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  • il y a 23 minutes
Mardi 15 septembre 2026, retrouvez Emile Servan-Schreiber (PDG, Hypermind) et Margaux Schaeffer (juriste au service de l’économie numérique de la direction juridique, CNIL) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.

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00:08Bonjour à tous, bienvenue dans Smartech. Aujourd'hui, on va se poser trois questions sur les marchés prédictifs et puis
00:13on va aussi interroger la CNIL sur ce qu'elle pense de toutes ces lunettes connectées qui se baladent dans
00:19les rues.
00:21Allez, c'est parti.
00:26Alors cet été, l'autorité nationale des jeux. L'ANJ a ordonné le blocage administratif de Polymarket en France.
00:33Donc ça a obligé concrètement les fournisseurs d'accès à ne plus nous permettre de nous connecter au site.
00:39La plateforme comptait quand même des centaines de milliers de visiteurs et de visiteurs en France, je précise.
00:46Alors je suis en compagnie d'Émile Servan-Schreiber qui est un spécialiste des marchés prédictifs. Bonjour Émile.
00:52Vous êtes chercheur en sciences de l'intelligence collective, cofondateur d'Hypermind Marché Prédictif et de The Forecasting Machine dont
00:59on a déjà parlé dans Smartech d'ailleurs.
01:02Je voulais votre réaction à cette interdiction de Polymarket en France.
01:06Alors ça ne m'étonne pas du tout parce qu'en fait Polymarket n'a jamais été autorisé ni aucun
01:10marché prédictif n'a jamais été autorisé en France.
01:13Quand il y a une dizaine d'années les paris en ligne ont été autorisés en France, les échanges de
01:20paris, enfin les marchés prédictifs ont été spécifiquement interdits ou en tout cas n'ont pas été inclus dans ce
01:27qui a été autorisé.
01:28Et pourquoi ?
01:29Alors parce que en fait c'est un produit qui est largement plus attractif que ce qui est offert par
01:34les bookmakers.
01:35Sur un marché prédictif il n'y a pas de bookmakers.
01:38C'est-à-dire chacun on parie l'un contre l'autre si vous voulez directement sans que le pari
01:42soit tenu par un bookmaker.
01:45Et donc qu'est-ce que ça permet ça ?
01:46Ça permet non seulement d'offrir des cotes beaucoup plus attractives parce qu'il y a moins d'imposition dessus,
01:54il y a moins de prélèvements.
01:56Et deuxièmement ça permet d'offrir des paris sur beaucoup plus de choses puisque personne, l'opérateur, le bookmaker n
02:01'a pas besoin d'être un expert pour offrir des cotes basées sur quelque chose, sur une connaissance réelle.
02:07Donc il peut offrir des paris sur n'importe quoi en se dédouanant totalement du risque.
02:12Et donc du coup il peut faire des paris sur des opérations militaires, il peut faire des paris sur des
02:16élections, il peut faire des paris sur des choses sur lesquelles on n'a pas de données.
02:19Le problème c'est que ce sont des paris payants, c'est ça ?
02:22Alors avec de l'argent réel ça devient un problème puisque d'un seul coup tout, absolument tout, pas uniquement
02:28le sport et les petits chevaux, mais tout devient sujet à profit.
02:33Et donc tous les gens qui ont une quelconque information, notamment secrète, que ce soit dans une entreprise, dans un
02:39gouvernement, dans une administration, etc.
02:42sont d'un seul coup incités à divulguer ces secrets, ces secrets d'État ou ces secrets d'entreprise.
02:49Alors voir à trafiquer la réalité, parce qu'en fait la décision de l'ENGIE, elle évoque une affaire de
02:54manipulation présumée d'une sonde météo à Roissy en avril,
03:00qui aurait permis à des parieurs de gagner de l'argent en misant sur justement les températures.
03:05Absolument.
03:05Voilà ça semble tout à fait anecdotique.
03:08Oui.
03:08Mais on voit jusqu'où ça peut pousser.
03:10Bien sûr, aux États-Unis par exemple, il y a des militaires, des forces spéciales qui ont envahi, qui ont
03:18capturé Maduro,
03:19qui quelques heures avant ont parié sur le fait que les États-Unis allaient capturer Maduro.
03:24Donc en fait en divulguant l'opération spéciale avant qu'elle ait lieu, ce qui est très dangereux pour les
03:29militaires impliqués.
