'organisation de l'hôpital ?
15:53Il y a l'organisation de l'hôpital,
15:55il y a l'organisation aussi des dépenses de santé
15:58et l'organisation de toutes les strates de financement de la santé
16:02qui part du ministère de la Santé
16:04pour aller jusqu'à la dépense publique
16:06et l'organisation des soins.
16:08Je crois qu'aujourd'hui, on a besoin de revoir ça.
16:11Les besoins de la population ne sont pas les mêmes.
16:14Et moi, il y a quelque chose qui m'a marqué profondément
16:17et qui est certainement en partie responsable de cet engagement
16:19et de ce désir de vouloir essayer de réfléchir à des nouvelles solutions.
16:24J'ai été beaucoup investi, très investi pendant la pandémie.
16:28J'ai monté une équipe de recherche Covid.
16:30On a beaucoup travaillé sur cette infection à SARS-CoV-2,
16:33sur ses conséquences hématologiques vasculaires.
16:36Et d'un point de vue de santé publique,
16:40notamment pendant la première vague,
16:41quand on a regardé à postériori la mortalité Covid sur le territoire
16:47par rapport au niveau socio-économique,
16:49on s'est rendu compte que les zones à niveau socio-économique plutôt faibles
16:54avaient une très forte mortalité.
16:56Et les endroits de France qui étaient plutôt favorisés
17:01mourraient plutôt moins pendant le Covid, pendant la première vague.
17:05Et ça, je me suis dit que ce n'était pas possible.
17:07On a monté un système de santé qui devait être égalitaire
17:11pour que tout le monde puisse avoir accès aux soins.
17:13On est tous d'accord qu'il faut que ça continue.
17:16Et aujourd'hui, pourquoi on n'y arrive pas ?
17:18Et je crois qu'aujourd'hui, il faut garder en tête
17:20que notre système de santé, il a été créé pour répondre
17:23aux besoins de la population partout sur le territoire.
17:25J'insiste beaucoup sur ces territoires.
17:27Je crois que les déserts médicaux, c'est une vraie question
17:29qui concerne tous les Français.
17:32Et aujourd'hui, notre système, on le constate,
17:35n'est plus approprié pour répondre à ça.
17:38Les investissements en prévention,
17:41tu pourrais avoir le plus d'impact rapidement ?
17:43Je crois qu'il y a...
17:45C'est par exemple avoir des plans nationaux
17:48sur des problèmes qui n'ont jamais été pris en compte sérieusement.
17:54Alors, bien qu'il y ait des choses qui aient débuté,
17:55par exemple, la santé des femmes.
17:57Aujourd'hui, quand on regarde ce que d'autres pays ont fait,
18:00l'Australie, le Royaume-Uni,
18:02ils ont des grands plans de financement de la santé des femmes.
18:05Et on voit que ça pourrait avoir des répercussions,
18:07pas que strictement sur la santé des femmes.
18:09Il y a eu beaucoup de choses cet été sur la mortalité infantile,
18:13notamment qui est importante dans des classes socio-économiques
18:16plutôt à faible revenu.
18:18Si on avait des énormes politiques de prévention en santé des femmes,
18:24je pense qu'on aurait une mortalité infantile
18:27qui certainement ne serait pas à ce degré-là en France.
18:30Et donc, on a des répercussions.
18:33On a un euro investi en prévention sur une décennie.
18:40On sait que ça rapporte 14 euros.
18:42Et donc, il y a ça aussi qu'il faut comprendre,
18:43c'est qu'on n'est plus là pour traiter de l'aigu.
18:45Il faut qu'on puisse réussir à faire de la prévention.
18:48Parce que c'est sûrement des dépenses de santé importantes
18:51pour lancer des plans de prévention.
18:53Mais on sera à la fin, je pense, gagnant.
18:56Et peut-être le dernier exemple pour répondre à ça,
18:59c'est quasiment les trois quarts de nos dépenses de santé,
19:02des dépenses de la sécurité sociale.
19:04C'est sur des maladies chroniques.
19:05Des maladies chroniques, par définition,
19:08un, on doit pouvoir essayer de les éviter.
19:11Et une fois qu'elles sont là, il faut les soigner,
19:13mais on doit pouvoir essayer aussi de prévenir
19:15l'aggravation de certaines maladies chroniques.
