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  • il y a 31 minutes
Roger Matassoli, 91 ans, prêtre. A l'automne 2019, on le retrouve sauvagement tué chez lui, dans une commune de l'Oise. Tabassé. On lui a enfoncé un petit crucifix dans la gorge. Un jeune homme va rapidement faire figure de suspect numéro un. En filigrane vont apparaître des soupçons de pédophilie. Des victimes vont bientôt sortir de l'ombre.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:00C'est l'heure du crime sur RTL, avec Jean-Alphonse Richard.
00:04Le corps du prêtre a été retrouvé à son domicile.
00:08L'abbé avait un crucifix enfoncé dans la gorge et porté plusieurs traces de coups.
00:12Un prêtre visé par des plaintes pour des comportements inappropriés envers des mineurs de l'aveu même de l'église.
00:20Bonjour, Roger Matasoli, 91 ans, prêtre.
00:24A l'automne 2019, on le retrouve tué chez lui dans l'Oise, tabassé à mort.
00:28Un petit crucifix enfoncé dans la gorge.
00:32Un ancien enfant de cœur va rapidement faire figure de suspect numéro 1.
00:36En filigrane vont apparaître des secrets trop lourds à porter.
00:41Une ribambelle de victimes va alors sortir de l'ombre.
00:44Roger Matasoli, le passé vient se venger.
00:48L'heure du crime, votre rendez-vous 100% fait divers et tout de suite sur RTL.
00:58Lundi 4 novembre 2019, 10h15 du matin, les gendarmes du peloton motorisé de Beaumont-sur-Oise contrôlent une Renault-Mégane
01:08qui roule un peu trop vite.
01:09Le conducteur est un jeune homme de 19 ans.
01:12Il est agité.
01:13Il reconnaît ne pas avoir le permis.
01:15Il présente la carte grise du véhicule et un permis au nom du propriétaire de l'auto.
01:20Un certain Roger Matasoli, 91 ans, domicilié dans l'Oise.
01:25Le jeune homme, Alexandre V, affirme qu'il s'agit de son papy.
01:30Les gendarmes pensent plutôt à un vol.
01:33Le ton monte, Alexandre tente de s'enfuir.
01:35Il est rattrapé, maîtrisé et placé en garde à vue.
01:38Son père, Esteban V, est prévenu.
01:42Pas surpris car Alexandre est depuis longtemps psychologiquement instable, parfois à la limite du délire.
01:49Le papa dit bien connaître Roger Matasoli, le propriétaire de l'auto.
01:52C'est l'ancien curé de la famille.
01:55Il craint qu'Alexandre ait fait une bêtise.
01:59Esteban file donc chez le prêtre, dans la commune d'Agnès, à mot de Roncrole.
02:05Le portillon d'entrée est ouvert.
02:08Depuis une fenêtre, il aperçoit le corps du curé.
02:10Il gît sur le sol.
02:15Les gendarmes entrent dans la maison de l'abbé Matasoli.
02:18Le désordre règne.
02:19Les pièces ont été fouillées, des meubles renversés.
02:23On s'est battu dans le salon.
02:24Le curé repose sur le dos, dans le bureau.
02:27Seul son ventre est dénudé.
02:29On a déposé dessus sa carte d'identité.
02:32La victime, les yeux exorbités, a un long chausse-pied enfoncé dans la bouche.
02:37L'ustensile a servi à pousser au fond de la gorge un petit crucifix.
02:42Une bouteille de Javel ouverte est à côté du corps.
02:44Les enquêteurs pensent que la victime a été forcée d'absorber ce liquide.
02:48Le médecin légiste relève de nombreuses lésions.
02:52Au crâne, des coupures, des hématomes.
02:55Une volée de coups très violents a provoqué une hémorragie cérébrale.
03:00Le curé est mort asphyxié.
03:03Esteban, le père d'Alexandre, pense tout de suite que son fils est l'auteur du meurtre.
03:08Alexandre ne va pas bien.
03:09Il y a deux jours, il l'a agressé chez lui à Beauvais.
03:12Il parlait déjà du curé.
03:14Esteban avait alors prévenu le père Matasoli
03:17de surtout ne pas ouvrir sa porte à son fils.
03:20En garde à vue, les déclarations d'Alexandre sont délirantes.
03:23Il est placé en psychiatrie.
03:29La nouvelle de la mort du père Matasoli stupéfie les gens du coin.
03:33Ordonné prêtre en 1956, il est toujours resté dans la région.
03:37Il a marié, baptisé, confessé plusieurs générations de fidèles.
03:42On se souvient de l'homme disponible, proche des gens, amical, serviable.
03:47Coup de théâtre, 48 heures après le crime,
03:50l'évêque de l'Oise, Jacques-Benoît Gonin, révèle dans un communiqué
03:55un tout autre visage du curé.
03:57Un pédophile qui, depuis une dizaine d'années, est interdit de célébrer la messe, même en privé.
04:05L'évêque est catégorique.
04:06En ce moment tragique, je pense d'abord aux victimes de l'abbé Matasoli.
04:14Et bien sûr, seulement 48 heures après le crime,
04:16ces révélations donnent une couleur tout à fait différente
04:19aux gestes qu'aurait commis Alexandre V.
04:21Était-il lui aussi une victime du curé ?
04:24Pour l'instant, il n'est pas en état d'être entendu.
04:26On l'a dit, il est psychologiquement très fragile, ce garçon.
04:29On va bien sûr découvrir ce qu'il raconte.
04:32Et puis la suite de l'enquête, dans le prochain chapitre de l'heure du crime,
04:36vous allez voir qu'il y a beaucoup de surprises qui vont surgir au fil de ces investigations.
04:41Il faut reprendre tout au début, c'est-à-dire la mort de l'abbé Matasoli.
04:46Bonjour, maître Cathy Richard.
04:48Bonjour, Jean-Alphonse.
04:49Merci beaucoup d'être avec nous en direct dans le studio de l'ordre du crime.
04:53Vous êtes avocate d'Alexandre V.
04:55À ce stade, Alexandre V, c'est le suspect.
04:57Suspect numéro 1, il n'y en a pas d'autre.
04:59Vous connaissez très bien ce dossier.
05:01Vous l'avez lu et relu.
05:03Et évidemment, vous êtes allé au bout de cette enquête
05:06avec les gendarmes qui ont travaillé sur le dossier.
05:09Alors, l'abbé Matasoli, c'est un constat.
05:13On l'a tout simplement massacré.
05:15Oui, effectivement.
05:17Lorsque le papa d'Alexandre arrive, il sait pourquoi il y va.
05:22Il arrive chez l'abbé Matasoli et il voit ce corps.
05:26Il a été, c'est vrai, supplicié.
05:28Mais pas, en fait, quand on comprend, quand on sait, il n'y a pas de hasard.
05:33Il a ce crucifix enfoncé dans la gorge avec un chausse-pied.
05:37Et puis, il a aussi les yeux enfoncés aussi.
05:40Les paupières ont été repoussées.
