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  • il y a 14 minutes
Si les métiers manuels semblent retrouver de l'attractivité, le secteur fait face à des défis majeurs en matière de financement et d'adaptation des formations. Pour Nicolas Bergerault, cofondateur de l'Atelier des Chefs, et Patrick Chemin, secrétaire général des Compagnons du Devoir, la question budgétaire ne fait pas tout. Les professionnels réclament avant tout la stabilité des politiques publiques et une meilleure visibilité de l'orientation pour les jeunes.

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00:00...
00:04Les métiers manuels semblent retrouver de l'attractivité, mais derrière ces engouements,
00:08les enjeux se posent. Celui du financement, celui de l'adaptation de la formation.
00:12Comment financer, par exemple, les reconversions et surtout, comment préparer les compétences de demain
00:17alors que les métiers eux-mêmes se transforment ? C'est le départ que nous allons ouvrir avec Nicolas Bergerot,
00:22vous êtes toujours avec nous, cofondateur de l'atelier des chefs.
00:25Et Patrick Chemin, vous nous retrouvez, vous êtes secrétaire général des Compagnons du Devoir.
00:28Merci beaucoup d'être avec nous.
00:30Merci à vous de m'accueillir.
00:31Alors, je me tourne vers vous en premier, parce que c'est vrai que les Compagnons du Devoir,
00:34ce sont des termes qui sont assez connus du grand public,
00:37mais je ne suis pas sûre que tout le monde sache vraiment ce que vous faites concrètement.
00:40Qu'est-ce qu'on trouve derrière les Compagnons du Devoir ?
00:43On trouve finalement une structure assez importante qui permet de former quelques milliers de jeunes
00:49dans plus de 35 métiers, dans 4 grandes filières, avec principalement une activité autour du bâtiment
00:54et de la construction, évidemment, parce qu'on est connus plutôt pour ça.
00:57Mais ce n'est pas ce que nous pratiquons, que ce que nous pratiquons, finalement.
01:02Donc finalement, on est sur ces plus de 35 métiers.
01:05Évidemment, le modèle Compagnons du Devoir, c'est un modèle qui permet...
01:09Tout à l'heure, j'ai écouté Nicolas qui disait, un métier, c'est d'abord des bases,
01:14et puis après, c'est quelques années d'apprentissage supplémentaire
01:17pour devenir chef d'équipe, chef d'atelier, chef de chantier, prendre des responsabilités, entreprendre.
01:21C'est ce que nous proposons, finalement, puisque l'objectif, c'est de former des jeunes filles et des jeunes
01:24garçons
01:25pendant à peu près 4 à 5 ans, de manière à ce que tout le monde trouve à la fois
01:29sa voix
01:30et puis soit aussi autonome dans l'entrepreneuriat.
01:32Et au bout, dans l'héritage, à chaque fois, dans la transmission.
01:34Oui, dans la transmission, en fait, c'est vraiment un acte de transmission.
01:37Et pour cet acte de transmission, on a plusieurs leviers.
01:39On a d'abord, effectivement, l'apprentissage d'un métier en entreprise,
01:43puisque nous, on est très focalisés, métier de la main, au sens pratique dans l'entreprise.
01:48Ensuite, on a un mode d'accueil qui permet aux jeunes de loger dans des maisons de compagnons.
01:53Donc là, on a une vie en communauté, donc c'est un apprentissage de soi et des autres, finalement,
01:57puisque ça, c'est aussi lié à nos comportements journaliers.
02:01C'est-à-dire, quand on est dans une entreprise et qu'on entreprend,
02:03on doit être capable d'assumer nos responsabilités, d'être à minima autonome,
02:07prendre les bonnes décisions.
02:09Voilà, donc c'est un petit peu cet apprentissage de la vie.
02:11Et puis, évidemment, on vient de le dire, la transmission tout au long de la vie,
02:14c'est-à-dire du plus jeune au plus âgé, inversement,
02:17puisqu'on a un certain nombre de compagnons bénévoles dans la structure
02:21qui retransmettent aux plus jeunes.
