00:00Alors, rappel des événements, Charles Sapin, alors, lorsqu'il est approché, est au point.
00:05Il est au point et entre-temps, il va migrer à valeur actuelle.
00:09France Inter l'approche à l'horizon de la présidentielle en se disant,
00:12bon, il nous faut couvrir la diversité des sensibilités politiques.
00:16Comprenons que lorsqu'il est approché au point plutôt qu'à valeur,
00:19on se dit que c'est un homme de centre-droit.
00:20Nous aurons un éditorialiste de centre-droit intelligent, brillant, raffiné, nuancé,
00:26qui a écrit des livres importants.
00:27Alors, voilà un homme qui nous apportera quelque chose.
00:31Mais voilà, il passe entre-temps à valeur actuelle.
00:33Et pour une partie de la gauche, de la gauche de la salle de rédaction,
00:37la gauche du syndicat de rédaction, on pourrait dire aussi du soviet de rédaction,
00:42eh bien, l'arrivée d'un journaliste de valeur actuelle sur le service public,
00:46c'est vu comme une hérésie, c'est vu comme un blasphème,
00:50c'est vu comme une offense faite à la majesté du service public.
00:53Donc, se manifeste d'abord une grogne chez les syndicats.
00:56Les syndicats disent que c'est inacceptable.
00:59Le pluralisme, oui peut-être, mais certainement pas avec Charles Sapin.
01:03S'ajoute à ça, je prends la peine de le dire, on l'a un peu oublié,
01:06une pétition de 300 aristocrates de la culture,
01:09des aristocrates socialistes de la culture,
01:12qui ne connaissent Sapin en rien,
01:14mais qui signent néanmoins, à la manière d'une meute aboyante,
01:18une pétition pour dire « Sapin dégage ».
01:21Sur le service public, sur France, c'est la rébellion des chroniqueurs,
01:25et plus particulièrement de ceux qu'on appellera de manière technique
01:27« les humoristes stupides ».
01:29Les humoristes stupides, j'ai juste le souci des faits,
01:34se manifestent, et là, il y en a qui vont le traiter de nazi.
01:37D'autres vont utiliser les formules semblables pour parler de Sapin.
01:43Donc, c'est au nom de l'antifascisme et même de l'antinazisme
01:46qu'on doit désormais bloquer Charles Sapin.
01:50Sapin devient forme de monstre, en quelque sorte.
01:53Celui qui ne doit pas passer.
01:55C'est l'homme qu'on doit bloquer pour stopper la prochaine étape
01:58du fascisme triomphant.
01:59Les arguments, il y en a deux.
02:01Le premier, on nous dit le pluralisme, oui,
02:04mais le pluralisme limité, et voilà pourquoi on refuse Sapin,
02:07parce que Valeurs Actuelles a déjà été condamné
02:10par le système pour injures raciales, et ainsi de suite.
02:14D'ailleurs, dans un contexte polémique,
02:16il serait juste toujours de revenir sur ce jugement
02:18pour se demander qu'est-ce qui a véritablement eu là-dedans.
02:20Est-ce qu'on n'était pas devant une forme de jugement idéologique?
02:22Et deuxièmement, encore plus délirant,
02:24on dit, vous savez, la Valeur Actuelle,
02:25sont en croisade contre le service public.
02:27Donc, on comprend que le service public ne doit plus
02:31accueillir des éditorialistes travaillant pour des journaux
02:33qui critiquent l'hégémonie, la monomanie,
02:37le monolithisme idéologique du service public.
02:40Alors, qu'est-ce qu'on fait?
02:41Grève.
02:42Une grève pour empêcher Sapin de passer.
02:45La sapinophobie.
02:47Bon, grève un.
02:48Grève deux.
02:49Alors là, la direction, devant cela,
02:51n'écoutant que son courage,
02:53dit, OK, on va avoir une solution alternative.
02:56On ne va pas...
02:58On va proposer à Sapin plutôt un débat.
03:01Donc, ça ne sera pas une conique,
03:02ça ne sera pas un édito, ça va être un débat.
03:04Et dans le cadre de ce débat,
03:06sa parole sera équilibrée,
03:07et là, ça sera soudainement tolérable.
03:09Je prends la peine de dire
03:11que c'est une méthode souvent utilisée
03:12sur le service public
03:13à l'automne dernier pour mon livre
03:14Les deux Occidents.
03:16Donc, d'abord, en tout,
03:16on m'invite pour venir en parler
03:17parce que c'était la période
03:18où ils avaient besoin
03:19de donner des preuves de pluralisme.