05:43C'est-à-dire que vraiment, on sent qu'il y a cette symbolique,
05:48cette symbolique de la parole des yeux.
05:53Et avec ça, un déchernement, un déferlement, un déchaînement de violence.
05:57J'irais dire que c'est une violence qui est une violence du désespoir.
06:03On le comprend après.
06:04Mais il y a aussi un côté peut-être diabolique.
06:06D'ailleurs, on se pose des questions.
06:07Parce qu'il y a ce crucifix.
06:09Au tout début, on peut se dire, après tout, il y a quelque chose de...
06:13Oui, effectivement, moi j'en donne l'analyse de celle qui connaît Alexandre.
06:18Bien sûr.
06:19Mais effectivement, au tout début, c'est démoniaque.
06:21C'est vrai que la scène de crime est terrible.
06:24Oui, elle est très effrayante, effectivement, cette scène de crime.
06:28D'ailleurs, les enquêteurs qui arrivent sur la scène,
06:30ils sont même un peu interloqués par ce qu'ils découvrent.
06:33Il y a un cornet de glace contre lui.
06:35Il y a un crayon rouge qui est sur son visage.
06:39Il y a sa carte d'identité qu'on a mise sur son ventre.
06:41Il y a vraiment une mise en scène qui est très, très particulière.
06:45Justement, Cathy Richard, vous le défendez, ce suspect numéro un.
06:50Alexandre V, il est rapidement interpellé.
06:53Présentez-nous un petit peu ce jeune homme.
06:54C'est un jeune homme en souffrance, c'est ça ?
06:56Alors, Alexandre, c'est un jeune garçon qui est en souffrance, certes,
07:01mais dont on n'en voit pas grand-chose.
07:04Il a suivi ses études, il vient d'avoir son bac,
07:08il est inscrit à la fac.
07:10Mais, en réalité, on se rend compte que sa famille s'aperçoit
07:14que dans sa tête, ça ne va plus bien.
07:15Depuis un certain temps, ça ne va plus bien.
07:17Il parle tout seul.
07:19Il est agressif.
07:19Il est agressif.
07:21Il est auto-hétéro-agressif.
07:23C'est vrai qu'il en veut beaucoup à son père.
07:26Il a, effectivement, quelques jours avant les faits,
07:28ou quelques moments avant les faits, une bagarre avec son père.
07:31Là encore, on comprendra pourquoi.
07:33Parce que dans cette famille paternelle, il y a le secret très lourd de l'abbé Matassoli.
07:39Et, effectivement, sa maman sent que ça ne va pas.
07:42Et sa maman a emmené Alexandre à plusieurs reprises chez le médecin depuis quelques temps.
07:47Parce qu'elle voit bien qu'il va très mal.
07:50Mais on saura aussi qu'alors qu'il va mal et qu'il est inscrit à la fac,
07:55qu'il a son appartement extérieur,
07:56on saura que l'abbé Matassoli est allé le rendre visite dans son appartement.
07:58Donc, ça commence à faire beaucoup.
08:00Effectivement, on va se rapprocher de ce prêtre.
08:03J'ai envie de dire, un curé sympathique.
08:06Un curé de campagne sympathique.
08:07Bien sous tout rapport, comme on peut dire.
08:09Bonjour, Claire Corneau.
08:11Bonjour.
08:11Merci beaucoup d'être avec nous également dans le studio de l'heure du crime.
08:15Journaliste, enquêtrice pour l'émission Au bout de l'enquête sur France 2.
08:17D'ailleurs, il y a un épisode Au bout de l'enquête qui est consacré à cette histoire.
08:22Roger Matassoli, on peut le retrouver évidemment sur le site de France TV.
08:26Si cette histoire vous intéresse, vous allez voir, elle est très surprenante, cette histoire.
08:30Claire Corneau, tout le monde est stupéfait dans ce coin de l'Oise
08:35quand on apprend le passé pédophile de l'abbé Matassoli.
08:39Il y a beaucoup de gens qui n'étaient pas au courant de ce qu'il était vraiment.
08:42Qui n'étaient pas au courant.
08:43Ou qui ne voulaient pas le dire.
08:45Qui ne voulaient pas le savoir.
08:46Parce que les rumeurs, elles couraient quand même depuis des années.
08:50Il a vraiment fait toute sa carrière dans l'Oise.
08:52Plus de 40 ans, 50 ans.
08:55Et il y a eu quand même des petits signalements.
08:58On s'en parlait.
08:59Mais, mais, il faut se replacer dans le contexte d'un endroit
09:04où l'abbé c'est une figure tutélaire.
09:07Bien sûr.
09:07C'est quelqu'un de respecté.
09:09C'est l'homme de Dieu.
09:10Donc, on ne veut pas s'en prendre à lui.
09:13Et on préfère ignorer ce qu'il se dit.
09:14Ce qui est étonnant, c'est que c'est l'évêque.
09:16En personne.
09:17C'est rarissime.
09:1948 heures après le crime, l'évêque, il ne parle même pas du curé.
09:22Mais il parle, effectivement, de son passé pédophile et des possibles victimes.
09:26Oui, Mgr Benoît Gonin, qu'on a interviewé d'ailleurs
09:29et qui, avec beaucoup de courage, a témoigné dans notre documentaire.
09:33Il n'a rien voulu cacher.
09:35Lui, il a voulu savoir.
09:36Il avait été alerté une première fois.
09:38Et c'est vrai qu'à l'époque, l'abbé Matasoli lui avait un peu dit
09:41que c'était un moment d'égarement.
09:43Mais c'est la seule fois où ça s'est passé.
09:45Et il l'a cru.
09:46Et il s'en est beaucoup voulu quand une deuxième victime s'était manifestée.
09:50Et là, il a décidé de nettoyer un peu les écuries d'Ogia.
09:54Toute une famille de père en fils sous l'emprise du curé.
09:59Roger Matasoli, le passé vient se venger.
10:02Il rentrait parfois dans la cabine de douche quand je me lavais.
10:05Une voix m'a dit que c'était un suppôt de Satan et qu'il fallait l'exorciser.
10:10L'enquête de l'heure du crime.
10:11On se retrouve dans un instant sur RTL.
10:17Bonne soirée sur RTL.
10:22L'heure du crime, présentée par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
10:27L'heure du crime consacrée à la mort du curé Roger Matasoli.
10:30Le prêtre, 91 ans, a été retrouvé massacré chez lui en 2019 près de Clermont-de-Loise.
10:36Un jeune homme de 19 ans, fragile psychologiquement, est arrêté.
10:40Le religieux avait été visé il y a une dizaine d'années par des plaintes pour pédophilie.
10:47Mardi 17 décembre 2019, un mois et demi après le meurtre de l'abbé Matasoli,
10:52Alexandre V, suspect numéro 1, est replacé en garde à vue.
10:56Toujours hospitalisé en psychiatrie, il dit vouloir garder le silence.
11:00Le juge d'instruction de Beauvais, Vincent Deveille, le met un examen pour meurtre accompagné d'actes de torture ou
11:07de barbarie.