02:22Mais l'objectif, c'est que cette organisation intergénérationnelle
02:27puisse permettre au plus grand nombre de trouver sa place.
02:30Et vous sentez que ces métiers-là attirent de plus en plus,
02:33c'est en croissance, vos effectifs ?
02:35Alors, il y a une particularité, c'est que finalement,
02:38tout dépend des métiers et forcément des filières.
02:42On a des métiers qui sont aujourd'hui plutôt en tension depuis un petit moment.
02:47Nicolas en parlait tout à l'heure.
02:49On va retrouver des métiers comme les métiers de la couverture,
02:51les métiers de la maçonnerie, etc.,
02:53qui sont toujours en forte tension depuis plusieurs années.
02:55Ça, c'est lié à quoi ? C'est à la pénibilité ?
02:57On a toujours beaucoup de mal à le dire, en fait.
02:59C'est-à-dire que finalement, il y a une espèce d'image...
03:00Je vous donne un exemple.
03:02La rentrée qu'on vient de faire, en 2026,
03:04c'est la première fois depuis très longtemps
03:06qu'on fait quasiment remplissage total de toutes nos sections d'apprenti-couvreur.
03:11Je suis incapable de vous dire pourquoi.
03:13Est-ce que c'est parce qu'il y a l'idée de l'IA,
03:18de l'intelligence artificielle,
03:19qui vient finalement rebattre des cartes ?
03:21On en a parlé tout à l'heure, vous en avez parlé tout à l'heure.
03:23Mais sur le sens de je me lance dans une formation d'un certain niveau,
03:30mais est-ce que je vais y trouver ma voie longtemps ?
03:32Est-ce qu'il ne faut pas revenir vers quelque chose d'un petit peu plus pratique,
03:35peut-être un peu plus valeureux, etc. ?
03:37Est-ce qu'il y a ça derrière ?
03:38Je ne sais pas l'expliquer.
03:40Et puis, au contraire, on a des métiers qui sont encore en tension
03:43et qui restent en tension,
03:45où on a peu de flux, peu d'effectifs.
03:47Même si on communique, on fait beaucoup de promotions
03:49pour essayer de faire en sorte de valoriser les métiers que nous pratiquons,
03:52mais ce n'est pas toujours facile.
03:53Et puis, il y a toujours cette idée,
03:55même si aujourd'hui, je pense que les choses vont un petit peu décoller dans ce sens,
03:58cette idée de « mais mon fils ne sera pas maçon,
04:01finalement, parce qu'il vaut mieux se lancer à faire des études
04:04et puis aller vers des filières du supérieur ».
04:07Ce n'est pas forcément dit qu'en allant vers des filières du supérieur,
04:10on trouve sa voie.
04:12Est-ce que les profils ont évolué ?
04:14En plus, je pense que vous ne devez pas forcément avoir les mêmes profils
04:16dans ceux qui profitent de vos formations.
04:19Chacun, l'un et l'autre, ce serait quoi les profils ?
04:22Nous, historiquement, on a plutôt des profils post-collège,
04:25au départ, qui rentrent à l'apprentissage classique.
04:26C'est vrai que c'est des très jeunes.
04:28Voilà, c'est-à-dire 15-16 ans.
04:29Vous parliez tout à l'heure de formation CAP,
04:31donc pour un accès CAP en formation 2 ans,
04:33on a plutôt des jeunes qui sont en parcours de fin d'année scolaire collège,
04:38en fait, 3e collège.
04:40On voit que ce public-là est un petit peu moins présent, nous,
04:44dans nos milieux de recrutement,
04:46et fait place à un public post-bac,
04:48donc qui revient vers des métiers,
04:51avec plusieurs années de formation,
04:54y compris de formation supérieure.
04:56On a beaucoup plus de public post-bac,
04:58avec des gens qui ont fait des études à la fac, à l'université,
05:01et qui, à un moment donné, se disent,
05:02« Bon, écoute, non, je ne serai pas médecin, je serai maçon. »
05:06Et vous aussi, vous avez beaucoup plus de reconversion, on va dire ?
