00:04Et on retrouve Hervé pour sa chronique, salut Hervé.
00:07Salut.
00:07On vient de voir que pour la MedTech française, c'était long et compliqué d'obtenir les autorisations réglementaires et
00:12le remboursement.
00:13Et toi Hervé, tu te poses trois questions toutes simples.
00:15D'abord la première, à qui profite cette complexité ?
00:18Alors c'est une aimable variante de à qui profite le crime, vous l'aurez remarqué.
00:22Je me suis demandé à qui profitait cette lourdeur administrative.
00:25C'est histoire d'être un peu taquin, mais vous savez qu'il y a quand même à l'HAS
00:28440 agents de l'État en charge de l'évaluation
00:31qui font bosser 2700 experts qui sont rémunérés pour ça, pour constituer les dossiers.
00:36Et vous êtes bien placé pour le savoir, les start-up, vu que c'est impossible de remplir tout seul
00:40ce dossier réglementaire,
00:42s'appuient sur des tas de sociétés privées qui vous aident à remplir les dossiers.
00:46Avec un tarif moyen de consulting de 1500 euros par jour, pendant quelques semaines, quelques mois,
00:50vous les banquiers, surtout vous, vous apprécierez que ça fait tout de suite une fortune.
00:55Et que les start-up, ça les étrangle assez rapidement.
00:57Et je me suis dit, tiens, c'est rigolo, mais c'est quoi ces officines privées qui finalement montent les
01:03dossiers pour la Cnedims ?
01:04Hyper complexe, j'ai regardé, c'est voilà.
01:07En fait, c'est rigolo, c'est ceux qui ont travaillé à l'HAS qui sont les meilleurs.
01:11Il suffit d'aller dans LinkedIn et vous voyez des boîtes privées qui se sont montées d'évaluation,
01:16avec des gens qui étaient évaluateurs à l'HAS pendant des années,
01:19et qui sont devenus experts indépendants.
01:21Moi, j'adore, parce qu'en France, on n'arrête pas de nous casser les pieds avec les conflits d
01:24'intérêts,
01:25mais pas avec le pantouflage, donc c'est tout à fait admirable.
01:28Voilà, donc on peut simplifier, mais ça ne va pas en profiter à tout le monde.
01:32Ok, la deuxième question que tu te poses ?
01:34La deuxième, c'est où partent toutes ces innovations qu'on lance en France, qu'on finance,
01:39et qui finalement déménagent, font leur carton, et partent aux USA, beaucoup, on en reviendra,
01:44en Israël, aux Pays-Bas, enfin vous connaissez l'histoire, voilà.
01:47Donc si j'étais de bonne humeur, je dirais, ben voilà, elle fait ses cartons, la Medtech cartonne.
01:52C'est une blague, mais bon.
01:53Mais n'empêche que c'est un peu ça quand même.
01:55Quand on regarde quelques boîtes, et vous en connaissez,
01:58MediCrea, qui était une boîte lyonnaise qui faisait des implants rachidiens,
02:02rachetée par Medtronic, américain, 157 millions de dollars,
02:06Medtech, qui était né à Montpellier, rachetée par Zimmer, 132 millions de dollars,
02:10et vous parliez de votre associé, Stila, qui était la cofondatrice de Stila,
02:15qui maintenant travaille avec vous, bien obligée de vendre sa technologie,
02:19j'imagine, pour des raisons financières, là aussi,
02:20elle se rapprochait d'une boîte américaine, voilà, de Biorad.
02:25Biorad.
02:26Donc c'est bien dommage, en fait, je vous le dis, c'est vraiment,
02:28donc on a une super doctrine, on finance l'innovation,
02:31mais surtout celle qui part ailleurs, c'est un petit peu dommage.
02:34Donc toi qui es médecin, ça t'inspire quoi tout ceci ?
02:36Ça m'inspire la réflexion du médecin et le patient dans tout ça, réellement.
02:40Vous êtes bien placé pour le diagnostic liquide des cancers,
02:44c'est quand même scandaleux qu'il y a 4 ans, l'IGR était encore obligé
02:47d'envoyer ses prélèvements en Allemagne pour faire ses biopsies en milieu liquide.
02:50C'est absolument aberrant, on parle de souveraineté, d'innovation,
02:53voilà, donc c'est un vrai sujet.
02:55Et aujourd'hui encore, on sait qu'il y a 20% des patients
02:58qui n'arrivent pas à bénéficier d'un diagnostic précis génétique pour le cancer
03:02parce que ça n'avance pas, qu'on n'a pas le remboursement.
03:06Quelle est ta conclusion ?
03:07Ma conclusion, elle est double, on va dire.
03:10La première, c'est qu'on a des hommes politiques qui nous font rêver.
03:13Je dis ça parce qu'on est en pleine présidentielle.
03:14Et donc, rappelons-nous, 2013, François Hollande nous a promis
03:18un choc de simplification.
03:19Je pense qu'on a eu le choc de la paperasse.
03:22Après, on a eu Emmanuel Macron qui nous a dit en 2021
03:25qu'il allait faire de la France la première nation européenne
03:29indépendante et souveraine.