11:08Le père et la mère d'Alexandre, divorcés, sont entendus.
11:12Esteban confie que depuis quelque temps, Alexandre refusait de voir le curé.
11:16Il ignore pourquoi.
11:18Puis cet homme, de 45 ans, finit par dévoiler le secret qui le hante.
11:24Il avait 7 ans quand sa famille, des immigrés espagnols, se sont installés dans l'Oise.
11:30Il n'avait pas un sou, le curé Matasoli les a aidés à s'installer.
11:35Entre 7 et 14 ans, le prêtre l'a sexuellement agressé.
11:41Un de ses frères aurait subi le même sort, des attouchements sous la douche.
11:45Le prêtre était respecté, les enfants n'ont jamais rien dit.
11:49Alexandre était au courant de ce secret de famille.
11:52Le fils aurait donc nourri de la haine envers Roger Matasoli.
11:57Sandrine, la maman, pense qu'Alexandre a voulu se venger de quelqu'un qui lui aurait fait du mal.
12:03Elle le soupçonne le curé d'avoir agressé sexuellement son fils.
12:11Jeudi 18 juin 2027, mois après la mort de Roger Matasoli,
12:15Alexandre V est entendu par le juge d'instruction.
12:18Son état psychologique est un peu plus stable.
12:20Alexandre raconte que le 4 novembre 2019, il n'allait pas bien.
12:25Il entendait des voix, il avait des visions.
12:27Il raconte que quand il avait 14 ans, il s'était rendu chez le curé avec son frère.
12:33Matasoli leur avait fait visionner des vidéos.
12:36Celles d'un petit train, puis celles d'enfants nus ou à demi-nus,
12:40plongés dans une piscine avec le curé.
12:43Leurs shorts s'enlassaient, dit-il, laissaient voir leurs fesses.
12:46Il avait 16 ans quand son père lui a avoué avoir été une première fois abusé par le prêtre.
12:53Alexandre refuse, réfute avoir été violé ou agressé sexuellement.
12:57Il dit que le curé rentrait parfois dans la cabine de douche quand il se lavait.
13:01C'était pour me regarder sans rien dire.
13:04Alexandre V finit par dire que Roger Matasoli lui touchait les fesses à chaque fois qu'il le pouvait.
13:10Le curé lui aurait même demandé de faire quelquefois le ménage chez lui en petite tenue ou tout nu.
13:16Il l'observait.
13:17Par la suite, Alexandre recevait un peu d'argent.
13:24Devant le juge, Alexandre ne se souvient plus ce qui s'est passé chez le prêtre le jour du crime.
13:29À l'expert psychiatre, il confie avoir frappé le curé qui lui avait fait visionner 5 ans auparavant, dit-il,
13:35de la pédopornographie.
13:36Au psychologue, il dit
13:37« J'ai ce jour-là sa voix dans ma tête qui me dit que c'est un suppôt de
13:42Satan qu'il faut exorciser. »
13:44Réentendu, Esteban V, père d'Alexandre, se souvient qu'il avait coupé les ponts avec le curé Matasoli entre 2000
13:50et 2010.
13:52Le couple avait déménagé à Beauvais, téléphone sur liste rouge, pour que le prêtre cesse de harceler la famille.
14:00Un curé omniprésent dans la vie de cette famille.
14:03Le père déclare qu'il a été violé par le curé Matasoli.
14:10Son fils Alexandre, qui est le suspect numérant, aurait lui aussi été agressé par ce curé.
14:18Évidemment, là, ça fait beaucoup.
14:20Autant de choses qui ont été tenues secrètes, mais secrètes polichinelles pour les autorités et pour l'Église.
14:25On va voir ça dans la suite de l'émission.
14:28Le déclic de ce geste meurtrier, c'est sans doute l'aveu d'Esteban V, le père d'Alexandre.
14:35Il avait été abusé sexuellement par le prêtre.
14:38Cathy Richard, vous êtes l'avocate d'Alexandre V.
14:41Vous êtes d'accord avec ça ?
14:42Alexandre, il a appris que son père avait été violé par le curé ?
14:46Au-delà de ça, il a appris que son père avait été agressé sexuellement et violé par le curé.
14:51Il a appris qu'en fait, le curé était très présent dans la famille paternelle.
14:55Il faut savoir qu'Esteban, comme ses frères, était enfant de cœur de l'abbé Matassoli.
15:02L'abbé Matassoli était très souvent invité à la table de cette famille.
15:06Et puis, quand Esteban a annoncé à son père qu'en fait, il était victime de l'abbé,
15:12et au moins un de ses frères aussi,
15:15le père d'Esteban, donc le grand-père d'Alexandre, s'est donné la mort.
15:19C'est toute une famille sinistrée, cette histoire.
15:22C'est toute une famille qui a été ravagée par ces abus.
15:26Et en fait, Alexandre va dire qu'il entendait parler de son grand-père en espagnol dans sa tête.
15:33Donc, en fait, il porte Alexandre et la souffrance de son père,
15:39et la souffrance et la culpabilité de son grand-père, et le suicide de son grand-père.
15:44Enfin, en fait, il y a vraiment, c'est très énorme, énorme.
15:50Effectivement, c'est énorme, parce qu'il y a toute une famille qui est dans le viseur de ce curé.
15:54D'ailleurs, Esteban V, le papa, va dire qu'il s'était mis à l'abri, à un moment donné,
15:58parce qu'ils avaient peur d'être rattrapés.
16:01Claire Cornu, vous êtes journaliste enquêtrice pour l'émission Au bout de l'enquête sur France 2,
16:04vous connaissez bien ce dossier.
16:05Il y a vraiment une pression de ce curé sur cette famille.
16:09Il ne lâche pas la famille, il les poursuit, même quand ils déménagent à Beauvais,
16:12ils espèrent qu'il ne se manifestera pas, mais ce n'est pas le cas.
16:16Oui, alors, il faut comprendre que l'abbé Matasoli, il a toujours été là dans la vie de cette famille.
16:21C'était des immigrés espagnols très croyants, et quand ils s'installent, ils tombent sur ce prêtre,
16:27qui d'emblée va devenir quelqu'un de secourable.
16:30Il va les aider à construire leur maison,
16:32et puis il y a une forme d'honneur à l'accueillir le midi, le dimanche, à table.
16:38Donc, ils en sont au début touchés, mais en fait, ils ne voient pas derrière le prédateur
16:42qui va petit à petit s'en prendre au grand-père, au père, et puis bientôt à Alexandre, sans doute.
16:48Il a une emprise sur eux aussi financière, en vérité, puisqu'il les aide.
16:52C'est important, ça.
16:53Et oui, c'est une famille modeste, et en fait, il a cette emprise financière.
16:58Il les aide en permanence, et il les a rendus d'une certaine façon dépendants,
17:02dépendants financièrement, dépendants un peu affectivement aussi.
17:06Et il est en son emprise bientôt sur toute la famille.