05:09Nous, on a essentiellement de la reconversion.
05:11Alors, la reconversion, au tout début, c'était des cinquantenaires,
05:14puis des quarantenaires, puis des trentenaires,
05:15et puis maintenant, c'est effectivement des jeunes dont parle Patrick.
05:18On leur a tellement dit « Passe ton bac d'abord »
05:20qu'ils sont allés passer leur bac d'abord.
05:21Ils se retrouvent en fac de socio, en fac de psycho,
05:24en fac de je ne sais pas quoi,
05:24où ils se rendent compte, un, qu'ils s'embêtent à 100 sous de l'heure,
05:27deux, qu'ils n'ont aucun avenir.
05:28Et qu'ils n'aiment pas forcément.
05:29Et trois, que vraiment, ce n'est pas leur vocation.
05:31Et donc, tout d'un coup, ils disent à papa et maman,
05:33« En fait, ok, j'ai eu mon bac, donc voilà, j'ai cette forme de sécurité,
05:36maintenant j'ai envie de faire ce que j'aime. »
05:38Et là, pour le coup, c'est vrai qu'il y a deux options.
05:41Il y a cette option immersive chez les compagnons,
05:44et encore une fois, vous m'entendrez souvent dire tout le bien,
05:46je pense, de cette organisation qui est fabuleuse
05:48pour justement toute cette transmission.
05:51Et puis, il y a ceux pour qui c'est un peu moins facile,
05:52un peu moins pratique de quitter leur région,
05:54de s'installer, je ne sais pas où.
05:55Et donc, nous, on a cette offre extrêmement facile d'accès,
05:59où que ce soit en France, je veux faire n'importe quel métier,
06:02je peux le faire du fin fond de ma pampa,
06:05trouver un employeur qui va me proposer un contrat d'apprentissage
06:08et aller au bout de ma formation.
06:09Mais ce qui fait qu'on a des gens qui sont quand même plus motivés qu'avant,
06:12parce que ce ne sont pas des gens qui font ça par dépit, mais par choix.
06:15Donc, voilà, à toute chose, malheur est bon.
06:18Petit à petit, l'évolution va vers des gens plus motivés.
06:20Et vous aussi, vous avez des effectifs qui sont en progression ?
06:23Oui, en progression sur tous les métiers, en reconversion et en apprentissage.
06:27Donc, objectivement, ça fonctionne.
06:29Et c'est vrai que, là, le métier de couvreur, il est en vogue,
06:33parce que, d'abord, je crois qu'il est devenu super bien payé,
06:35parce qu'il y avait une telle pénurie,
06:36que maintenant, on est très bien payé quand on est couvreur.
06:38Voir que c'est un métier qui n'est pas forcément ultra facile.
06:40On est en hauteur, on est dans le franc, on ne sait plus.
06:43Mais grâce à ça, il est bien payé.
06:45Et à côté de ça, il y a l'envie d'aller vers ces métiers qui rendent heureux.
06:54Mais c'est vrai qu'il y a cette notion, maintenant, de pouvoir d'achat,
06:57qu'un métier, peut-être, derrière un bureau,
07:00ne va pas forcément être bien mieux payé qu'un métier manuel.
07:04Rien ne vous garantit, après avoir fait 5 ans d'études et avoir acquis un Master 2,
07:08que vous soyez mieux payé qu'un couvreur au bout de 4 ans ou 5 ans de métier.
07:11On est bien d'accord.
07:13Donc on va parler justement de cet enjeu de financement,
07:15parce que ça va être quand même important.
07:16La demande progresse, ça on l'a vu.
07:20Pour le coup, les financements, derrière, pour aider ces reconversions,
07:23là, ça peut être un peu plus sous pression.
07:25J'ai l'impression que c'est un peu même ce paradoxe
07:27que de plus en plus de personnes veulent se reconvertir,
07:30changer le métier, s'attirer par les métiers de la main.