03:21Donc là, on m'invite soudainement.
03:22On a toujours un édito réac
03:23en réserve quelque part.
03:25Réac, boc côté, oui, bonjour.
03:27Mais là, au bout de 24 ou 48 heures,
03:29on se dit,
03:29on va quand même nuancer la chose.
03:30Donc, on m'a invité avec un contradicteur
03:32pour s'assurer que ce que je dis
03:33ne soit pas comme ça en toute liberté.
03:36Donc, il fallait quand même
03:37m'encadrer à la manière
03:37d'un chien méchant.
03:39Bon.
03:39Là, quoi qu'il en soit,
03:41Sapin, vous n'aurez pas votre édito.
03:43Ben, Sapin dit,
03:43il y a quand même des limites.
03:44Donc, il décide de se retirer.
03:45Il dit, je ne veux pas
03:46me prêter à ce jeu.
03:48Qui crie victoire?
03:49Qui dit ourra, ourra, ourra?
03:51Les gens de LFI
03:52et plus largement la mouvance
03:54de la gauche radicale
03:55au sein de la rédaction
03:56de France Inter
03:57qui a vu une démonstration
03:58de force et de puissance.
04:00On a vu qui commande vraiment.
04:03On a vu qui contrôle vraiment
04:04la rédaction.
04:05On voit qui a le pouvoir
04:06de frapper d'interdits.
04:08Et de ce point de vue,
04:09France Inter
04:10était déjà une radio privatisée.
04:11C'est une radio privatisée
04:13par la gauche radicale
04:14qui en a fait
04:14un instrument politique
04:15à son service.
04:16Alors, comment a réagi
04:18la direction de France Inter,
04:19Mathieu Bocon?
04:20Ben oui, parce que là,
04:20ils ont viré.
04:21Mais ils ne veulent pas avouer
04:22qu'ils ont viré.
04:23Donc, ils se sont dit,
04:23qu'est-ce qu'on peut faire?
04:25SOS Orwell.
04:26Comment on peut être capable
04:27de s'adresser à ça?
04:28Donc, je cite le communiqué.
04:29En fait, le tweet
04:30qui est exceptionnel.
04:31Je pense à Radio France.
04:33Nous prenons acte
04:34de la décision
04:35de Charles Sapin.
04:36Ce n'est une victoire
04:38pour personne.
04:39Conformément à nos obligations
04:40et missions
04:40de service public,
04:42France Inter
04:42continuera d'être
04:43un lieu de dialogue.
04:44Là, je vais commenter.
04:47Réflétant la diversité
04:48des sensibilités.
04:50Notamment durant
04:51la campagne présidentielle.
04:52Encore.
04:53Trois rires
04:54pour une phrase et demie environ.
04:56C'est quand même pas mal.
04:57Parce que qu'est-ce qu'on voit?
04:58Moi, je veux savoir
04:59si Sapin a été viré
05:01et qu'il faut quand même
05:02quelqu'un pour occuper
05:03la fonction sapin
05:03au nom du pluralisme.
05:05J'aimerais savoir
05:06qui sera le briseur de grève,
05:07qui sera le scab,
05:08comme on dit en anglais,
05:09qui sera celui
05:09qui décidera
05:10d'être le sapin de rechange,
05:11le sapin alternatif,
05:13le sapin bis,
05:14le sapin 2.
05:15Qui sera sapin
05:16sans être sapin?
05:17J'ai hâte de voir
05:18qui va accepter ce rôle-là.
05:20Par ailleurs,
05:20ça nous en dit beaucoup
05:21sur le...
05:22En fait, tout ce qu'on pense
05:24de la question du pluralisme
05:25dans l'espace public
05:25est condensé dans cette histoire.
05:28Premièrement,
05:28on nous dit,
05:29il faut que la droite soit...
05:29La gauche nous dit,
05:30oui, mais on accepte
05:30que la droite soit représentée,
05:32mais une droite acceptable.
05:33D'ailleurs,
05:33je s'appelle le note
05:34dans son message.
05:35Il dit, une droite,
05:36mais pas cette droite-là.
05:37Donc, on comprend que
05:38la gauche a le droit
05:39de décider avec quelle droite
05:41elle va parler.
05:41Et là, c'est dans ces moments-là
05:42que la droite a toujours...
05:43La gauche a le moyen
05:44de nous faire rire
05:44en disant, nous acceptons
05:46le débat avec des hommes de droite
05:47comme Jacques Chirac
05:48ou Xavier Bertrand,
05:49le bonheur honorable,
05:50la question n'est pas là,
05:50mais disons qu'il ne représente pas
05:51ce qu'on pourrait appeler
05:52la droite la plus militante
05:53aujourd'hui.