17:10Cathy Richard, Alexandre, on sait qu'il n'a pas toute sa tête lorsqu'il est interpellé, etc.
17:15Ça ne va pas très bien.
17:16Mais lui, il dit tout de suite qu'il n'a pas été abusé par le curé.
17:19Parce qu'il a honte, etc.
17:22On comprend bien ça.
17:23Ça va être très compliqué pour lui de parler.
17:26Il va quand même exposer des choses.
17:29Et l'eau de Javel, les yeux en fonction des orbites, tout ça, on comprend mieux.
17:34Parce que, par exemple, il expliquait que l'abbé Matassoni lui faisait faire le ménage,
17:38que parfois il lui demandait de faire le ménage nu,
17:41qu'il lui demandait d'aller prendre sa douche,
17:43et qu'il était présent dans la salle de bain quand il prenait sa douche.
17:46Donc ça, voilà.
17:47Et quand Claire disait à l'instant qu'il y avait une emprise financière,
17:52on est au-delà de l'emprise financière,
17:53parce qu'on comprend qu'Estéban qui dit,
17:55pourtant clairement, j'ai été violée par le père Matassoli de mes 7 ans à mes 14 ans,
18:00j'ai réussi à m'en extraire un moment.
18:02Mais quand même, au moment des faits,
18:05Estéban revoit l'abbé Matassoli,
18:07et Estéban va chez l'abbé Matassoli avec Alexandre.
18:10C'est-à-dire que, voilà, c'est vraiment toute la complexité d'une forme d'emprise.
18:16Et donc, concernant Alexandre,
18:19un jour, il va me lâcher quand même,
18:21on est dans le bureau du juge d'instruction,
18:23et je lui ai dit, mais il y a des moments où ton père n'était pas là,
18:27est-ce que, quand tu l'as amené à manger, etc.,
18:30il disait, oui, il me suivait,
18:32il me mettait la main aux fesses.
18:34Mais, voilà, en fait,
18:35on sait quand même qu'il y avait des moments éténus.
18:37Ça a été très compliqué.
18:39Il faut savoir qu'Alexandre a vraiment souffert d'un trouble pathologique psychiatrique,
18:45et qu'on ne sait pas ce dont il se souvient,
18:49ce qu'il a obéré,
18:50ce qu'il a projeté sur son père,
18:52ou de l'histoire de son père sur lui.
18:53Mais en tout cas, une chose est certaine,
18:55c'est qu'en tout cas, quand il explique,
18:57quand il raconte ces moments où il fait le ménage tout nu,
19:00quand il raconte ces moments où il doit prendre sa douche sous le regard concupissant du prêtre,
19:06c'est quand même des moments,
19:07et puis, on sait qu'il y a eu aussi des attouchements,
19:09au minimum, des attouchements.
19:11Alors, le père violé par le curé,
19:14et pourtant, ce père, il emmène son fils chez le curé.
19:19C'est quand même très étonnant.
19:21Alors, effectivement, Cathy Richard a prononcé le mot qu'il faut,
19:24en prise. On voit ça, souvent, dans les affaires sexuelles,
19:28de prédateurs sexuels.
19:29Le point de bascule, en fait, tout simplement,
19:31c'est le divorce entre les parents d'Alexandre.
19:34Et là, Esteban, il se rapproche de celui qui, malgré tout,
19:40est à ses yeux une forme de protecteur.
19:42Et non seulement, il se replace sous la protection de l'abbé,
19:45en allant...
19:46Il se soumet à nouveau.
19:47Voilà, à nouveau.
19:48Et il emmène son fils.
19:50Et il emmène son fils.
19:51Et c'est ce que...
19:53Enfin, je pense qu'il a porté, après, cette culpabilité toute sa vie.
19:57Mais c'est le syndrome de l'emprise.
20:00C'était plus fort que lui.
20:01C'était plus fort que lui.
20:02Et il avait besoin d'argent aussi.
20:03Et il savait que l'abbé était là pour ça.
20:06Donc là, on est évidemment dans un cycle totalement infernal.
20:10Des rapports secrets et confidentiels sur les travers du prêtre.
20:14Or, Roger Matasoli, le passé vient se venger.
20:18Une photo du prêtre tout nu, une blague, selon lui.
20:21L'enquête de l'heure du crime.
20:22Pourquoi les actes pédophiles du prêtre,
20:24connus, répertoriés, rapportés,
20:26sont restés si longtemps secrets ?
20:28À suivre, dans un court instant, sur RTL.
20:33Bonne journée, sur RTL.
20:38RTL.
20:40Votre radio.
20:42L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
20:46Quand Jacques m'en a parlé, il me dit, je ne sais pas si tu te souviens,
20:49mais quand il venait manger à la maison, souvent il me prenait sur ses genoux.
20:54Et bien quand j'étais sur ses genoux, il me tripotait.
20:56Et il me tripotait devant tout le monde.
20:58Mais vous ne pouviez pas voir.
21:01Retour dans l'heure du crime, sur la mort du père Roger Matassoli.
21:05Ce curé de l'Oise a été retrouvé massacré chez lui en 2019.
21:09Son meurtrier présumé, un jeune homme de 19 ans,
21:12fragile mentalement, aurait été abusé par le prêtre.
21:15Ce dernier était en fait connu depuis des années pour ses penchants pédophiles.
21:23Mercredi 20 novembre 2019, un peu plus de 15 jours après le meurtre du père Roger Matassoli,
21:28le procureur de Beauvais est destinataire d'un courrier d'un habitant de la région.
21:32Ce dernier dit avoir été agressé sexuellement par le curé.
21:35Il se serait attaqué à lui à une dizaine de reprises lors de colonies de vacances en 1971-1976.
21:43Il avait 11-12 ans.
21:46Les faits sont prescrits.
21:47Le parquet de Beauvais fait état de deux plaintes reçues avant le crime,
21:52déposées par d'anciens enfants de cœur de Roger Matassoli,
21:55des garçons âgés entre 10 et 14 ans au moment des faits,
22:00faits également prescrits.
22:02Les penchants pédophiles de Roger Matassoli étaient depuis bien longtemps un secret de polichinelle.
22:08En 1984, un jeune garçon avait découvert une photo du curé,
22:13nu, de face, le pied posé sur une chaise.
22:16Les parents étaient allés le voir.
22:19Il avait répondu que c'était une blague, une photo faite pendant son service militaire.
22:24Le cliché était pourtant récent.
22:26Au début des années 90, un chasseur avait pour sa part surpris le curé,
22:31dans une voiture, la main dans le slip d'un jeune garçon.
22:39Lundi 20 janvier 2020, les gendarmes saisissent le rapport de l'enquête canonique,
22:43demandé il y a une dizaine d'années par le Vatican sur le père Matassoli.
22:48Il est écrit que par ses demi-aveux, le prêtre lui-même reconnaît ses torts
22:54et en demande pardon à diverses reprises.
22:56L'enquête de l'église considère que le curé s'est rendu coupable d'atteinte sexuelle sur mineurs.