07:33Mais derrière, il y a quand même des financements publics qui se resserrent, etc.
07:37Est-ce que, Nicolas, le financement, c'est un premier frein pour ces reconversions
07:42de ces jeunes, on va dire, qui veulent changer le métier ?
07:46Comment ça se passerait pour eux, en termes de coûts personnels,
07:50soit temps, soit financement péquinoise ?
07:53Il y a trois choses.
07:54L'apprenti, il est rémunéré en fonction de son âge.
07:58Comme moi, mes apprentis sont un peu plus vieux,
08:00ils coûtent un peu plus cher à l'entreprise,
08:02et j'ai pas mal d'entreprises qui disent
08:03« Désolé, j'ai pas les moyens de me payer ton apprenti ».
08:06Ça, c'est la première chose.
08:07Avant, les entreprises recevaient des aides qui étaient un peu plus importantes.
08:10Ces aides ont été diminuées.
08:12Et puis nous, de notre côté, en tant qu'organisme de formation,
08:15on avait un niveau de prise en charge qui était à un certain niveau,
08:17et puis qui a été baissé, et puis là, qui vient d'être réajusté par branche.
08:21Ce qui est compliqué, c'est pas tant le montant,
08:23c'est l'instabilité du financement.
08:26Si on pouvait avoir, allez, 3-4 ans devant nous,
08:28où on saurait pertinemment que pour une boîte,
08:31avoir un apprenti, ça coûte tant,
08:32que l'apprenti touchera tant,
08:33et que nous, en tant qu'organisme de formation, on touchera tant,
08:36ça permet de faire des plans à long terme.
08:37Quand au milieu de l'année, on vous annonce que vous allez perdre 20% de chiffre d'affaires,
08:40waouh, c'est une claque !
08:41Donc, cette visibilité, je sais pas si c'est la même chose pour toi,
08:43mais c'est vraiment ça qu'il faut qu'on obtienne.
08:45On a besoin d'avoir une visibilité à plus long terme,
08:47sur la notion des financements, évidemment.
08:49Ce dont vous faites référence, c'est le CPF aussi,
08:51parce que là, c'est...
08:52Non, alors ça, le CPF, c'est encore autre chose.
08:54Parce que là aussi, ça a changé.
08:55Bien sûr.
08:56Ça, ça change à peu près tous les mois.
08:58Vos formations sont aussi éligibles au CPF ?
08:59Nous avons aussi beaucoup de gens qui se forment avec leur compte CPF.
09:03C'est très bien que ça soit de plus en plus contrôlé, vérifié,
09:07parce qu'il y a eu tellement d'arnaques, on le sait tous,
09:09que maintenant, c'est très bien que ça soit plus contrôlé.
09:12Maintenant, arrêtons de tout bouger.
09:14Il y avait un système qui fonctionnait pas mal.
09:15On a viré les fraudes, on a viré les arnaques et tout.
09:18Maintenant, faisons confiance aussi aux organismes de formation,
09:22à ceux qui se forment.
09:22Ça fonctionne, nous, on a diplômé plus de 10 000 personnes aujourd'hui
09:25qui toutes travaillent dans des entreprises en tension.
09:28Ça donne envie, quoi.
09:29J'ai envie de continuer.
09:29Parce que, Patrick, au-delà de ces accompagnements, etc.,
09:33est-ce que le modèle économique de la formation professionnelle
09:36est, elle, sous pression, d'autant plus quand on parle des budgets à venir 2027 ?
09:42Il y a des tensions, il y a des enjeux à ce niveau-là ?
09:44Forcément, une petite pression qui s'opère,
09:47surtout dans une période où le pays a lui-même
09:50des grosses difficultés économiques globales.
09:53Moi, je pense qu'il y a deux tensions, en fait.
09:54La première, c'est effectivement de pouvoir définitivement sécuriser
09:59ce que coûte la formation.
10:00Mais je pense qu'il faut aussi être très clair sur les stratégies
10:03qui doivent être opérées.