03:30Alors, vous avez publié une tribune dans Bloomberg qui dit que les marchés prédictifs peuvent fonctionner sans argent.
03:38On n'a pas donc besoin d'argent réel pour que ces paris puissent vivre ?
03:44Non, ça marche très très bien.
03:45D'ailleurs, on fait ça depuis 25 ans très très bien.
03:47Quand on fait ça dans une entreprise, pour faire des paris sur des chiffres d'affaires, sur des produits de
03:53succès,
03:54ou sur des projets qui vont réussir ou pas,
03:57évidemment qu'on ne va pas demander aux employés de jouer avec de l'argent réel issu de leur salaire,
04:02etc.
04:02Donc on fait ça avec des points et ça marche tout à fait bien.
04:06On gagne pour l'honneur finalement.
04:07On gagne pour... En fait, les humains sont incités de plein de façons différentes, autres que l'argent.
04:14L'argent, c'est une des incitations, mais il y a aussi beaucoup d'autres incitations psychologiques,
04:18la réputation, le plaisir d'avoir raison,
04:22plein de choses qui font qu'on est différent de simplement des homo economicus qui ne réagissent qu'à l
04:26'argent.
04:27Et ça, c'est légal donc ? Ça, c'est autorisé ?
04:29Et ça, c'est tout à fait légal, puisqu'il n'y a pas de risque.
04:31C'est-à-dire, ce qui est régulé, ce sont les paris où on paye de l'argent pour une
04:37chance de gagner de l'argent.
04:39Oui.
04:40Alors, ma troisième question, c'était...
04:42Parce que je citais ce forecasting machine où là, vous utilisez des modèles d'intelligence artificielle pour faire des prédictions.
04:50Donc là, on sort du champ des paris et des marchés prédictifs avec des humains.
04:54Est-ce qu'aujourd'hui, ces marchés prédictifs humains peuvent encore rivaliser face aux intelligences artificielles prédictives ?
05:02Alors, en termes de prévision, non. Le match est plié, comme sur plein d'autres sujets intellectuels.
05:09Mais le match est plié pour une simple raison.
05:11Ce n'est pas que les machines soient meilleures, que les humains font des meilleures prévisions.
05:14Mais elles peuvent en faire tellement plus, sur tellement plus de sujets.
05:18C'est-à-dire, pour faire un pari humain, il faut déjà poser un sujet de pari qui va intéresser
05:23une quantité d'humains.
05:26Donc, forcément, des choses très grand public.
05:28Quand on pose une question à une machine sur un sujet très spécialisé, la machine va être ravie de vous
05:34répondre.
05:34Elle va vous donner une réponse en quelques minutes, alors que les humains prendraient quelques jours.
05:39Et puis, surtout, on ne trouverait pas d'humains pour pas cher qui seraient capables de répondre à ces questions.
05:44Il faut des experts qui coûtent très cher.
05:46Donc, le match est plié. C'est fini.
05:49Merci beaucoup, Emile Servan-Schreiber, d'avoir répondu à nos questions sur les marchés prédictifs.
05:54Vous êtes, je le rappelle, le cofondateur d'Hypermind, marché prédictif, donc sans argent réel.
06:01Et aussi de The Forecasting Machine, qui fait travailler, finalement, ces intelligences artificielles pour nous.
06:07Merci beaucoup. On passe au sujet avec la CNIL.
06:14Alors, on ne compte plus le nombre de lunettes connectées sur le marché européen.
06:21Pourtant, on n'est pas sans ignorer les questions que cela peut poser.
06:25Et je me suis dit que la CNIL pourrait nous éclairer sur ce sujet.
06:29Et je remercie Margot Schaeffer d'être venue sur le plateau de Smartech.
06:32Vous êtes juriste au service de l'économie numérique de la direction juridique de la CNIL.
06:37Vous participez à l'élaboration de la doctrine de la CNIL et au niveau européen des CNIL européennes
06:43pour encadrer les nouveaux dispositifs dont font partie les lunettes connectées.
06:48Alors, justement, expliquez-nous pourquoi ces lunettes...
06:52Enfin, alors, avant pourquoi.
06:54Expliquez-nous ce qui est autorisé comme fonctionnalité dans les lunettes connectées,
06:58aujourd'hui, en Europe, et ce qui n'est pas autorisé.
07:01Alors, aujourd'hui, il n'y a pas de choses qui sont autorisées ou pas autorisées.