19:18Et donc, aujourd'hui, on doit avoir ce shift,
19:20cette bascule vers la prévention,
19:22aussi bien la prévention primaire que la prévention secondaire.
19:25C'est-à-dire quand la maladie est installée
19:26et qu'on veut éviter qu'elle s'aggrave.
19:28Je crois qu'aujourd'hui, on n'a pas d'autre choix.
19:31On ne peut pas diminuer les budgets de la santé.
19:33Il ne faut pas que les budgets de la santé diminuent.
19:35Et ils sont en constante augmentation.
19:37Le seul moyen de les freiner,
19:39c'est avoir une politique sur le long terme.
19:40Est-ce que cet hôpital adapté,
19:43enfin, à ce XXIe siècle,
19:45on en a déjà dévoré un quart,
19:48dans le XXIe siècle, on ne va pas l'oublier,
19:50est-ce qu'il est moins administré, forcément ?
19:53Et en creux, ma question,
19:54c'est est-ce qu'il est trop administré ?
19:55Bien sûr, je crois qu'aujourd'hui,
19:57on a, alors même que, encore une fois,
20:00on a plein de gens de bonne volonté,
20:02il y a un truc qu'on ne sait pas bien faire,
20:03c'est que quand on a une nouvelle organisation,
20:06on ne sait pas enlever celle d'avant.
20:08Et du coup, on se retrouve avec...
20:10Des strates successives.
20:12Et au bout d'un moment,
20:14on ne peut pas continuer à avoir autant de strates
20:16dans la décision.
20:18On ne sait plus qui prend la décision.
20:21Et c'est notamment une des choses
20:22que j'essaye de proposer dans le livre
20:24sur la dépense de santé.
20:26Aujourd'hui, si on n'est pas capable de répondre
20:29de manière très active et très réactive
20:31sur les besoins d'un territoire,
20:32c'est aussi parce que la décision,
20:33elle est centralisée à Paris.
20:35Les ARS sont faussement régionalisées
20:37puisque c'est des structures déconcentrées de l'État.
20:40Moi, je propose de passer d'une structure déconcentrée de l'État
20:43à une vraie décentralisation.
20:44Qui dépendrait de qui à ce moment-là ?
20:46De la région.
20:46De la région, avec une santé qui dépend de la région,
20:49avec un budget qui serait à la région.
20:54Avec un risque, c'est une inégalité.
20:56Alors, il existe déjà ce que vous disiez tout à l'heure
20:57en faisant le bilan du Covid.
20:58Mais il existe déjà.
20:59Une inégalité face à la santé.
21:00Et je pense qu'il faut...
21:00Il y aurait des régions plus ou moins bien dotées.
21:02Non, je pense qu'au Parlement,
21:04on peut voter en fonction de la démographie.
21:06On peut faire ce qu'on fait nous
21:08quand on fait de la science.
21:09Regarder les données, regarder les besoins
21:11et faire des choses appropriées.
21:13Et peut-être remettons un peu de raison à tout ça.
21:16Et plutôt que de regarder les choses globalement depuis Paris.
21:19Et l'IA, il faut forcément parler d'intelligence artificielle
21:22si on parle de l'hôpital d'aujourd'hui et de demain.
21:25L'IA, c'est un bel outil de prévention.
21:28Ça, on en est tous convaincus.
21:30Est-ce que c'est aussi un outil de désadministration ?
21:32Vous voyez ce que je veux dire ?
21:33Est-ce qu'il y aura moins de personnes administratives
21:35mais peut-être aussi moins de médecins d'ailleurs ?
21:36Alors, moi je ne crois pas du tout que l'IA...
21:38Non, vous ne croyez pas à ça.
21:39Pas du tout parce qu'au contraire,
21:41il y a vraiment deux versants, je pense, dans l'IA.
21:43Il y a vraiment une version sur l'accompagnement
21:49diagnostique, thérapeutique pour nous simplifier la vie
21:51et notamment notre vie administrative.
21:53Ce qui va permettre de recentrer,
21:54pour tous les professionnels de santé,
21:56l'action sur le patient et sur le cœur du métier.
21:59Donc moi, je n'ai pas du tout peur que l'IA nous pique
22:02notre travail à tous, professionnels de santé.
22:04Au contraire, je pense qu'il permet d'accompagner.
