00:00France Inter, la grande matinée.
00:04À 7h48, vous recevez Benjamin Duhamel, l'ancienne maire de Paris.
00:08Bonjour Anne Hidalgo.
00:09Bonjour Benjamin Duhamel.
00:11Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter pour votre première interview depuis votre départ de la mairie.
00:16On parlera dans un instant de l'état de la gauche à 7 mois de l'élection présidentielle.
00:20Mais je voudrais commencer par le scandale du périscolaire à Paris.
00:22On a appris il y a quelques jours que plus d'une quinzaine de familles avaient porté plainte contre vous,
00:27contre votre ancien adjoint ainsi que l'actuel maire de Paris, Emmanuel Grégoire,
00:30notamment pour non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d'autrui.
00:35La justice suit son cours et ce n'est évidemment pas dans ce studio qu'elle sera rendue,
00:39mais il y a la responsabilité politique.
00:41Anne Hidalgo, est-ce que le temps est venu de présenter vos excuses aux familles d'enfants victimes qui se
00:47sont senties abandonnées ?
00:48D'abord, je veux dire ici aux familles que je suis à leur côté.
00:53J'ai toujours été aux côtés des victimes, j'ai toujours pris le parti des victimes pendant 12 ans en
00:58tant que maire.
00:59J'ai essayé, j'ai tenté, j'ai fait tout pour protéger cette ville et notamment les plus vulnérables et
01:04bien sûr les enfants.
01:05Je suis à leur côté, je l'ai toujours été et je partage leur douleur et leur douleur est aussi
01:11la mienne.
01:12En tant que maire de Paris, savoir que malgré tous les process, on va y revenir peut-être,
01:17tout ce qu'on a mis en place pour prévenir, pour encadrer, pour accompagner cette parole des victimes.
01:23Il y a eu des prédateurs qui se sont immiscés, qui sont passés entre les mailles d'un filet
01:29et qui ont abîmé, attaqué, agressé sexuellement des enfants.
01:34C'est une blessure et une douleur en tant que maire de Paris.
01:37Ma question spécifique, Anne Hidalgo, portait sur le fait de savoir si vous présentiez vos excuses aux familles,
01:43si vous faisiez un « mea culpa ». Est-ce que c'est trop difficile quand on est un politique
01:46de dire les choses aussi clairement ?
01:48D'abord, je crois qu'il y a besoin de vérité.
01:51Et ce que les familles doivent avoir, ce n'est pas une instrumentalisation de leur douleur
01:55ou des paroles rapidement lancées ici ou là dans un meeting ou une réunion ou même sur un plateau.
02:01Elles ont besoin de vérité et la justice va apporter cette vérité.
02:05Je veux leur dire aussi une chose, je partage complètement et je comprends le sentiment d'abandon qu'elles ont
02:12eu.
02:13Abandon qui est lié aussi au fait que la loi, il va falloir la changer la loi.
02:18D'accord, mais Anne Hidalgo, concernant votre responsabilité.
02:21Je vais y venir. Je vais venir sur ce que j'ai fait et la responsabilité de ma responsabilité, la
02:28responsabilité de la ville.
02:29Mais ce que je veux dire, c'est qu'à un moment donné, lorsque ces cas sont signalés, lorsque la
02:34justice s'en saisit,
02:36arrive un moment où les élus, les maires, parce que c'est un sujet qui concerne aussi tous les maires
02:41de France,
02:41les maires n'ont pas accès à l'information et ne peuvent pas tenter qu'ils auraient eu accès à
02:48une information en parler
02:50parce que c'est dans le secret des enquêtes.
02:52Donc je comprends tout cela.
02:54Ce que je veux dire aussi aux familles, c'est que bien sûr qu'on a regardé point par point
02:59ce qui a été fait,
03:00où sont les responsabilités par rapport à la plainte.
03:02Tout le monde a le droit de porter plainte et la justice doit faire son travail.
03:06Mais au pénal, il faut des faits et tous les faits posés contredisent cela.
03:13Et c'est pour ça, si vous me permettez, Anne Hidalgo, juste pour que je puisse poser une question,
03:16c'est pour ça qu'en début d'entretien, je précisais bien qu'ici, il n'était pas question de
03:20faire le procès avant.
03:21Simplement, vous disiez, j'ai tout fait, j'ai toujours été aux côtés des victimes.
03:24Il s'avère que pour préparer cet entretien, Anne Hidalgo, j'ai téléphoné à un certain nombre de collectifs,
03:28notamment j'ai eu hier une femme du collectif des parents du 11e arrondissement,
03:32qui était un des arrondissements parisiens les plus touchés par ce scandale du périscolaire.
03:36Que m'a dit cette personne ?
03:37Anne Hidalgo, elle ne s'est jamais déplacée pour nous voir,
03:40elle ne nous a jamais reçus à la mairie de Paris et elle n'a jamais répondu à nos courriers.