10:05Je pense qu'il y a des choix à faire sur qui former,
10:07à quel niveau, par quel biais et avec quel type de financement.
10:11Quand je dis ça, je ne dis pas qu'il faut remettre en cause
10:12ce qui a été mis en place depuis le 5 septembre 2018.
10:14Ce n'est pas ça du tout.
10:15Il y a un système qui fonctionne, qui a été valorisé,
10:19qui a permis de redémarrer finalement
10:20et de redonner des cartes de noblesse à l'apprentissage
10:23puisqu'on est passé de 260 000 apprentis à presque un million.
10:28Même si derrière l'objectif, il ne faut pas se le cacher,
10:31tout le monde ne s'y est pas retrouvé
10:32et il y a eu des effets d'aubaine.
10:33Et ce que disait Nicolas est important,
10:35c'est-à-dire qu'il faut lutter contre les fraudes.
10:36Ça, c'est évident.
10:37Mais je pense qu'il faut sécuriser les parcours.
10:39Et pour sécuriser les parcours, il faut faire des choix stratégiques.
10:41Et les choix stratégiques, c'est je forme pourquoi,
10:43qui, à quel niveau, dans quelle branche, etc.
10:46Peut-être que l'État doit aussi mettre sa patte
10:48à ce développement stratégique.
10:50Quand on parle aujourd'hui de l'industrie du nucléaire,
10:52malheureusement, de l'industrie de l'armement,
10:54il y a des choix à faire pour essayer de régler
10:56ces problématiques de formation et de choix de formation.
10:58Donc ça, c'est la première chose.
10:59On a besoin de cette visibilité.
11:00Ça, c'est évident.
11:01Ce que disait Nicolas est important.
11:02On ne peut pas se satisfaire d'avoir quelque chose
11:06qui fonctionne de temps en temps, mois par mois,
11:07ou quelques temps.
11:09Et puis, on vous remet en cause le système
11:11par, j'allais dire, un petit tableur Excel
11:14où on vous coupe effectivement 10% ou 15% de vos revenus.
11:18On a besoin de vos montants le 30 août pour le 1er septembre.
11:20Exactement, par exemple.
11:21On a besoin de visibilité.
11:22Donc ça, ça en fait partie.
11:24Évidemment, même si les branches ont fait leur boulot
11:26dans le cadre de la loi cette année.
11:27Tout le monde fait bien son boulot.
11:27Il n'y a pas mauvaise volontaire.
11:28Mais c'est juste difficile à vivre.
11:29C'est ça, exactement.
11:30Donc il faut que nous, on ait cette visibilité.
11:31C'est évident.
11:32Est-ce que vous, les entreprises des compagnons du devoir,
11:34elles ont peut-être un peu plus cette tradition
11:38de devoir toujours prendre un apprenti ?
11:39Est-ce que du coup, c'est peut-être moins érodé
11:41quand il y a moins d'aide ?
11:42Parce que de toute façon, il y a ce cycle.
11:46C'est ce que je voulais dire dans la deuxième partie
11:48du modèle économique en soi
11:49et de ce qu'on vit actuellement.
11:51C'est le problème économique des entreprises partenaires.
11:53Parce qu'une entreprise partenaire,
11:54qu'elle travaille ou pas avec un CFA des compagnons du devoir,
11:57si elle a moins de travail,
11:59si son carnet de commandes diminue de jour en jour,
12:02en général, la première variable d'ajustement,
12:05c'est souvent l'apprenti.
12:06Alors c'est souvent aussi des gens qui sont en intérim,
12:09mais c'est aussi l'apprenti.
12:10Et donc on a en ce moment des problématiques de placement
12:12dans certains métiers.
12:13Et donc on laisse aussi des jeunes sur le carreau.
12:16C'est-à-dire qu'on a des jeunes qui se réorientent,
12:17qui viennent vers nous.
12:18On a un flux des fois important.
12:20Et on a du mal à les accompagner jusqu'au bout de l'emploi.