23:01Leur rapport énumère trois victimes courant 1961, courant 1976 et puis de 1967 à 1975.
23:12L'évêque du diocèse de Beauvais est entendu par les enquêteurs.
23:15Il explique avoir reçu lui-même le père Matassoli suite à des plaintes déposées contre lui.
23:20Il l'avait à l'époque interdit de toute célébration religieuse.
23:24L'évêque précise avoir aussi reçu la visite du père d'Alexandre.
23:29Esteban V lui avait expliqué dans le détail ce que le curé lui avait fait subir.
23:36C'est une omerta qui a régné pendant très nombreuses années, une trentaine d'années, peut-être quarantaine d'années,
23:43dans ce coin de l'Oise.
23:45Claire Cornu, vous êtes avec nous, journaliste enquêtriste pour l'émission Au bout de l'enquête sur France 2.
23:50Vous avez beaucoup enquêté sur ce dossier.
23:53Il y a quelque chose d'étonnant, c'est juste un nom mot, mais pourquoi cet omerta ?
23:59Parce que là, il y a des témoignages très directs.
24:01Le curé, on l'a vu quasiment en action.
24:03Il y a une photo de lui tout nu.
24:05On le découvre dans une voiture avec un jeune garçon.
24:07Ça fait vraiment beaucoup, beaucoup de choses.
24:09Oui, mais la figure du curé, elle était un peu intouchable, en quelque sorte.
24:13C'était quelqu'un, l'abbé Matassoli, pour les habitants.
24:16Si on repart un petit peu en arrière, c'était un homme charismatique,
24:19qui fume des cigarettes, ne porte la soutane que pour la messe.
24:22Un côté un peu moderne.
24:24Il a un petit air de Michel Piccoli, si vous regardez les photos.
24:27Et puis, il est tellement gentil avec les enfants.
24:30Il installe une piscine gonflable dans le jardin du presbytère.
24:34Il les emmène en canscoute.
24:35Il leur fait boire du coca, ce qui était rare à l'époque.
24:38En vrai, le coca était cher.
24:40Et puis, il y a cette pièce, surnommée la clé du paradis.
24:43Et en fait, c'est une pièce où trônait un spectaculaire train électrique.
24:47Tous les enfants du coin rêvaient de jouer avec,
24:50sans savoir qu'en vérité, c'était la première étape du cauchemar.
24:54Et puis, les filles étaient jalouses ?
24:56Parce que les filles, évidemment, elles n'étaient pas invitées pour aller voir ce train électrique.
24:59Non, parce que c'était un pédophile préférentiel.
25:02Et lui, il n'y avait que les petits garçons qui l'intéressaient.
25:05Autre chose, Claire Coronioué, c'est important.
25:07Et à l'enquête canonique de l'Église,
25:09enquête canonique, c'est quand même très officiel,
25:11ça vient du Vatican, etc.
25:13Cette enquête avait jugé coupable l'abbé Matassoli.
25:17Mais curieusement, à l'époque,
25:19les autorités judiciaires n'ont pas été prévenues de cette enquête privée, entre guillemets.
25:24Non, parce que c'était prescrit,
25:26parce que les témoignages ont été jugés par Célaire,
25:29parce qu'on a estimé qu'il n'y avait pas assez.
25:31Il n'y avait pas assez.
25:33Il y a eu un peu différentes étapes, en fait,
25:35par rapport...
25:36Il y a notamment une victime qui s'est manifestée à plusieurs reprises auprès de l'Église.
25:40La première fois, on lui a dit, c'est un moment d'égarement.
25:42La deuxième fois, on lui a dit, c'est prescrit.
25:45La troisième fois, il a eu le droit à une lettre,
25:48à une lettre de l'abbé Matassoli,
25:50qui, en gros, reconnaît à demi-mot ses torts,
25:53tout en disant qu'il ne se souvient plus très bien.
25:55C'est tout ce à quoi il a eu droit.
25:58Effectivement, ce plaignant, il est recensé parmi les plaintes
26:02qui ont été actées par le procureur à l'époque.
26:07Maître Cathy Richard, vous êtes avec nous,
26:09avocate d'Alexandre V, le fameux suspect dans cette affaire.
26:13Alors, c'est vrai qu'Alexandre, avec son geste criminel,
26:15là même, on ne sait pas s'il sera jugé à ce moment-là de l'enquête,
26:18mais avec ce geste, c'est lui qui ouvre tout ça,
26:21qui ouvre la boîte de Pandore.
26:22Alors, c'est lui qui fait exploser cette histoire au grand jour ?
26:26Oui, d'ailleurs, il y a des gens qui vont réagir.
26:27Moi, j'ai reçu une lettre extrêmement émouvante
26:31d'un homme voulant garder l'anonymat,
26:34qui avait des grandes responsabilités,
26:37qui était père de famille,
26:38mais qui expliquait dans cette lettre
26:40à quel point il avait été intérieurement détruit
26:43par l'abbé Matassoli.
26:45Et puis, j'avais reçu aussi l'appel téléphonique
26:48de deux sœurs, me parlant de leur frère Jacques,
26:52qui, alors qu'il voulait dénoncer l'abbé Matassoli,
26:55avait aussi mis fin à ses jours en son ayant la Seine.
26:58C'est vrai que tout ça, ça a pu ressortir,
27:01parce que c'est comme si, enfin,
27:03il était tombé du piédestal, en fait,
27:07de notre côté.
27:08Et puis, le fait qu'il soit mort,
27:10ça y est, il devenait possible de le dénoncer,
27:15et même si on sait qu'il y avait beaucoup de gens qui avaient tenté,
27:21qui avaient déjà dénoncé des choses avant.
27:23Mais c'est vrai que là, et c'est horrible,
27:25c'est terrible, parce que les faits sont épouvantables,
27:27et Alexandre n'en a jamais tiré d'aucune gloire,
27:31mais j'ai reçu des témoignages de gens qui le remerciaient.
27:34C'est atroce.
27:35Claire Corogneau.
27:36Oui, Jacques, c'est une victime importante dans cette affaire,
27:38parce que lui, il a déposé plainte en 1984,
27:41ses sœurs l'ont convaincue de le faire.
27:43Alors, pas dans l'Oise, il ne fallait pas que ça se sache.
27:45Donc, il est allé au 36 Quai des Orfèvres.
27:47Incroyable.
27:48Et la PJ l'a cru, et a saisi la PJ de Creil,
27:51avec un homme que vos auditeurs connaissent sans doute bien,
27:54qui s'appelle Daniel Neveu,
27:56qui est l'homme qui a arrêté, notamment Marcel Barbeau,
27:58le tueur de l'ombre.
27:58Il l'a fait.
27:59Et lui, il a enquêté, il a essayé,
28:01et il s'est heurté à un silence assourdissant,
28:04ce qui fait que son enquête n'a pas abouti.
28:06Mais il l'a cru, et il en parlait d'ailleurs dans notre documentaire,
28:09on sentait le regret de ne pas avoir pu pousser plus loin,
28:12mais l'omerta était trop forte.