05:54Donc, on se retrouve
05:55devant cette idée
05:56qu'il faut que la droite tolérable
05:57est une gauche pâle,
05:59une gauche au ralenti.
06:00C'est quelqu'un qui dit,
06:01on est d'accord avec la gauche,
06:02mais pas avec ses moyens.
06:03On est d'accord avec la gauche,
06:05mais pas avec son rythme.
06:05On est d'accord avec la gauche,
06:07mais pouvons-nous déplacer
06:08une virgule au moins?
06:09Donc, ça, c'est la droite
06:10tolérée par le système,
06:11le service public.
06:13Deuxième élément,
06:14c'est la fonction du concept
06:15d'extrême droite
06:16dans la vie publique.
06:17Et ça, Dieu sait
06:17que je vous casse les oreilles
06:18avec ça depuis des années,
06:19mais j'y reviens.
06:20Le concept d'extrême droite
06:21est le concept sur lequel
06:22repose la possibilité
06:23de l'interdit social.
06:25Dès lors qu'on vous dit
06:26que vous êtes d'extrême droite,
06:27par exemple, vous, Eliott,
06:28si on vous dit
06:28que vous êtes d'extrême droite,
06:29à partir de ce moment-là,
06:31eh bien, on ne parle pas
06:31au genre d'extrême droite.
06:32On les combat.
06:33L'étiquette suffit à disqualifier
06:35et l'étiquette, plus encore,
06:36ne se justifie pas.
06:38Si je vous dis
06:38que vous êtes d'extrême droite,
06:39je ne vais pas prendre
06:40la peine de le prouver.
06:41Oui, c'est lancé.
06:42L'étiquette est lancée.
06:43Elle suffit à disqualifier.
06:44C'est une étiquette
06:45qui sert à assurer
06:46la mort sociale
06:47dans les circonstances.
06:49Et il est légitime même,
06:51donc puisque vous êtes
06:51d'extrême droite,
06:52vous n'êtes pas le bienvenu
06:53dans l'espace public,
06:54mais il est même légitime
06:55que les services publics,
06:56donc la radio,
06:57la télévision publique,
06:58combattent votre idéologie.
07:00Donc, concrètement,
07:01le commun et mortel,
07:02avec ses taxes et ses impôts,
07:03doit financer le service public
07:04pour qu'on puisse ensuite
07:05combattre l'idéologie
07:06qu'on lui prête.
07:07Donc, c'est une forme
07:08de rééducation financée
07:09à même l'argent public.
07:11Par ailleurs,
07:12on voit la fonction,
07:12je l'ai dit,
07:13de ces condamnations
07:14pour propos à la haine raciale
07:16et ainsi de suite,
07:16le propos haineux,
07:17parce que c'est toujours
07:18le même argument.
07:19Qui doit-on faire taire?
07:20Les haineux
07:21et les désinformateurs.
07:22Mais quand on voit
07:23la définition de la haine
07:24aujourd'hui,
07:25n'importe qui peut être
07:26extrême-droitisé,
07:27n'importe qui peut être
07:28accusé de propos haineux.
07:29Et à la lumière de cela,
07:30quand vous avez
07:31une condamnation
07:32qui vient des tribunaux
07:32souvent militants,
07:34ça sert en fait
07:34à une forme de déchéance
07:35de citoyenneté.
07:37Vous perdez vos droits civiques,
07:39vous perdez vos droits médiatiques,
07:40vous perdez vos droits politiques,
07:41vous n'êtes plus
07:42le bienvenu
07:42dans la vie publique.
07:43Donc cette histoire
07:44autour de Charles Sapin
07:45qui n'en demandait pas tant,
07:47franchement,
07:48dans le paysage
07:48des journalistes
07:49marqués à droite,
07:50ce n'est pas le plus radical.
07:51C'est un homme courtois,
07:53sympathique et ainsi de suite.
07:54Eh bien,
07:55Sapin,
07:56dans les circonstances,
07:57devient le symbole,
07:57bien malgré lui,
07:58de l'intolérance sectaire,
08:00absolue,
08:01ravageuse,
08:02toxique,
08:03et dans une logique de terreur
08:04de la gauche médiatique.
08:05Que faire devant cela,
08:07Mathieu Bocoté?
08:08Est-il même possible
08:10de faire quelque chose,
08:11finalement?
08:11La vérité,
08:12pas vraiment.
08:13C'est-à-dire,
08:13qu'est-ce qu'on fait?