03:32Pour en discuter, Manu, t'as pas oublié un truc.
03:35Et pour finir, écoutez, donc on a des acteurs formidables.
03:38Il y a les gentils qui aident la recherche,
03:41donc les chercheurs de l'INSERM, du CNRS,
03:43les gens qui les aident, la BPI, France Biotech,
03:46et tout ça est bien.
03:47N'oubliant pas en face, l'HAS, Bercy qui est derrière, le CPS,
03:52enfin bon, c'est peut-être pas leur objectif de tout rembourser.
03:55Et donc, je me suis dit, nos pépites ont découvert un autre organisme
03:58qui les aide à décoller.
04:00CDG. CDG, c'est quoi ?
04:02C'est Charles de Gaulle, l'aéroport, direction New York.
04:05Merci, tu t'es donné pour ça aussi.
04:07Et tu as une petite question.
04:09Ah ben, petite question, c'était un peu ça.
04:10Donc en fait, vous, vous êtes les gentils.
04:12Je dis ça, France Biotech, les pays France.
04:14Non, mais vous aidez, vous aidez, Valérie, pour en témoigner.
04:17Mais en face, il y a un mur, quoi.
04:19C'est le remboursement et ça patine.
04:21Et est-ce que vous ne seriez pas les meilleurs alibi de l'État ?
04:24C'est compliqué pour nos entreprises,
04:27pour leur technologie, d'accéder aux patients français.
04:30Alors, il y a tout le processus en amont,
04:32je vous ai décrit, où globalement, l'entreprise
04:35a un ensemble de barrières à passer.
04:37Et elle arrive éventuellement aux négociations d'accès au marché français.
04:41Alors, quand même rappeler que ces institutions ont un rôle, en fait,
04:45qui est aussi de protéger les patients
04:47et de s'assurer que les technologies ont bien d'abord
04:51un rapport bénéfice-risque favorable
04:53et puis derrière, qu'elles ont un intérêt économique évalué
04:57selon des règles qui sont définies par l'État.
05:03Nous, ce que l'on aimerait, si vous voulez,
05:07c'est la prévisibilité du dispositif.
05:09Parce qu'aujourd'hui, ce qui est très délétère, en fait,
05:11pour nos entreprises,
05:13c'est qu'elles suivent un processus de développement qui est long
05:15et quand elles vont voir ces autorités,
05:18elles n'ont pas toujours eu la capacité à anticiper
05:21ce qu'elles attendent, en fait, en termes de preuves.
05:24Et donc, dans notre plan d'accélération,
05:26nous, on a demandé qu'à tout moment,
05:27un industriel puisse obtenir une réunion
05:30avec l'autorité réglementaire, la NSM,
05:33l'autorité d'évaluation,
05:37qui est la Haute Autorité de Santé,
05:39voire le Comité économique des produits de santé
05:41qui fixe le prix,
05:42pour que l'on puisse débattre, en fait,
05:45du niveau de preuves attendu,
05:46sans que ce soit nécessairement engageant,
05:48mais un minimum contradictoire,
05:49comme ça se fait au Royaume-Uni et en Allemagne,
05:52c'est-à-dire que l'on sorte de cette réunion
05:53avec un compte-rendu
05:54que l'industriel peut commenter,
05:57et que les autorités puissent commenter.
05:59C'est important pour l'entreprise,
06:00pour aller voir derrière les investisseurs,
06:02en disant,
06:02ça n'est pas une garantie de succès,
06:04mais j'ai une feuille de route
06:05qui est un minimum à clair.
06:06Après, il faut rappeler quand même
06:08que le marché français,
06:09c'est 4% du marché mondial en valeur,
06:10probablement 2% en marge.
06:12Il faut que les entreprises
06:15regardent au-delà du territoire national.
06:17Et les trois quarts des entreprises,
06:18aujourd'hui,
06:18ont des plans de développement internationaux.
06:20La France 2030, que vous citiez,
06:22a été quand même une opportunité
06:24assez remarquable pour la filière,
06:26et particulièrement l'innovation en santé.
06:28Quand on regarde le catalogue
06:29de tous les projets financés par France 2030
06:31dans le champ de la santé,
06:32c'est quand même assez impressionnant.
06:34Et oui,
06:35évidemment,
06:36il nous faut plus de champions français
06:38qui puissent jouer ce rôle de locomotive
06:40pour entraîner tout l'écosystème français.
06:42C'est ce à quoi on s'emploie au quotidien
06:45au sein de BPI France.
06:46Merci beaucoup.
06:48Merci à tous,
06:48chers invités.
06:49Valérie Thalil,
06:50cofondatrice de MétisDX
06:51et directrice de recherche au CNRS.
06:53Frédéric Girard,
06:54président de France Biotech.
06:55Olivier Chabanon,
06:56directeur délégué au plan French Care
06:57chez BPI France.
06:58Merci Hervé.
07:00Merci à Camille Rewal
07:01et à très bientôt
07:02sur Bismarck for Change.
07:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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