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Regardez Face à Fogiel du 10 septembre 2026.
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00:01RT le matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:06Et avec Marc-Olivier Fogela, 8h18, 23 ans après la mort de Marie Trintignant,
00:12l'affaire Bertrand Cantat continue de faire parler.
00:14On connaît moins ce qu'a vécu son ancienne compagne, Christina Raddy, qui s'est donnée la mort en 2010.
00:19La journaliste Karine Dufour a enquêté sur les dernières années de sa vie.
00:22Elle publie Christina Raddy, Les silences qui tuent, chez Harper Collins.
00:25Et elle est donc votre invitée ce matin, Marc-Olivier.
00:28Bonjour Karine Dufour.
00:29Bonjour.
00:30Dans la nuit du 9 au 10 janvier 2010, Christina Raddy se pend chez elle, dans la maison familiale.
00:35Bertrand Cantat est au-dessous, c'est son fils qui la retrouve pendue.
00:39En 2025, après d'ailleurs la série Netflix dont vous êtes à l'origine,
00:44le procureur de Bordeaux rouvre une enquête, puisque tout ça avait été classé.
00:48Aujourd'hui, vous ré-enquêtez, pour vous, est-ce que l'implication même indirecte de Bertrand Cantat dans ce suicide
00:54est une évidence ?
00:56En tout cas, oui.
00:58Enfin, l'implication indirecte, oui.
01:00Et surtout, c'est ça que je questionne dans le livre.
01:02Il n'a pas été condamné pour ça.
01:03La justice rendra son avis.
01:06Moi, je respecte la présomption d'innocence, mais je refuse le silence.
01:11C'est ça.
01:12Vous refusez le silence et vous enquêtez et vous dites qu'il y a plein de faisceaux qui conduisent à
01:17lui.
01:18Oui.
01:19Notamment des témoignages, celle de la fille au père dans la maison du couple Cantat-Radi, dans les Landes.
01:24Elle raconte les cris, les meubles coincés derrière les portes et les enfants qu'elle a emmenés dehors pour qu
01:29'ils n'entendent pas.
01:30L'atmosphère était insupportable.
01:32Il faut rappeler que Bertrand Cantat, en sortant de prison en 2007, est retourné dans la maison familiale.
01:37Cristina Radi l'a réaccueillie et ils ont vécu trois ans ensemble.
01:40Dans quelles conditions ?
01:41C'est grâce à elle qu'il peut sortir en liberté conditionnelle.
01:44C'est parce qu'elle est dans le bureau du juge d'application des peines et elle dit oui, on
01:47va reprendre la vie familiale.
01:49En fait, ils ne reprennent pas totalement la vie familiale, ils ont une vie libre.
01:52Et quand elle retombe amoureuse d'un autre gars, lui, là, il déclenche un contrôle coercitif, ça le rend fou.
01:57Et donc là, il active le harcèlement.
02:00De quel type ? Vous écrivez surveiller, isoler, dévaloriser, contrôler le téléphone, détruire les objets, intimider.
02:07C'est quoi le quotidien de Cristina Radi aux côtés de son ex-mari dans cette maison avec leurs deux
02:13enfants ?
02:13À partir d'avril 2009, quand elle rencontre François Saubadu, il active tout ce mécanisme de contrôle coercitif.
02:19Elle le décrit dans un message de 7 minutes 33.
02:22Elle décrit qu'avec ses enfants, on n'ose à peine respirer.
02:26Je ne sais pas où aller.
02:27Donc, elle est vraiment dans un système de terreur intime.
02:30On peut parler de ça.
02:32Et donc, elle ne sait pas où aller.
02:33Et donc, sa seule issue, c'est la mort.
02:35François Saubadu, c'est son compagnon.
02:37Elle est retombée amoureuse.
02:38Et ce message, c'est un message qu'elle laisse à ses parents.
02:41Un message qui est ressorti.
02:42Elle dit quoi concrètement dans ce message ?
02:44Elle dit qu'elle a peur de mourir.
02:46Qu'elle va disparaître.
02:47Qu'elle va quitter le pays.