22:06Je crois que la vraie révolution, elle va être lorsqu'on va réussir
22:10à avoir une IA qui est au cœur de notre système de santé,
22:13notamment dans la façon dont on génère des données.
22:16Aujourd'hui, notamment en biologie,
22:18qu'est-ce que je connais bien ?
22:19L'IA pourrait accompagner la génération de données,
22:23pourrait permettre de s'en servir en temps réel,
22:25notamment pour réussir à avoir en parallèle des données cliniques,
22:30des données biologiques,
22:31des données qui gèrent le passé d'un patient.
22:34Je donne l'exemple dans le livre d'outils qui existent tous déjà
22:37et qu'en fait, on n'utilise pas au quotidien pour toute la population
22:43où une IA dans notre quotidien pourrait déclencher l'appel
22:47à une infirmière référente pour qu'un patient, une patiente,
22:51puisse avoir un suivi lorsqu'il y a quelque chose qui se dérègle.
22:54Merci beaucoup, David Smadjal, votre livre.
22:57La République de la prévention santé des informations au territoire,
23:00IA préface, signée Jean-Michel Blanquer,
23:02c'est aux éditions ELH.
23:05Voilà, on le voit, ce livre, à très bientôt sur l'antenne de Smart Impact.
23:10Tout de suite, c'est notre rubrique innovation.
23:18Smart Ideas avec Aurélie Bertman,
23:20qui est la cofondatrice de Solali.
23:21Bonjour.
23:22Bonjour.
23:22Bienvenue, vous l'avez créée en 2025 avec Laurie Morks.
23:25Et avec quelle idée ? Racontez-moi.
23:27Alors en fait, l'idée, c'était de faire en sorte d'améliorer le parcours des familles
23:31qui cherchent un établissement senior en intégrant l'ensemble du parcours
23:37à l'intérieur d'une plateforme unique, intégrant les aides financières,
23:40intégrant les dossiers à envoyer aux établissements
23:43et surtout leur permettre d'avoir tout le panel des orientations,
23:47EHPAD, résidence senior, habite à partager, maintien à domicile,
23:50à l'intérieur d'un lieu unique qui serait la plateforme Solali.
23:54Donc c'est une plateforme, c'est un comparateur aussi, on peut dire ça comme ça ?
23:58C'est une sorte de comparateur.
23:59En tout cas, il y a des aspects qui permettent de filtrer.
24:01En fait, c'est une plateforme qui fonctionne avec de l'intelligence artificielle
24:06où il y a une vingtaine de critères qui sont rentrés par les familles
24:08qui leur permet en temps réel de savoir quel est l'établissement disponible
24:12qui correspond à la bonne prise en charge médicale,
24:14aussi à travers des critères non médicaux qui pourraient rentrer en compte.
24:17Et si on part du constat, c'est toujours aussi difficile
24:21de trouver une place en EHPAD, en résidence senior.
24:24C'est la démographie, sans doute, qui joue ?
24:28Oui, il y a la vague démographique en plus qui va accélérer le process.
24:32Mais il y a aussi le fait que les gens sont mal informés
24:35des différentes options qui peuvent exister,
24:38ne connaissent pas nécessairement les options d'habitat partagé,
24:41de résidences qui peuvent prendre en charge aussi des pertes d'autonomie.
24:45Donc l'idée, c'était vraiment de leur donner un panel d'informations transparents
24:48sur une seule plateforme.
24:49Quels sont les principaux critères que cherchent les familles
24:53quand elles rentrent dans une plateforme comme la vôtre ?
24:55L'emplacement, j'imagine ?
24:57Le prix, ça vient assez vite ?
24:59Il y a l'emplacement, le prix, la disponibilité,
25:01parce qu'on a beaucoup de situations d'urgence.
25:03On travaille notamment avec certains hôpitaux
25:05pour améliorer et fluidifier les sorties d'hospitalisation.
25:08Et donc il y a des fois, c'est dans une semaine.
25:10Quand est-ce qu'on peut accueillir qui dans une semaine ?
25:13Il va y avoir aussi des critères, évidemment de budget,
25:16mais du coup d'aide associée, d'aide financière,
25:18qu'ils ne connaissent pas nécessairement.
25:20Et puis il y a des critères un peu comme
25:21je veux pouvoir venir avec mon chien.