28:16Alexandre sera-t-il jugé ?
28:18Roger Matassoli, le sombre passé du curé.
28:20Je l'ai tiré, j'ai commencé à le frapper.
28:24Je regrette de ne pas m'être soigné avant qu'un homme soit mort.
28:28L'enquête de l'heure du crime.
28:29On se retrouve dans un instant sur RTL.
28:31Bonne journée sur RTL.
28:43L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
28:47Au programme de l'heure du crime,
28:49l'affaire Roger Matassoli, ce curé de l'Oise,
28:5291 ans, a été découvert massacré chez lui en novembre 2019.
28:56Sa mort a levé le voile sur son passé de pédophile.
28:59Des enquêtes jamais révélées.
29:01Son meurtrier présumé, 19 ans, psychologiquement instable,
29:05aurait lui aussi été abusé.
29:09Mardi 25 mai 2021, Alexandre V, visage blême,
29:15cheveux longs retenus par un catogant,
29:17légère barbe, est devant la chambre de l'instruction
29:19de la cour d'appel d'Amiens.
29:21Les juges se penchent sur sa possible irresponsabilité
29:24dans le meurtre du curé Roger Matassoli.
29:28Voix fluette, il évoque les mains aux fesses,
29:31les séances de ménage dénudées avec le curé qui fixait son sexe.
29:35Quand il est allé chez le prêtre, le 4 novembre 2019,
29:38il a demandé à l'abbé Matassoli à deux reprises.
29:42« Pourquoi j'entends ta voix ? »
29:45Dans ma tête.
29:45Il poursuit.
29:46« J'ai commencé à le tirer, à le frapper.
29:49Pour la suite, je ne me souviens de rien. »
29:52Alexandre explique qu'à l'époque,
29:53il était atteint de multiples troubles psychotiques.
29:56Il pensait que l'abbé Matassoli le contrôlait à distance
30:00avec une télécommande.
30:01Il indique « Je regrette de ne pas m'être fait soigner
30:05avant qu'un homme soit mort. »
30:10Le psychiatre Alain Targa,
30:12le premier à avoir examiné Alexandre V,
30:15se souvient avoir demandé au gendarme
30:17de laisser menotter le suspect.
30:19Il était trop agressif.
30:20Le docteur avait relevé une psychose schizophrénique
30:25examiné au sein de l'unité hospitalière
30:27de la prison de Seclin.
30:28Un deuxième psychiatre, Bruno Roux,
30:31confirme une schizophrénie paranoïde.
30:34Selon cet expert,
30:35le discernement d'Alexandre était aboli.
30:38Au moment des faits,
30:38il ne peut donc pas être jugé.
30:40L'avocat général est d'accord avec cet avis.
30:43Il demande un internement sans consentement,
30:46à savoir une hospitalisation d'office en psychiatrie.
30:49Deux mois plus tard,
30:50Alexandre V est jugé irresponsable.
30:52Il n'y aura donc pas de procès.
30:55Sa mère, Sandrine, est soulagée.
30:57Il ne faut pas oublier
30:58qu'Alexandre est une victime du prêtre.
31:01C'est lui qui l'a fait vriller, dit-elle.
31:05Et donc de l'avis général,
31:07mais ce n'est pas beaucoup non plus,
31:08ce n'est pas une grande surprise,
31:09de l'avis général,
31:10psychiatre, psychologue,
31:11et puis même l'avocat général, magistrat,
31:13de l'avis général,
31:14Alexandre V n'avait pas toute sa raison
31:17quand il a tué le prêtre.
31:19Déjà, un petit point là-dessus,
31:20Maître Cathy Richard,
31:21vous êtes l'avocat d'Alexandre V,
31:23je le dis,
31:24vous attendiez à cette décision ?
31:26Il n'y avait pas d'autre moyen
31:27de faire avec ce garçon ?
31:29Oui, Jean-Alphonse.
31:30Alors moi, j'ai un souvenir
31:31de mon premier souvenir d'Alexandre.
31:33Je vais le voir.
31:34Il est à l'hôpital en psychiatrie,
31:38en hospitalisation d'office,
31:40à Clermont-de-Loisse.
31:42Et on est très proche des faits aussi.
31:45On est dans le jour, le lendemain.
31:48Et alors que le psychiatre dit
31:50qu'il demande au gendarme
31:52de le garder menotté,
31:53moi je le vois dans une pièce,
31:55on n'est que tous les deux.
31:55Il n'est pas menotté du tout.
31:57Et j'ai un souvenir de lui
31:58tellement touchant,
32:01tellement émouvant,
32:03parce qu'à ce moment-là,
32:05à moi, il n'a pas du tout
32:07donné l'impression
32:07de quelqu'un d'agressif.
32:09Il était,
32:10et ça reste l'image que j'ai de lui,
32:12un moineau,
32:13un piaf tombé du nid.
32:14C'est-à-dire qu'il était perdu.
32:17Il avait les cheveux ébouriffés,
32:19il avait les yeux dans le vague.
32:20Enfin, il était,
32:22on le sentait à la fois
32:26complètement perdu,
32:27complètement fragile.
32:29Et il émenait à ce moment-là
32:31de lui aucune violence,
32:33mais juste une immense...
32:34Je dirais,
32:35ce n'était pas une souffrance
32:36comme on en a l'habitude
32:37avec les victimes.
32:38C'était vraiment
32:39comme s'il n'y avait plus rien
32:42qui le retenait.
32:43Vraiment, c'était cette idée de...
32:45Vous savez,
32:46alors que lui,
32:46il avait ses cheveux ébouriffés,
32:47là,
32:47mais du petit moineau sans plume
32:49qui tombe du nid
32:50et qui ne sait plus où aller.
32:51Il ne sait plus où poser ses yeux.
32:53C'est vrai qu'à ce moment-là,
32:55il est en hôpital psychiatrique.
32:57Sa mère va tout de suite expliquer
32:59que de toute façon,
33:00c'est vrai qu'il se sent surveillé,
33:02traqué,
33:02qu'il a des voix.
33:03Lui, il va parler de ses voix.
33:05Il ne se souvient de rien.
33:06Quand il me voit,
33:07il ne se souvient de rien.
33:08D'ailleurs, au fur et à mesure,
33:08on va lui dire ce qu'il y a,
33:09ce qu'il y a dans le dossier,
33:11ce qu'il a fait.
33:12Il va dire,
33:12oui, c'est moi qui ai fait ça,
33:13mais quelle horreur.
33:14Mais oui, c'est moi qui ai fait ça.
33:15Vous me dites que j'ai fait ça.
33:16Mais il a une mémoire
33:19plus que parcellaire.
33:20Il a une amnésie, des faits.
33:21Et bien sûr qu'on se rend compte
33:24qu'il était...
33:25De toute façon, il allait mal.
33:27Comme je le disais,
33:28sa mère voulait le faire soigner.
33:29Il refusait de se faire soigner.