02:49Mais qu'elle ne sait pas où aller.
02:50Et qu'elle est en désespérance totale.
02:52Il y a ce message.
02:54Il y a le témoignage de la fille au père.
02:55Il y a le témoignage de voisins de François Saubadu, avec qui elle envisageait donc de refaire sa vie.
03:00Les voisins entendaient des disputes.
03:02Cristina leur aurait même confié ses enfants lors de crise avec Bertrand Cantat.
03:05Et puis, il y a dans le livre comme dans le document, cet ancien membre du personnel médical à côté
03:11de Bordeaux
03:11qui dit avoir retrouvé dans les archives de l'unité médico-judiciaire de Bordeaux
03:14un dossier mentionnant notamment un décollement du cuir chevelu, des bleus, des hématomes,
03:19après une altercation.
03:22Qu'est-ce qui s'est passé concrètement ?
03:23Et pourquoi ce document n'apparaît pas plus tôt ?
03:26C'est des violences physiques qu'elle décrit aussi dans le message.
03:29Il casse son téléphone, il casse ses lunettes.
03:32Casser des objets, ça revient toujours dans les violences conjugales.
03:36C'est la question qu'on se pose.
03:38Pourquoi ce document, par exemple, n'a pas été transmis à la justice ?
03:41Et donc vraiment, on attend les résultats de l'enquête pour savoir ça.
03:45On va essayer de comprendre.
03:46Mais là, dans ce document, le décollement du cuir chevelu,
03:51c'est aussi violent que ça.
03:53Ce n'est pas rien, un décollement du cuir chevelu.
03:55C'est des violences physiques.
03:56Après, elle, elle ne voulait pas porter plainte.
03:58Elle le disait à François Saubadu,
04:00si tu portes plainte, je dirais que tu mens.
04:02Donc la question, c'est aussi comment on protège une femme contre elle-même.
04:05Elle craignait quand elle avait vu toute la puissance juridique,
04:09l'armada des avocats au moment de l'affaire Trentignant,
04:12de la mort de Marie Trentignant.
04:13En 2003, oui.
04:13Donc elle était sous emprise.
04:15Sous emprise, c'est ça la réalité.
04:16C'est d'ailleurs, aujourd'hui, puisque votre livre cogne avec l'actualité,
04:20fait résonance, l'examen de la loi intégrale
04:23contre les violences sexistes et sexuelles à l'Assemblée nationale.
04:26Son principe, c'est justement de faire travailler ensemble
04:27police, justice, santé, là en l'occurrence,
04:31la protection de l'enfance.
04:32Si tout ça avait été fait à l'époque,
04:35peut-être qu'on n'en serait pas là aujourd'hui.
04:37C'est pour ça que j'écris ce livre.
04:38C'est pour qu'on s'interroge collectivement sur notre propre silence.
04:41Parce que Christine Arradi,
04:43elle a laissé énormément de signaux de détresse
04:45et personne ne l'a entendu.
04:46Et donc, c'est à nous aussi d'écouter ces signaux.
04:49Signeux de détresse entre 2007 et 2010,
04:51quand elle s'est suicidée.
04:53Mais à la mort de Marie-Thantignan,
04:55vous l'évoquiez, donc là, on remonte encore avant,
04:57on remonte en 2003.
04:59Sa maquilleuse Agnès raconte aux enquêteurs
05:01avoir demandé à Christina
05:03« Bertrand est violent avec vous ? »
05:05Christina aurait répondu
05:06« Vous allez à l'hôpital à cause de ces violences ? »
05:08Et elle aurait répondu
05:09« Oui, tout était déjà là en 2003. »
05:11En fait, ce que vous dites,
05:13il y a dans l'enquête,
05:15déjà une violence avant la mort de Marie-Thantignan,
05:18mais de la même façon, sous emprise,
05:19la peur, peut-être,
05:21Christina a refusé de témoigner
05:23contre Bertrand Cantin.
05:24Elle a rétropédalé quand elle a été confrontée
05:25à cette maquilleuse et au fils de Marie-Thantignan.