03:44Est-ce que là, puisqu'il est question de vos regrets,
03:46est-ce que vous regrettez de ne pas leur avoir répondu, de ne pas avoir été suffisamment présentes à leur
03:52côté ?
03:52D'abord, les courriers, j'y ai répondu.
03:54Mais j'ai un regret, bien sûr, j'ai un regret qui est de ne pas les avoir rencontrés à
03:59ce moment-là.
04:00Ce moment-là, c'est quand ?
04:01C'est entre décembre, enfin, puisqu'on lance, on a les premiers signalements à partir du mois,
04:08les premiers nouveaux signalements, puisqu'on a un traitement tout au long cours pendant 10 ans.
04:13Parce qu'il y a de nombreux signalements depuis 2015.
04:15Depuis 10 ans, avec des plans, des actions, etc.
04:18Au printemps 2025, commencent à apparaître un certain nombre de cas et de signalements.
04:24Dans le 11e, dans le 7e arrondissement et le 15e arrondissement.
04:29Sur ces situations-là, évidemment qu'immédiatement, je me suis intéressée.
04:35Pourquoi est-ce que vous ne les recevez pas ?
04:37Alors, à ce moment-là, d'abord, il n'y a pas une demande à ce moment-là de réception.
04:40Il y a des réunions qui sont organisées et où je demande, comme je le fais toujours.
04:45Auxquelles vous n'assistez pas ?
04:46Auxquelles je n'assiste pas.
04:47Comme c'est souvent le cas, à ce stade-là des sujets, mes adjoints, l'administration.
04:55Je demande d'ailleurs même au parquet de dépêcher quelqu'un pour pouvoir donner des informations.
05:00Mon regret, c'est de ne pas avoir, effectivement, participé à ces réunions.
05:04Donc là-dessus, vous connaissez qu'il y a eu un manque, peut-être, d'empathie vis-à-vis des
05:07familles des victimes,
05:08mais en tous les cas, je pense qu'il y a eu ce manque.
05:11À quoi est-il dû ?
05:12D'abord, on était dans une phase où les informations remontaient,
05:16où on structurait la réponse aussi institutionnelle de la ville.
05:20Et deuxièmement, en pleine campagne des municipales.
05:23Donc, il y a un moment qui est complexe.
05:23Ce qui n'empêche pas de recevoir les familles des victimes.
05:25Non, c'est vrai, mais qui était un moment complexe.
05:27Donc oui, il y a un regret sur ce point-là.
05:29Regret, autre question, Anne Hidalgo, puisque vous évoquiez l'action qui a été celle de la mairie de Paris.
05:33Là encore, et ça revient beaucoup dans les discussions
05:36que l'on peut avoir avec les familles de victimes.
05:38En 2015, l'inspection générale de la mairie de Paris, elle rend un rapport.
05:42Que je demande.
05:43Que vous demandez, et qui fait un certain nombre de préconisations
05:46sur la question des violences sexuelles dans le périscolaire.
05:49Sur la question de la plainte systématique de la mairie de Paris.
05:52Sur la question de la formation.
05:53Ces propositions-là, elles restent lettres mortes avant décembre 2025.
05:57Pendant dix ans à l'Hidalgo.
05:59Non, c'est pas faux.
06:00Si, si, c'est totalement faux.
06:01Comment est-ce que, là encore, vous dites...
06:03C'est totalement faux.
06:04On essaye d'avoir un discours de vérité ce matin, de dire j'ai trop tardé à agir.
06:08Non, non, absolument pas.
06:09Vous savez, en 2015, il y a des premiers signalements.
06:12Je décide, ce qui n'avait pas été fait avant,
06:15de demander à l'inspection générale de la ville
06:17de faire un rapport, un point complet avec des propositions.
06:20Nous recrutons d'ailleurs la personne qui a fait ce rapport avec ces propositions
06:25pour les mettre en oeuvre.
06:26Et elles sont mises en oeuvre.
06:27Tant et si bien que, vous savez, en 2015,
06:29avec le procureur de la République, François Mollins,
06:32nous signons ensemble un accord totalement innovant
06:35qui permet quoi ?
06:36Donc, les personnes qui sont embauchées...
06:37Attendez, Anne Hidalgo, pardon.
06:38Les personnes qui sont embauchées dans le périscolaire en 2025,
06:41du jour au lendemain, sans qu'on regarde leur CV,
06:43tout ça, ça n'existe pas.
06:44En fait, si vous voulez, c'est faux.
06:46Il faut de la vérité pour que les familles puissent aussi faire le chemin
06:49vers la réparation.
06:49Ce que je dis est factuel, Anne Hidalgo.
06:50Pardonnez-moi sur la question du périscolaire.
06:52C'est très factuel, c'est très, très factuel.
06:54Et tous ces éléments sont sur la table.
06:56Donc, tout avait été fait par la mairie de Paris ?
06:57Non, ce que je veux...
06:58Vous avez tout bien fait, tout est parfait.