33:30Parce que c'est le problème aussi
33:31de la maladie
33:32qu'il refusait de se faire soigner.
33:34Mais c'est vrai qu'on avait tout
33:35de la schizophrénie paranoïde.
33:37C'est-à-dire les voix,
33:40cette idée qu'il était victime, etc.
33:42Donc oui, non,
33:43ça n'était bien sûr pas une surprise.
33:45Il a fait toute sa détention
33:46en hospitalisation d'ailleurs.
33:47Deux ans après,
33:48on est devant la cour d'appel.
33:50C'est la cour d'appel
33:50qui va décider
33:51si effectivement il faut le juger ou pas.
33:53La réponse,
33:53on vient de le dire,
33:54est négative.
33:55Mais à ce moment-là,
33:56Alexandre,
33:57il a pris conscience
33:58qu'il avait été abusé
33:59par le curé.
34:00Parce que jusque-là,
34:02c'était hésitant
34:03ces déclarations.
34:04Les choses vont un peu évoluer
34:06mais ne seront jamais très claires.
34:08D'accord.
34:10Vraiment,
34:10ça ne sera jamais très clair
34:11de ce qu'il a vécu.
34:15Il a toujours
34:17ses paroles pour son père,
34:18pour son grand-père.
34:19Et lui,
34:20il minimise.
34:21C'est-à-dire que même
34:21ce qu'il va raconter
34:22de lui,
34:23c'est presque comme si
34:24c'était normal.
34:26Oui,
34:26il me demandait
34:27d'être tout nu.
34:27Oui,
34:27il me regardait
34:28quand je prenais ma douche.
34:29Oui,
34:29mais c'est presque...
34:30Voilà,
34:31il n'en fait pas trop.
34:32Je veux dire,
34:33c'est vraiment...
34:33D'ailleurs,
34:33on entend souvent
34:35des agresseurs,
34:36des pédophiles,
34:37des pédocriminels
34:38dire,
34:39moi aussi,
34:39ça m'est arrivé.
34:40En général,
34:40ils en font beaucoup.
34:41Lui,
34:41il n'en faisait vraiment
34:42jamais beaucoup.
34:44Claire Corneau,
34:45journaliste enquêtrice
34:45pour l'émission
34:46Au bout de l'enquête
34:47sur France 2.
34:48Le curé,
34:49il ne s'en prend qu'à
34:50des garçons fragiles.
34:51Il connaît ses cibles,
34:52le curé.
34:53D'ailleurs,
34:53les prédateurs,
34:54les pédophiles,
34:55ils connaissent,
34:56ils savent très bien
34:56sur qui il faut aller.
34:58Il savait recirer
34:59ses victimes,
35:00celles qui avaient eu
35:02des problèmes
35:03dans leur famille.
35:04Par exemple,
35:04il y a une des victimes,
35:05il avait perdu son petit frère.
35:07Et donc,
35:07à peine il a su ça,
35:08« Deviens enfant de cœur,
35:10je vais m'occuper de toi. »
35:12Et à partir de là,
35:13il s'occupait de lui
35:14tous les mercredis
35:15pendant quatre ans.
35:17Donc oui,
35:18c'est ça qui est saisissant.
35:20C'est la façon
35:21dont il arrive
35:21à installer son emprise,
35:22à créer de la culpabilité
35:24chez ses enfants
35:25et à leur faire croire
35:27d'une certaine façon aussi
35:27qu'ils sont les seuls,
35:28que c'est leur petit secret.
35:30Enfin voilà,
35:30tous ces mécanismes
35:31qu'aujourd'hui,
35:31on sait très bien décrypter
35:33mais qui à l'époque
35:34n'étaient pas aussi bien connus.
35:37Six ans après le meurtre,
35:38une autre tragédie.
35:41Roger Matasoli,
35:42le sombre passé du curé.
35:44J'espère que là où il est,
35:45il se sent mieux.
35:46Il cherchait la paix,
35:47il l'a trouvée.
35:48L'enquête de l'heure du crime,
35:49je vous retrouve tout de suite
35:50sur RTL.
35:53Gardez RTL toujours avec vous.
35:55Le direct,
35:56les replays,
35:57les inédits.
35:58Téléchargez l'appli RTL.
36:01L'heure du crime,
36:02présenté par Jean-Alphonse Richard
36:04sur RTL.
36:06Dans l'heure du crime,
36:07la mort du curé Roger Matasoli,
36:09ce prêtre de l'Oise,
36:10a été massacré chez lui
36:11en novembre 2019.
36:13Un meurtre qui a levé le voile
36:14sur son long passé pédophile.
36:16Son meurtre est présumé.
36:18Une de ses anciennes victimes
36:19a été jugée irresponsable.
36:21Un autre drame va survenir.
36:27Avril 2025,
36:28presque six ans après la mort
36:30de l'abbé Matasoli,
36:31le père d'Alexandre,
36:33Esteban V,
36:3451 ans,
36:36est retrouvé suicidé à Beauvais.
36:38Il s'est défenestré
36:40depuis son appartement
36:41du 9e étage.
36:42Esteban avait longtemps
36:43gardé son secret
36:44sur les agressions sexuelles
36:46qu'il avait endurées
36:47alors qu'il était enfant
36:48avant que son fils Alexandre
36:51subisse le même sort.
36:56Alexandre V,
36:57sorti de l'hôpital psychiatrique
36:58en 2023,
37:00mène une vie discrète.
37:01Il avait suivi
37:02une formation d'informaticien.
37:04A sa mère,
37:05il avait dit
37:06« La vie me donne
37:07une deuxième chance,
37:08je vais la saisir. »
37:10Interrogé par Aujourd'hui en France,
37:12il déclare que son père
37:13avait été détruit
37:14par cette histoire.
37:15« J'espère que là
37:16où il est,
37:17il se sent mieux,
37:19il cherchait la paix,
37:20il l'a trouvé. »
37:22« Quelque part,
37:22excusez-moi,
37:23il n'aura jamais eu
37:24sa punition.
37:24Il a quand même
37:25vécu 91 ans.
37:27Même, vous voyez,
37:28en sachant
37:29comment il est mort et tout,
37:30je n'arrive pas
37:30à avoir d'empathie pour lui.
37:32Je n'arrive pas.
37:34Je ne pourrais pas
37:35lui pardonner. »
37:38La voix de Sandrine,
37:39la maman d'Alexandre
37:39dans l'émission
37:40Enquête criminelle,
37:41je ne pourrais pas
37:42lui pardonner,
37:43parce qu'il a fait
37:43trop de mal
37:44à notre famille,
37:46à mon ancien mari
37:47et puis à mon fils
37:49Alexandre.
37:50Mme Cathy Richard,
37:51vous êtes avec nous
37:52dans cette heure du crime,
37:53avocate d'Alexandre V.
37:55Évidemment,
37:56c'est un raccourci,
37:56mais on l'entend
37:57dans la voix de cette maman
37:58ce qu'elle veut dire.