12:24Nicolas, est-ce qu'il y aurait une complémentarité à avoir
12:27entre les acteurs privés et publics ?
12:29Parce que parfois les acteurs publics,
12:31j'ai l'impression qu'ils ont aussi des difficultés
12:34à se retrouver.
12:35Est-ce que pour vous, acteurs privés,
12:38vous trouvez qu'il y a une complémentarité à faire
12:40sur ces formations ?
12:40Oui, évidemment.
12:41Enfin, ne raisonnons pas les uns contre les autres.
12:45Soutenons l'apprentissage.
12:47Et Patrick l'a très bien dit,
12:48toute la loi Pénicaud de 2018,
12:49elle a redonné ses lettres de noblesse
12:52à l'apprentissage et à l'alternance.
12:53Après, il y a eu des abus.
12:54Et on s'est rendu compte qu'en effet,
12:56tous les alternants, tous les apprentis
12:58n'avaient pas forcément besoin du même soutien.
13:01Mais en tout cas,
13:01ne nous battons pas les uns contre les autres.
13:03Défendons l'alternance,
13:04défendons l'apprentissage,
13:05faisons en sorte que,
13:06selon les besoins des uns et des autres,
13:08en termes de région,
13:09en termes de métier,
13:10en termes de profil d'apprenti,
13:14un jeune, un moins jeune,
13:15quelqu'un avec un handicap,
13:16sans handicap,
13:17ce n'est pas la même chose.
13:18Donc, selon les profils,
13:20je pense qu'on a tous une offre à proposer
13:22et que cette offre,
13:24vous avez évoqué le mot,
13:25complémentarité,
13:25on n'est pas les uns contre les autres,
13:27on est les uns en plus des autres
13:28pour aider plus d'apprentis
13:30à rejoindre plus d'entreprises
13:31qui recrutent.
13:31Parce que, Patrick le disait,
13:32en ce moment,
13:34économiquement, c'est un peu chaud.
13:35Et néanmoins,
13:36toutes les entreprises disent
13:37j'ai besoin de recruter.
13:38Et puis, il y a une demande des deux côtés.
13:39Et il y a une demande des deux côtés.
13:40Donc, il faut juste faire matcher les deux.
13:42Ce n'est pas forcément évident.
13:42Il n'y a pas beaucoup de mobilité aussi en France.
13:44C'est un autre sujet.
13:45Les gens ne veulent pas trop bouger.
13:46Bon, on ne va pas tout résoudre d'un coup.
13:48Mais en tout cas,
13:50arrêtons de...
13:51Patrick l'a redit,
13:52stabilité.
13:52Et ayons un cadre
13:53sur lequel on se dit
13:54qu'on peut travailler pendant 3-4 ans
13:55avec des investissements,
13:57avec de la communication,
13:58avec de la production de formation.
13:59Et à partir de là,
14:00j'ai sûr que ça va aller mieux.
14:01Mais laissez-nous bosser,
14:02public, privé,
14:03peu importe.
14:03Ce n'est pas le sujet.
14:04Et donc, parmi les sujets
14:05un petit peu de développement d'avenir,
14:07est-ce qu'il n'y aurait pas aussi
14:08un sujet de lisibilité ?
14:10Parce que quand vous parlez
14:11de tous ces profils, etc.,
14:12est-ce que, voilà,
14:13quand je sors post-bac,
14:15est-ce que j'ai...
14:16c'est facile d'avoir accès
14:18à tout ce qu'on peut m'offrir
14:20en tant que formation ?
14:21Parce qu'entre professionnalisation...
14:24Voilà, il y a quand même
14:24énormément d'actes apprentis,
14:26différents rythmes, etc.
14:28Voilà, je ne sais pas.
14:29Est-ce que c'est un axe de développement ?
14:30Dans une vie complètement très positive,
14:34voilà, on pourrait se dire
14:35que finalement,
14:36il y a des choix qui sont différents.
14:39Et le jeune peut se positionner
14:41du coup différemment.