25:24Donc quel établissement pourrait m'accueillir avec mon chien ?
25:27Chambre double, parce qu'en fait on a un couple,
25:28on ne veut pas se séparer, même si on arrive à une perte d'autonomie
25:31sur l'un des deux.
25:32Donc on a vraiment tout un tas de critères
25:34qui peuvent s'appliquer aux familles.
25:35Et on continue de construire des EHPAD,
25:37des résidences seniors en France ?
25:38Oui, il y a des projets de construction régulièrement d'EHPAD.
25:42Les politiques publiques poussent sur les résidences aussi
25:44et sur les habitats partagés,
25:45parce qu'en fait on va avoir une vague démographique,
25:48je crois que c'est de l'ordre de 360 000 personnes supplémentaires.
25:50C'est le baby-boom qui devient papy-boom.
25:53Et donc il y a une nécessité de prendre en charge ces pertes d'autonomie
25:57et aussi dans certains cas de favoriser le maintien à domicile
25:59quand ça reste possible.
26:00C'est quoi le modèle économique de Solali ?
26:03Alors c'est entièrement gratuit pour les familles,
26:05entièrement gratuit pour les assistantes sociales
26:07qui travaillent avec nous pour orienter,
26:09qui ont aussi des besoins d'orientation des patients.
26:12C'est les établissements qui vont nous rémunérer
26:14quand une personne entre à travers Solali
26:17dans leur résidence ou dans leur EHPAD.
26:20Et alors avec un risque, c'est que certains établissements
26:23cherchent à se mettre plus en avant que d'autres ?
26:25Oui, alors nous on a une valeur de neutralité.
26:28Donc dans notre algorithme, il n'y a aucune possibilité
26:31que certains établissements soient valorisés par rapport à d'autres.
26:34D'ailleurs, on est la seule plateforme qui intègre
26:36les EHPAD publics et les résidences autonomies publiques
26:40et les structures associatives également
26:42qui ne nous rémunèrent pas.
26:44Donc on a vraiment un modèle hybride là-dessus.
26:46Et ça permet une orientation neutre
26:48de l'intégralité des familles de France
26:51sur l'ensemble des solutions possibles.
26:53Avec des usagers, des familles
26:56qui maintenant sont toutes faciles dans l'usage numérique
27:01ou alors il y a encore un peu de cette fracture numérique
27:03dont on parle souvent ?
27:04Évidemment, il y a une fracture numérique,
27:05notamment générationnelle.
27:07Et c'est pourquoi d'ailleurs,
27:08on a tout un tas d'outils IA
27:10qui permettent à la plateforme de s'améliorer
27:14en temps réel, ce genre de choses.
27:15Mais on a évidemment des humains derrière
27:17qui répondent aux familles,
27:18qui prennent en charge les demandes,
27:20qui discutent et qui valorisent le fait
27:22d'avoir un contact humain avec...
27:24Enfin, toutes les familles sont rappelées.
27:26Vous en êtes toutes, votre développement.
27:27C'est une toute jeune entreprise.
27:29C'est une toute jeune entreprise.
27:30On a déjà plus de 8 000 établissements
27:32qui sont référencés.
27:33Donc je pense que d'ici janvier,
27:35on atteindra les 10 000
27:36qui sont le panel global des orientations.
27:38On a réussi à intégrer le maintien à domicile.
27:41On a les gros groupes
27:42qui sont nos partenaires aujourd'hui.
27:43Donc on est en phase de développement rapide.
27:47Avec des perspectives qui sont lesquelles ?
27:49Avec des perspectives...
27:51En fait, du coup, d'ici janvier,
27:53d'intégrer l'ensemble des panels
27:55et d'accompagner le plus de familles
27:58sur l'ensemble du territoire français
28:00d'ici 2027.
28:01Merci beaucoup Aurélie Wirtman
28:02et bon vent à Solali.
28:04Voilà, c'est la fin de ce Smart Impact.
28:06Merci à toutes et à tous de votre fidélité.
28:09À la chaîne des affaires,
28:09à la chaîne des audacieuses et des audacieux.
28:11Salut !
28:11Sous-titrage Société Radio-Canada
28:16Sous-titrage Société Radio-Canada
28:20Sous-titrage Société Radio-Canada
28:22Sous-titrage Société Radio-Canada
28:22Sous-titrage Société Radio-Canada