38:00Cette famille,
38:01la famille V,
38:02a été détruite
38:03par cette histoire.
38:04Tout simplement,
38:05elle a explosé
38:06et puis tout le monde
38:07est parti de son côté.
38:08Oui,
38:08c'est des tabous
38:09de génération en génération,
38:11des monceaux
38:13de culpabilité,
38:14des tombeaux de souffrance
38:15et puis deux hommes,
38:17deux générations
38:18qui mettent fin
38:19à leur jour
38:21avec au-dessus
38:22l'ombre
38:23de l'abbé Matassoli.
38:25Effectivement,
38:26c'est absolument terrible.
38:27Et la seule chose,
38:29enfin moi,
38:30ce que j'appelle
38:30de tous mes voeux,
38:31c'est que la malédiction
38:32s'arrête là.
38:33C'est que cette malédiction
38:35s'arrête là.
38:36Finalement,
38:37c'est vrai qu'Alexandre
38:38a commis
38:39des faits épouvantables.
38:41Il les a commis
38:41alors qu'il n'était pas
38:42dans un état normal.
38:43La justice l'a dit,
38:46les psychiatres
38:47l'ont affirmé.
38:49Et maintenant,
38:50il faut qu'Alexandre,
38:53lui,
38:53il arrive à aller
38:54au-delà
38:55de cette souffrance,
38:56à aller au-delà
38:57de cette malédiction familiale.
39:00Elle le dit,
39:01Sandrine,
39:02effectivement,
39:02cette malédiction,
39:03elle le porte sur elle aussi.
39:05Vous avez été longtemps
39:06en contact avec elle,
39:07avec la maman,
39:09et vous parliez
39:10d'Alexandre,
39:11ensemble.
39:12Quels souvenirs
39:12vous avez
39:13de ces dialogues ?
39:14Et puis,
39:14qu'est-ce que devient
39:15Alexandre aujourd'hui ?
39:16Alors,
39:17Alexandre,
39:17il a été quand même,
39:18d'abord,
39:19il avait été,
39:20je le disais,
39:20pendant la durée
39:21de l'instruction,
39:22incarcéré en nudité
39:23psychiatrique.
39:24Ensuite,
39:24à l'issue de l'instruction,
39:25il est passé
39:26uniquement,
39:27si j'allais dire,
39:28en unité psychiatrique.
39:29Et puis ensuite,
39:30il est sorti
39:31d'unité psychiatrique
39:32uniquement lorsque
39:32les médecins psychiatres
39:34ont estimé
39:35qu'il était guéri,
39:37qu'il était en état
39:37de sortir.
39:39Aujourd'hui,
39:40écoutez,
39:41moi,
39:41ce que j'ai envie de dire,
39:42c'est qu'Alexandre,
39:44ça reste pour moi
39:45ce petit piaf,
39:48mais qui,
39:48j'espère,
39:49enfin,
39:50je le sais,
39:51les plumes ont poussé
39:52sur ce petit moineau.
39:53Et c'est quelqu'un
39:54qui est intelligent,
39:55Alexandre,
39:55c'est quelqu'un
39:56qui est généreux,
39:58qui est sensible,
39:58et c'est aussi ça
39:59qui l'a conduit à ça.
40:01C'est un garçon
40:03qui a énormément
40:03de qualité,
40:04et moi,
40:04je lui souhaite
40:05de tout mon cœur
40:06d'être heureux.
40:07Claire Corniou,
40:09journaliste enquêtrice
40:10pour l'émission
40:10Au bout de l'enquête
40:11sur France 2.
40:13Les victimes
40:14du curé Matasoli,
40:15on ne connaît pas
40:16leur nombre,
40:17finalement,
40:17elles n'ont jamais été
40:18vraiment recensées,
40:19ces victimes.
40:19Alors,
40:20suite aux révélations,
40:22l'évêque de l'Oise
40:22a organisé des prises
40:23de parole dans différentes
40:25églises de son magistère.
40:26Elle a créé des cellules
40:27d'écoute avec la présence
40:28de psychologues,
40:29ce qui a permis
40:29à des victimes
40:30quand même
40:31de se manifester
40:32et de s'exprimer.
40:34L'église,
40:34elle a aussi débloqué
40:35250 000 euros
40:36pour le seul diocèse
40:37de l'Oise
40:37parmi toutes les réparations
40:38aujourd'hui.
40:39Pour cette affaire.
40:40Alors,
40:40pour cette affaire
40:41et d'autres sans doute,
40:42mais bon voilà,
40:42en tout cas pour le diocèse
40:43de l'Oise,
40:44on sait,
40:44il y a eu 250 000 euros
40:45alloués.
40:47Il y a une dizaine
40:48de victimes
40:49qui se sont officiellement
40:50manifestées,
40:51on en ignore
40:52le nombre exact
40:52tout simplement
40:53parce qu'il y en a certaines
40:54qui ne souhaitent pas
40:54qu'on le sache.
40:55En tout cas,
40:56ce qu'on sait,
40:57c'est qu'il a eu
40:58en 40 ans d'exercice,
40:59l'abbé Matassoli,
41:01plus de 300 enfants de cœur
41:03sous ses ordres,
41:04donc autant
41:05de victimes potentielles.
41:06Donc évidemment,
41:07avec sa mort,
41:09certes,
41:09mais surtout avec
41:10le fait qu'il n'y ait pas
41:11de procès,
41:12on n'a pas pu remonter
41:13évidemment avec
41:14ses victimes.
41:15Non,
41:16non,
41:16la prescription,
41:18ce qui est intéressant
41:19d'ailleurs,
41:20la plupart des victimes
41:21qui se sont manifestées
41:21sont des victimes
41:22qui n'habitent plus
41:22dans l'Oise,
41:23comme si quelque part
41:24elles avaient pu sortir
41:26à ce moment-là
41:26de l'Omerta.
41:28Mais pour toutes celles
41:29qui restent dans l'Oise,
41:30on ignore.
41:31Avec Atéry-Charles,
41:32juste un petit mot,
41:33le mot qui marque
41:34dans cette affaire,
41:35c'est l'emprise,
41:36c'est ça ?
41:36Oui,
41:37c'est l'emprise.
41:38Moi je dirais
41:38que c'est l'emprise
41:40intergénérationnelle,
41:41c'est aussi la manipulation,
41:43c'est la façon
41:43dont un homme,
41:45malheureusement,
41:46quand ce sont des hommes
41:47d'église,
41:47c'est plus fort encore,
41:48dont un homme
41:49peut se présenter
41:50à la fois
41:51comme un sauveur
41:52et qui est en fait
41:53un bourreau.
41:54Merci beaucoup
41:55Maître Cathy Richard
41:56et Claire Corniou
41:57d'avoir été les invités
41:58de l'Ordre du Crime.
41:58Merci à l'équipe de l'émission,
42:00rédactrice en chef
42:00Justine Vignot,
42:01préparation Marie Bossard,
42:02Lili Labeille,
42:04réalisation indirecte,
42:05Jonathan Grive.
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