05:27Elle a dit « Non, je parlais de violence psychologique. »
05:31Et ça, elle a reculé,
05:32mais parce qu'elle n'avait plus le choix.
05:33« Violence psychologique. »
05:35Vous racontez plusieurs témoignages,
05:37notamment de Bertrand Cantin,
05:38qui menace de se suicider
05:40auprès de Christina Raddy.
05:42Donc, cette emprise,
05:43elle ne veut pas porter la responsabilité
05:46de la mort de son compagnon
05:49et du père de ses deux enfants.
05:51C'est ça, l'emprise que vous décrivez.
05:54Le chantage au suicide,
05:56ça passe vraiment sous les radars
05:57dans toutes les familles,
05:58parce qu'énormément de familles
05:59sont impactées par ces suicides.
06:01Le chantage au suicide,
06:02c'est l'arme de destruction massive.
06:03C'est que le père,
06:04il fait porter à la femme la responsabilité
06:06« Si je me tue,
06:07toute la vie,
06:08nos enfants te le reprocheront. »
06:10Et donc, elles sont vraiment piégées à domicile.
06:12Il y a cette enquête,
06:13on va revenir évidemment sur la justice,
06:15mais est-ce que dans cette enquête,
06:16vous avez cherché à rentrer en contact
06:17avec Bertrand Cantin ?
06:19Non.
06:20Pourquoi ?
06:21Il est sur le banc des accusés dans votre livre
06:23et tout focus vers lui.
06:26Vous n'avez pas eu envie
06:26d'avoir sa version des faits
06:28ou de son avocate ?
06:29Je l'ai fait à l'époque de Netflix
06:30avec le producteur.
06:31Nous l'avons rencontré,
06:33nous lui avons proposé.
06:34Moi, ce que je voulais,
06:35c'est que...
06:35Vous l'avez rencontré ?
06:36Oui.
06:37Ce que je voulais,
06:37c'est qu'il analyse sa propre violence.
06:39Je pensais que 20 ans après,
06:41un homme de mots,
06:41un poète,
06:42était capable de s'introspecter,
06:44de se remettre en question.
06:45Et on lui a proposé ça
06:46et ensuite,
06:47après des mois de réflexion,
06:49lui et le groupe ont refusé.
06:50Mais donc,
06:51vous l'avez eu en tête à tête.
06:51Vous l'avez vu en face à face.
06:53Il vous disait quoi Bertrand Cantat
06:54à ce moment-là ?
06:56Et vous l'avez trouvé comment ?
06:57Il parle de mort sociale,
06:58il se victimise.
06:59Parce qu'en fait,
07:00c'est le réflexe
07:01de tous les hommes violents accusés,
07:02c'est que c'est lui,
07:03il inverse la responsabilité
07:05et il se victimise.
07:06Mais il a hésité à vous parler ?
07:08Non, on a été surpris justement
07:09avec le producteur Patrice Lorton.
07:11On a passé deux après-midi avec lui.
07:12Oui, et ça a été non
07:14parce qu'il ne voyait même pas
07:15de quoi vous lui parliez en fait ?
07:16Sinon, au contraire,
07:17lui, il a vraiment réfléchi,
07:18mais je pense que les pressions après
07:20de tous les gens qui ont intérêt
07:21à ce que Bertrand Cantat
07:22et Noir Désir continuent
07:23à vendre des disques,
07:24ça n'a pas de prix en fait ça.
07:26Et c'est ça qui a rompu
07:27la discussion avec lui.
07:28La justice, en 2010,
07:30à la mort de Christina,
07:31l'enquête va très vite,
07:32le suicide par pendaison est établi,
07:35mais il ne se passe pas grand-chose.
07:36Et puis en 2018,
07:37lors de la réouverture du dossier,
07:39après une plainte de violence
07:40ayant entraîné la mort
07:41sans intention de la donner,
07:42l'enquête est encore classée.
07:44C'est RTL qui révèle en 2025
07:45que le procureur de la République,
07:47après votre série,
07:48rouvre l'enquête.
07:49Là, vous avez espoir
07:51qu'il se passe quelque chose
07:52où vous vous dites
07:53que ça va finir
07:55comme les deux fois précédentes ?