07:04C'est-à-dire qu'il y a des dispositifs qui se développent, les lunettes connectées,
07:08qui, en réalité, datent un petit peu,
07:09puisqu'il y avait déjà des premiers dispositifs de lunettes connectées
07:11qui se sont développés dans les années 2010,
07:13mais qui n'avaient pas du tout marché,
07:16puisqu'il n'y avait pas vraiment de personnes intéressées par ce type de dispositifs
07:20et que ça avait été un petit peu décrié, justement.
07:23Aujourd'hui, on voit que ça se développe de plus en plus,
07:25que les lunettes connectées qui sont proposées sur le marché
07:28ressemblent énormément à des lunettes classiques,
07:31qu'elles soient de vue ou de soleil, qu'elles peuvent être corrigées.
07:35Et elles contiennent pas mal de fonctionnalités.
07:37Il y a différents modèles qui existent sur le marché,
07:39mais la majorité d'entre elles, donc, peuvent prendre des photos, des vidéos,
07:43enregistrer du son.
07:44Elles peuvent également se connecter à Internet et aux applications du téléphone,
07:48par exemple, pour permettre aux porteurs d'écouter la musique.
07:51Et le plus souvent, elles intègrent un système d'intelligence artificielle.
07:54Donc, on va avoir un agent conversationnel qui va être intégré,
07:58qui va permettre aux porteurs de poser des questions,
08:00que ça soit des questions générales, par exemple,
08:02« Quelle est la météo aujourd'hui ? »
08:04ou des questions qui sont en lien avec l'environnement,
08:06par exemple, « Qu'est-ce que je vois devant moi ? »
08:08« Quel est ce monument ? »
08:09Et on va avoir, du coup, une analyse qui va être faite
08:11par le système d'intelligence artificielle pour apporter la réponse.
08:14Par exemple, c'est Notre-Dame de Paris.
08:16Et du coup, ces fonctionnalités, en soi, ne sont pas interdites.
08:19Le droit ne les interdit pas.
08:20Par contre, il y a des usages qui sont encadrés.
08:24Il y a un cadre juridique qui existe déjà dans le domaine du civil et du pénal.
08:27Donc, un cadre qui protège le droit à l'image de toute personne et en tout lieu.
08:32Donc, on doit normalement demander son consentement à une personne
08:35avant de prendre une photo, par exemple, de cette personne
08:37et pour les utilisations qu'on veut faire de cette photo.
08:40On doit également, bien évidemment, l'informer de ce qu'on veut en faire.
08:43Et au niveau du pénal, on a également une infraction
08:48qui est de capter des images ou des paroles d'une personne
08:52à son insu dans un lieu privé, en portant atteinte à son intimité,
08:56où là, on peut avoir jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
08:59Donc, on a quand même ce cadre juridique qui existe déjà
09:01et qui encadre, de manière générale, tous les dispositifs
09:04qui permettent de capter des images, des informations sur les personnes.
09:08Mais aujourd'hui, les lunettes connectées, la difficulté qu'on a,
09:12nous, surtout au plan du RGPD, puisque comme on va prendre une photo de quelqu'un...
09:16Le règlement sur la protection des données personnelles, oui.
09:18Exactement. On va protéger les données personnelles
09:21et l'image et la voix d'une personne sont des données personnelles.
09:24Donc, on a ce règlement également qui s'applique.
09:27Et nous, la difficulté qu'on a aujourd'hui, c'est sur ce caractère très invisible,
09:32puisque les lunettes vont intégrer des capteurs
09:34qui ne sont pas toujours visibles à l'extérieur,
09:35qu'elles vont ressembler à des lunettes classiques
09:37et que, du coup, les personnes autour ne peuvent peut-être pas se rendre compte,
09:40aussi, qu'elles peuvent être prises en photo ou filmées.
09:43Donc, il y a des règles qui s'appliquent,
09:45et notamment des règles en matière d'information de transparence,
09:47qui, aujourd'hui, sont difficiles, en tout cas, à mettre en œuvre.
09:50On considère que...
09:51Justement, alors, c'est ma deuxième question.
09:53Le fait que les dispositifs de caméra, de filmage,
09:58soient pratiquement quasi invisibles
10:00ne suffit pas à interdire ces dispositifs sur le marché ?
10:04Alors, la CNIL n'est pas en mesure d'interdire le dispositif en lui-même sur le marché.