06:59Ce que je veux vous dire, c'est que dès 2015,
07:02j'obtiens du parquet dans un accord avec François Mollins
07:05que nous puissions accéder aux fichiers des délinquants sexuels
07:09avant de recruter des agents.
07:11Alors, comment est-ce que vous expliquez, Anne Hidalgo,
07:12qu'il y a eu autant de cas, autant de plaintes,
07:15autant de signalements jusqu'en 2025 ?
07:17Je vais vous dire, mais je termine.
07:17Il y avait trois filtres.
07:18Et ces trois filtres ont toujours été, à ma connaissance,
07:21mis en œuvre pour les recrutements.
07:23Un premier filtre, les fichiers des délinquants sexuels
07:26auxquels nous avons eu accès.
07:28Un deuxième fichier, qui est celui de Jeunesse et Sport.
07:31Et enfin, la consultation des casiers judiciaires.
07:31Mais est-ce que vous reconnaissez que cette action à minima était insuffisante, Anne Hidalgo ?
07:35Pourquoi c'est si difficile à dire ?
07:37Attendez, il y a des...
07:39Dans les mailles du filet, il y a eu des trous.
07:42Et c'est là qu'il faut aller regarder...
07:43Et donc, c'est la faute à pas de chance ?
07:44Mais non, c'est pas la faute à pas de chance.
07:46Il y a, dans les trous, on a fait, évidemment, sur les recrutements,
07:50on a fait sur la formation.
07:52Et le troisième élément, qui est un élément sur lequel la loi doit vraiment changer,
07:56c'est sur la prise en compte de la parole des enfants
07:59et sur, notamment, l'accompagnement des victimes et l'information des victimes.
08:05Et la loi intégrale, qui est en discussion aujourd'hui, va apporter cela.
08:08Donc, je ne dirai jamais que c'est la faute à pas de chance.
08:10Je ne dirai pas qu'on n'a pas tout fait,
08:12puisque il y a quand même des prédateurs qui sont arrivés.
08:15Mais sur la responsabilité, responsabilité pénale, il faut des faits et tout ce qui est évoqué.
08:22Et la justice fera son travail.
08:24Mais les faits ne sont pas de qualification pénale.
08:29Sur la responsabilité politique, on est sur un sujet de grande complexité,
08:33qui ne touche pas que la vie de Paris, qui touche la France entière.
08:36Et les auditeurs auront l'occasion de se faire un avis.
08:40Je voudrais juste qu'on avance ici, il nous reste quelques instants.
08:42Vous avez une nouvelle vie, Anne Hidalgo, maintenant,
08:44puisque vous travaillez pour une association à Bruxelles de deux maires.
08:47Je voudrais avoir votre regard sur la vie politique, notamment à gauche.
08:50Il va y avoir dans quelques semaines un scrutin, la primaire de gauche.
08:53Est-ce que vous allez voter ? Est-ce que vous savez pour qui vous allez voter ?
08:55Alors, je suis très heureuse d'avoir pu construire une nouvelle vie après la politique.
09:00Et je le dis à tous les politiques qui y sont, c'est quand même pas mal du tout.
09:03Après, comme citoyenne, je reste engagée.
09:06Et bien sûr que je vais participer à la primaire, à titre personnel, pour Raphaël Glucksmann.
09:12Évidemment, je pense que Raphaël Glucksmann est la personne qui aujourd'hui porte à la fois les ambitions écologiques,
09:19parce qu'il y a les sujets d'école qui sont à vous aussi, de les mettre en débat, comme
09:24vous l'avez fait ce matin.
09:26Mais c'est quand même souvent les débats ont lieu grâce aux journalistes qui mettent en débat les sujets.
09:30Ne pas parler des débats et c'est possible de lui.
09:32Mais ne pas parler d'écologie, ne pas parler de la crise climatique, qui est quand même un sujet qui
09:36domine,
09:37y compris la transformation de notre économie, de notre agriculture.
09:41Anne Hidalgo, vous allez lui donner des conseils pour qu'il évite de faire 1,7% comme en 2022,
09:46quand vous étiez candidate à l'élection présidentielle ?
09:48Quand en 2022 j'ai été candidate et que j'ai fait ce score, voilà, que le parti socialiste que
09:56je représentais a fait ce score,
09:58il y a des tas de raisons, je ne vais pas les développer ici, j'ai écrit un livre, j
10:01'en parle, je les évoque.
10:02Mais il fera mieux, vous l'espérez ?
10:03Je l'espère et je n'ai pas de conseil à donner, mais je pense que nous sommes à un
10:07moment crucial.
10:08Il faut absolument éviter que l'extrême droite n'accède au pouvoir et donc je donnerai toute la force,
10:16ne serait-ce que par mon vote personnel à Raphaël Gulxman.
10:19Merci beaucoup Anne Hidalgo, ancienne maire de Paris, d'être venue ce matin au micro d'interesse.
10:22Et merci Benjamin Duhamel, on se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.