07:56Ah non !
07:56Moi, je crois en la justice,
07:58justement,
07:58et même si c'est classé sans suite,
08:00ce qui m'intéresse,
08:01c'est que la justice reconnaisse
08:03qu'il y a eu des violences
08:05psychologiques, au moins,
08:06à minima.
08:07Et ça, on risque gros
08:08sur les violences psychologiques
08:09aujourd'hui ?
08:10Non, je pense qu'il y a prescription.
08:11Donc, de toute façon,
08:11moi, mon but,
08:12ce n'est pas de m'acharner
08:13justement contre Cantat,
08:14c'est d'en faire un emblème
08:15et qu'on réfléchisse tous
08:17aux violences psychologiques
08:18et au suicide,
08:18il y a trois femmes
08:19qui tentent de se suicider
08:20par jour.
08:21Trois femmes !
08:22Et en l'occurrence,
08:22là, il y a aussi un homme
08:23qui s'est suicidé
08:24l'année dernière
08:25qui est donc le compagnon
08:27dont vous parliez,
08:28François Sabaudou,
08:29de Christina,
08:32contre lequel Bertrand Cantat
08:34avait de l'animosité.
08:35Est-ce que vous faites un lien
08:37quand vous dites
08:37le silence tue ?
08:38Vous allez jusqu'à se dire
08:39que le silence,
08:40il a peut-être tué aussi
08:40ce compagnon ?
08:41En tout cas,
08:42sa mort est une silenciation
08:43de plus supplémentaire
08:45qui se rajoute
08:45parce qu'il allait être auditionné
08:47par la police.
08:48Il attendait cette enquête
08:49depuis 15 ans
08:50et il est retrouvé mort.
08:51Ce n'est pas un suicide.
08:51Il a été retrouvé mort.
08:53On attend le rapport d'autopsie
08:54qui n'est toujours pas arrivé.
08:55Mais ce n'est pas un suicide.
08:57En tout cas,
08:58pas pour l'instant.
08:58Donc,
08:59le silence peut tuer
09:00jusqu'à là.
09:00Les enfants de Bertrand Cantat
09:02qu'il connaissait à peine
09:03à un moment donné
09:04quand il est sorti de prison
09:04en réalité
09:05puisque Christina était enceinte
09:07au moment,
09:07en 2003,
09:08puis le grand
09:09n'a pas été élevé
09:11par lui.
09:11Vous savez comment ils vont ?
09:13C'est des jeunes adultes.
09:15Je pense qu'ils sont en train
09:16eux aussi peut-être,
09:17en tout cas,
09:17en grandissant,
09:18ils vont sortir
09:18de l'emprise de leur père,
09:20l'emprise économique
09:21parce qu'un enfant orphelin
09:22de mère,
09:23il dépend de son papa.
09:24Donc,
09:24ils ont grandi
09:25avec la seule version
09:26de Bertrand Cantat.
09:27Moi,
09:27j'écris ce livre
09:28aussi pour eux
09:29pour qu'ils connaissent
09:29une autre version
09:30des derniers mois
09:31de la vie de leur maman.
09:32Et la vérité
09:33peut sortir de leur bouche.
09:34Oui.
09:35Vous attendez peut-être ça aussi
09:36d'avoir déclenché
09:37leur parole ?
09:39Non,
09:39un enfant de 12 ans
09:40qui dépend sa mère,
09:41il est polytraumatisé.
09:42Donc,
09:43moi,
09:43je ne sais pas
09:43s'il a été suivi
09:44mais il est en stress
09:45post-traumatique énorme.
09:46Donc,
09:46déjà,
09:46lui,
09:47sortir de cette amnésie traumatique,
09:48je pense qu'eux,
09:50ils sont victimes.
09:52Christina Raddy,
09:53les silences qui tuent,
09:54Karine Dufour,
09:55donc,
09:55chez HarperCollins.
09:56Merci beaucoup
09:57d'être venue ce matin
09:57sur RTL.
09:58Merci.
09:59Merci aussi,
09:59Marc Collin.
10:00Merci.
10:00Merci.
10:00Merci.
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