08:14Imaginons qu'on se dise
08:15qu'il faut réformer
08:15le service public.
08:17Donc il faut,
08:18premièrement,
08:19réformer les institutions,
08:20mais ceux qui les contrôlent
08:22ne veulent rien céder.
08:24120 secondes,
08:25150 secondes
08:27d'édito de droite
08:28dans une semaine,
08:29c'est le dimanche matin.
08:30C'est encore trop.
08:32Ça,
08:33les 100 ou 150 secondes
08:35en question,
08:35sont intolérables.
08:37Donc premièrement,
08:38on ne tolère pas
08:39dans le système actuel
08:40la possibilité même
08:41d'un désaccord civilisé.
08:43Donc il faudrait
08:43tout réformer.
08:45Il ne faudrait pas
08:45simplement ajouter,
08:46comme dirait Che Guevara,
08:47un Charles Sapin,
08:48deux Charles Sapin,
08:49cinq Charles Sapin,
08:50dix Charles Sapin,
08:51sans Charles Sapin.
08:51Non,
08:52ce n'est pas comme ça
08:52que ça marche.
08:53Parce qu'imaginons
08:53qu'on les multiplie,
08:54les éditorialistes,
08:55à 2 minutes 30.
08:56Dans les faits,
08:57qui contrôle
08:58une radio comme celle-là?
08:59C'est généralement
09:00l'intervieweur.
09:01C'est l'intervieweur
09:02avec des questions
09:02toujours orientées
09:03de la même manière
09:04sur le service public.
09:06Toujours été orientées
09:07de telle manière
09:08que l'intervieweur
09:08est un militant,
09:09même s'il se cache
09:10derrière le titre
09:10de journaliste.
09:12Ensuite,
09:12la sélection des invités.
09:14Regardez un peu
09:14sur France Inter
09:15qui on vous présente
09:16comme les grands intellectuels
09:17et qui on ne vous présente
09:17pas de cette manière.
09:18Qui est invité
09:19avec le label
09:20penseur de qualité
09:21et qui n'est pas invité
09:23ou qui est invité
09:23simplement pour être capable
09:24en fin de mois
09:25de dire qu'on a quand même
09:26invité un peu propre
09:26de temps en temps.
09:28Il faudrait liquider,
09:29juridiquement évidemment,
09:30sur le plan propre,
09:31pas sur le plan physique,
09:32ça va de soi,
09:33mais il faudrait
09:33liquider professionnellement
09:34la caste des humoristes
09:36stupides payés
09:37à même l'argent public
09:38pour faire la leçon
09:39à tout le monde.
09:39En quoi sont-ils utiles
09:41de quelque manière
09:42que ce soit
09:42si au moins
09:43ils étaient drôles,
09:44mais ils sont aussi drôles
09:45que je suis convaincant
09:46comme prof de gym
09:47et de yoga.
09:48Bon, ça ne marche pas vraiment.
09:50Donc, c'est irréformable.
09:51C'est tout simplement
09:52irréformable.
09:53Voilà pourquoi devant cela,
09:54il y a deux options.
09:56La privatisation
09:57ou tout simplement
09:58la fermeture.
09:59C'est-à-dire,
10:00est-ce que la France
10:00a besoin de se lester
10:02d'un service public
10:03rééducateur,
10:04d'une Pravda
10:06avec des moyens immenses
10:07pour rééduquer
10:08la population?
10:09L'affaire Charles Sapin,
10:10elle est atroce.
10:11Sapin ne méritait pas ça.
10:13C'est un révélateur
10:13de l'orientation,
10:14à quel point Charles Aloncle
10:16avait raison
10:16de A à Z
10:17dans sa commission d'enquête.
10:19C'est un révélateur
10:20à quel point Aloncle
10:21avait raison.
10:22Et à travers tout cela,
10:23on se dit,
10:23c'est guignol
10:24qui se prennent
10:24pour des journalistes
10:25et qui décident
10:26de sanctionner
10:26un pauvre homme
10:27qui voulait simplement
10:28faire son travail
10:29ne mérite tout simplement
10:30pas le beau titre
10:30de service public.
10:31Une dernière chose,
10:32vous savez,
10:33quand il y a eu
10:33la rencontre des syndicats
10:34en disant,
10:35bon,
10:35le pluralisme jusqu'où?
10:36Là,
10:36ils se sont dit,
10:37voilà,
10:38valeur actuelle maintenant.
10:39Et c'est quoi demain?
10:41Boulevard Voltaire
10:41ou l'incorrect?
10:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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