14:42Quand on parlait de public et de privé,
14:44de se former dans un lycée professionnel,
14:46ce n'est pas se former
14:46dans un centre de formation d'apprenti.
14:48Donc, qu'il y ait ce choix,
14:49je pense que ce n'est pas complètement
14:50idiot.
14:51Par contre, là où il faudrait
14:52qu'on ait quelque chose de cohérent
14:54dans ce monde positif
14:55dont je parle,
14:56c'est qu'on arrête de se faire la guerre.
14:58Des fois, quand je dis ça,
14:59ce n'est pas une critique en soi,
15:01mais on voit bien
15:01qu'il y a eu une réforme
15:02des lycées professionnels
15:03qui s'est mise en place.
15:04Nous, on a cru beaucoup
15:06dans cette réforme
15:07de manière à pouvoir
15:08se rapprocher du monde du public.
15:10Et on voit bien que...
15:12Je me demande si ça n'a pas créé l'inverse.
15:13C'est-à-dire que
15:14de pouvoir se rapprocher
15:15pour peut-être faire des passerelles,
15:17imaginer de travailler
15:18sur l'employabilité des jeunes,
15:19quand on fait un constat
15:21de l'employabilité des jeunes
15:22qui sortent de bac pro
15:23en lycée professionnel,
15:24c'est 4 jeunes sur 10
15:25qui trouvent de l'emploi.
15:27Pourquoi on ne serait pas
15:28en capacité,
15:29les uns et les autres,
15:29de travailler ensemble
15:30pour justement permettre
15:31à certains de ces jeunes
15:33de trouver le moyen
15:34de se former sur leur manque
15:35technique,
15:36de manière à ce qu'on les réemploi ?
15:37Parce que nous,
15:38c'est notre métier de faire ça.
15:39Et on sait le faire.
15:40Et puis j'imagine aussi
15:42le fait d'être totalement
15:43en adéquation
15:44avec les métiers
15:45dont les entreprises ont besoin.
15:47C'est complètement ça.
15:48C'est-à-dire que
15:49le centre de formation
15:50d'apprentis,
15:51lui,
15:51doit être complètement
15:52à la page
15:53de l'évolution des métiers.
15:55Nous d'ailleurs,
15:56on a un système
15:56chez nous qui est simple.
15:58Les formateurs
15:58de nos CFA
15:59sont de jeunes compagnons
16:00qui viennent de finir
16:01leur cursus de formation
16:02sur 4-5 ans.
16:03Ils sont donc
16:04de jeunes professionnels.
16:05Ils ont une moyenne
16:05de 24-25 ans.
16:06Ils vont rentrer dans le cadre
16:08d'être formateurs
16:08pendant 3-4 ans
16:09dans nos CFA.
16:10et ça permet d'avoir
16:12une grande sœur
16:13ou un grand frère
16:14qui transmet un métier
16:15qu'il vient d'apprendre,
16:16donc qu'il connaît
16:17parce qu'il était
16:18dans l'entreprise
16:18et puis il va y retourner
16:20parce que l'objectif
16:21c'est qu'on soit toujours
16:22à la pointe
16:23de l'évolution des métiers
16:24dans l'entreprise.
16:25Et vous utilisez du coup,
16:26on a beaucoup parlé de l'IA,
16:27mais justement l'IA
16:29dans la formation,
16:30ça c'est quelque chose
16:31que vous utilisez ?
16:32Oui, bien sûr.
16:33Aujourd'hui,
16:34on ne peut pas
16:34ne pas s'appuyer sur l'IA
16:36pour faire des contenus
16:37de formation
16:37toujours plus qualitatifs.
16:39J'avais un débat ce matin
16:40avec une de mes équipes
16:40qui dit « Ah, on pourrait
16:41remplacer ça par un chatbot ? »
16:42J'ai dit « Mais jamais ! »
16:44Jamais !
16:44On est une entreprise humaine
16:46avec des experts métiers,
16:47avec des échanges
16:48avec nos apprenants.
16:49Si on met un chatbot,
16:50là pour le coup,
16:50on perd un peu notre âme.
