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  • il y a 4 semaines
Éducation nationale : «Le déclassement atteint un niveau que les gens ne mesurent pas», note Sophie Audugé

Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce mardi, Pascal Praud reçoit Sophie Audugé pour parler de son livre "L'Éducation nationale en perdition".

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Transcription
00:00C'est 10h31, l'éducation nationale en perdition, nous recevons Sophie Audugé.
00:08Le nombre, bonjour, le nombre de livres qui sont écrits sur l'éducation nationale,
00:16pour souligner, et le Flock Imad est là également, que l'éducation nationale est en perdition
00:23et qui font le même constat, sans que rien ne change, et c'est édité chez Fayard,
00:31nous en recevons quasiment un ou deux par... j'allais dire un ou deux par semaine.
00:37Non mais, je vous assure, mais on sait tout ça, c'est ça qui est terrible.
00:45Tout ce que vous dites, c'est formidable d'ailleurs, alors je vais citer des choses,
00:48vous dites, alors parfois effectivement, tout le monde, il y a des exemples qui sont différents d'un livre à
00:54l'autre,
00:55vous dites une chose, il y a un scandale silencieux plus profond et plus grave que tous les autres,
00:59celui du renoncement à instruire nos enfants.
01:02Jamais dans l'histoire moderne de la France, l'écart entre les promesses de l'école et ses résultats n
01:06'a été aussi béant.
01:07L'instruction publique méritocratique a été détrônée par l'éducation nationale compassionnelle.
01:12Paradoxalement, le culte de l'égalitarisme l'a rendu structurellement inégalitaire,
01:16les enfants des milieux les moins défavorisés paient la facture de l'ignorance.
01:18Bon, ok, mais il y a une responsabilité des parents.
01:24Les parents, si vous leur faites un examen de CM2 à 6ème, si vous faites un examen de 3ème en
01:30seconde,
01:30si vous dites aux enfants qu'ils n'iront plus faire le bac général, là vous avez les parents sur
01:35le dos.
01:37Alors, je ne partage pas votre point de vue du tout.
01:41Je constate comme vous qu'effectivement il peut y avoir sur la partie éducative une responsabilité des parents,
01:45mais ce n'est pas de ça dont on parle en fait.
01:48Effectivement, tout le monde fait le constat du déclassement de l'école de France.
01:52Je veux dire, il faudrait être absolument aveugle ou totalement idéologique pour ne pas le constater.
01:57De toute manière, maintenant, aujourd'hui, dans tout l'environnement économique,
02:00tous les patrons vous le disent, les écoles en prépa, ils ont obligé de refaire les bases des mathématiques.
02:07Le déclassement atteint un niveau, je pense que les gens qui nous écoutent ne mesurent pas.
02:12C'est-à-dire qu'il y a plus de 20 ans, la France, par exemple, au classement PISA,
02:15le premier était à plus de 500, qui est vraiment un nombre de points
02:18qui caractérise les 15-20 premiers du classement.
02:22Aujourd'hui, on est à 450 à peu près.
02:24C'est-à-dire qu'on a perdu à peu près 50 points, d'accord ?
02:27Ça signifie à peu près deux ans et demi d'apprentissage de perdus.
02:30Ce que vous évoquez, si vous voulez, c'est la base de ce que moi j'écris dans le livre,
02:33c'est-à-dire que moi j'ai cherché à comprendre et à expliquer à tous les gens qui me
02:37posaient la question
02:38« Mais comment tu expliques ce qui s'est passé ? »
02:40L'explication, elle est très simple.
02:42C'est-à-dire qu'on a créé en 1832 l'instruction publique,
02:45qui est devenue en 1932 l'éducation nationale.
02:47On a remplacé un devoir de l'État qui considérait que chaque enfant était digne d'être instruit,
02:53c'est-à-dire de savoir parfaitement lire, écrire, compter, raisonner,
02:56pour être libre de penser par lui-même.
02:58Plus tard, par une éducation qui est une éducation qui, progressivement,
03:02est devenue une éducation de la réussite,
03:04où on ne garantit plus aux parents que leur enfant soit instruit,
03:07on leur garantit qu'il va réussir, on leur garantit qu'il va avoir le bac.
03:10Vous avez 81% d'une classe d'âge aujourd'hui qui va au bac,
03:12avec 96% de réussite au baccalauréat général,
03:17et avec 59% à peu près de mention.
03:20Et l'année d'après, en supérieur, 52% échouent en première année.
03:24Ça a un coût astronomique pour la France.
03:26Donc la vraie question qu'il faut se poser,
03:28c'est est-ce que le vrai changement structurel qu'il faut faire,
03:31ce n'est pas revenir à une institution publique qui instruit,
03:35et laisser l'éducation aux parents.
03:36Et comme cela a été le cas à une période de l'histoire,
03:40quand on a mis en place les allocations familiales,
03:42je vous rappelle, certains d'entre nous, les plus âgés, se souviennent,
03:44que certains parents disaient à leurs enfants,
03:47« Ouh là là, si tu ne vas pas à l'école ou si tu ne te comportes pas bien,
03:49on n'aura plus les allocations familiales. »
03:51Parce que les allocations familiales sont des allocations pour la famille
03:54destinées à l'éducation des enfants.
03:56Donc à partir du moment où les parents ne remplissent plus leur rôle,
03:58l'État normalement a le moyen d'intervenir sur ce rôle
04:01qui est le respect du droit de l'enfant à l'instruction.
04:04La réalité aujourd'hui, c'est que les enfants français ne sont plus instruits,
04:08que ceux qui payent le pire coût de l'ignorance
04:11ce sont évidemment ceux des milieux les plus défavorisés,
04:13parce qu'à un moment, on a fait le choix de changer la finalité de l'école,
04:18on est passé d'une instruction publique payée par l'État
04:21en considérant qu'elle était utile au collectif, donc à la nation,
04:24à une éducation nationale qui avait comme projet
04:27de créer l'homme nouveau, l'homme libéré.
04:30C'est-à-dire que l'enfant n'est pas devenu un être en développement
04:32avec un cerveau auquel il faut s'adapter de 3 à 6 ans,
04:36de 6 à 9 ans, de 9 à 12 ans pour apprendre,
04:38c'est-à-dire s'adapter à ses capacités d'apprentissage.
04:42On en a fait un adulte en miniature
04:44auquel on a donné la possibilité d'être en co-gestion de l'école.
04:47Quand vous regardez l'évolution après 68 dans les collèges et les lycées,
04:51les élèves sont en co-gestion.
04:52Aujourd'hui, sur les questions du harcèlement,
04:54vous allez dire aux enfants,
04:56écoutez, vous n'avez qu'à gérer les problèmes de harcèlement
04:58dans l'établissement.
04:59Ça n'a aucun sens.
05:00Bon, alors, après 68...
05:01Non, non, non, non, non, non, non.
05:01...
05:01...

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