00:00Effectivement, tout le monde fait le constat du déclassement de l'école de France.
00:04Je veux dire, il faudrait être absolument aveugle ou totalement idéologique pour ne pas le constater.
00:09De toute manière, maintenant, aujourd'hui, dans tout l'environnement économique,
00:12tous les patrons vous le disent, les écoles en prépa, ils ont obligé de refaire les bases des mathématiques.
00:19Le déclassement atteint un niveau, je pense, que les gens qui nous écoutent ne mesurent pas.
00:24C'est-à-dire qu'il y a plus de 20 ans, la France, par exemple, au classement PISA,
00:27le premier était à plus de 500, qui est vraiment un nombre de points
00:29qui caractérise les 15-20 premiers du classement.
00:34Aujourd'hui, on est à 450 à peu près.
00:36C'est-à-dire qu'on a perdu à peu près 50 points, d'accord ?
00:39Ça signifie à peu près deux ans et demi d'apprentissage de perdus.
00:42Ce que vous évoquez, si vous voulez, c'est la base de ce que moi j'écris dans le livre,
00:45c'est-à-dire que moi j'ai cherché à comprendre et à expliquer à tous les gens qui me
00:49posaient la question
00:50« mais comment tu expliques ce qui s'est passé ? »
00:52L'explication, elle est très simple, c'est-à-dire qu'on a créé en 1832 l'instruction publique
00:56qui est devenue en 1932 l'éducation nationale.
00:59On a remplacé un devoir de l'État qui considérait que chaque enfant était digne d'être instruit,
01:05c'est-à-dire de savoir parfaitement lire, écrire, compter, raisonner,
01:08pour être libre de penser par lui-même plus tard,
01:11par une éducation qui est une éducation qui progressivement est devenue une éducation de la réussite
01:16où on ne garantit plus aux parents que leur enfant soit instruit,
01:19on leur garantit qu'il va réussir, on leur garantit qu'il va avoir le bac.
01:21Vous avez 81% d'une classe d'âge aujourd'hui qui va au bac,
01:24avec 96% de réussite au baccalauréat général, mais avec 59% à peu près de mention.
01:32Et l'année d'après en supérieur, 52% échouent en première année.
01:36Ça a un coût astronomique pour la France.
01:38Donc la vraie question qu'il faut se poser, c'est est-ce que le vrai changement structurel qu'il
01:43faut faire,
01:43c'est pas revenir à une institution publique qui instruit et laisser l'éducation aux parents.
01:48Et comme cela a été le cas à une période de l'histoire,
01:52quand on a mis en place les allocations familiales,
01:54je vous rappelle, certains d'entre nous les plus âgés se souviennent,
01:56que certains parents disaient à leurs enfants,
01:59« Oh là là, si tu ne vas pas à l'école ou si tu ne te comportes pas bien,
02:01on n'aura plus les allocations familiales. »
02:03Parce que les allocations familiales sont des allocations pour la famille
02:06destinées à l'éducation des enfants.
02:08Donc à partir du moment où les parents ne remplissent plus leur rôle,
02:10l'État normalement a le moyen d'intervenir sur ce rôle
02:13qui est le respect du droit de l'enfant à l'instruction.
02:15La réalité aujourd'hui, c'est que les enfants français ne sont plus instruits,
02:20que ceux qui payent le pire coût de l'ignorance
02:23ce sont évidemment ceux des milieux les plus défavorisés,
02:25parce qu'à un moment, on a fait le choix de changer la finalité de l'école.
02:30On est passé d'une instruction publique payée par l'État
02:33en considérant qu'elle était utile au collectif, donc à la nation,
02:36à une éducation nationale qui avait comme projet de créer l'homme nouveau,
02:41l'homme libéré.
02:42C'est-à-dire que l'enfant n'est pas devenu un être en développement
02:44avec un cerveau auquel il faut s'adapter de 3 à 6 ans,
02:48de 6 à 9 ans, de 9 à 12 ans pour apprendre,
02:50c'est-à-dire s'adapter à ses capacités d'apprentissage.
02:53On en a fait un adulte en miniature
02:56auquel on a donné la possibilité d'être en co-gestion de l'école.
02:59Quand vous regardez l'évolution après 68 dans les collèges et les lycées,
03:02les élèves sont en co-gestion.
03:04Aujourd'hui, sur les questions du harcèlement,
03:06vous allez dire aux enfants,
03:08vous n'avez qu'à gérer les problèmes de harcèlement dans l'établissement.
03:10Ça n'a aucun sens.
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