16:51Mais juste pour revenir
16:52sur les trois périodes
16:55de formation,
16:55il faut que les jeunes
16:56jusqu'au collège,
16:57déjà on leur ouvre l'esprit
16:59vers la possibilité
17:00d'aller vers les métiers
17:01de la main.
17:01Ensuite, à la fin du collège,
17:03qu'ils aillent en lycée pro,
17:04en CFA,
17:05en je ne sais pas quoi,
17:06après, à nous de mettre
17:08en avant nos offres
17:08et puis il y en a
17:09qui seront plus éluisantes
17:09pour les uns et pour les autres.
17:10Et puis, pour ceux
17:11qui ont le bac,
17:12moi ça me fait vachement plaisir
17:12parce qu'il commence
17:13à y avoir des apps
17:14ou des conseillers
17:15d'orientation post-bac
17:17qui recommencent
17:17à proposer nos métiers
17:18justement à ces gens
17:19qui se sont un peu
17:20trompés de voix.
17:21Et donc,
17:22c'est plus un aveu
17:24de faiblesse
17:24de revenir vers nos métiers,
17:26au contraire,
17:26c'est un aveu
17:27de personnalité
17:28et de choisir sa vie.
17:30Donc, j'ai envie
17:31d'être extrêmement optimiste,
17:33mais pour ça,
17:33de la stabilité,
17:34de la stabilité,
17:34de la stabilité.
17:35C'est quoi les prochains défis ?
17:37Là, il nous reste
17:37une minute trente,
17:38chacun,
17:39en plus dans cette année électorale,
17:41ce serait quoi
17:42le défi de la formation ?
17:43Le défi, déjà,
17:44c'est d'être entendu
17:44par l'ensemble des candidats
17:45et des candidats
17:47pour éviter de mettre à mal
17:48le système
17:49de la voie pro,
17:50de la voie professionnelle,
17:51parce qu'en fonction
17:51des choix qui pourraient être faits,
17:53je le disais tout à l'heure,
17:54on a besoin de stabilité,
17:55tu viens de le redire,
17:56ça c'est évident.
17:57Donc, moi,
17:57je leur passe un message,
17:58c'est de faire attention
17:59aux choix qui peuvent être faits.
18:00Évidemment,
18:01donner une stabilité financière
18:02parce qu'on en a besoin,
18:03ça c'est évident,
18:03mais surtout,
18:04d'orienter convenablement
18:05les gens
18:06en fonction des besoins,
18:07en fait.
18:07Il faut qu'on ait
18:08une vraie politique d'orientation
18:09et je pense que ça manque
18:10aujourd'hui,
18:12il manque d'une vraie volonté
18:14d'affirmer des choses.
18:15Alors, on commence
18:16à voir ça et là,
18:16effectivement,
18:17des côtés positifs
18:17sur ce que tu dis,
18:18c'est-à-dire revaloriser
18:20les métiers de la main,
18:21revaloriser les métiers
18:22du bâtiment, par exemple.
18:23C'est bien qu'on ait ce discours,
18:24mais ce n'est pas gagné.
18:25Parlons tous ensemble
18:26le même discours,
18:27tous ceux qui font
18:28de la formation pro,
18:28quelles que soient les modalités,
18:29quels que soient les profils,
18:31parlons tous ensemble
18:32le même discours
18:32de revalorisation
18:34de ces métiers
18:35et puis après,
18:36selon les profils,
18:37on verra
18:38si tel et tel dispositif
18:40convient mieux
18:40à M. X ou à Mme Y.
18:42Merci beaucoup
18:43à tous les taux
18:44de Nicolas Bergerot.
18:45Je rappelle que vous êtes
18:45cofondateur de l'atelier
18:47des chefs Patrick Chemin,
18:48secrétaire général
18:49et compagnon du devoir.
18:50Merci pour cet échange
18:51et merci à vous tous
18:52et tous de nous avoir suivis.
18:54C'était Smartéco.
18:56Sous-titrage Société Radio-Canada
19:00...
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