10:08C'est plutôt les usages qui vont être faits de ces dispositifs
10:11et, du coup, les traitements de données,
10:13donc les opérations qu'on va faire sur les données,
10:16donc l'image, la voix de la personne,
10:17qui vont être encadrées par le RGPD
10:19et qui devront être conformes au RGPD.
10:22D'accord.
10:22Donc, on ne peut agir, finalement, qu'à postériori ?
10:26Nous, en tant que CNIL, en tout cas, effectivement,
10:28on ne pourrait agir qu'à postériori.
10:30Le législateur pourrait décider d'encadrer l'utilisation de ces dispositifs dans certains lieux.
10:34Il y a certains États dans le monde qui ont déjà pu le faire.
10:37Il y a également, par exemple, le Parlement à Hambourg
10:39qui a décidé d'interdire l'utilisation de ces dispositifs dans certains lieux.
10:43Donc ça, ça serait possible.
10:44Mais nous, en tant que CNIL,
10:45notre rôle, c'est plutôt d'aller vérifier
10:47si les traitements de données sont faits conformément à la réglementation.
10:50Je comprends.
10:51Et sur le sujet de la reconnaissance faciale,
10:53ce que vous avez évoqué, l'intelligence artificielle,
10:56là, on a un conflit avec le règlement européen sur les actes ?
11:01On a effectivement des difficultés supplémentaires
11:04puisque la reconnaissance faciale, c'est très intrusif.
11:06Ça soulève des risques très importants.
11:09Nous, en tant que CNIL, on a répété à plusieurs reprises
11:11que la reconnaissance faciale devait être encadrée,
11:13être prévue par une loi avec des garanties suffisantes.
11:16Donc aujourd'hui, effectivement, des limites connectées
11:18qui intégreraient de la reconnaissance faciale
11:20seraient probablement jugées non conformes à la réglementation.
11:24D'accord.
11:25Ma troisième question, c'était le plan d'action de la CNIL, en fait.
11:28Que propose la CNIL face à ces nouveaux dispositifs
11:31qui ne sont pas tout à fait clairs, justement,
11:33sur la manière dont ils se positionnent ?
11:35Alors, nous, on a publié au mois de mai
11:38un premier article qui avait pour vocation de sensibiliser les personnes,
11:42les informer sur la montée de ces dispositifs.
11:44La CNIL assure un petit peu une veille de toutes les innovations
11:46et pour essayer d'anticiper les problématiques juridiques,
11:49mais aussi éthiques qu'elles peuvent poser.
11:50Et donc, on a ce premier article où on présente déjà
11:53des premières bonnes pratiques à destination des personnes
11:56qui utiliseraient ces lunettes et qui peuvent paraître
11:58comme des bons réflexes, comme simplement informer les personnes,
12:01demander leur consentement, ne pas utiliser leur image
12:04à leur insu et sans qu'elles ne soient d'accord,
12:06supprimer les images si elles le demandent, etc.
12:09Et on annonce effectivement un plan d'action
12:11puisque, comme dit précédemment, ces dispositifs,
12:13ils soulèvent des problématiques un petit peu nouvelles.
12:15Donc, il y a cette question de l'intelligence artificielle
12:17qui est intégrée, il y a le fait que c'est quand même très invisible.
12:21On peut avoir une captation très discrète, en tout cas,
12:24qui peut avoir lieu.
12:25Donc, on a vraiment des questions qui se posent
12:27d'un point de vue juridique.
12:28On a des questions qui se posent d'un point de vue éthique
12:30puisqu'on pense que ça peut amener à modifier
12:32les comportements dans l'espace public
12:33si les personnes sentent constamment
12:36qu'elles peuvent être observées ou surveillées.
12:39Et du coup...
12:40Oui, pardon.
12:40Juste un mot, parce que c'est la fin de l'émission.
12:42Pardon.
12:43Et du coup, on a annoncé un plan d'action
12:44et on veut faire monter ce sujet au niveau européen
12:46avec les autres CNIL européennes.
12:48Merci beaucoup, Margot Schaeffer,
12:50de nous avoir éclairé, répondu à nos questions
12:52sur la manière dont la CNIL se positionne sur ses lunettes.
12:54Connectez, merci à tous de nous avoir suivis.
12:56A très vite sur HNB Smart.
12:57C'était Smartech.
12:58Sous-titrage Société Radio-Canada
13:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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